
TOUTE LA FAUNE DU SOL
Acariens, collemboles, nématodes, protozoaires, insectes, mollusques et microarthropodes : comprendre le réseau trophique qui fait fonctionner le sol vivant
Après avoir étudié les bactéries, les champignons, les mycorhizes et les lombrics, il faut maintenant élargir considérablement notre vision.
Le sol n’est pas seulement un milieu minéral contenant quelques microorganismes et quelques vers de terre.
C’est un écosystème complet, peuplé d’organismes appartenant à de nombreux groupes taxonomiques et fonctionnels.
On y trouve notamment :
- bactéries ;
- archées ;
- champignons ;
- protozoaires ;
- nématodes ;
- rotifères ;
- tardigrades ;
- collemboles ;
- acariens ;
- insectes ;
- larves ;
- myriapodes ;
- crustacés terrestres ;
- mollusques ;
- lombrics ;
- autres annélides ;
- petits vertébrés.
Ces organismes ne sont pas simplement juxtaposés.
Ils forment un réseau trophique souterrain, dans lequel la matière et l’énergie circulent continuellement.
Le sol vivant est moins une « terre habitée » qu’un véritable écosystème dont la majeure partie de la biodiversité échappe à notre regard.
1. Changer d’échelle
Pour comprendre la biodiversité du sol, il faut raisonner en plusieurs ordres de grandeur.
MILLIMÈTRE ↓MACROFAUNE ↓MÉSOFAUNE ↓MICROFAUNE ↓MICROORGANISMES ↓ÉCHELLE CELLULAIRE
Les catégories peuvent légèrement varier selon les auteurs et les critères utilisés, notamment parce que certaines classifications sont fondées sur la taille et d’autres sur la fonction.
2. Une classification fonctionnelle
Une approche particulièrement utile pour l’ingénierie écologique consiste à distinguer :
Microorganismes
- bactéries ;
- archées ;
- champignons.
Microfaune
- protozoaires ;
- certains nématodes.
Mésofaune
- collemboles ;
- acariens ;
- petits arthropodes.
Macrofaune
- lombrics ;
- larves d’insectes ;
- myriapodes ;
- mollusques ;
- autres organismes suffisamment grands pour être observés directement.
Cette classification est avant tout fonctionnelle et pratique, pas une classification taxonomique stricte.
3. Les acariens
Les acariens sont des arachnides, comme les araignées.
Ils sont extrêmement diversifiés.
Dans le sol, certaines espèces sont :
- détritivores ;
- prédatrices ;
- fongivores ;
- omnivores.
Ils participent donc à plusieurs niveaux du réseau trophique.
4. Les acariens détritivores
Certains acariens consomment :
- débris organiques ;
- matière végétale morte ;
- microorganismes associés.
Ils contribuent à la fragmentation et à la transformation de la matière organique.
5. Les acariens prédateurs
D’autres sont prédateurs.
Ils peuvent consommer :
- petits nématodes ;
- collemboles ;
- larves ;
- autres petits organismes.
Ils participent donc à la régulation des populations.
6. Les acariens : une biodiversité souvent invisible
Un sol peut contenir une multitude d’acariens sans qu’un seul soit visible à l’œil nu.
Ils constituent donc un excellent exemple de ce principe :
la biodiversité fonctionnelle d’un sol est largement invisible à l’observation ordinaire.
7. Les collemboles
Les collemboles sont de petits arthropodes particulièrement abondants dans de nombreux sols.
Ils sont généralement très petits et vivent notamment :
- dans la litière ;
- dans les agrégats ;
- dans les espaces poreux ;
- autour des racines.
8. Le rôle des collemboles
De nombreuses espèces consomment :
- champignons ;
- bactéries ;
- matière organique ;
- débris végétaux.
Ils participent donc au contrôle des communautés microbiennes.
9. Les collemboles comme régulateurs microbiens
On peut représenter :
MATIÈRE ORGANIQUE ↓ CHAMPIGNONS ↓ COLLEMBOLES ↓ PRÉDATEURS
En consommant certaines ressources microbiennes, les collemboles peuvent modifier la structure des communautés et indirectement la vitesse de recyclage des nutriments.
10. Les nématodes
Les nématodes sont des vers microscopiques extrêmement diversifiés.
Ils occupent de nombreuses niches.
On distingue notamment des nématodes :
- bactériophages ;
- fongivores ;
- prédateurs ;
- omnivores ;
- parasites des plantes ;
- parasites d’autres organismes.
Le mot « nématode » ne désigne donc pas simplement un organisme nuisible.
11. Les nématodes bactériophages
Certains se nourrissent principalement de bactéries.
Ils participent ainsi à :
- régulation des populations bactériennes ;
- transfert de matière ;
- libération de certains nutriments.
Le mécanisme général peut être représenté :
BACTÉRIES ↓NÉMATODES ↓NUTRIMENTS ↓PLANTES
12. Les nématodes fongivores
D’autres consomment des champignons.
Ils contribuent ainsi à la régulation des réseaux fongiques.
Le sol contient donc déjà une forme de contrôle biologique interne.
13. Les nématodes prédateurs
Certains nématodes consomment d’autres nématodes ou de petits organismes.
Ils se situent à un niveau trophique supérieur.
14. Les nématodes phytoparasites
Certains nématodes attaquent les racines.
Ils peuvent provoquer :
- lésions ;
- déformations ;
- réduction de l’absorption ;
- baisse de croissance ;
- pertes agricoles.
Ils constituent donc une composante importante de la pathologie végétale.
15. Une communauté de nématodes
Il est donc préférable de ne jamais parler simplement de :
« présence de nématodes ».
Il faut demander :
Quels nématodes ?
La structure fonctionnelle d’une communauté peut être extrêmement informative sur l’état du sol.
16. Les protozoaires
Les protozoaires sont des organismes unicellulaires eucaryotes.
Ils comprennent notamment différents groupes fonctionnels de :
- flagellés ;
- amibes ;
- ciliés.
Ils vivent dans les films d’eau présents dans les pores du sol.
17. Le rôle des protozoaires
Une grande partie des protozoaires du sol se nourrit de bactéries.
Ils participent ainsi au transfert de nutriments.
CARBONE ORGANIQUE ↓ BACTÉRIES ↓ PROTOZOAIRES ↓ nutriments minéraux ↓ RACINES
Ils constituent donc une composante importante de la boucle microbienne.
18. La boucle microbienne
On peut maintenant construire un réseau :
MATIÈRE ORGANIQUE ↓ BACTÉRIES ↓PROTOZOAIRES / NÉMATODES ↓NUTRIMENTS DISPONIBLES ↓ PLANTES ↓ EXSUDATS ↓ BACTÉRIES
Cette boucle fonctionne continuellement.
19. Les insectes du sol
Les insectes représentent une autre grande composante de la faune du sol.
On rencontre :
- larves de coléoptères ;
- larves de diptères ;
- fourmis ;
- termites dans certaines régions ;
- insectes détritivores ;
- prédateurs ;
- herbivores.
20. Les larves
Une partie importante de la vie des insectes se déroule sous terre.
Les larves peuvent :
- consommer des racines ;
- consommer de la matière organique ;
- prédater d’autres organismes ;
- creuser des galeries.
Certaines sont essentielles au fonctionnement des écosystèmes.
D’autres sont des ravageurs agricoles.
21. Les fourmis
Les fourmis sont de véritables ingénieurs du sol.
Leurs colonies peuvent modifier :
- structure ;
- porosité ;
- déplacement des particules ;
- distribution de matière organique ;
- circulation de l’eau.
Elles créent des réseaux complexes de galeries et de chambres.
22. Les termites
Dans les régions tropicales et subtropicales, les termites peuvent jouer un rôle considérable.
Ils participent notamment à :
- décomposition du bois ;
- transfert de matière organique ;
- construction de structures ;
- bioturbation ;
- redistribution des nutriments.
Leur importance écologique peut être comparable à celle des lombrics dans d’autres contextes.
23. Les mollusques
Certains mollusques, notamment les limaces et escargots, utilisent la litière et les zones superficielles du sol.
Ils participent à :
- consommation de végétaux ;
- fragmentation ;
- décomposition indirecte ;
- alimentation des prédateurs.
Ils peuvent être bénéfiques à certaines fonctions écologiques tout en devenant problématiques dans certaines cultures.
24. Les myriapodes
Les myriapodes comprennent notamment :
- diplopodes ;
- chilopodes.
Les diplopodes, comme les mille-pattes, sont souvent associés à la fragmentation de matière végétale.
Les chilopodes, comme les scolopendres, sont principalement prédateurs.
25. Les diplopodes
Ils consomment notamment :
- feuilles mortes ;
- bois en décomposition ;
- débris végétaux.
Ils fragmentent la matière organique et facilitent son traitement par les microorganismes.
FEUILLES ↓DIPLOPODES ↓PETITS FRAGMENTS ↓CHAMPIGNONS + BACTÉRIES ↓MINÉRALISATION
26. Les prédateurs du sol
Un sol vivant contient également des prédateurs.
On trouve notamment :
- acariens prédateurs ;
- collemboles prédateurs ;
- chilopodes ;
- larves d’insectes ;
- araignées ;
- certains nématodes.
Ils empêchent certaines populations de devenir dominantes.
27. Le réseau trophique
Il faut maintenant abandonner le modèle linéaire :
plante → herbivore → prédateur.
Le sol fonctionne plutôt comme un réseau trophique.
PLANTES ↙ ↓ ↘ racines litière exsudats ↓ ↓ ↓ champignons bactéries ↓ ↘ ↙ ↘ collemboles protozoaires ↓ ↘ ↙ acariens nématodes ↘ ↓ ↙ PRÉDATEURS ↓ MINÉRALISATION ↓ PLANTES
Chaque organisme peut occuper plusieurs positions selon son alimentation.
28. Le réseau détritique
Une grande partie de l’énergie du sol provient de la matière organique morte.
On parle de réseau détritique.
FEUILLES ↓FRAGMENTATION ↓MICROORGANISMES ↓MICROFAUNE ↓MÉSOFAUNE ↓PRÉDATEURS ↓NUTRIMENTS ↓VÉGÉTATION
Il s’agit d’un des moteurs fondamentaux de l’écosystème.
29. La fragmentation est essentielle
Une feuille morte entière présente une surface limitée.
Lorsqu’elle est fragmentée :
- surface spécifique augmente ;
- microorganismes peuvent coloniser davantage ;
- décomposition s’accélère potentiellement.
Les animaux du sol deviennent donc des préparateurs biologiques de la matière organique.
30. La boucle de la matière organique
VÉGÉTATION ↓ LITIÈRE ↓ FRAGMENTATION ↓ BACTÉRIES + CHAMPIGNONS ↓ MICROFAUNE ↓ MÉSOFAUNE ↓ PRÉDATEURS ↓ MATIÈRE TRANSFORMÉE ↓ NUTRIMENTS ↓ VÉGÉTATION
Le système est cyclique.
31. Les réseaux trophiques ne sont pas uniquement verticaux
Un même organisme peut avoir plusieurs fonctions.
Par exemple, un collembole peut :
- consommer des champignons ;
- consommer des bactéries ;
- devenir la proie d’un acarien ;
- devenir la proie d’une araignée.
Il appartient donc simultanément à plusieurs chaînes.
C’est pourquoi on parle de :
réseau trophique.
32. La biodiversité fonctionnelle
Deux sols peuvent avoir le même nombre d’espèces mais des fonctions très différentes.
Il faut donc distinguer :
Diversité taxonomique
Combien de taxons ?
Diversité fonctionnelle
Combien de fonctions différentes ?
Diversité phylogénétique
Quelle diversité évolutive ?
Pour l’ingénierie écologique, la diversité fonctionnelle est particulièrement importante.
33. Les guildes fonctionnelles
On peut regrouper les organismes selon leur fonction :
| Guilde | Fonction |
|---|---|
| Décomposeurs | transformation de matière morte |
| Bactériophages | consommation de bactéries |
| Fongivores | consommation de champignons |
| Herbivores | consommation de végétaux |
| Prédateurs | contrôle des populations |
| Ingénieurs | modification physique du sol |
| Parasites | exploitation d’un hôte |
Un même organisme peut appartenir à plusieurs catégories selon son stade de développement et son régime alimentaire.
34. Les ingénieurs du sol
Plusieurs organismes modifient physiquement leur environnement.
On trouve notamment :
- lombrics ;
- fourmis ;
- termites ;
- certains insectes fouisseurs ;
- petits mammifères ;
- racines.
Ils créent :
- galeries ;
- cavités ;
- agrégats ;
- zones de concentration de matière organique.
35. Les racines sont également des ingénieurs
Il serait paradoxal de parler des ingénieurs du sol sans parler des plantes.
Les racines :
- créent des pores ;
- déplacent les particules ;
- stabilisent certains agrégats ;
- produisent des exsudats ;
- meurent et laissent des canaux ;
- nourrissent les microorganismes.
La structure du sol résulte donc d’une co-construction entre vivant et matrice minérale.
36. Les animaux et l’eau
La faune influence indirectement l’hydrologie par :
- création de pores ;
- fragmentation ;
- agrégation ;
- incorporation de matière organique ;
- modification de la rugosité de surface.
On obtient :
FAUNE ↓STRUCTURE ↓POROSITÉ ↓INFILTRATION ↓STOCKAGE ↓RÉSILIENCE HYDRIQUE
37. Les organismes du sol et l’aération
La respiration des racines et des microorganismes consomme de l’oxygène.
Le renouvellement de l’air dépend de la structure poreuse.
La faune contribue indirectement à cette structure.
Le système devient :
organismes → pores → gaz → organismes.
Il existe donc une rétroaction.
38. Les organismes du sol et la température
La température du sol dépend notamment :
- rayonnement ;
- couverture ;
- humidité ;
- texture ;
- couleur ;
- matière organique ;
- profondeur.
La faune participe à la dynamique biologique qui dépend de cette température.
La couverture végétale et la litière constituent donc à la fois :
- une protection thermique ;
- une ressource trophique.
39. Le rôle de l’humidité
L’eau est essentielle à la plupart des organismes du sol.
Mais :
trop sec → activité biologique réduite
trop humide → manque d’oxygène
Le fonctionnement optimal dépend donc d’une plage hydrique propre à chaque organisme.
40. Le sol comme habitat tridimensionnel
Un sol n’est pas une surface.
C’est un volume.
On peut distinguer :
- surface ;
- litière ;
- horizon organo-minéral ;
- horizons minéraux ;
- macropores ;
- micropores ;
- rhizosphère.
Chaque microhabitat possède des conditions différentes.
41. La rhizosphère
La rhizosphère est la zone du sol directement influencée par les racines.
Elle peut présenter :
- plus de carbone disponible ;
- forte activité microbienne ;
- interactions fongiques ;
- gradients chimiques ;
- présence accrue de certains animaux microscopiques.
Elle constitue l’un des points chauds de biodiversité du sol.
42. La mycorhizosphère
Lorsque des mycorhizes sont présentes, l’influence biologique s’étend encore.
On peut alors distinguer conceptuellement :
SOL ↓RHIZOSPHÈRE ↓MYCORHIZOSPHÈRE ↓RÉSEAU FONGIQUE
Cette zone devient un espace d’interactions multiples.
43. Les hotspots biologiques
Certaines zones du sol sont beaucoup plus actives que d’autres.
Par exemple :
- autour des racines ;
- autour des excréments ;
- dans les turricules ;
- dans les agrégats riches en carbone ;
- dans les débris organiques.
On peut parler de hotspots biogéochimiques.
44. Les chaînes alimentaires du sol
Une chaîne simplifiée peut être :
MATIÈRE ORGANIQUE ↓BACTÉRIES ↓PROTOZOAIRES ↓NÉMATODES PRÉDATEURS ↓MICROARTHROPODES ↓PRÉDATEURS
Mais dans la réalité, de nombreuses chaînes se croisent.
45. Une vision réseau
Le modèle le plus réaliste est :
LITIÈRE / | \ / | \ champignons bactéries ↓ ↓ ↓ collemboles protozoaires ↓ ↓ ↓ acariens nématodes \ / \ / PRÉDATEURS ↓ TRANSFERTS ↓ PLANTES
Le réseau possède des boucles et des rétroactions.
46. Cascade trophique
La disparition d’un groupe peut avoir des conséquences en cascade.
Par exemple :
baisse des prédateurs ↓augmentation de certaines proies ↓augmentation de consommation microbienne ↓modification du recyclage ↓modification de la nutrition végétale
Cette logique est fondamentale en écologie.
47. Résilience du réseau trophique
Un réseau diversifié peut parfois mieux absorber certaines perturbations.
Si une fonction est assurée par plusieurs groupes, la disparition temporaire d’une espèce peut être compensée.
C’est le principe de redondance fonctionnelle.
Mais il ne faut pas supposer qu’une forte diversité garantit toujours une forte résilience.
La relation dépend de la structure du réseau.
48. Perturbations
Les communautés du sol peuvent être affectées par :
- sécheresse ;
- inondation ;
- compaction ;
- labour ;
- pesticides ;
- pollution ;
- salinité ;
- acidification ;
- changement de végétation ;
- incendie ;
- réchauffement climatique.
Chaque perturbation modifie différemment les communautés.
49. Sécheresse
Une sécheresse peut réduire :
- activité microbienne ;
- mobilité des organismes ;
- reproduction ;
- décomposition.
Certaines espèces peuvent survivre grâce à :
- dormance ;
- migration verticale ;
- œufs résistants ;
- structures de résistance.
50. Inondation
Une saturation prolongée en eau peut réduire l’oxygène disponible.
Certaines espèces diminuent alors leur activité ou migrent.
Le sol passe progressivement d’un fonctionnement dominé par des processus aérobies à des conditions plus réductrices.
51. Compaction
La compaction réduit notamment :
- volume des pores ;
- circulation de l’air ;
- infiltration ;
- espace disponible pour les organismes.
Elle peut donc agir simultanément sur :
physique + chimie + biologie + hydrologie.
52. Les pesticides
Les pesticides sont conçus pour agir sur certains organismes cibles.
Mais selon la molécule, la dose, la fréquence, le sol et les conditions environnementales, des effets peuvent également toucher des organismes non cibles.
L’évaluation doit donc considérer :
- toxicité directe ;
- effets sublétaux ;
- modification de la ressource ;
- interactions trophiques ;
- temps de persistance.
53. Mesurer la faune du sol
Un véritable diagnostic biologique pourrait combiner plusieurs méthodes.
Échantillonnage
- carottes ;
- quadrats ;
- prélèvements de litière.
Extraction
- extraction manuelle ;
- extraction par chaleur ;
- entonnoirs de Berlese/Tullgren pour certains arthropodes.
Observation
- loupe binoculaire ;
- microscope.
Biologie moléculaire
- ADN environnemental ;
- métabarcoding.
54. Le piège du simple comptage
Compter :
« 500 organismes par kilogramme »
ne suffit pas.
Il faut savoir :
- lesquels ?
- quelle biomasse ?
- quelle fonction ?
- quel niveau trophique ?
- quelle diversité ?
- quelle activité ?
Le diagnostic doit être fonctionnel.
55. Un indice de réseau trophique
Pour la méthode Omakëya™, on pourrait imaginer un tableau :
| Compartiment | Indicateur |
|---|---|
| Bactéries | biomasse / activité |
| Champignons | biomasse / diversité |
| Protozoaires | abondance |
| Nématodes | groupes trophiques |
| Collemboles | abondance |
| Acariens | guildes |
| Lombrics | biomasse / groupes |
| Prédateurs | abondance |
| Décomposeurs | activité |
| Ingénieurs | galeries / bioturbation |
L’objectif serait de rechercher un équilibre fonctionnel, pas une valeur maximale pour chaque groupe.
56. Une métrique intéressante : le rapport champignons/bactéries
Le rapport entre biomasse fongique et bactérienne peut être utilisé dans certains diagnostics écologiques.
Mais il ne doit jamais être considéré comme un indicateur universel de qualité.
Un sol forestier, une prairie et un potager peuvent naturellement présenter des communautés très différentes.
Le bon indicateur dépend du type d’écosystème et de l’objectif.
57. Le réseau trophique et le carbone
Le carbone circule à travers plusieurs niveaux :
CO₂ ↓PLANTES ↓LITIÈRE / EXSUDATS ↓MICROORGANISMES ↓MICROFAUNE ↓MÉSOFAUNE ↓MACROFAUNE ↓DÉCOMPOSEURS ↓CO₂ + MATIÈRE ORGANIQUE
Le système forme une boucle biogéochimique.
58. Le réseau trophique et l’azote
Un raisonnement analogue existe pour l’azote.
La matière organique contient de l’azote.
Les organismes la transforment.
Puis interviennent :
- ammonification ;
- nitrification ;
- immobilisation ;
- dénitrification.
La faune agit notamment en modifiant les flux biologiques qui alimentent ces processus.
59. Le réseau trophique et le phosphore
Le phosphore circule également entre :
- matière organique ;
- microorganismes ;
- faune ;
- minéraux ;
- plantes.
La faune participe à la transformation et au recyclage des formes organiques.
60. Le grand cycle intégré
Le modèle du Tome 7 devient :
ATMOSPHÈRE ↓ PLANTES ↙ ↓ ↘ RACINES LITIÈRE ↓ ↓ MYCORHIZES DÉTRITUS ↓ ↓ CHAMPIGNONS + BACTÉRIES ↘ ↙ PROTOZOAIRES ↓ NÉMATODES ↙ ↘ COLLEMBOLES ACARIENS ↘ ↙ PRÉDATEURS ↓ LOMBRICS / AUTRES ↓ STRUCTURE DU SOL ↓ EAU + AIR + NUTRIMENTS ↓ PLANTES
Il s’agit d’une représentation simplifiée, mais elle montre le principe essentiel :
la fertilité du sol est le résultat d’un réseau, pas d’un organisme isolé.
61. Le sol comme machine biologique
Dans la Vision Omakëya™, on peut finalement considérer le sol comme une machine biologique distribuée.
Ses composants sont :
Entrées
- soleil ;
- eau ;
- matière organique ;
- minéraux ;
- oxygène.
Transformateurs
- bactéries ;
- champignons ;
- animaux ;
- racines.
Structures
- agrégats ;
- galeries ;
- pores ;
- litière.
Sorties
- biomasse ;
- CO₂ ;
- nutriments ;
- eau infiltrée ;
- eau drainée ;
- matière organique stabilisée.
62. Une véritable ingénierie écologique
L’ingénieur du futur ne devra donc pas uniquement calculer :
- volume d’une mare ;
- débit d’une noue ;
- diamètre d’une canalisation.
Il devra également comprendre :
quelle communauté biologique permet au système de maintenir ces fonctions dans le temps ?
C’est là que l’écologie rejoint véritablement l’ingénierie.
63. Concevoir un sol fonctionnel
La question Omakëya™ devient :
Pour infiltrer davantage
→ favoriser une structure poreuse et des macropores fonctionnels.
Pour recycler rapidement la matière organique
→ favoriser les décomposeurs adaptés.
Pour améliorer la nutrition
→ maintenir des réseaux microbiens et trophiques fonctionnels.
Pour résister à la sécheresse
→ maintenir carbone, structure, couverture et continuité biologique.
Pour réduire les maladies
→ favoriser diversité et régulation biologique.
Pour améliorer la résilience
→ rechercher diversité + redondance + connectivité.
64. Le principe des chaînes trophiques complètes
Une erreur fréquente consiste à favoriser uniquement les organismes considérés comme « utiles ».
Par exemple :
« Je veux davantage de vers de terre. »
Mais un écosystème fonctionnel a besoin également :
- de leurs ressources ;
- de leurs prédateurs ;
- de microorganismes ;
- de matière organique ;
- de racines ;
- d’eau ;
- d’oxygène.
La bonne question est donc :
« Comment créer les conditions permettant au réseau trophique de s’auto-organiser ? »
65. Vers un sol autonome
C’est l’un des objectifs majeurs de l’ingénierie écologique Omakëya™.
Un sol réellement fonctionnel peut progressivement assurer lui-même une partie de ses processus :
MATIÈRE ORGANIQUE ↓DÉCOMPOSEURS ↓FAUNE ↓NUTRIMENTS ↓PLANTES ↓BIOMASSE ↓LITIÈRE ↓DÉCOMPOSEURS
La boucle se referme.
66. Le concept d’autonomie biologique
L’autonomie ne signifie pas :
« aucune intervention humaine ».
Elle signifie plutôt :
réduire la quantité d’énergie, d’eau, d’intrants et de travail nécessaire pour maintenir le fonctionnement du système.
Un sol biologiquement actif peut ainsi devenir une infrastructure écologique contribuant elle-même à sa maintenance.
67. Application au jardin
Un jardin Omakëya™ devrait donc être pensé comme :
plantes
racines
champignons
bactéries
lombrics
microarthropodes
prédateurs
eau
matière organique
structure physique
climat.
Ce n’est plus simplement un espace planté.
C’est un écosystème conçu.
68. Application à l’agriculture
À l’échelle agricole, cette approche permet de réfléchir à :
- couverture permanente ;
- réduction des perturbations ;
- diversité des cultures ;
- rotation ;
- agroforesterie ;
- maintien des habitats ;
- gestion organique du sol ;
- réduction des dépendances aux intrants.
L’objectif n’est pas de supprimer l’agriculture.
C’est de faire fonctionner davantage de processus agricoles avec l’écosystème lui-même.
69. Application à l’hydrologie régénérative
Le lien avec l’eau devient particulièrement puissant :
BIODIVERSITÉ DU SOL ↓STRUCTURE ↓POROSITÉ ↓INFILTRATION ↓STOCKAGE ↓ALIMENTATION DES PLANTES ↓BIOMASSE ↓MATIÈRE ORGANIQUE ↓STRUCTURE
La boucle relie :
biodiversité → structure → eau → végétation → carbone → biodiversité.
70. Le sol est un réseau trophique vivant
Les acariens, collemboles, nématodes, protozoaires, insectes, mollusques, myriapodes et autres microarthropodes montrent une réalité fondamentale :
la fertilité d’un sol ne réside pas uniquement dans sa composition chimique.
Elle dépend également de la circulation permanente :
- du carbone ;
- de l’azote ;
- du phosphore ;
- de l’eau ;
- de l’énergie ;
- de la matière organique.
Et cette circulation est assurée par un immense réseau d’organismes.
Les lombrics construisent des galeries.
Les champignons explorent les pores.
Les bactéries transforment les molécules.
Les protozoaires consomment les bactéries.
Les nématodes régulent microorganismes et autres nématodes.
Les collemboles et acariens contrôlent les communautés microbiennes.
Les insectes fragmentent, déplacent ou prédatent.
Les prédateurs régulent les niveaux inférieurs.
Les racines captent les ressources et alimentent le système en carbone.
Tout cela forme un réseau trophique dynamique, connecté à l’eau, au carbone et à la structure physique du sol.
Le véritable sol vivant n’est donc pas un stock de nutriments : c’est un système de transformation permanent.
C’est cette idée qui permet de passer de la simple pédologie à l’hydrologie régénérative : lorsque la biologie construit la structure du sol, elle participe également à construire son comportement face à la pluie, à la sécheresse, à la chaleur et au stockage de l’eau.
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- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
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