AGROCLIMATOLOGIE : LE COMPOST : Biologie, recettes, différents types de compost, lombricompost, suivi, compostage industriel et préparation d’amendements vivants

LE COMPOST : Biologie, recettes, différents types de compost, lombricompost, suivi, compostage industriel et préparation d’amendements vivants

Le compost est souvent présenté comme une simple transformation des déchets organiques en « terreau ». Cette définition est trop réductrice.

Le compostage est avant tout un processus biologique contrôlé de transformation de matières organiques, réalisé par une succession de communautés microbiennes et animales.

Dans la logique du Tome 7, le compost constitue une interface essentielle entre :

  • la biomasse ;
  • le carbone ;
  • l’azote ;
  • les microorganismes ;
  • le sol ;
  • l’eau ;
  • les plantes ;
  • les animaux ;
  • les activités humaines.

Et surtout, dans une démarche Omakëya™, il n’existe pas nécessairement un seul compost.

Il peut être beaucoup plus pertinent de créer plusieurs filières complémentaires selon :

  • l’origine des matières ;
  • leur composition ;
  • leur vitesse de décomposition ;
  • leur niveau de risque ;
  • leur destination finale.

1. Qu’est-ce que le compost ?

Le compost est le produit relativement stabilisé obtenu par la décomposition biologique contrôlée de matières organiques.

Il résulte de l’action combinée de :

  • bactéries ;
  • champignons ;
  • actinomycètes ;
  • protozoaires ;
  • nématodes ;
  • acariens ;
  • collemboles ;
  • larves ;
  • vers ;
  • autres organismes décomposeurs.

Le compostage transforme progressivement :

MATIÈRE ORGANIQUE       ↓décomposition       ↓échauffement       ↓transformation       ↓humification / stabilisation       ↓COMPOST MÛR

2. Compost ≠ humus

Cette distinction est fondamentale.

Le compost est un produit issu d’un processus de compostage.

L’humus désigne un ensemble beaucoup plus complexe de matière organique transformée et stabilisée dans le sol.

Ainsi :compost=humus​

Le compost peut cependant contribuer à la formation et à la stabilisation de matière organique du sol.


3. Pourquoi composter ?

Le compostage permet de :

  • recycler la biomasse ;
  • réduire certains déchets ;
  • produire un amendement organique ;
  • restituer des nutriments ;
  • favoriser l’activité biologique ;
  • améliorer certaines propriétés du sol ;
  • stocker une fraction du carbone ;
  • fermer localement certains cycles.

Dans un système Omakëya™, le compost devient donc un élément du cycle local de la matière.


4. Le cycle général

VÉGÉTAUX   ↓BIOMASSE   ↓DÉCHETS / RÉSIDUS   ↓COMPOSTAGE   ↓COMPOST   ↓SOL   ↓PLANTES   ↓BIOMASSE   ↺

On cherche à transformer un modèle linéaire :

produire → consommer → jeter

en modèle circulaire :

produire → utiliser → recycler → fertiliser → produire

5. La biologie du compost

Le compost est un écosystème temporaire.

Il évolue au cours du temps.

On distingue généralement plusieurs phases.

Phase mésophile

Les microorganismes commencent à dégrader les matières facilement accessibles.

Phase thermophile

La température augmente fortement.

Phase de refroidissement

Les matières facilement dégradables diminuent.

Phase de maturation

Les communautés biologiques changent et le matériau se stabilise progressivement.


6. La phase mésophile

Au début, les microorganismes utilisent les composés facilement dégradables :

  • sucres ;
  • protéines ;
  • molécules solubles.

La respiration microbienne produit de la chaleur :matieˋre organique+O2​→CO2​+H2​O+chaleur

La température commence donc à augmenter.


7. La phase thermophile

Lorsque la température augmente, une autre communauté microbienne devient dominante.

Cette phase peut contribuer à l’hygiénisation du compost lorsqu’elle est correctement conduite.

Elle favorise également la dégradation de certaines matières plus complexes.


8. La température

La température constitue l’un des meilleurs indicateurs de fonctionnement.

Un suivi simple peut utiliser une sonde à compost.

On peut observer :

Température↑│             ______│           /        \│         /            \│_______/                \________└────────────────────────────────→ temps       mésophile  thermophile  maturation

Une température qui ne monte jamais peut indiquer :

  • trop peu de matière facilement dégradable ;
  • manque d’humidité ;
  • tas trop petit ;
  • mauvais équilibre des matières.

9. Le rapport carbone/azote

Le fameux rapport C/N est un paramètre important.

Le carbone constitue principalement :

  • une source d’énergie ;
  • une partie des structures organiques.

L’azote est notamment nécessaire à la croissance microbienne.

Un compostage équilibré nécessite donc une combinaison de matières :

Riches en carbone

  • feuilles sèches ;
  • paille ;
  • broyat ;
  • carton non traité ;
  • bois fragmenté.

Riches en azote

  • tontes ;
  • déchets végétaux verts ;
  • restes de cuisine ;
  • fumier ;
  • certaines déjections animales.

10. Les matières « brunes »

Elles apportent généralement beaucoup de carbone :

  • feuilles mortes ;
  • paille ;
  • broyat ;
  • copeaux ;
  • carton brun ;
  • petits rameaux.

Elles sont souvent relativement sèches.


11. Les matières « vertes »

Elles sont généralement plus riches en azote et en eau :

  • herbe fraîche ;
  • feuilles vertes ;
  • déchets de légumes ;
  • certains résidus de cuisine ;
  • jeunes plantes.

12. Le bon compost n’est pas une recette universelle

Il serait faux de dire :

« Il faut exactement X parties de brun et Y parties de vert. »

La composition dépend :

  • de l’humidité ;
  • de la granulométrie ;
  • de la température ;
  • du type de matières ;
  • du brassage ;
  • de la taille du tas.

L’observation reste essentielle.


13. L’humidité

Un compost doit être suffisamment humide pour permettre l’activité microbienne.

Trop sec :

→ activité faible.

Trop humide :

→ manque d’oxygène.

On recherche donc un compromis.

Une méthode empirique consiste à prendre une poignée de matière et vérifier qu’elle est humide sans être détrempée.


14. L’oxygène

Le compostage classique est principalement aérobie.

Les microorganismes ont besoin d’oxygène.

Un manque d’air peut provoquer :

  • odeurs ;
  • production de composés réduits ;
  • ralentissement ;
  • fermentation indésirable.

Il faut donc maintenir une structure permettant la circulation de l’air.


15. La granulométrie

Une matière très fine :

  • se décompose rapidement ;
  • peut se compacter.

Une matière grossière :

  • se décompose plus lentement ;
  • améliore souvent l’aération.

Le mélange des granulométries est donc intéressant.


16. Le rôle du broyage

Le broyage augmente la surface disponible pour les microorganismes.

Mais un broyage excessif peut créer une masse compacte.

Il faut rechercher :

une surface biologique importante sans perdre la structure poreuse du tas.


17. Le rôle des microorganismes

Les bactéries interviennent notamment dans :

  • dégradation des molécules simples ;
  • respiration ;
  • transformation de l’azote.

Les champignons sont particulièrement importants pour :

  • cellulose ;
  • lignine ;
  • matières végétales complexes.

Les actinomycètes deviennent notamment visibles dans les phases plus avancées.


18. La faune du compost

Lorsque le compost mûrit, on peut observer :

  • collemboles ;
  • acariens ;
  • larves ;
  • vers ;
  • cloportes ;
  • mille-pattes ;
  • prédateurs microscopiques.

Le compost devient donc progressivement un véritable réseau trophique.


19. Le rôle des vers

Les vers de terre peuvent participer à la transformation de matières organiques.

Mais tous les vers de terre ne sont pas adaptés au lombricompostage.

Il faut distinguer :

  • épigés ;
  • endogés ;
  • anéciques.

Les espèces épigées sont particulièrement adaptées aux matières organiques de surface.


20. Plusieurs composts plutôt qu’un seul

Dans un système Omakëya™, l’idée de plusieurs composteurs est particulièrement pertinente.

On peut par exemple créer :

Compost A

Déchets végétaux courants.

Compost B

Matières riches en carbone / BRF.

Compost C

Déchets provenant de l’élevage de poules.

Compost D

Matières ne devant pas être accessibles aux poules.

Compost E

Feuilles particulières destinées à une maturation longue.

Cette séparation permet de mieux contrôler :

  • composition ;
  • hygiène ;
  • vitesse ;
  • destination.

21. Compost des déchets végétaux courants

Il peut recevoir :

  • épluchures de légumes ;
  • fanes ;
  • feuilles ;
  • tontes mélangées ;
  • fleurs fanées ;
  • petits résidus végétaux.

Objectif :

produire rapidement un amendement organique général.


22. Compost associé aux poules

Les poules produisent :

  • fientes ;
  • litière ;
  • plumes ;
  • restes alimentaires.

La litière peut devenir une matière très intéressante pour le compostage.

Elle est généralement riche en azote.

Elle doit toutefois être compostée correctement avant utilisation lorsqu’elle contient des déjections animales.


23. Compost « non accessible aux poules »

Cette séparation peut être utile pour des matières que l’on souhaite contrôler ou qui ne doivent pas être proposées volontairement aux animaux.

Dans votre logique, on peut y placer par exemple :

  • coquilles d’œufs ;
  • certains restes végétaux ;
  • épluchures de pommes de terre ;
  • poireaux ;
  • matières végétales particulières.

Le principe important est :

ne pas confondre alimentation animale et filière de compostage.


24. Les coquilles d’œufs

Les coquilles apportent principalement du calcium sous forme minérale.

Elles se décomposent lentement.

Les broyer augmente leur surface.

Elles peuvent être incorporées dans un compost, mais ne constituent pas une source majeure de carbone ou d’azote.


25. Les épluchures de pommes de terre

Elles sont compostables.

Cependant, elles sont riches en eau et relativement facilement dégradables.

Il est préférable de les mélanger à des matières structurantes :

  • feuilles sèches ;
  • broyat ;
  • paille.

26. Les poireaux et autres déchets de cuisine

Ils peuvent être compostés lorsqu’ils sont intégrés à un mélange équilibré.

Le problème n’est pas nécessairement la matière elle-même, mais :

  • son humidité ;
  • sa proportion ;
  • son accumulation localisée.

Un seau entier de déchets humides peut rapidement créer une zone anaérobie.


27. Le compost de BRF

Le BRF mérite une filière particulière.

Le bois raméal fragmenté est riche en carbone et relativement pauvre en azote.

Il se décompose lentement.

Deux stratégies sont possibles :

BRF directement au sol

Il sert de couverture et se décompose progressivement.

BRF composté

Il est mélangé à des matières plus riches en azote.


28. Pourquoi séparer le BRF ?

Parce que sa cinétique est différente.

Un tas de BRF :

  • chauffe moins rapidement ;
  • se décompose lentement ;
  • peut nécessiter une longue maturation.

Le mélanger systématiquement avec les déchets de cuisine n’est donc pas toujours optimal.


29. Compost de feuilles

Les feuilles peuvent constituer une excellente matière organique.

Mais elles peuvent être gérées séparément.

On peut créer un compost de feuilles, souvent appelé terreau de feuilles lorsqu’il est très mûr.

Il est particulièrement intéressant pour :

  • améliorer la structure ;
  • apporter de la matière organique ;
  • produire un matériau fin.

30. Les feuilles de noyer

Le cas du noyer mérite une approche particulière.

Les feuilles de noyer contiennent notamment des composés comme la juglone, souvent évoquée pour ses effets phytotoxiques.

Cependant, il ne faut pas conclure qu’elles sont systématiquement inutilisables.

La décomposition transforme progressivement les composés organiques.

Une stratégie prudente consiste à :

  • les composter séparément ;
  • les laisser mûrir suffisamment ;
  • éviter de les utiliser fraîches autour de plantes sensibles ;
  • observer le comportement du compost obtenu.

31. « Humus de désherbage »

L’idée peut être développée comme une filière spécifique :

DÉSHERBAGE    ↓tri des plantes    ↓maturation contrôlée    ↓décomposition    ↓matière organique stabilisée    ↓retour au sol

Mais il faut éviter de remettre au compost des adventices contenant :

  • graines mûres ;
  • organes végétatifs capables de repartir.

Un compost insuffisamment chauffé peut transformer le composteur en producteur de graines d’adventices.


32. Compost et graines

C’est l’une des raisons pour lesquelles la phase thermophile est importante.

Pour une gestion rigoureuse, il faut distinguer :

  • matière végétative ;
  • plantes montées en graines ;
  • rhizomes ;
  • stolons ;
  • racines vivantes.

Certaines adventices doivent être traitées avec davantage de précautions.


33. Compostage à chaud

Un compost volumineux et bien équilibré peut atteindre des températures élevées.

Avantages :

  • décomposition rapide ;
  • hygiénisation ;
  • destruction d’une partie des graines.

Mais la température doit être mesurée, pas simplement supposée.


34. Le compostage à froid

Un compostage plus lent peut fonctionner sans forte montée en température.

Il repose davantage sur :

  • temps ;
  • diversité biologique ;
  • décomposition progressive.

Il demande davantage de patience.

Il n’offre pas nécessairement le même niveau d’hygiénisation qu’un compostage thermophile correctement conduit.


35. Le compostage industriel

À grande échelle, le processus peut être fortement contrôlé.

On peut utiliser :

  • andains ;
  • tunnels ;
  • compostage en casiers ;
  • systèmes aérés ;
  • retournements mécanisés.

Les paramètres suivis peuvent inclure :

  • température ;
  • oxygène ;
  • humidité ;
  • masse ;
  • durée ;
  • maturation.

36. Compostage industriel et qualité

À l’échelle industrielle, la qualité doit être caractérisée.

On peut analyser :

  • matière sèche ;
  • matière organique ;
  • carbone ;
  • azote ;
  • rapport C/N ;
  • pH ;
  • conductivité ;
  • contaminants ;
  • stabilité ;
  • maturité.

Les exigences réglementaires dépendent du pays et du statut du produit.


37. Le lombricompostage

Le lombricompostage utilise des vers adaptés à la vie dans la matière organique en décomposition.

Il est particulièrement intéressant :

  • en appartement ;
  • sur balcon ;
  • dans une petite maison ;
  • pour les petits flux de déchets alimentaires.

38. Le lombricomposteur

Un système simple peut comporter :

COUVERCLE──────────────matières fraîches──────────────lombricompost──────────────matière plus mûre──────────────récupération éventuelle──────────────liquide

Mais le liquide récupéré ne doit pas automatiquement être considéré comme un « engrais miracle ».


39. Les vers adaptés

Les lombricomposteurs utilisent généralement des vers épigés, notamment des espèces adaptées aux matières organiques riches.

Ils ne sont pas les mêmes que les grands vers anéciques qui creusent profondément le sol.


40. Le lombricompost

Le lombricompost est un matériau biologiquement transformé par les vers et les microorganismes associés.

Il peut être riche en :

  • matière organique ;
  • microorganismes ;
  • éléments minéraux.

Il doit néanmoins être utilisé avec discernement selon sa maturité.


41. Les « thés de compost »

Le terme « thé de compost » recouvre plusieurs pratiques très différentes.

Il faut distinguer :

Extrait de compost

On met du compost dans l’eau et on extrait certaines substances.

Thé de compost aéré

On cherche à maintenir une population microbienne active dans l’eau avec éventuellement une aération.

Jus de compost

Liquide provenant de l’écoulement du compost.

Ces produits ne sont pas équivalents.


42. Prudence avec les thés de compost

Il existe un enthousiasme important autour de leur utilisation.

Mais les résultats agronomiques sont variables et leur qualité microbiologique peut être difficile à contrôler.

Il ne faut surtout pas considérer un liquide issu d’un compost contenant des déjections animales comme automatiquement sûr pour pulvérisation sur des cultures alimentaires.


43. Compost et pathogènes

Les matières contenant des déjections animales nécessitent une gestion particulièrement rigoureuse.

Le compostage thermophile correctement conduit peut réduire certaines populations de pathogènes.

Mais :compostage=steˊrilisation.

Le compost n’est pas un procédé permettant de rendre absolument tout matériau biologique exempt de microorganismes.


44. Compost et métaux lourds

Les contaminants peuvent provenir :

  • du sol ;
  • des déchets ;
  • des boues ;
  • de certaines cendres ;
  • de matériaux contaminés.

Un compost destiné à l’agriculture doit donc avoir une origine maîtrisée.


45. Compost et carbone

Le compostage entraîne une perte importante de carbone sous forme de CO₂.

Cela peut sembler paradoxal.

On peut schématiser :

BIOMASSE100 unités de C      ↓COMPOSTAGE      ↓CO₂ + compost stabilisé

Une partie importante du carbone retourne à l’atmosphère.

Le compost n’est donc pas simplement un moyen de « séquestrer tout le carbone ».


46. Pourquoi composter malgré cela ?

Parce que le compostage permet :

  • de stabiliser une fraction de la matière organique ;
  • de produire un amendement ;
  • de restituer des nutriments ;
  • de soutenir la structure biologique du sol ;
  • de fermer des cycles locaux.

Le bénéfice doit donc être considéré globalement.


47. Compost et sol vivant

Le compost fournit une partie du carburant du système biologique.

Il peut soutenir :

  • bactéries ;
  • champignons ;
  • faune du sol ;
  • agrégation ;
  • formation de matière organique.

Mais il ne remplace pas la production de carbone in situ par les plantes vivantes.

C’est une distinction fondamentale.


48. Racines vivantes vs compost

Un sol vivant doit idéalement recevoir du carbone par deux voies :

Carbone externe

Compost, BRF, résidus.

Carbone interne

Photosynthèse → racines → exsudats.

             ATMOSPHÈRE                  ↓            PHOTOSYNTHÈSE                  ↓              PLANTES                  ↓               RACINES                  ↓        exsudats / matière morte                  ↓             MICROBIOTE                  ↓                 SOL

Le deuxième flux est fondamental dans un système régénératif.


49. Compost et hydrologie

Le compost peut contribuer indirectement à :

  • améliorer l’agrégation ;
  • augmenter la matière organique ;
  • favoriser la structure ;
  • améliorer l’infiltration dans certains sols ;
  • augmenter certaines capacités de rétention d’eau.

Mais là encore :

le compost ne remplace pas les racines et les biopores.


50. Le système multi-compost Omakëya™

Une architecture particulièrement intéressante pourrait être :

                         BIOMASSE                            │          ┌─────────────────┼──────────────────┐          ↓                 ↓                  ↓     CUISINE             POULAILLER           JARDIN          ↓                 ↓                  ↓   COMPOST A             COMPOST B         COMPOST C déchets verts          fientes+litière   feuilles/tontes          │                 │                  │          └─────────────────┼──────────────────┘                            ↓                       MATURATION                            ↓                    COMPOSTS DISTINCTS                            ↓               ┌────────────┼─────────────┐               ↓            ↓             ↓             SOL          VERGER       POTAGER

À côté :

BRF → tas dédié → maturation lente

et :

FEUILLES → compost de feuilles → amendement

51. Un composteur « à trois cases »

Pour un jardin familial, une solution simple consiste à avoir trois compartiments :

Case 1 — alimentation

On apporte continuellement les matières fraîches.

Case 2 — maturation

On ne l’alimente plus.

Case 3 — compost mûr

On prélève progressivement.

Cela crée une rotation :1→2→3→1


52. Un système encore plus complet

Pour une propriété Omakëya™, on pourrait avoir :

FilièreMatièresVitesseDestination
C1Cuisine + végétauxRapidePotager
C2Fientes + litièreMoyenneVerger / sol
C3BRFLentePaillage
C4FeuillesTrès lenteSol forestier
C5DésherbageVariableCompost spécifique
C6LombricompostRapideSemis / pots

Cette architecture permet de piloter la matière organique plutôt que de simplement la jeter dans un tas unique.


53. Le compost comme outil de gestion du carbone

Pour chaque composteur, on peut suivre :

  • masse entrante ;
  • masse sortante ;
  • humidité ;
  • température ;
  • durée ;
  • carbone estimé ;
  • azote estimé ;
  • destination.

On transforme alors le compostage en flux mesurable.


54. Tableau de suivi

ParamètreMesureFréquence
Température°Crégulière
Humidité% ou estimationhebdomadaire
Masse entrantekgà chaque apport
Odeurqualitativerégulière
Oxygène/aérationobservationrégulière
pHmesureponctuelle
C/Nanalyseponctuelle
Maturitéobservation/testfin de cycle

55. Les indicateurs d’un compost sain

On recherche généralement :

  • odeur de terre ;
  • température redescendue ;
  • structure homogène ;
  • disparition progressive des matières initiales ;
  • absence de putréfaction ;
  • humidité correcte ;
  • présence d’une biodiversité adaptée.

56. Les problèmes classiques

Mauvaise odeur

Probable manque d’oxygène ou excès d’humidité.

Compost sec

Activité microbienne insuffisante.

Compost froid

Tas trop petit ou manque de matières facilement dégradables.

Tas détrempé

Structure insuffisante.

Présence massive de mouches

Excès de déchets alimentaires accessibles en surface.

Décomposition très lente

Matières trop ligneuses ou manque d’humidité.


57. Le compostage des feuilles

Un compost de feuilles peut être particulièrement intéressant pour Omakëya™.

On peut :

  1. collecter les feuilles ;
  2. les broyer éventuellement ;
  3. les humidifier ;
  4. les entasser ;
  5. laisser mûrir ;
  6. surveiller ;
  7. utiliser après transformation.

Le résultat peut être très différent d’un compost de cuisine.


58. Le compostage du BRF

Pour le BRF, il est possible de choisir :

Filière courte

BRF → paillage → sol.

Filière longue

BRF → compostage → amendement organique.

La première conserve davantage la structure ligneuse dans le sol.

La seconde accélère sa transformation.


59. Le compost et les arbres

Pour les arbres, il est préférable de raisonner en termes de zone racinaire.

Le compost peut être apporté :

  • en surface ;
  • sous paillage ;
  • dans la zone d’exploration racinaire.

Il faut éviter de créer systématiquement une poche de matière organique concentrée directement contre le tronc.


60. Le compost et le potager

Le compost mûr peut être utilisé comme amendement dans le potager.

Il peut contribuer à :

  • la structure ;
  • la matière organique ;
  • la disponibilité progressive de certains éléments.

Mais il ne remplace pas :

  • rotation ;
  • couverture ;
  • racines vivantes ;
  • diversité ;
  • gestion de l’eau.

61. Compost et semis

Un compost insuffisamment mûr peut être problématique pour les jeunes plants.

Il peut présenter :

  • activité microbienne intense ;
  • sels solubles ;
  • composés phytotoxiques ;
  • échauffement résiduel.

Pour les semis, il faut donc privilégier des matériaux mûrs et adaptés.


62. Vers une « banque de matière organique »

Une idée forte pour Omakëya™ consiste à considérer les différents composts comme une banque de matière organique.

Chaque filière possède :

  • un âge ;
  • une composition ;
  • une qualité ;
  • une fonction.

On choisit ensuite le matériau adapté au besoin.


63. Une logique d’ingénierie

Au lieu de :

« J’ai des déchets, je les mets au compost. »

on raisonne :

« J’ai un flux de biomasse présentant telles caractéristiques. Quelle transformation biologique ou physique permet de produire le matériau le plus utile pour mon système ? »

C’est une véritable logique de valorisation en cascade.


64. La cascade Omakëya™

On peut imaginer :

BIOMASSE   │   ├── alimentation animale   │   ├── paillage   │   ├── BRF   │   ├── compost   │   ├── lombricompost   │   ├── biochar   │   └── retour direct au sol

Le meilleur choix dépend de la nature de la biomasse.


65. Le principe « le déchet n’existe pas »

Dans un écosystème naturel, la matière morte devient une ressource pour un autre organisme.

L’objectif Omakëya™ est de reproduire cette logique :deˊchet d’un compartiment=ressource d’un autre compartiment​

avec toutefois une exigence essentielle :

ne pas recycler un contaminant simplement parce qu’il est organique.


66. Vers une autonomie organique

Un jardin suffisamment diversifié peut produire lui-même une partie importante de ses amendements :

  • feuilles ;
  • tontes ;
  • tailles ;
  • herbes ;
  • résidus du potager ;
  • bois ;
  • litières.

Il devient alors progressivement moins dépendant des intrants extérieurs.


67. L’objectif ultime

Le système idéal n’est pas nécessairement celui qui produit le plus de compost.

C’est celui qui minimise les pertes de matière et maximise les cycles biologiques :photosyntheˋse→biomasse→usage→reˊsidus→transformation→sol→plantes​


68. Le compost comme organe du jardin

Dans le modèle Omakëya™, le composteur ne doit plus être considéré comme une simple poubelle améliorée.

Il devient une petite installation biologique de traitement et de transformation de la biomasse.

Et dans un système suffisamment élaboré, il n’y a plus nécessairement « le compost », mais plusieurs filières complémentaires :

  • compost végétal ;
  • compost de cuisine ;
  • compost issu des poules ;
  • compost de désherbage ;
  • compost de feuilles ;
  • maturation du BRF ;
  • lombricompost ;
  • éventuellement biochar associé à la matière organique.

Cette séparation permet de mieux contrôler :

le carbone, l’azote, l’eau, la température, la biologie, les risques sanitaires et la destination finale.

Le compost devient alors l’un des mécanismes fondamentaux permettant de transformer un jardin en écosystème circulaire, capable de produire non seulement des végétaux, mais aussi une partie des ressources nécessaires à sa propre fertilité.