
PAYSAGES ÉNERGÉTIQUES
Production — Biodiversité — Agriculture — Esthétique — Faire de l’énergie une composante du paysage
La transition énergétique transforme les territoires.
Des panneaux photovoltaïques apparaissent sur les toitures, les parkings et parfois les terres agricoles. Des méthaniseurs s’installent à proximité des exploitations. Des réseaux de chaleur relient bâtiments, entreprises et équipements publics. Des ouvrages hydrauliques utilisent les cours d’eau. Des forages géothermiques exploitent la chaleur du sous-sol. Des chaufferies biomasse valorisent certaines ressources organiques ou ligneuses.
Mais une question fondamentale apparaît :
Que devient le paysage lorsque l’énergie devient visible ?
Car produire de l’énergie n’est jamais uniquement une question de kilowattheures.
Une installation énergétique occupe un espace.
Elle modifie des vues.
Elle transforme des sols.
Elle crée des infrastructures.
Elle peut entrer en concurrence avec certaines fonctions agricoles.
Elle peut également créer de nouveaux habitats, protéger certains espaces, financer des équipements ou participer à la transformation écologique d’un territoire.
Le véritable enjeu n’est donc pas simplement de savoir :
« Où peut-on produire de l’énergie ? »
Il faut poser une question beaucoup plus large :
« Où, comment et sous quelle forme peut-on produire de l’énergie sans dégrader les autres fonctions essentielles du territoire ? »
C’est ici qu’apparaît le concept de paysage énergétique.
Un paysage énergétique est un territoire dans lequel les infrastructures de production, de stockage, de distribution et de consommation d’énergie sont pensées simultanément avec les sols, l’agriculture, l’eau, la biodiversité, les habitants, le patrimoine et les paysages.
L’énergie n’est plus ajoutée au paysage après coup.
Elle devient une composante de son architecture.
1. Du paysage énergétique subi au paysage énergétique conçu
Pendant longtemps, les infrastructures énergétiques étaient principalement considérées comme des objets techniques.
Une centrale.
Une ligne électrique.
Un barrage.
Une chaufferie.
Une canalisation.
Un poste électrique.
Un réseau de gaz.
Une infrastructure industrielle.
Le paysage était souvent considéré comme une conséquence secondaire.
Cette approche produit une séparation entre deux mondes :
- le monde de l’ingénieur ;
- le monde du paysagiste.
Or cette séparation devient de moins en moins pertinente.
Une infrastructure énergétique possède nécessairement :
- une emprise foncière ;
- une géométrie ;
- une hauteur ;
- une couleur ;
- des accès ;
- des clôtures ;
- des réseaux ;
- des besoins de maintenance ;
- des interactions avec l’eau ;
- des interactions avec les sols ;
- des interactions avec le vivant ;
- des effets visuels ;
- des effets économiques.
Elle participe donc directement au paysage.
Le territoire énergétique doit être conçu comme un système.
Production → transformation → stockage → distribution → consommation → récupération → nouvelle production.
Mais autour de cette boucle énergétique existent d’autres boucles :
eau → sol → végétation → biodiversité → agriculture → alimentation → matière organique → énergie.
L’objectif Omakëya™ est précisément de rechercher les complémentarités entre ces systèmes.
2. Un panneau solaire n’est pas seulement un panneau solaire
Un panneau photovoltaïque produit de l’électricité.
Mais lorsqu’il est installé sur un territoire, il devient également :
- une surface artificialisée ou déjà artificialisée utilisée autrement ;
- une structure porteuse ;
- un élément visuel ;
- une zone potentiellement ombragée ;
- une infrastructure électrique ;
- un équipement nécessitant maintenance et accès ;
- parfois une nouvelle surface favorable ou défavorable à certaines espèces ;
- un élément susceptible d’interagir avec l’agriculture.
Son bilan territorial ne peut donc pas être résumé à :
puissance installée × durée d’ensoleillement.
Il faut également examiner :
- le sol occupé ;
- l’usage précédent ;
- la biodiversité présente ;
- la production agricole éventuelle ;
- la circulation de l’eau ;
- l’entretien ;
- le paysage ;
- la durée de vie ;
- le démantèlement ;
- les infrastructures nécessaires.
Une même technologie peut donc avoir des conséquences territoriales très différentes selon son implantation.
3. La première règle : utiliser intelligemment les surfaces déjà transformées
Avant de chercher de nouvelles surfaces naturelles ou agricoles, il est pertinent d’examiner les espaces déjà artificialisés ou fortement transformés.
Cela peut concerner :
- toitures ;
- bâtiments agricoles ;
- bâtiments industriels ;
- parkings ;
- ombrières ;
- friches ;
- infrastructures ;
- anciennes zones industrielles ;
- certaines surfaces dégradées ;
- espaces techniques.
L’objectif n’est pas de considérer toutes les surfaces artificialisées comme automatiquement adaptées.
Il faut néanmoins commencer par regarder où le territoire possède déjà une infrastructure permettant d’accueillir une fonction énergétique supplémentaire.
C’est une logique fondamentale d’économie foncière.
Un même espace peut parfois remplir plusieurs fonctions.
Une toiture peut :
- protéger un bâtiment ;
- produire de l’électricité ;
- recevoir du solaire thermique ;
- récupérer l’eau de pluie.
Un parking peut :
- conserver sa fonction de stationnement ;
- produire de l’électricité ;
- créer de l’ombre ;
- récupérer les eaux pluviales.
Un bâtiment agricole peut :
- stocker du matériel ;
- abriter du bétail ;
- accueillir une installation photovoltaïque ;
- participer à une stratégie énergétique locale.
Le territoire commence alors à fonctionner en superposition de fonctions.
4. La multifonctionnalité comme principe territorial
Un paysage énergétique Omakëya™ ne cherche pas nécessairement à attribuer une seule fonction à chaque hectare.
Il cherche à déterminer :
combien de fonctions compatibles peuvent être assurées simultanément par un même espace.
Cette multifonctionnalité possède cependant une limite fondamentale.
Toutes les fonctions ne sont pas compatibles.
Il faut donc distinguer :
Fonctions compatibles
Par exemple :
- production solaire ;
- ombrage ;
- récupération d’eau ;
- circulation ;
- biodiversité adaptée ;
- activité agricole compatible.
Fonctions partiellement compatibles
Par exemple :
- production photovoltaïque ;
- certaines cultures ;
- pâturage ;
- conservation écologique.
Fonctions incompatibles dans certaines configurations
Par exemple :
- culture nécessitant un rayonnement solaire maximal ;
- structure créant un ombrage important ;
- habitat écologique nécessitant des conditions opposées ;
- maintenance nécessitant des accès incompatibles avec certaines pratiques.
La multifonctionnalité n’est donc pas :
« Tout faire partout. »
C’est :
« Faire plusieurs choses au même endroit lorsque les fonctions sont réellement compatibles. »
5. Énergie et biodiversité : sortir de l’opposition simpliste
Il serait trop simple d’affirmer :
énergie renouvelable = biodiversité.
Mais il serait tout aussi simpliste d’affirmer :
infrastructure énergétique = destruction de la biodiversité.
La réalité dépend de la conception.
Une infrastructure peut :
- fragmenter un habitat ;
- perturber certaines espèces ;
- modifier les sols ;
- modifier les écoulements ;
- créer des obstacles.
Mais elle peut également être intégrée dans une stratégie plus large :
- création de corridors ;
- restauration de sols ;
- gestion différenciée ;
- végétation adaptée ;
- création de mares ;
- restauration de haies ;
- maintien de zones refuges ;
- réduction de certaines pressions agricoles.
Le bilan écologique doit donc être analysé à l’échelle du système, et non uniquement de l’objet technique.
6. Le photovoltaïque et la biodiversité
Sous certaines installations photovoltaïques, le territoire change de conditions :
- lumière ;
- température ;
- humidité ;
- vent ;
- végétation ;
- accès.
Ces changements peuvent être favorables à certaines espèces et défavorables à d’autres.
Il ne faut donc pas parler abstraitement de « biodiversité » comme d’une variable unique.
Il faut demander :
- quelle biodiversité ?
- quels habitats ?
- quelles espèces ?
- quelles fonctions écologiques ?
- quelle continuité ?
- quelle gestion ?
- quel sol ?
- quelle saisonnalité ?
Un site peut par exemple être géré comme une infrastructure technique stérile.
Ou être conçu comme une infrastructure énergétique entourée d’une mosaïque écologique.
Ce sont deux projets très différents.
7. L’agriculture photovoltaïque : attention à la simplification
L’association entre agriculture et photovoltaïque peut créer des synergies dans certaines situations.
L’ombre partielle peut modifier :
- la température ;
- l’évaporation ;
- le rayonnement ;
- le stress hydrique ;
- le développement des cultures.
Mais ces effets dépendent fortement :
- de la culture ;
- de la latitude ;
- de l’orientation ;
- de la hauteur des structures ;
- de leur densité ;
- du climat ;
- du sol ;
- de l’irrigation ;
- du vent ;
- de la saison.
Il ne faut donc pas transformer l’agrivoltaïsme en formule universelle.
La question correcte est :
« Pour cette culture, sur ce sol, dans ce climat, avec cette architecture photovoltaïque, quelles interactions sont réellement observées ? »
Le projet doit être expérimentalement et agronomiquement documenté.
8. Le paysage agricole comme infrastructure énergétique
L’agriculture peut également devenir un élément du système énergétique.
Elle produit :
- biomasse ;
- résidus ;
- effluents d’élevage ;
- chaleur indirectement valorisable ;
- parfois électricité photovoltaïque ;
- biogaz.
Mais elle consomme également :
- carburants ;
- électricité ;
- engrais ;
- chaleur ;
- froid ;
- énergie pour l’irrigation ;
- énergie pour le stockage ;
- énergie pour la transformation.
Le paysage agricole doit donc être considéré comme un producteur et consommateur d’énergie.
Cela permet de raisonner sur le bilan global.
E_{\text{production}}
E_{\text{consommation}}
]
Cette relation est volontairement simplifiée.
Elle ne suffit évidemment pas à caractériser la résilience énergétique.
Il faut également tenir compte :
- de la puissance disponible ;
- du moment où l’énergie est disponible ;
- du stockage ;
- de la demande ;
- des réseaux ;
- des besoins critiques.
9. La biomasse : une énergie qui vient du vivant
La biomasse possède une particularité fondamentale.
Elle provient d’un système biologique.
Un arbre.
Une haie.
Une culture.
Une prairie.
Des résidus agricoles.
Des déchets organiques.
Des effluents d’élevage.
La biomasse ne doit donc jamais être considérée comme une matière première infinie.
Elle possède un stock.
Elle possède une vitesse de renouvellement.
Elle possède des fonctions écologiques.
Elle possède parfois une fonction agricole.
Elle peut également participer au stockage du carbone et au fonctionnement des sols.
L’utilisation énergétique doit donc être intégrée dans le bilan du territoire.
Une partie de la matière organique doit parfois rester :
- au sol ;
- dans les haies ;
- dans les forêts ;
- dans les habitats ;
- dans les cycles biologiques.
La meilleure biomasse énergétique n’est pas nécessairement celle que l’on peut techniquement brûler.
C’est celle dont le prélèvement reste compatible avec le renouvellement et les autres fonctions du système.
10. Les haies : infrastructure écologique, agricole et énergétique
Une haie peut simultanément jouer plusieurs rôles :
- biodiversité ;
- corridor ;
- protection contre le vent ;
- séparation ;
- paysage ;
- production de bois ;
- stockage de biomasse ;
- protection du sol ;
- modulation du microclimat.
Mais chaque fonction possède une architecture différente.
Une haie destinée principalement à produire du bois n’est pas nécessairement identique à une haie destinée principalement à protéger une culture ou à fournir un habitat.
Le design doit donc commencer par les fonctions.
Fonction → structure → espèces → entretien → récolte éventuelle.
C’est une règle générale de l’agroclimatologie territoriale.
11. La méthanisation : transformer les flux organiques en énergie
La méthanisation introduit une autre dimension dans le paysage énergétique.
Elle peut valoriser certains flux organiques :
matière organique → digestion anaérobie → biogaz + digestat.
Le biogaz peut ensuite être valorisé sous différentes formes selon le système :
- chaleur ;
- cogénération ;
- biométhane.
Mais le projet ne doit pas être analysé uniquement à travers la quantité de biogaz produite.
Il faut également cartographier :
- origine des matières ;
- distances de transport ;
- saisonnalité ;
- stockage ;
- digestat ;
- besoins de chaleur ;
- émissions fugitives ;
- débouchés ;
- contraintes agricoles.
Une méthanisation territoriale pertinente est donc un système logistique et biologique, pas simplement un équipement énergétique.
12. Géothermie : une énergie presque invisible
La géothermie possède une caractéristique paysagère particulière.
Une partie importante de l’infrastructure peut être peu visible.
Mais cela ne signifie pas qu’elle est sans impact.
Il faut considérer :
- les forages ;
- les réseaux ;
- les échangeurs ;
- les installations techniques ;
- les besoins électriques ;
- les caractéristiques géologiques ;
- les interactions avec les eaux souterraines selon le système.
La géothermie illustre une idée importante :
Une infrastructure énergétique peut être très puissante tout en ayant une faible visibilité paysagère.
Cela peut modifier les stratégies territoriales.
13. Hydraulique et paysage
Les rivières constituent déjà des infrastructures naturelles majeures.
Elles transportent :
- de l’eau ;
- des sédiments ;
- de l’énergie potentielle ;
- des nutriments ;
- des organismes.
L’exploitation énergétique doit donc être intégrée au fonctionnement écologique du cours d’eau.
Une rivière n’est pas simplement :
[
Q \times H
]
où (Q) représente le débit et (H) la hauteur disponible.
Elle est également :
- un habitat ;
- un corridor ;
- un système hydrologique ;
- un espace de crue ;
- un système sédimentaire ;
- une interface avec les nappes.
Le paysage énergétique doit donc respecter la logique du paysage fluvial.
14. Le paysage comme infrastructure énergétique passive
L’énergie territoriale ne provient pas uniquement des machines.
Le paysage lui-même peut réduire certains besoins énergétiques.
Un arbre peut fournir de l’ombre.
Une haie peut réduire l’exposition au vent.
Une mare peut modifier localement les échanges thermiques.
Un sol végétalisé peut modifier les flux thermiques et hydriques.
Une rue arborée peut réduire l’exposition solaire des surfaces.
Une architecture bioclimatique peut diminuer certains besoins de chauffage ou de refroidissement.
On peut donc parler d’une forme de :
« production négative » : l’énergie que l’on n’a pas besoin de consommer.
Il s’agit en réalité de sobriété et d’efficacité, mais le principe est fondamental.
Avant de produire davantage, il faut demander :
« Pouvons-nous réduire le besoin ? »
15. Le paysage comme machine climatique
Cette idée rejoint directement la Vision Omakëya™.
Un territoire peut être conçu pour modifier certains flux :
- rayonnement ;
- vent ;
- eau ;
- chaleur ;
- humidité ;
- évapotranspiration.
Une succession :
arbre → ombre → réduction du rayonnement → modification de la température de surface → modification du besoin de refroidissement
constitue une chaîne fonctionnelle.
De même :
haie → réduction du vent → modification des échanges convectifs → modification du microclimat
peut avoir des conséquences énergétiques locales.
Mais ces effets doivent être mesurés.
Le paysage ne remplace pas automatiquement une infrastructure énergétique.
Il peut cependant réduire certains besoins et améliorer la résilience thermique.
16. L’esthétique n’est pas un supplément
L’esthétique est parfois considérée comme une contrainte secondaire.
Ce serait une erreur territoriale.
Un paysage est également :
- culturel ;
- historique ;
- social ;
- identitaire ;
- touristique ;
- psychologique ;
- patrimonial.
Une infrastructure techniquement performante mais rejetée socialement peut devenir difficile à maintenir.
L’intégration paysagère devient donc une composante du projet.
Il faut travailler :
- les vues ;
- les perspectives ;
- les silhouettes ;
- les matériaux ;
- les couleurs ;
- les plantations ;
- les volumes ;
- les distances ;
- les transitions.
L’esthétique devient ainsi une forme de fonction territoriale.
17. Cacher n’est pas toujours intégrer
L’intégration paysagère ne signifie pas nécessairement cacher l’infrastructure.
Une infrastructure peut être :
- dissimulée ;
- accompagnée ;
- assumée ;
- mise en scène ;
- intégrée dans une nouvelle composition paysagère.
Cacher systématiquement un équipement peut parfois produire :
- des plantations artificielles ;
- des écrans végétaux peu cohérents ;
- des coûts supplémentaires ;
- des problèmes de maintenance.
À l’inverse, une infrastructure conçue dès le départ avec le paysage peut devenir lisible et cohérente.
Le principe devient :
Ne cherchez pas toujours à faire disparaître l’énergie. Cherchez à lui donner une place cohérente dans le paysage.
18. Les paysages énergétiques doivent raconter quelque chose
Un territoire peut montrer son fonctionnement.
On peut imaginer :
- chemins pédagogiques ;
- panneaux explicatifs ;
- observatoires ;
- visualisation de la production ;
- suivi de la consommation ;
- démonstrateurs ;
- jardins énergétiques ;
- fermes expérimentales ;
- systèmes de récupération d’eau ;
- réseaux de chaleur visibles.
Le paysage énergétique devient alors un paysage pédagogique.
Les habitants ne voient plus seulement :
« des panneaux ».
Ils peuvent comprendre :
soleil → production → stockage → bâtiment → consommation.
Le territoire devient une infrastructure d’apprentissage.
19. Le couple énergie-paysage
Il est utile de considérer deux cartes simultanément.
Carte énergétique
Elle montre :
- consommation ;
- production ;
- réseaux ;
- stockage ;
- potentiel solaire ;
- potentiel biomasse ;
- géothermie ;
- hydraulique ;
- chaleur fatale.
Carte paysagère
Elle montre :
- patrimoine ;
- vues ;
- relief ;
- végétation ;
- habitats ;
- corridors ;
- agriculture ;
- espaces naturels ;
- zones sensibles ;
- continuités paysagères.
Le projet apparaît dans leur superposition.
On peut alors rechercher les zones :
- énergétiquement intéressantes ;
- écologiquement compatibles ;
- agricoles compatibles ;
- paysagèrement acceptables ;
- techniquement accessibles.
20. Vers une cartographie multicritère
Un SIG territorial peut intégrer plusieurs couches.
| Critère | Question |
|---|---|
| Soleil | Quel potentiel solaire ? |
| Vent | Quelle ressource éolienne ? |
| Biomasse | Quelle ressource réellement renouvelable ? |
| Eau | Quelle ressource hydraulique ? |
| Géologie | Quel potentiel géothermique ? |
| Réseau | Où sont les capacités de raccordement ? |
| Agriculture | Quelle valeur agronomique ? |
| Sol | Quelle sensibilité ? |
| Biodiversité | Quels habitats et corridors ? |
| Eau | Quels écoulements et zones humides ? |
| Paysage | Quelles vues et perspectives ? |
| Patrimoine | Quelles sensibilités ? |
| Population | Quelles zones habitées ? |
| Mobilité | Quels accès ? |
| Maintenance | Comment intervenir ? |
L’objectif n’est pas nécessairement de produire une carte indiquant automatiquement :
« installer ici ».
Le SIG doit plutôt permettre de produire une carte des compatibilités, incompatibilités et compromis.
21. L’énergie doit suivre la structure du territoire
Un bon paysage énergétique ne doit pas être dessiné uniquement selon les frontières administratives.
Il faut également regarder :
- bassins versants ;
- massifs forestiers ;
- plaines agricoles ;
- vallées ;
- zones urbaines ;
- réseaux électriques ;
- réseaux de chaleur ;
- flux de déchets ;
- flux alimentaires ;
- flux de biomasse.
Le système énergétique possède sa propre géographie.
Elle peut être différente de la géographie administrative.
22. Des paysages énergétiques à plusieurs échelles
Le paysage énergétique existe à plusieurs niveaux.
Échelle du bâtiment
- photovoltaïque ;
- solaire thermique ;
- géothermie ;
- récupération de chaleur ;
- stockage thermique.
Échelle de la parcelle
- agriculture ;
- arbres ;
- énergie solaire ;
- biomasse ;
- stockage.
Échelle du quartier
- réseau de chaleur ;
- photovoltaïque ;
- stockage ;
- mobilité ;
- mutualisation.
Échelle communale
- production ;
- bâtiments publics ;
- méthanisation ;
- biomasse ;
- réseau énergétique.
Échelle intercommunale
- complémentarité des ressources ;
- mutualisation des stockages ;
- réseaux de chaleur ;
- flux organiques.
Échelle régionale
- réseaux électriques ;
- grands équilibres énergétiques ;
- ressources complémentaires.
La résilience augmente potentiellement lorsque ces échelles peuvent fonctionner ensemble.
23. La complémentarité temporelle
Un territoire énergétique doit également être pensé dans le temps.
Le solaire produit principalement selon :
- l’heure ;
- la saison ;
- la météo.
La consommation possède un autre profil.
La biomasse peut être stockée.
La méthanisation peut fournir une certaine flexibilité selon les systèmes.
La géothermie fournit surtout une ressource thermique liée au sous-sol et aux installations.
L’hydraulique dépend du régime hydrologique.
On obtient donc des profils différents.
L’objectif n’est pas seulement de maximiser chaque production.
Il faut rechercher la complémentarité :
production variable + production pilotable + stockage + flexibilité + sobriété + réseau.
24. Le stockage devient une composante du paysage
Les batteries sont une forme de stockage.
Mais ce n’est pas la seule.
Le territoire peut également stocker :
- chaleur ;
- eau chaude ;
- froid ;
- énergie potentielle ;
- biomasse ;
- biogaz ;
- matériaux thermiques.
Un bâtiment lourd possède une certaine inertie thermique.
Un réseau de chaleur possède également une inertie.
Un ballon d’eau chaude constitue un stockage thermique.
Une réserve de biomasse constitue un stockage chimique.
Le paysage énergétique devient alors un paysage de stocks et de flux.
25. Le paysage énergétique comme métabolisme
On peut représenter le territoire par plusieurs flux :
[
R \rightarrow P \rightarrow S \rightarrow D \rightarrow U
]
avec :
- (R) = ressources ;
- (P) = production ;
- (S) = stockage ;
- (D) = distribution ;
- (U) = usages.
Mais un système Omakëya™ ajoute :
[
U \rightarrow R’
]
où certaines ressources secondaires retournent dans le système :
- chaleur récupérée ;
- biomasse ;
- déchets organiques ;
- eau chaude ;
- matière résiduelle.
Le territoire devient progressivement un système circulaire.
26. L’énergie et l’agriculture doivent être pensées ensemble
Une exploitation agricole peut consommer énormément d’énergie à certaines périodes :
- irrigation ;
- traite ;
- ventilation ;
- séchage ;
- froid ;
- transformation ;
- stockage.
Mais ses ressources peuvent également varier :
- solaire ;
- biomasse ;
- effluents ;
- résidus ;
- chaleur récupérable.
Le système énergétique doit donc être synchronisé avec le calendrier agricole.
Par exemple :
production solaire → irrigation → croissance → récolte → stockage → transformation.
Mais cette synchronisation doit être réelle, mesurée et dimensionnée.
27. Le risque de concurrence foncière
Toute stratégie énergétique territoriale doit intégrer la question du foncier.
Une même surface peut être recherchée par :
- l’agriculture ;
- la biodiversité ;
- l’habitat ;
- l’énergie ;
- les infrastructures ;
- les loisirs ;
- la restauration écologique.
Le foncier est limité.
La question devient donc :
Quelle fonction doit occuper quel espace, et pourquoi ?
Il faut privilégier les situations dans lesquelles :
- les fonctions sont compatibles ;
- les impacts sont maîtrisés ;
- les infrastructures sont déjà présentes ;
- les surfaces dégradées peuvent être réutilisées ;
- la multifonctionnalité est réelle.
28. Les paysages énergétiques ne doivent pas devenir des paysages industriels uniformes
La transition énergétique pourrait paradoxalement créer de nouveaux paysages standardisés.
Même équipement.
Même géométrie.
Même implantation.
Même entretien.
Même clôture.
Même végétation.
Même logique.
Cela créerait une nouvelle forme de monoculture territoriale.
Or la Vision Omakëya™ défend l’idée inverse :
diversifier les formes, les fonctions, les ressources et les échelles.
Un territoire énergétique résilient doit donc éviter de dépendre d’une seule architecture.
29. La diversité énergétique rejoint la diversité écologique
Il existe une analogie intéressante.
Une forêt composée d’une seule essence peut être vulnérable à un risque spécifique.
Un système énergétique dépendant d’une seule ressource peut également être vulnérable à certaines conditions.
La diversité énergétique peut donc constituer une forme de diversification des risques.
Mais là encore :
diversité ≠ accumulation.
Installer cinq technologies inutiles ne rend pas automatiquement un territoire résilient.
Il faut rechercher :
- complémentarité ;
- sobriété ;
- redondance ;
- maintenance ;
- flexibilité ;
- capacité de secours.
30. La redondance territoriale
Une infrastructure critique ne devrait pas nécessairement dépendre d’un seul chemin.
On peut rechercher plusieurs possibilités :
- réseau ;
- production locale ;
- stockage ;
- secours ;
- réduction temporaire de la demande.
Un système peut alors fonctionner selon plusieurs modes.
Mode normal
Production et consommation optimisées.
Mode tension
Réduction de certaines consommations et utilisation du stockage.
Mode crise
Priorité aux fonctions essentielles.
Mode dégradé
Fonctionnement avec ressources limitées.
Mode récupération
Recharge des stocks et retour progressif au fonctionnement normal.
Cette architecture est directement compatible avec la philosophie Omakëya™.
31. L’esthétique comme infrastructure sociale
Un paysage énergétique accepté, compris et approprié peut faciliter :
- son entretien ;
- sa protection ;
- son intégration sociale ;
- sa transmission ;
- sa pédagogie.
Il faut donc intégrer les habitants dès la conception lorsque le projet le permet.
Le paysage énergétique devient alors également un projet culturel.
Il peut montrer :
- d’où vient l’énergie ;
- où elle est consommée ;
- comment elle est stockée ;
- quels compromis ont été nécessaires ;
- quelles fonctions écologiques sont protégées.
32. Le paysage énergétique participatif
On peut imaginer des territoires où habitants, agriculteurs, entreprises et collectivités participent à la conception du système.
Les cartes deviennent des outils de discussion.
On peut présenter :
- scénario A ;
- scénario B ;
- scénario C ;
non pas comme des réponses automatiques, mais comme des architectures possédant différents compromis.
On compare alors :
- énergie ;
- foncier ;
- biodiversité ;
- agriculture ;
- paysage ;
- coût ;
- maintenance ;
- résilience.
La décision devient ainsi multicritère.
33. Le jumeau numérique du paysage énergétique
Le jumeau numérique territorial peut rassembler :
- relief ;
- bâtiments ;
- végétation ;
- sols ;
- agriculture ;
- réseaux ;
- production énergétique ;
- stockage ;
- consommation ;
- climat.
On peut alors tester différents scénarios.
Par exemple :
Que se passe-t-il lors d’une semaine sans vent ?
Ou :
Que se passe-t-il lors d’une canicule avec forte demande électrique ?
Ou :
Que se passe-t-il lors d’une sécheresse réduisant les ressources hydrauliques ?
Ou :
Que se passe-t-il si une infrastructure énergétique devient indisponible ?
Le jumeau numérique devient alors un laboratoire territorial.
34. L’intelligence artificielle comme outil d’arbitrage
L’IA peut analyser de nombreuses données :
- irradiation ;
- météo ;
- consommation ;
- production ;
- occupation du sol ;
- évolution agricole ;
- végétation ;
- relief ;
- réseaux.
Elle peut rechercher des configurations compatibles.
Mais elle ne doit pas décider seule de la valeur d’un paysage.
Une optimisation mathématique peut privilégier une solution énergétique tout en dégradant :
- un paysage patrimonial ;
- une continuité écologique ;
- une terre agricole ;
- une qualité de vie.
L’IA doit donc rester un outil d’exploration et d’aide à la décision.
Le choix final appartient au projet territorial.
35. Une matrice Omakëya™ des paysages énergétiques
| Fonction | Question | Indicateur possible |
|---|---|---|
| Énergie | Combien produit-on ? | kWh/an |
| Puissance | Peut-on répondre au pic ? | kW |
| Stockage | Combien peut-on décaler ? | kWh |
| Sobriété | Combien évite-t-on ? | kWh évités |
| Agriculture | Quelle production reste possible ? | rendement / revenu / surface |
| Sol | Quelle transformation ? | surface / qualité |
| Eau | Quel impact ? | volumes / écoulements |
| Biodiversité | Quelles fonctions écologiques ? | habitats / connectivité |
| Paysage | Quelle transformation visuelle ? | analyse paysagère |
| Social | Quelle appropriation ? | indicateurs qualitatifs |
| Économie | Quel coût global ? | €/an / TCO |
| Résilience | Combien de modes de fonctionnement ? | scénarios |
| Maintenance | Peut-on entretenir ? | fréquence / ressources |
| Adaptation | Peut-on modifier le système ? | modularité |
36. Concevoir par zones
Un territoire peut être organisé en différentes zones énergétiques.
Zone 1 — surfaces déjà artificialisées
Priorité possible :
- toitures ;
- parkings ;
- infrastructures.
Zone 2 — espaces agricoles compatibles
Possibilités étudiées au cas par cas.
Zone 3 — paysages multifonctionnels
Association :
- agriculture ;
- biodiversité ;
- énergie ;
- eau.
Zone 4 — espaces écologiques sensibles
Principe de précaution et protection des fonctions écologiques.
Zone 5 — infrastructures énergétiques majeures
Conception paysagère spécifique.
Cette organisation évite l’approche uniforme.
37. Le principe de proportionnalité
Une infrastructure énergétique doit être proportionnée au besoin.
Il serait incohérent de créer une infrastructure gigantesque pour alimenter une fonction mineure alors qu’une solution locale plus simple existe.
Inversement, une petite installation peut être insuffisante pour une fonction critique.
Le dimensionnement doit donc partir de :
besoin → profil temporel → ressource → stockage → réseau → secours.
Et non :
technologie disponible → installation maximale possible.
38. Penser le cycle de vie
Un paysage énergétique doit être conçu sur plusieurs décennies.
Il faut considérer :
Année 0
Installation.
Années 1–5
Montée en fonctionnement.
Années 5–20
Maintenance et évolution du paysage.
Années 20–30
Renouvellement possible de certains équipements.
Après 30 ans
Démantèlement, remplacement ou transformation.
Une infrastructure énergétique ne doit donc pas être pensée comme une photographie.
Elle doit être pensée comme une trajectoire.
39. Concevoir le démantèlement dès le départ
Toute installation devrait avoir une seconde vie prévue.
Questions :
- Que devient la structure ?
- Que deviennent les matériaux ?
- Que devient le sol ?
- Que devient la végétation ?
- Que deviennent les réseaux ?
- Que devient l’espace ?
Un paysage énergétique réellement durable doit prévoir :
construction → fonctionnement → maintenance → transformation → fin de vie → réutilisation.
40. Le paysage énergétique du futur
À l’horizon 2050–2100, les territoires pourraient être caractérisés par une multiplication des systèmes énergétiques distribués :
- production solaire ;
- stockage ;
- réseaux locaux ;
- chaleur renouvelable ;
- récupération de chaleur ;
- biomasse durable ;
- méthanisation ;
- géothermie ;
- hydraulique ;
- bâtiments à faible besoin ;
- mobilité électrique ;
- gestion intelligente de la demande.
Mais le futur ne sera probablement pas simplement celui d’un territoire couvert d’équipements énergétiques.
Le véritable enjeu sera leur intégration.
La question ne sera plus :
« Où mettre les panneaux ? »
mais :
« Comment organiser l’ensemble du territoire pour que production énergétique, agriculture, biodiversité, eau, paysage et habitat puissent fonctionner ensemble ? »
41. Vers une véritable architecture énergétique territoriale
Le paysage énergétique Omakëya™ peut être représenté comme un système à plusieurs couches :
COUCHE 1 — Ressources naturelles
Soleil — eau — biomasse — géothermie — vent.
COUCHE 2 — Infrastructures
Panneaux — réseaux — méthaniseurs — chaufferies — forages — ouvrages hydrauliques.
COUCHE 3 — Stockage
Batteries — chaleur — eau chaude — biomasse — biogaz.
COUCHE 4 — Paysage
Arbres — haies — sols — eau — relief — espaces agricoles.
COUCHE 5 — Usages
Habitat — agriculture — industrie — mobilité — services.
COUCHE 6 — Intelligence
Capteurs — SIG — prévisions — jumeau numérique — IA.
Le territoire devient alors une architecture énergétique complète.
42. La règle des quatre compatibilités
Chaque grand projet énergétique territorial devrait être étudié selon quatre compatibilités.
Compatibilité énergétique
La production correspond-elle réellement aux besoins ?
Compatibilité écologique
Les fonctions du vivant sont-elles préservées ou améliorées ?
Compatibilité agricole
Les fonctions alimentaires et agronomiques sont-elles maintenues ?
Compatibilité paysagère
L’infrastructure trouve-t-elle une place cohérente dans le paysage ?
Une cinquième dimension devrait compléter systématiquement cette grille :
Compatibilité temporelle
Le système reste-t-il pertinent lorsque le climat, les usages, les cultures et les technologies évoluent ?
43. La méthode Omakëya™ des paysages énergétiques
Pour concevoir un paysage énergétique territorial :
1. Observer
Relief, paysage, agriculture, biodiversité, eau, habitat.
2. Comprendre
Flux énergétiques, écologiques, hydrologiques et agricoles.
3. Mesurer
Consommation, production potentielle, puissance, ressources.
4. Cartographier
SIG multicritère.
5. Identifier
Compatibilités, incompatibilités, zones sensibles.
6. Réduire
D’abord les besoins inutiles.
7. Superposer
Lorsque plusieurs fonctions sont réellement compatibles.
8. Diversifier
Ressources, productions, stockages et solutions de secours.
9. Concevoir
Architecture énergétique + architecture paysagère.
10. Simuler
Scénarios climatiques, énergétiques, agricoles et écologiques.
11. Déployer
Progressivement.
12. Mesurer
Énergie, eau, agriculture, biodiversité, paysage.
13. Adapter
Modifier progressivement le système.
44. Étude de cas conceptuelle : une commune rurale
Imaginons une commune comprenant :
- un village ;
- plusieurs exploitations agricoles ;
- une forêt ;
- une rivière ;
- des bâtiments publics ;
- une zone artisanale ;
- des prairies ;
- des toitures agricoles.
Une stratégie énergétique classique pourrait chercher un seul grand projet.
Une approche Omakëya™ rechercherait plutôt une combinaison.
Village
- rénovation énergétique ;
- photovoltaïque sur certaines toitures ;
- réseau de chaleur selon les ressources locales ;
- végétalisation et ombrage.
Agriculture
- photovoltaïque sur certaines infrastructures ;
- méthanisation de flux organiques appropriés ;
- biomasse issue de ressources compatibles avec les cycles agricoles et écologiques.
Rivière
- protection écologique prioritaire ;
- étude éventuelle du potentiel hydraulique uniquement si compatible avec le fonctionnement du cours d’eau.
Zone artisanale
- toitures photovoltaïques ;
- récupération de chaleur ;
- stockage ;
- mutualisation.
Paysage
- haies ;
- corridors ;
- arbres ;
- zones humides ;
- restauration des sols.
Le système devient alors distribué.
Une défaillance locale n’entraîne pas nécessairement l’effondrement de tout le système.
45. Le paysage énergétique comme assurance territoriale
La diversification possède une dimension assurantielle.
Si une ressource devient temporairement indisponible, d’autres peuvent continuer à fonctionner.
Mais cette assurance ne repose pas seulement sur le nombre de technologies.
Elle dépend également de leur indépendance relative.
Par exemple, plusieurs installations peuvent être simultanément affectées par :
- une sécheresse ;
- une tempête ;
- une panne réseau ;
- une canicule ;
- une pénurie de combustible ;
- une défaillance informatique.
Il faut donc analyser les risques communs.
La véritable résilience énergétique vient de la diversité des ressources et de la diversité des modes de défaillance.
46. Le paysage énergétique comme organisme territorial
Nous retrouvons ici l’une des idées centrales de la Vision Omakëya™ :
Créer des territoires comme des organismes vivants.
Un organisme possède :
- des entrées ;
- des transformations ;
- des réserves ;
- des réseaux ;
- des organes spécialisés ;
- des mécanismes de régulation ;
- des systèmes de secours ;
- des capacités d’adaptation.
Un territoire énergétique peut fonctionner selon une logique analogue :
ressources → transformation → stockage → distribution → usages → récupération → adaptation.
La comparaison reste conceptuelle.
Mais elle fournit une puissante grille de conception.
47. Ne pas opposer énergie et paysage
La véritable rupture conceptuelle consiste à abandonner l’opposition :
énergie OU paysage
pour rechercher :
énergie ET paysage.
Puis :
énergie + paysage + agriculture + biodiversité + eau + habitat + économie.
Le territoire devient un système de fonctions superposées.
48. Le paysage énergétique n’est pas un décor
Il ne s’agit pas de planter quelques arbres autour d’une installation énergétique pour la rendre « jolie ».
Le paysage doit participer à la conception dès le début.
La végétation peut :
- créer des transitions ;
- protéger certains espaces ;
- structurer les vues ;
- contribuer au microclimat ;
- soutenir certaines fonctions écologiques.
Mais elle doit être conçue avec :
- les réseaux ;
- les accès ;
- les risques ;
- la maintenance ;
- les incendies ;
- les contraintes hydriques.
L’intégration paysagère est donc une discipline d’ingénierie autant qu’une discipline esthétique.
49. Le grand principe Omakëya™
NE CHERCHEZ PAS À INSTALLER L’ÉNERGIE DANS LE PAYSAGE. CONCEVEZ LE PAYSAGE DE MANIÈRE À CE QUE LA PRODUCTION, LE STOCKAGE, L’AGRICULTURE, LA BIODIVERSITÉ, L’EAU ET L’HABITAT PUISSENT COEXISTER LORSQUE LEURS FONCTIONS SONT COMPATIBLES.
Le paysage énergétique n’est pas une collection d’installations renouvelables.
C’est une architecture territoriale multifonctionnelle.
50. Synthèse — De l’infrastructure énergétique au paysage énergétique
| Ancienne logique | Logique Omakëya™ |
|---|---|
| Produire davantage | Réduire puis produire intelligemment |
| Chercher une surface disponible | Chercher une compatibilité territoriale |
| Une technologie | Un portefeuille complémentaire |
| Une fonction par espace | Multifonctionnalité lorsque possible |
| Paysage après projet | Paysage dès la conception |
| Agriculture séparée | Agriculture intégrée au système |
| Biodiversité comme contrainte | Biodiversité comme fonction territoriale |
| Infrastructure cachée | Infrastructure intégrée |
| Production annuelle | Production + puissance + stockage + flexibilité |
| Projet statique | Trajectoire sur plusieurs décennies |
| Optimisation énergétique | Optimisation multicritère |
| Décision centralisée | Système territorial coordonné |
| Installation | Écosystème énergétique |
51. Construire des territoires qui produisent leur énergie sans perdre leur âme
La transition énergétique va transformer les paysages.
Cette transformation est inévitable dès lors que les territoires doivent modifier leurs systèmes de production, de stockage, de distribution et de consommation.
Mais transformation ne signifie pas nécessairement dégradation.
Elle peut devenir une opportunité de recomposer le territoire.
Un toit peut produire de l’énergie.
Un parking peut produire de l’électricité tout en fournissant de l’ombre.
Une haie peut protéger une culture, abriter du vivant et produire éventuellement de la biomasse.
Une exploitation peut devenir un nœud énergétique.
Une zone artisanale peut récupérer sa chaleur.
Un bâtiment peut devenir un stockage thermique.
Une infrastructure énergétique peut devenir pédagogique.
Un paysage agricole peut devenir simultanément productif, écologique et énergétique.
Mais cela ne fonctionne que si l’on accepte une idée essentielle :
Il n’existe pas une énergie isolée du territoire.
Chaque kilowattheure possède une géographie.
Une infrastructure.
Un sol.
Un paysage.
Une ressource.
Une maintenance.
Un coût.
Un impact.
Une histoire.
Et une trajectoire future.
La Vision Omakëya™ propose donc de franchir une étape supplémentaire.
Ne plus concevoir séparément :
- le paysage ;
- l’agriculture ;
- l’énergie ;
- l’eau ;
- la biodiversité ;
- l’habitat.
Mais concevoir leur système d’interactions.
Le territoire devient alors une infrastructure vivante.
Une infrastructure capable de produire.
De stocker.
De consommer.
De récupérer.
De protéger.
De s’adapter.
Et surtout :
de continuer à fonctionner lorsque les conditions changent.
Principe Omakëya™ final
UN PAYSAGE ÉNERGÉTIQUE RÉSILIENT N’EST PAS UN PAYSAGE COUVERT D’ÉQUIPEMENTS ÉNERGÉTIQUES. C’EST UN TERRITOIRE DANS LEQUEL L’ÉNERGIE S’INTÈGRE AUX SOLS, À L’EAU, À L’AGRICULTURE, À LA BIODIVERSITÉ, À L’HABITAT ET AU PAYSAGE POUR RENFORCER LA CAPACITÉ DU SYSTÈME À FONCTIONNER DANS LE TEMPS.
Et la question suivante devient alors naturellement celle des réseaux énergétiques territoriaux :
Que se passe-t-il lorsque plusieurs villages, quartiers, exploitations, entreprises et bâtiments commencent non seulement à produire leur énergie, mais aussi à la stocker, à l’échanger, à la mutualiser et à fonctionner ensemble comme un seul métabolisme énergétique territorial ?
C’est l’étape suivante de l’architecture énergétique Omakëya™ :
les réseaux énergétiques territoriaux interconnectés, les micro-réseaux, les communautés énergétiques, la mutualisation des productions et des stockages, et la capacité des territoires à fonctionner en réseau plutôt qu’en îlots isolés.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.