
LE BIOCHAR : Fabrication, pyrolyse, propriétés, applications, bénéfices, limites et intégration dans les sols vivants
Le biochar occupe une place particulière dans l’ingénierie des sols vivants. Il est souvent présenté comme une solution permettant simultanément de stocker du carbone, améliorer les sols, retenir l’eau et réduire les émissions.
Cette présentation mérite cependant d’être fortement nuancée.
Le biochar n’est pas un engrais universel, ni un substitut au compost, ni une solution automatique à la dégradation d’un sol. C’est avant tout un matériau carboné produit par conversion thermochimique de biomasse dans des conditions limitées en oxygène, dont les propriétés dépendent très fortement de sa matière première et de son procédé de fabrication.
1. Qu’est-ce que le biochar ?
Le biochar est un matériau carboné obtenu par conversion thermochimique d’une biomasse, généralement dans une atmosphère pauvre en oxygène.
Les matières premières peuvent être :
- bois ;
- résidus forestiers ;
- résidus agricoles ;
- coques ;
- noyaux ;
- certains sous-produits organiques propres.
Le produit final est riche en carbone relativement résistant à la décomposition.
On peut résumer :
BIOMASSE │ │ chauffage avec peu d'O₂ ↓PYROLYSE │ ├────────→ BIOCHAR │ ├────────→ GAZ │ └────────→ BIOHUILE / CONDENSATS
Le biochar est donc un produit de transformation de la biomasse, pas simplement du bois brûlé.
2. Biochar, charbon de bois et charbon fossile
Ces matériaux ne doivent pas être confondus.
| Matériau | Origine | Fonction principale |
|---|---|---|
| Biochar | Biomasse récente | Sols, carbone, environnement |
| Charbon de bois | Biomasse | Combustible |
| Charbon fossile | Matière organique fossile | Combustible |
| Charbon actif | Matériau carboné activé | Adsorption |
La différence entre biochar et charbon de bois tient notamment à l’intention d’usage et aux caractéristiques du produit.
Un charbon de bois destiné à la cuisson n’est pas automatiquement un biochar agronomique adapté à un sol.
3. La pyrolyse
La pyrolyse est une décomposition thermochimique de la biomasse en l’absence ou avec une très faible disponibilité d’oxygène.
Elle transforme les constituants de la biomasse :
- cellulose ;
- hémicellulose ;
- lignine ;
- extractibles ;
- minéraux.
La température et la durée de traitement influencent fortement le produit obtenu.
4. Les grandes familles de pyrolyse
On distingue notamment :
Pyrolyse lente
Elle favorise généralement une production importante de fraction solide.
Pyrolyse rapide
Elle vise davantage les produits liquides.
Gazéification
Elle pousse plus loin la conversion thermochimique et produit davantage de gaz.
Dans une approche agronomique, la pyrolyse lente est particulièrement intéressante lorsque l’objectif est de produire une fraction carbonée solide.
5. La température de pyrolyse
La température influence fortement les propriétés du biochar.
À titre général :
Températures relativement faibles
Biochar souvent plus riche en composés volatils et en matière organique encore réactive.
Températures plus élevées
Biochar généralement plus aromatique, plus carbonisé et souvent plus stable.
Mais il ne faut pas conclure :
« plus chaud = toujours meilleur ».
Le choix dépend de l’objectif.
6. La matière première
Deux biochars produits à partir de biomasses différentes peuvent avoir des propriétés très différentes.
Par exemple :
- bois ;
- paille ;
- coques ;
- fumier ;
- résidus végétaux.
Ils peuvent différer fortement en :
- pH ;
- cendres ;
- carbone ;
- surface spécifique ;
- porosité ;
- nutriments ;
- stabilité.
7. La structure du biochar
Le biochar possède généralement une structure poreuse.
On peut distinguer :
- macropores ;
- mésopores ;
- micropores.
Cette structure provient en partie de la structure initiale de la biomasse et de sa transformation thermique.
Elle peut donner au matériau :
- une grande surface spécifique ;
- une capacité d’adsorption ;
- des habitats potentiels pour certains microorganismes.
8. Le biochar comme habitat microbien
Les pores du biochar peuvent constituer des microhabitats.
Après incorporation au sol, ils peuvent être colonisés par :
- bactéries ;
- champignons ;
- autres microorganismes.
Mais il faut distinguer :
possibilité d’habitat
et
augmentation systématique de la biodiversité.
L’effet dépend du biochar et du sol.
9. Le biochar et l’eau
Le biochar peut modifier certaines propriétés hydriques.
Selon sa structure et son dosage, il peut influencer :
- rétention d’eau ;
- conductivité hydraulique ;
- porosité ;
- distribution des pores.
Mais l’effet dépend fortement de la texture du sol.
Un biochar ajouté à :
- un sol sableux ;
ne produira pas nécessairement le même résultat que dans :
- un sol argileux.
10. Le biochar et la réserve utile
L’objectif agronomique n’est pas simplement d’augmenter la quantité totale d’eau retenue.
Il faut chercher à augmenter l’eau accessible aux plantes.
On peut raisonner avec : RU=θCC−θPF
pour une épaisseur de sol donnée.
Le biochar peut modifier ces paramètres, mais l’effet est variable et parfois faible.
11. Le biochar et l’infiltration
Le biochar peut modifier :
- structure ;
- porosité ;
- hydrophobicité éventuelle ;
- circulation de l’eau.
Mais il ne remplace pas les mécanismes fondamentaux d’un sol vivant :
- agrégation ;
- racines ;
- galeries de lombrics ;
- macropores biologiques.
Dans une stratégie Omakëya™, il doit donc être considéré comme un complément, jamais comme le cœur de l’hydrologie du sol.
12. Le biochar et la fertilité
Le biochar peut influencer :
- pH ;
- CEC ;
- disponibilité de certains éléments ;
- adsorption de nutriments.
Mais le biochar n’est généralement pas riche en nutriments immédiatement disponibles au même titre qu’un engrais.
Il faut donc distinguer : amendement carboneˊ
de : fertilisant.
13. Le biochar et la CEC
Certains biochars peuvent présenter une capacité d’échange cationique importante ou développer cette propriété après vieillissement dans le sol.
Ils peuvent alors contribuer à retenir certains cations.
L’effet dépend notamment :
- de la température de pyrolyse ;
- de la matière première ;
- de l’oxydation de surface ;
- du vieillissement.
14. Le biochar et le pH
De nombreux biochars issus de certaines biomasses possèdent un caractère alcalin.
Ils peuvent donc augmenter le pH d’un sol acide.
Cela peut être intéressant dans certains cas.
Mais cela peut être indésirable dans d’autres.
Il faut donc :
mesurer le pH du sol avant application.
15. Le biochar et les nutriments
Certains biochars contiennent :
- potassium ;
- calcium ;
- magnésium ;
- phosphore ;
- autres éléments minéraux.
La quantité dépend fortement de la biomasse utilisée.
Un biochar issu d’une biomasse très riche en cendres n’aura pas les mêmes propriétés qu’un biochar de bois propre.
16. Le biochar et l’azote
Le biochar peut modifier la dynamique de l’azote.
Il peut :
- adsorber certains composés ;
- modifier l’activité microbienne ;
- influencer les pertes de nitrates ;
- modifier certaines émissions gazeuses.
Mais les effets sont variables.
Il ne faut donc pas utiliser le biochar comme substitut automatique à une gestion raisonnée de l’azote.
17. Le biochar « chargé »
Une pratique courante consiste à charger ou préconditionner le biochar avant son incorporation.
Par exemple avec :
- compost ;
- compost mûr ;
- digestat correctement contrôlé ;
- solution nutritive adaptée.
L’objectif est d’éviter d’introduire dans le sol un matériau très pauvre en azote et fortement adsorbant.
Le principe peut être résumé :
BIOCHAR ↓préconditionnement ↓colonisation biologique +adsorption de nutriments ↓BIOCHAR INTÉGRÉ AU SOL
18. Biochar et compost
L’association biochar + compost est particulièrement intéressante.
Le compost apporte :
- matière organique biologiquement active ;
- nutriments ;
- microorganismes.
Le biochar apporte :
- structure carbonée ;
- porosité ;
- surface d’adsorption ;
- carbone relativement stable.
On obtient potentiellement une complémentarité : BIOCHAR+COMPOST
plutôt que de considérer le biochar seul comme une solution complète.
19. Le biochar et les mycorhizes
Le biochar peut modifier l’environnement de la rhizosphère.
Dans certaines conditions, cela peut favoriser certaines interactions avec les mycorhizes.
Mais l’effet dépend :
- de l’espèce végétale ;
- du type de mycorhize ;
- du biochar ;
- du sol ;
- du climat ;
- du dosage.
Il faut donc rester prudent avec les affirmations générales.
20. Le biochar comme stockage du carbone
C’est l’une de ses propriétés les plus intéressantes.
Une partie du carbone de la biomasse est transformée en structures carbonées relativement résistantes.
Au lieu de :
BIOMASSE ↓décomposition ↓CO₂
une partie peut suivre :
BIOMASSE ↓PYROLYSE ↓BIOCHAR ↓SOL ↓CARBONE PLUS STABLE
Cela peut augmenter la durée de résidence d’une fraction du carbone.
21. Mais le carbone n’est pas « éternel »
Il est scientifiquement incorrect d’affirmer que le biochar stocke le carbone « pour toujours ».
Sa stabilité dépend :
- de sa composition ;
- de sa température de production ;
- du sol ;
- du climat ;
- de la taille des particules ;
- de son environnement.
Le bon concept est donc :
augmentation potentielle de la durée de résidence du carbone.
22. Le rendement carbone
Lors de la pyrolyse, toute la biomasse ne devient pas biochar.
Une partie du carbone se retrouve dans :
- gaz ;
- biohuile ;
- condensats ;
- pertes thermiques.
Il faut donc établir un bilan : Cbiomasse=Cbiochar+Cgaz+Cliquides+Cpertes
23. Le bilan carbone complet
Le biochar ne doit pas être évalué uniquement à la sortie du réacteur.
Il faut prendre en compte :
- récolte de la biomasse ;
- transport ;
- séchage ;
- énergie de pyrolyse ;
- traitement ;
- transport vers le champ ;
- application ;
- émissions éventuelles.
Ainsi : Bilan net=stockage−eˊmissions chaı^ne
24. Le problème de la biomasse
C’est une question centrale.
Si la biomasse utilisée aurait naturellement :
- nourri le sol ;
- protégé le sol ;
- alimenté une haie ;
- constitué du bois mort ;
la pyrolyser peut déplacer le problème.
Le biochar est particulièrement intéressant lorsque la biomasse utilisée est un résidu approprié, sans créer de concurrence écologique ou alimentaire.
25. Ne pas fabriquer du biochar à partir d’une forêt vivante
Une mauvaise stratégie serait :
forêt mature ↓abattage ↓pyrolyse ↓biochar
Cela peut détruire un stock de carbone existant et un écosystème complexe.
Une stratégie plus cohérente consiste à valoriser certains flux de biomasse :
- résidus de taille ;
- sous-produits propres ;
- biomasse excédentaire ;
- déchets ligneux appropriés.
26. Fabrication à petite échelle
Il existe des systèmes simples de pyrolyse.
Mais une installation artisanale doit maîtriser :
- température ;
- apport d’air ;
- fumées ;
- condensats ;
- sécurité incendie ;
- qualité du produit.
Un feu incomplet peut produire beaucoup de fumées et des composés indésirables.
Le biochar n’est donc pas simplement :
« du bois brûlé sans oxygène ».
27. Pyrolyse domestique : prudence
La fabrication artisanale présente des risques :
- incendie ;
- brûlures ;
- intoxication au monoxyde de carbone ;
- fumées ;
- hydrocarbures aromatiques polycycliques ;
- composés organiques volatils.
Elle doit être réalisée uniquement avec un dispositif conçu et exploité pour cela, dans un environnement approprié.
28. Qualité du biochar
Un biochar destiné au sol doit être caractérisé.
On peut notamment rechercher :
- carbone total ;
- carbone organique ;
- humidité ;
- cendres ;
- pH ;
- conductivité électrique ;
- nutriments ;
- éléments traces métalliques ;
- contaminants organiques ;
- stabilité du carbone.
29. Les contaminants
Un biochar mal fabriqué peut contenir des composés indésirables.
La question est particulièrement importante lorsque la biomasse contient :
- bois traité ;
- peintures ;
- colles ;
- déchets industriels ;
- plastiques ;
- matériaux contaminés.
Ces matières ne doivent pas être considérées comme des matières premières agronomiques acceptables.
30. Les HAP
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques, ou HAP, constituent une préoccupation importante dans certains biochars.
Ils peuvent être générés lors de transformations thermiques incomplètes.
La qualité du procédé et du produit doit donc être contrôlée.
31. Les métaux
Selon la matière première, le biochar peut concentrer certains éléments minéraux.
Cela concerne notamment :
- cuivre ;
- zinc ;
- plomb ;
- cadmium ;
- nickel ;
- chrome.
La biomasse doit donc être correctement caractérisée.
32. Le biochar et la salinité
Certains biochars peuvent présenter une conductivité électrique relativement élevée en raison de leur teneur en sels minéraux.
Cela peut être problématique :
- pour les semis ;
- dans les substrats ;
- dans les sols déjà salins.
Un test de conductivité est donc pertinent avant application.
33. Le biochar et l’hydrophobicité
Certains biochars fraîchement produits peuvent présenter une hydrophobicité.
Cela peut modifier :
- infiltration ;
- mouillage ;
- distribution de l’eau.
Le vieillissement et le préconditionnement peuvent modifier ces propriétés.
34. Le dosage
Plus de biochar ne signifie pas nécessairement :
meilleur sol.
Des doses élevées peuvent modifier fortement :
- pH ;
- salinité ;
- disponibilité des nutriments ;
- densité apparente ;
- hydrologie.
Le dosage doit être adapté au sol et au biochar.
35. Applications agricoles
Le biochar peut être utilisé dans :
- grandes cultures ;
- maraîchage ;
- arboriculture ;
- agroforesterie ;
- horticulture.
Mais il doit être considéré comme un amendement spécifique, pas comme une pratique obligatoire.
36. Applications dans le potager
Dans un potager, le biochar peut être intégré à une stratégie combinant :
- compost ;
- paillage ;
- couverture permanente ;
- rotations ;
- diversité végétale ;
- réduction du travail du sol.
L’objectif est de construire un système cohérent.
37. Applications dans les vergers
Dans un verger, on peut envisager le biochar dans la zone racinaire, notamment en association avec de la matière organique mûre.
Mais il faut tenir compte :
- du pH ;
- de la texture ;
- de la disponibilité en eau ;
- de l’âge des arbres ;
- du système racinaire.
38. Applications en agroforesterie
Le biochar peut être intégré à des systèmes combinant :
- arbres ;
- cultures ;
- couverts ;
- haies.
Son intérêt doit alors être évalué à l’échelle du système plutôt que comme produit isolé.
39. Applications dans les substrats
Le biochar peut également être utilisé dans certains substrats horticoles.
Il peut modifier :
- porosité ;
- rétention d’eau ;
- adsorption ;
- pH.
Mais les formulations doivent être testées : un biochar alcalin et salin n’est pas nécessairement adapté à toutes les plantes.
40. Applications environnementales
Au-delà de l’agriculture, le biochar peut avoir des applications dans :
- traitement de certains effluents ;
- filtration ;
- adsorption ;
- restauration de sols ;
- gestion de certains polluants.
Ces usages reposent notamment sur sa surface spécifique et ses propriétés d’adsorption.
41. Biochar et pollution
Certains biochars peuvent adsorber des contaminants.
Cela peut être intéressant pour :
- certains métaux ;
- certains composés organiques ;
- certains nutriments.
Mais : adsorption=destruction.
Un polluant simplement immobilisé doit continuer à être considéré dans le bilan environnemental.
42. Biochar et hydrologie régénérative
Dans le cadre du Tome 7, le biochar peut être intégré dans une chaîne plus large :
BIOMASSE ↓BIOCHAR +COMPOST ↓SOL VIVANT ↓STRUCTURE ↓POROSITÉ ↓INFILTRATION ↓STOCKAGE DE L'EAU ↓VÉGÉTATION ↓NOUVEAU CARBONE
Mais le cœur du système reste :
racines + agrégats + matière organique + biodiversité + eau.
Le biochar vient éventuellement renforcer certaines fonctions.
43. Comparaison avec le compost
| Caractéristique | Compost | Biochar |
|---|---|---|
| Carbone facilement dégradable | Important | Faible |
| Carbone stable | Variable | Généralement important |
| Nutriments | Généralement plus importants | Variables |
| Activité biologique directe | Élevée | Faible au départ |
| Structure poreuse | Variable | Souvent importante |
| pH | Variable | Souvent alcalin |
| Fonction principale | Matière organique + fertilité | Carbone + propriétés physiques/chimiques |
| Effet rapide | Souvent oui | Variable |
| Durée de résidence du carbone | Variable | Potentiellement longue |
L’association des deux peut être plus intéressante que l’emploi isolé de l’un ou de l’autre.
44. Comparaison avec le BRF
Le BRF est une biomasse ligneuse non pyrolysée.
Il apporte :
- carbone ;
- énergie biologique ;
- substrat pour les décomposeurs ;
- couverture.
Le biochar apporte principalement :
- carbone plus stable ;
- porosité ;
- surface d’adsorption.
Ils ne sont donc pas interchangeables.
45. Biochar et humus
Le biochar ne doit pas être assimilé à de l’humus.
Il peut cependant interagir avec :
- matière organique ;
- microorganismes ;
- minéraux ;
- racines.
Il peut donc participer à l’environnement dans lequel la matière organique du sol se transforme et se stabilise.
46. Biochar et sol vivant
Un bon système ne consiste pas à remplacer la matière organique par du biochar.
Le schéma correct est plutôt :
RACINES VIVANTES +LITIÈRE +COMPOST +BIOCHAR éventuel ↓MICROORGANISMES ↓STRUCTURE DU SOL ↓EAU + AIR + NUTRIMENTS
47. Les bénéfices potentiels
Selon le contexte, le biochar peut contribuer à :
- augmenter une fraction du carbone stable ;
- modifier la rétention d’eau ;
- améliorer certaines propriétés physiques ;
- augmenter la CEC ;
- tamponner certains sols acides ;
- fournir des surfaces de colonisation ;
- réduire certaines pertes de nutriments ;
- valoriser certains résidus de biomasse.
Mais ces bénéfices ne sont ni universels ni garantis.
48. Les limites
Les principales limites sont :
Variabilité
Deux biochars peuvent être très différents.
Coût
Production et transport peuvent être importants.
Qualité
Les contaminants doivent être contrôlés.
pH
Un biochar alcalin peut être inadapté à certains sols.
Salinité
Certains produits sont riches en sels.
Azote
Une gestion inadéquate peut perturber temporairement la disponibilité de certains nutriments.
Biomasse
La ressource doit être réellement disponible sans dégrader l’écosystème.
Effets hydriques
Ils sont très dépendants du sol.
49. Le risque de « solution miracle »
Le biochar est particulièrement intéressant lorsqu’il est intégré à une stratégie complète.
Il devient beaucoup moins pertinent si l’on cherche à résoudre avec lui :
- compaction ;
- érosion ;
- absence de racines ;
- manque d’eau ;
- pauvreté biologique ;
- mauvaise structure.
Dans un sol fortement dégradé, restaurer la structure et remettre des racines vivantes peut être beaucoup plus déterminant que d’ajouter un matériau carboné.
50. Le protocole Omakëya™ avant application
Avant d’utiliser du biochar, réaliser :
Diagnostic du sol
- texture ;
- pH ;
- CEC ;
- matière organique ;
- carbone organique ;
- densité apparente ;
- salinité ;
- structure ;
- infiltration.
Analyse du biochar
- origine ;
- procédé ;
- température ;
- carbone ;
- cendres ;
- pH ;
- conductivité ;
- contaminants.
Test
Tester d’abord sur une petite zone.
Suivi
Mesurer :
- croissance ;
- humidité ;
- pH ;
- conductivité ;
- production ;
- activité biologique.
51. Le biochar comme outil d’ingénierie
Dans la méthode Omakëya™, le biochar peut être considéré comme un matériau fonctionnel.
Il devient comparable à d’autres outils :
- compost ;
- BRF ;
- paillage ;
- haies ;
- racines ;
- mares ;
- noues ;
- ouvrages hydrauliques.
La question devient alors :
Quelle fonction cherche-t-on à améliorer, dans quel sol, avec quel matériau, à quelle dose et sur quelle durée ?
C’est cette approche qui permet de sortir de la logique du produit miracle.
52. Matrice de décision
| Problème | Biochar potentiellement intéressant ? | Priorité |
|---|---|---|
| Sol très pauvre en MO | Oui, mais avec matière organique | Moyenne |
| Sol compacté | Peu directement | Structure/racines d’abord |
| Sol acide | Potentiellement | Analyse pH préalable |
| Sol salin | Prudence | Analyse indispensable |
| Sol sableux | Potentiellement intéressant | Test nécessaire |
| Sol argileux | Effets variables | Test nécessaire |
| Stockage carbone | Oui | Intérêt potentiel élevé |
| Manque d’azote | Non comme solution principale | Fertilité à traiter |
| Érosion | Indirectement | Couverture prioritaire |
| Manque d’eau | Potentiellement | Hydrologie globale prioritaire |
53. Vers un bilan carbone du biochar
Un projet sérieux doit calculer : Cbiomasse→Cbiochar→Csol
mais aussi : Ereˊcolte+Eseˊchage+Epyrolyse+Etransport+Eapplication
Le bénéfice climatique réel correspond au bilan entre ces flux.
54. Le biochar dans le temps
Après son incorporation, le biochar n’est pas figé.
Il peut subir :
- oxydation de surface ;
- colonisation microbienne ;
- adsorption de molécules organiques ;
- association avec des minéraux ;
- fragmentation ;
- déplacement dans le profil.
Son comportement évolue donc avec le temps.
55. Le modèle conceptuel à 100 ans
On peut imaginer :
ANNÉE 0Biochar frais ↓ANNÉES 1–5colonisation + adsorption ↓ANNÉES 5–20vieillissement + intégration ↓ANNÉES 20–100stabilisation progressive ↓CARBONE À LONGUE DURÉE DE RÉSIDENCE
Les vitesses réelles sont très variables et doivent être étudiées expérimentalement.
56. Le principe fondamental
Le biochar peut être extrêmement intéressant lorsqu’il permet de transformer un flux de biomasse approprié en une fraction de carbone ayant une durée de résidence plus longue.
Mais il ne faut jamais oublier : un sol vivant se construit d’abord avec du vivant
Le biochar ne remplace ni :
- les racines ;
- les champignons ;
- les bactéries ;
- les vers de terre ;
- la matière organique fraîche ;
- l’eau ;
- la couverture du sol.
57. Le biochar est donc un outil d’ingénierie écologique, pas une recette universelle.
Son intérêt maximal apparaît lorsqu’il est intégré dans un système où : biomasse reˊsiduelle→pyrolyse maıˆtriseˊe→biochar caracteˊriseˊ→preˊconditionnement→sol vivant
et où son impact est ensuite mesuré.
Dans la logique du Tome 7, le biochar trouve sa place à l’intersection de trois grands cycles : Carbone↔Eau↔Fertiliteˊ
Son véritable intérêt ne réside donc pas seulement dans le carbone qu’il contient, mais dans sa capacité potentielle à devenir un élément durable d’un système sol–eau–plante–microbiote correctement conçu et piloté.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.