
Les différentes approches de conception
Plusieurs chemins vers un même objectif
Au cours des dernières décennies, de nombreuses approches ont cherché à transformer notre manière de concevoir les systèmes agricoles, les jardins, les paysages et les territoires.
Certaines sont nées de l’agriculture traditionnelle.
D’autres de l’écologie scientifique.
Certaines proviennent de l’ingénierie.
D’autres encore de l’observation des écosystèmes naturels.
Parmi les principales approches contemporaines figurent :
- la permaculture ;
- l’agroécologie ;
- l’agriculture régénérative ;
- l’agriculture syntropique ;
- l’agroforesterie ;
- le Keyline Design ;
- le biomimétisme ;
- l’écologie industrielle ;
- le génie écologique ;
- la Vision Omakëya™.
Ces approches ne sont ni équivalentes ni concurrentes.
Elles ne répondent pas toutes aux mêmes questions.
Certaines sont principalement des cadres de conception.
D’autres sont des approches agronomiques.
Certaines constituent des familles de pratiques.
D’autres fournissent des outils d’ingénierie.
L’objectif de ce chapitre est donc de les comparer sans les confondre.
1. Pourquoi comparer les méthodes ?
Un même terrain peut être abordé de plusieurs manières.
Le permaculteur pourra chercher les relations entre les éléments.
L’agroécologue pourra analyser les interactions biologiques et les flux.
Le spécialiste de l’agriculture régénérative pourra chercher à restaurer les fonctions du sol.
L’agriculteur syntropique pourra concevoir des successions végétales denses.
L’agroforestier pourra intégrer arbres et cultures.
Le concepteur Keyline pourra analyser le relief et la circulation de l’eau.
L’ingénieur écologique pourra dimensionner des ouvrages ou restaurer des fonctions écologiques.
Le biomiméticien pourra rechercher dans la nature des principes transférables.
La Vision Omakëya™ cherche à réunir ces dimensions dans une démarche systémique de conception agroclimatique.
2. La permaculture
La permaculture constitue une approche de conception particulièrement influente dans le domaine des systèmes humains et écologiques.
Elle cherche à concevoir des systèmes durables en s’inspirant notamment du fonctionnement des écosystèmes.
2.1 Principes fondamentaux
Parmi ses thèmes importants :
- observation ;
- conception par fonctions ;
- diversité ;
- intégration ;
- boucles de ressources ;
- réduction des déchets ;
- utilisation efficace de l’énergie ;
- organisation spatiale.
2.2 L’observation
La permaculture accorde une grande importance à l’observation du site avant l’aménagement.
Il faut notamment observer :
- soleil ;
- vent ;
- eau ;
- relief ;
- végétation ;
- usages.
2.3 Les relations entre éléments
Un principe central consiste à rechercher plusieurs fonctions pour un même élément et plusieurs éléments pour une même fonction.
Un arbre peut ainsi :
- produire ;
- ombrer ;
- protéger ;
- héberger ;
- stocker du carbone.
2.4 Forces
La permaculture est particulièrement intéressante pour :
- conception globale ;
- jardins ;
- systèmes alimentaires ;
- autonomie ;
- intégration des fonctions ;
- organisation spatiale.
2.5 Limites
Elle ne constitue pas à elle seule une méthode scientifique complète de :
- modélisation climatique ;
- dimensionnement hydraulique ;
- hydrologie quantitative ;
- mécanique des sols ;
- simulation prospective.
Ces domaines nécessitent d’autres outils.
3. L’agroécologie
L’agroécologie s’appuie davantage sur les sciences écologiques appliquées aux systèmes agricoles.
Elle étudie notamment :
- interactions biologiques ;
- cycles des nutriments ;
- biodiversité ;
- flux d’énergie ;
- relations entre organismes.
3.1 L’exploitation comme écosystème
L’agroécologie cherche à réduire certaines dépendances externes en utilisant davantage les processus biologiques internes.
3.2 Diversification
Elle peut s’appuyer sur :
- rotations ;
- associations ;
- agroforesterie ;
- couverts végétaux ;
- infrastructures écologiques.
3.3 Forces
Très pertinente pour :
- fonctionnement écologique ;
- biodiversité ;
- cycles biogéochimiques ;
- résilience ;
- réduction des intrants.
3.4 Limites
L’agroécologie est une discipline ou un champ de recherche et d’action très large.
Elle ne fournit pas nécessairement une méthode unique de conception géométrique ou hydraulique.
4. L’agriculture régénérative
L’agriculture régénérative met particulièrement l’accent sur la restauration des fonctions biologiques des sols et des écosystèmes agricoles.
4.1 Sol vivant
Elle accorde une importance particulière :
- matière organique ;
- couverture du sol ;
- activité biologique ;
- structure ;
- racines ;
- cycles du carbone.
4.2 Réduire les perturbations
Certaines pratiques cherchent notamment à réduire :
- travail mécanique excessif ;
- sol nu ;
- érosion.
4.3 Couverture permanente
Les couverts végétaux peuvent contribuer à :
- protéger le sol ;
- limiter l’érosion ;
- maintenir une activité biologique.
4.4 Forces
Très pertinente pour :
- restauration des sols ;
- stockage de carbone ;
- infiltration ;
- fertilité ;
- résilience hydrique.
4.5 Limites
Le terme « régénératif » peut recouvrir des pratiques très différentes.
Il faut donc toujours préciser :
- quels indicateurs ?
- quelle profondeur de sol ?
- quelle évolution ?
- quelle période ?
- quels résultats mesurés ?
5. L’agriculture syntropique
L’agriculture syntropique, notamment associée aux travaux d’Ernst Götsch, repose sur une conception particulièrement dynamique des systèmes végétaux.
Elle s’intéresse notamment à :
- succession ;
- stratification ;
- densité ;
- taille ;
- régénération ;
- dynamique de la biomasse.
5.1 Succession
Les espèces sont organisées selon leur rôle dans la succession écologique.
5.2 Stratification
La production est répartie verticalement :
- canopée ;
- arbres intermédiaires ;
- arbustes ;
- herbacées ;
- couvre-sols.
5.3 Gestion de la biomasse
La taille et la redistribution de biomasse jouent un rôle important.
5.4 Forces
Très intéressante pour :
- production multi-strates ;
- régénération ;
- dynamique végétale ;
- systèmes tropicaux et subtropicaux ;
- intégration de la biomasse.
5.5 Limites
Les performances et la transposition doivent être étudiées en fonction :
- du climat ;
- du sol ;
- des espèces ;
- de la disponibilité en eau ;
- de la main-d’œuvre.
Une méthode performante dans un environnement donné n’est pas automatiquement transférable à un autre.
6. L’agroforesterie
L’agroforesterie associe arbres et activités agricoles dans une même unité spatiale ou fonctionnelle.
6.1 Arbres + cultures
Les systèmes peuvent associer :
- arbres ;
- cultures annuelles ;
- pâturages ;
- animaux.
6.2 Multifonctionnalité
Les arbres peuvent apporter :
- fruits ;
- bois ;
- ombre ;
- biomasse ;
- carbone ;
- biodiversité ;
- protection contre le vent.
6.3 Interaction arbre-sol
Les arbres modifient :
- enracinement ;
- litière ;
- microclimat ;
- circulation de l’eau.
6.4 Forces
Particulièrement pertinente pour :
- adaptation climatique ;
- production diversifiée ;
- protection des sols ;
- biodiversité ;
- stockage de carbone.
6.5 Limites
La compétition entre arbres et cultures doit être soigneusement étudiée.
Les facteurs importants comprennent :
- eau ;
- lumière ;
- nutriments ;
- espace racinaire.
7. Le Keyline Design
Le Keyline Design est une approche de gestion du paysage fortement centrée sur :
- topographie ;
- eau ;
- relief ;
- circulation des écoulements.
7.1 Lire le relief
Le terrain est analysé à travers :
- lignes de niveau ;
- vallées ;
- crêtes ;
- pentes.
7.2 Ralentir l’eau
L’objectif peut être de favoriser :
- infiltration ;
- redistribution ;
- stockage dans le sol.
7.3 Gestion à l’échelle du paysage
L’approche devient particulièrement intéressante lorsque la surface dépasse celle d’un simple jardin.
7.4 Forces
Très pertinente pour :
- hydrologie paysagère ;
- sécheresse ;
- érosion ;
- gestion des eaux de ruissellement.
7.5 Limites
Elle ne constitue pas à elle seule une méthode complète de :
- sélection variétale ;
- écophysiologie ;
- biodiversité ;
- conception alimentaire.
Elle doit donc être combinée à d’autres disciplines.
8. Le biomimétisme
Le biomimétisme consiste à rechercher dans le vivant des principes susceptibles d’inspirer des solutions humaines.
8.1 Observer les fonctions
Plutôt que copier la forme, on recherche la fonction.
Par exemple :
Comment le vivant transporte-t-il l’eau ?
Comment limite-t-il les pertes ?
Comment dissipe-t-il la chaleur ?
Comment structure-t-il un matériau ?
8.2 Exemples
Les principes biologiques peuvent inspirer :
- ventilation ;
- récupération d’eau ;
- matériaux ;
- architecture ;
- organisation spatiale.
8.3 Forces
Le biomimétisme est extrêmement puissant pour :
- innovation ;
- architecture ;
- ingénierie ;
- matériaux ;
- gestion des flux.
8.4 Limites
Une analogie biologique n’est pas automatiquement une solution techniquement correcte.
Il faut vérifier :
- échelle ;
- contraintes ;
- coûts ;
- énergie ;
- faisabilité.
9. L’écologie industrielle
L’écologie industrielle transpose certains principes écologiques aux systèmes économiques et industriels.
Elle s’intéresse notamment aux :
- flux de matière ;
- flux d’énergie ;
- déchets ;
- coproduits ;
- boucles de recyclage.
9.1 Le principe de symbiose
Le rejet d’un système peut devenir une ressource pour un autre.
9.2 Exemple agricole
On peut concevoir des boucles :
déchets organiques
→ compost
→ sol
→ végétation
→ biomasse
→ alimentation.
9.3 Forces
Particulièrement intéressante pour :
- économie circulaire ;
- territoire ;
- énergie ;
- matières ;
- déchets.
9.4 Limites
Elle est moins spécialisée dans la botanique et l’écophysiologie végétale.
10. Le génie écologique
Le génie écologique se situe à l’interface entre :
- écologie ;
- ingénierie ;
- gestion des milieux.
Il cherche notamment à restaurer ou maintenir des fonctions écologiques.
10.1 Restaurer plutôt que simplement protéger
Exemples :
- restauration de zones humides ;
- renaturation ;
- restauration de cours d’eau ;
- lutte contre l’érosion ;
- restauration des sols.
10.2 Une approche fonctionnelle
Le génie écologique cherche à identifier :
fonction perdue
→ cause
→ intervention
→ réponse écologique.
10.3 Forces
Très pertinent pour :
- restauration ;
- hydrologie ;
- sols ;
- milieux naturels ;
- infrastructures écologiques.
11. La Vision Omakëya™
La Vision Omakëya™ est conçue ici comme une architecture intégratrice.
Elle ne cherche pas nécessairement à remplacer les méthodes précédentes.
Elle cherche à les articuler autour d’une question plus large :
Comment concevoir un système vivant, productif et mesurable capable de fonctionner dans un climat en transformation ?
12. Le principe fondateur Omakëya™
La Vision Omakëya™ considère le jardin, le verger ou la ferme comme une infrastructure écologique dynamique.
Le système possède :
- entrées ;
- stocks ;
- flux ;
- sorties ;
- interactions ;
- rétroactions.
13. Les grandes dimensions Omakëya™
Une conception complète peut intégrer simultanément :
Climat
- température ;
- rayonnement ;
- humidité ;
- vent ;
- événements extrêmes.
Eau
- pluie ;
- ruissellement ;
- infiltration ;
- stockage ;
- drainage ;
- évapotranspiration.
Sol
- structure ;
- texture ;
- matière organique ;
- porosité ;
- activité biologique.
Végétation
- espèces ;
- variétés ;
- architecture ;
- racines ;
- succession.
Biodiversité
- pollinisateurs ;
- auxiliaires ;
- microorganismes ;
- corridors.
Production
- alimentation ;
- bois ;
- biomasse ;
- fruits ;
- graines.
Infrastructure
- mares ;
- noues ;
- bassins ;
- haies ;
- terrasses ;
- bâtiments.
Données
- capteurs ;
- cartographie ;
- télédétection ;
- modèles.
Temps
- année ;
- 5 ans ;
- 20 ans ;
- 50 ans ;
- 100 ans.
14. Comparatif général des approches
| Approche | Objet principal | Échelle dominante | Eau | Sol | Végétation | Biodiversité | Production | Ingénierie | Modélisation |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Permaculture | conception globale | jardin → ferme | ★★★ | ★★★ | ★★★★ | ★★★★ | ★★★★ | ★★ | ★ |
| Agroécologie | agroécosystème | ferme → territoire | ★★★ | ★★★★ | ★★★★ | ★★★★★ | ★★★★ | ★★ | ★★ |
| Régénératif | restauration des fonctions | sol → ferme | ★★★★ | ★★★★★ | ★★★ | ★★★★ | ★★★★ | ★★ | ★★ |
| Syntropie | dynamique végétale | parcelle → ferme | ★★★ | ★★★★ | ★★★★★ | ★★★★ | ★★★★★ | ★★ | ★ |
| Agroforesterie | arbres + agriculture | parcelle → territoire | ★★★ | ★★★★ | ★★★★★ | ★★★★ | ★★★★★ | ★★★ | ★★ |
| Keyline | eau + relief | paysage | ★★★★★ | ★★★★ | ★★★ | ★★★ | ★★★★ | ★★★★ | ★★★ |
| Biomimétisme | principes du vivant | objet → territoire | ★★★ | ★★★ | ★★★★ | ★★★★★ | ★★ | ★★★★★ | ★★★ |
| Écologie industrielle | flux matière/énergie | territoire | ★★ | ★★ | ★★ | ★★★ | ★★★ | ★★★★★ | ★★★★ |
| Génie écologique | restauration écologique | site → territoire | ★★★★★ | ★★★★★ | ★★★★ | ★★★★★ | ★★ | ★★★★★ | ★★★★ |
| Vision Omakëya™ | système agroclimatique intégré | jardin → territoire | ★★★★★ | ★★★★★ | ★★★★★ | ★★★★★ | ★★★★★ | ★★★★★ | ★★★★★ |
Ces étoiles constituent une grille comparative qualitative, et non une notation scientifique absolue.
15. Comparaison par philosophie
| Approche | Question centrale |
|---|---|
| Permaculture | Comment organiser durablement les éléments ? |
| Agroécologie | Comment faire fonctionner l’agriculture comme un écosystème ? |
| Régénératif | Comment restaurer les fonctions dégradées ? |
| Syntropie | Comment organiser la succession et la biomasse ? |
| Agroforesterie | Comment intégrer arbres et production agricole ? |
| Keyline | Comment gérer l’eau dans le relief ? |
| Biomimétisme | Que pouvons-nous apprendre des stratégies du vivant ? |
| Écologie industrielle | Comment fermer les boucles de matière et d’énergie ? |
| Génie écologique | Comment restaurer des fonctions écologiques ? |
| Omakëya™ | Comment intégrer climat, eau, sol, végétation, biodiversité, production, infrastructure et temps dans un système pilotable ? |
16. Comparaison selon l’eau
L’eau constitue l’une des principales différences entre ces approches.
La permaculture considère l’eau comme un élément majeur de conception.
L’agroécologie l’intègre dans les interactions de l’agroécosystème.
L’agriculture régénérative cherche notamment à améliorer les propriétés du sol qui conditionnent l’infiltration et la rétention.
Le Keyline Design place directement la circulation de l’eau au centre de la conception du paysage.
Le génie écologique intervient sur les fonctions hydrologiques des milieux.
La Vision Omakëya™ cherche à réunir ces dimensions dans une chaîne complète :
pluie
→ capture
→ ralentissement
→ infiltration
→ stockage
→ redistribution
→ absorption racinaire
→ évapotranspiration
→ atmosphère
→ nouvelle pluie.
17. Comparaison selon le sol
Le sol peut être considéré comme :
- support ;
- réservoir ;
- habitat ;
- filtre ;
- système biologique ;
- infrastructure hydrologique.
L’approche régénérative met particulièrement l’accent sur sa restauration.
Le génie écologique peut intervenir lorsque ses fonctions ont été fortement dégradées.
La Vision Omakëya™ considère le sol comme une infrastructure hydropédologique vivante.
18. Comparaison selon la végétation
La syntropie et l’agroforesterie accordent une place particulièrement importante à la structure végétale.
La permaculture travaille davantage sur l’organisation des éléments.
L’agroécologie s’intéresse aux interactions biologiques.
La Vision Omakëya™ cherche à ajouter une dimension prospective :
Quelle structure végétale fonctionnera non seulement aujourd’hui, mais également dans les climats de 2050, 2080 et 2100 ?
19. Comparaison selon le temps
Cette dimension est essentielle.
De nombreuses conceptions sont relativement statiques.
Or un écosystème est dynamique.
Il faut donc prévoir :
année 0
→ installation
année 5
→ croissance
année 10
→ maturation
année 20
→ transformation
année 50
→ renouvellement
année 100
→ nouveau système.
20. Le temps comme quatrième dimension
La Vision Omakëya™ propose de considérer systématiquement :
espace
temps
flux
biologie.
Le système n’est donc plus seulement une carte.
Il devient une trajectoire.
21. De la méthode au système hybride
Il serait artificiel de choisir une seule méthode.
Un projet réel peut combiner :
permaculture
pour l’organisation générale,
agroécologie
pour les interactions biologiques,
agroforesterie
pour la structure arborée,
syntropie
pour les successions,
Keyline
pour l’eau et le relief,
agriculture régénérative
pour le sol,
génie écologique
pour les restaurations,
biomimétisme
pour l’innovation,
écologie industrielle
pour les flux de matière,
modélisation Omakëya™
pour intégrer l’ensemble.
22. Une architecture plutôt qu’une méthode concurrente
La Vision Omakëya™ peut donc être envisagée non comme une « nouvelle méthode » destinée à remplacer les autres, mais comme une architecture de conception intégrative.
Son rôle est de répondre à une question supplémentaire :
Comment faire dialoguer les différentes disciplines dans un même modèle du territoire ?
23. Vers une méthode commune
Toutes les approches peuvent être traduites dans un langage commun :
1. Observer
Comprendre le terrain.
2. Diagnostiquer
Identifier contraintes et ressources.
3. Définir les fonctions
Que doit accomplir le système ?
4. Identifier les flux
Eau, énergie, matière, carbone, chaleur.
5. Concevoir
Choisir structures, espèces et infrastructures.
6. Simuler
Tester plusieurs scénarios.
7. Installer
Construire progressivement.
8. Mesurer
Observer les résultats.
9. Corriger
Adapter le système.
10. Faire évoluer
Préparer les décennies suivantes.
24. Le passage de l’intuition à l’ingénierie
C’est probablement ici que se situe la différence majeure entre une approche générale de conception écologique et une véritable ingénierie agroclimatique.
L’intuition permet de formuler une hypothèse.
La mesure permet de la tester.
La modélisation permet de l’explorer.
L’expérimentation permet de la valider.
Le retour d’expérience permet de l’améliorer.
25. Une conception fondée sur les fonctions
Le raisonnement peut devenir :
besoin
→ fonction
→ processus biologique ou physique
→ structure
→ espèce ou infrastructure
→ dimensionnement
→ mesure
→ optimisation.
26. Exemple — créer de la fraîcheur
Objectif :
réduire le stress thermique.
Fonctions recherchées :
- ombrage ;
- évapotranspiration ;
- réduction du rayonnement ;
- circulation de l’air ;
- stockage thermique.
Solutions possibles :
- arbre ;
- haie ;
- pergola végétalisée ;
- mare ;
- végétation multi-strates ;
- orientation du bâtiment.
Le choix final dépend du site.
27. Exemple — ralentir l’eau
Objectif :
réduire le ruissellement.
Fonctions :
- interception ;
- ralentissement ;
- infiltration ;
- stockage temporaire.
Solutions :
- couvert végétal ;
- fossé végétalisé ;
- noue ;
- terrasse ;
- mare ;
- bassin ;
- haie ;
- augmentation de la rugosité.
La bonne solution est celle qui répond au fonctionnement hydrologique réel du terrain.
28. Exemple — restaurer un sol compacté
Objectif :
restaurer l’infiltration et l’enracinement.
Diagnostic :
- densité apparente ;
- résistance à la pénétration ;
- porosité ;
- matière organique ;
- activité biologique.
Interventions possibles :
- décompaction mécanique raisonnée ;
- racines pionnières ;
- couverture permanente ;
- matière organique ;
- réduction du passage des engins.
29. La complémentarité des approches
Chaque méthode apporte une pièce du puzzle.
La permaculture apporte notamment une logique de conception.
L’agroécologie apporte la compréhension des interactions.
Le régénératif apporte une forte attention aux fonctions du sol.
La syntropie apporte une vision dynamique de la végétation.
L’agroforesterie apporte l’intégration des arbres.
Le Keyline apporte une lecture hydrologique du relief.
Le biomimétisme apporte une capacité d’innovation.
L’écologie industrielle apporte la logique des boucles.
Le génie écologique apporte les outils de restauration.
Omakëya™ cherche à fournir le cadre permettant de les intégrer.
30. Le modèle intégrateur Omakëya™
On peut représenter cette architecture sous la forme :
CLIMAT
↓
TERRAIN
↓
EAU + SOL
↓
VÉGÉTATION
↓
BIODIVERSITÉ
↓
PRODUCTION
↓
INFRASTRUCTURES
↓
FLUX
↓
DONNÉES
↓
SIMULATION
↓
PILOTAGE
↓
ADAPTATION
↓
ÉVOLUTION 2050 → 2100
Chaque niveau influence les autres.
31. Une nouvelle définition de la conception agroclimatique
La conception agroclimatique peut alors être définie comme :
la discipline consistant à organiser les composantes physiques, biologiques, hydrologiques, climatiques et humaines d’un territoire afin de maintenir ses fonctions essentielles et sa capacité productive dans un climat en évolution.
32. Ne pas choisir une école, construire un système
Les différentes approches présentées dans ce chapitre ne doivent pas être considérées comme des doctrines exclusives.
Elles constituent plutôt une bibliothèque de concepts, de pratiques et d’outils.
La permaculture nous apprend à penser les relations.
L’agroécologie nous apprend à penser les interactions biologiques.
L’agriculture régénérative nous apprend à restaurer les fonctions du sol.
La syntropie nous apprend à penser la succession.
L’agroforesterie nous apprend à penser la verticalité et la complémentarité entre arbres et agriculture.
Le Keyline Design nous apprend à lire et organiser les flux hydrologiques du paysage.
Le biomimétisme nous apprend à rechercher des solutions dans les stratégies du vivant.
L’écologie industrielle nous apprend à fermer les boucles de matière et d’énergie.
Le génie écologique nous apprend à restaurer les fonctions des milieux.
La Vision Omakëya™ cherche à aller un niveau plus loin :
assembler ces connaissances dans une architecture de conception capable d’intégrer le climat, le relief, l’eau, le sol, les plantes, les organismes, les infrastructures, la production, les données et le temps.
Le véritable objectif n’est donc pas de créer le « jardin permacole parfait », le « verger syntropique parfait » ou la « ferme régénérative parfaite ».
Il est de concevoir :
le système le plus cohérent possible avec son territoire, ses ressources, ses contraintes, ses usages et les climats futurs auxquels il devra faire face.
C’est ce passage de la méthode isolée à la conception systémique multi-disciplinaire qui constitue l’un des fondements de l’ingénierie agroclimatique Omakëya™.
Le chapitre suivant pourra ainsi entrer dans le cœur opérationnel du Tome 9 :
Diagnostiquer un terrain avant de le concevoir : climat, relief, sol, eau, végétation, biodiversité, usages et flux.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.