AGROCLIMATOLOGIE : Les fruitiers subtropicaux

Les fruitiers subtropicaux

Les nouveaux candidats des vergers européens face au climat de demain

Les fruitiers subtropicaux constituent une catégorie particulièrement intéressante dans une réflexion prospective sur les vergers de 2050 à 2100.

Ils se situent à l’interface entre deux mondes :

  • les fruitiers tempérés, adaptés à des hivers suffisamment froids ;
  • les fruitiers tropicaux, exigeant généralement des températures hivernales beaucoup plus élevées.

Cette position intermédiaire est essentielle.

Avec le changement climatique, certaines régions européennes pourraient connaître des conditions permettant la culture de nouvelles espèces subtropicales. Mais simultanément, la diminution du froid hivernal peut devenir un problème pour certaines espèces, tandis que les sécheresses, les canicules et les gels tardifs continueront à constituer des contraintes majeures.

Le futur ne consiste donc pas à « planter des plantes exotiques ».

Il consiste à déterminer :

quelles espèces, quelles variétés et quels systèmes de culture pourront fonctionner durablement dans chaque nouveau climat local.


30.1 — Qu’est-ce qu’un fruitier subtropical ?

Le terme « subtropical » n’est pas une catégorie botanique stricte.

Il désigne ici des plantes fruitières généralement adaptées à :

  • des hivers doux à modérément frais ;
  • des étés chauds ;
  • une saison végétative relativement longue ;
  • des températures minimales hivernales limitées ;
  • une disponibilité hydrique variable selon les espèces.

Certaines espèces sont persistantes, d’autres caduques.

Certaines tolèrent ponctuellement le gel.

D’autres y sont extrêmement sensibles.


30.2 — Une frontière climatique mouvante

La frontière entre cultures tempérées, méditerranéennes et subtropicales n’est pas fixe.

Elle dépend :

  • de la température moyenne ;
  • des minima absolus ;
  • de la durée des périodes froides ;
  • du nombre d’heures ou d’unités de froid ;
  • de la durée de la saison sans gel ;
  • des températures estivales ;
  • de l’eau disponible ;
  • du vent ;
  • du rayonnement ;
  • du microclimat.

Une ville, une vallée, une pente exposée au sud et une plaine agricole peuvent donc présenter des conditions radicalement différentes à quelques kilomètres de distance.


30.3 — Le grand paradoxe du réchauffement

On pourrait penser :

plus chaud = plus de subtropical.

C’est parfois vrai.

Mais pas toujours.

Certaines espèces ont besoin d’une quantité minimale de froid hivernal pour sortir correctement de dormance.

Un hiver plus chaud peut donc entraîner :

moins de froid

dormance incomplète

débourrement irrégulier

floraison perturbée

rendement réduit.


30.4 — La notion d’heures de froid

Pour certaines espèces, il faut quantifier le froid accumulé pendant la dormance.

On peut utiliser différentes méthodes :

  • heures sous un seuil de température ;
  • unités de froid ;
  • modèles dynamiques ;
  • modèles spécifiques à l’espèce.

Il faut donc éviter d’attribuer une valeur universelle au « besoin en froid ».


30.5 — Le futur verger subtropical

Un verger subtropical européen devra être sélectionné selon au moins six paramètres :

  1. froid hivernal ;
  2. gel printanier ;
  3. chaleur estivale ;
  4. durée de saison ;
  5. eau disponible ;
  6. rayonnement.

Et il faudra ajouter :

  • vent ;
  • sol ;
  • salinité ;
  • maladies ;
  • pollinisation.

30.6 — L’avocatier

L’avocatier (Persea americana) constitue probablement l’un des exemples les plus emblématiques de l’arboriculture subtropicale.

Il existe toutefois une diversité considérable de types et de cultivars.

La résistance au froid varie fortement.

Il faut donc absolument distinguer :

l’espèce

des

races horticoles et cultivars.


30.7 — Avocatier : une culture très particulière

L’avocatier possède un système racinaire relativement sensible aux mauvaises conditions d’aération du sol.

Il nécessite donc généralement :

  • drainage efficace ;
  • sol suffisamment oxygéné ;
  • disponibilité hydrique ;
  • absence de stagnation prolongée.

Cela en fait un exemple remarquable d’une plante pouvant apprécier l’eau tout en étant très sensible à l’excès d’eau.


30.8 — Avocatier et changement climatique

L’augmentation des températures peut rendre certaines zones plus favorables.

Mais plusieurs contraintes peuvent simultanément augmenter :

  • sécheresse ;
  • demande évaporative ;
  • température foliaire ;
  • stress hydrique ;
  • salinité de l’eau d’irrigation.

Le bilan climatique doit donc être étudié avec le bilan hydrologique.


30.9 — Le feijoa

Le feijoa (Acca sellowiana), également appelé goyavier du Brésil, est particulièrement intéressant pour l’Europe.

Il présente une combinaison attractive :

  • bonne résistance à la sécheresse une fois établi ;
  • bonne tolérance aux sols relativement pauvres ;
  • feuillage persistant ;
  • résistance au froid supérieure à celle de nombreux fruitiers subtropicaux ;
  • fruit original.

Il constitue donc un excellent candidat pour les futurs jardins fruitiers.


30.10 — Le feijoa et les microclimats

Le feijoa peut être particulièrement intéressant dans :

  • jardins urbains ;
  • cours protégées ;
  • zones littorales ;
  • secteurs à hivers modérés.

Une implantation contre un mur peut améliorer les conditions thermiques.


30.11 — L’asiminier

L’asiminier (Asimina triloba) est un cas fascinant.

Il produit un fruit au goût rappelant certaines associations de banane, mangue et melon, tout en étant capable de supporter des hivers froids.

Il ne faut toutefois pas le considérer comme un arbre méditerranéen.

Il appartient plutôt à une logique :

fruit exotique + rusticité tempérée.


30.12 — Un modèle intéressant pour le futur

L’asiminier montre que le futur des vergers ne dépend pas uniquement du déplacement des espèces vers le nord.

Il peut aussi résulter de la sélection d’espèces présentant déjà :

  • une bonne rusticité ;
  • une longue saison végétative ;
  • une production fruitière originale.

30.13 — Le bananier dans un contexte fruitier

Certaines espèces de bananiers présentent une résistance au froid relativement intéressante.

Mais il faut distinguer :

bananier rustique

et

bananier réellement productif en fruits dans un climat donné.

La production commerciale exige une saison suffisamment longue et chaude.


30.14 — Le problème de la saison

Une plante peut survivre à l’hiver mais ne pas disposer de suffisamment de chaleur pour terminer correctement son cycle.

Il faut donc distinguer :

Rusticité

capacité à survivre.

Productivité

capacité à produire.

Maturité

capacité à conduire le fruit jusqu’à son stade final.

Cette distinction est fondamentale dans l’agroclimatologie.


30.15 — Le goyavier

Certaines espèces de goyaviers présentent un potentiel intéressant dans les régions subtropicales.

Mais leur rusticité reste généralement inférieure à celle du feijoa ou de l’asiminier.

Elles devront donc être étudiées en priorité dans :

  • zones littorales ;
  • microclimats urbains ;
  • serres froides ;
  • systèmes protégés.

30.16 — Les agrumes subtropicaux

Les agrumes offrent une très grande diversité :

  • satsuma ;
  • kumquat ;
  • yuzu ;
  • citron ;
  • mandarine ;
  • orange ;
  • pamplemousse.

Leur rusticité varie énormément.

Cette diversité permet de construire une véritable gradation climatique.


30.17 — Le satsuma

Le satsuma est particulièrement intéressant pour les régions où les hivers peuvent encore présenter quelques épisodes froids.

Sa relative rusticité lui donne un intérêt particulier.

Il constitue donc un exemple de :

sélection variétale comme outil de migration climatique.


30.18 — Le kumquat

Le kumquat possède également un intérêt particulier pour les climats doux.

Sa petite taille permet :

  • culture en pleine terre ;
  • culture en bac ;
  • déplacement ;
  • protection temporaire.

Cette mobilité constitue un avantage stratégique dans les régions marginales.


30.19 — Le yuzu

Le yuzu est un cas particulièrement intéressant.

Il combine :

  • rusticité supérieure à certains agrumes classiques ;
  • intérêt culinaire ;
  • adaptation à des climats relativement frais.

Il peut donc devenir une espèce de diversification intéressante dans certaines régions.


30.20 — Les agrumes comme système de diversification

On pourrait imaginer une progression :

yuzu / agrumes rustiques

satsuma

certaines mandarines

orangers

citronniers

selon le climat local et la protection disponible.

Il ne s’agit évidemment pas d’une échelle universelle de rusticité.


30.21 — Le carambolier

Le carambolier (Averrhoa carambola) est beaucoup plus tropical/subtropical et donc nettement plus sensible au froid.

Dans la plupart des régions européennes, sa culture nécessiterait probablement :

  • serre ;
  • serre bioclimatique ;
  • protection hivernale.

Son intérêt relève davantage de l’expérimentation ou des systèmes protégés que de l’arboriculture extensive européenne actuelle.


30.22 — Le grenadille et les passiflores

Certaines passiflores produisent des fruits comestibles intéressants.

Elles peuvent être étudiées pour :

  • jardins protégés ;
  • pergolas ;
  • murs chauds ;
  • cultures sous abri.

Certaines espèces présentent une rusticité étonnante, mais la production fruitière et la résistance au froid doivent être évaluées séparément.


30.23 — La macadamia

Le macadamia représente un cas beaucoup plus exigeant.

Il apprécie :

  • climat doux ;
  • absence de gel important ;
  • saison longue ;
  • alimentation hydrique régulière.

Son intérêt potentiel en Europe serait donc très localisé.

Il constitue surtout un exemple de l’importance des limites thermiques.


30.24 — Les espèces protégées

Certaines plantes subtropicales pourraient être intégrées à des systèmes hybrides :

extérieur en été

protection hivernale.

On obtient alors :

  • serre froide ;
  • serre solaire ;
  • serre bioclimatique ;
  • véranda productive ;
  • tunnel horticole.

30.25 — La serre bioclimatique

Une serre peut devenir un véritable outil de génie climatique végétal.

Elle peut exploiter :

  • rayonnement solaire ;
  • inertie thermique ;
  • stockage de chaleur ;
  • récupération d’eau ;
  • ventilation naturelle.

Elle transforme ainsi un climat extérieur défavorable en microclimat productif.


30.26 — Le mur climatique

Même sans serre, un mur peut créer un microclimat.

Le principe :

rayonnement solaire

stockage thermique dans le mur

restitution nocturne.

Cette chaleur peut réduire l’intensité des minima locaux.


30.27 — Le rôle du vent

Le vent augmente :

  • échanges convectifs ;
  • évapotranspiration ;
  • refroidissement hivernal ;
  • dessèchement.

Une haie bien positionnée peut donc protéger une culture subtropicale.

Mais elle peut aussi créer une compétition hydrique.


30.28 — Le bilan hydrique

Pour un fruitier subtropical, le bilan doit intégrer :P+I+Rc=ET+R+D+ΔSP + I + R_c = ET + R + D + \Delta S

où :

  • PP = précipitations ;
  • II = irrigation ;
  • RcR_c = remontées capillaires ;
  • ETET = évapotranspiration ;
  • RR = ruissellement ;
  • DD = drainage ;
  • ΔS\Delta S = variation du stock d’eau du sol.

L’objectif n’est pas simplement d’avoir suffisamment de pluie.

Il faut conserver l’eau là où les racines peuvent l’utiliser.


30.29 — La qualité du sol

Un fruitier subtropical peut être particulièrement sensible à :

  • asphyxie racinaire ;
  • compaction ;
  • salinité ;
  • mauvais drainage.

La conception du sol doit donc intégrer :

  • porosité ;
  • macroporosité ;
  • matière organique ;
  • activité biologique ;
  • infiltration.

30.30 — La symbiose mycorhizienne

Les associations mycorhiziennes peuvent jouer un rôle important dans :

  • exploration du sol ;
  • acquisition de nutriments ;
  • tolérance à certains stress.

Il faut cependant distinguer les effets démontrés selon l’espèce, le sol et les conditions expérimentales.


30.31 — Le stress hydrique

Chez certains fruitiers subtropicaux :

sécheresse

→ fermeture stomatique

→ réduction de la photosynthèse

→ baisse de croissance

→ réduction potentielle du rendement.

Une forte chaleur accompagnée de déficit hydrique constitue donc une combinaison particulièrement dangereuse.


30.32 — Le problème de la salinité

Avec l’augmentation de l’irrigation dans certaines régions, la salinité peut devenir un facteur limitant.

Il faut surveiller :

  • salinité de l’eau ;
  • conductivité électrique ;
  • sodium ;
  • chlorures ;
  • drainage.

Une plante adaptée à la chaleur peut donc échouer simplement parce que l’eau disponible devient trop salée.


30.33 — Les fruitiers subtropicaux et les incendies

Dans certaines régions soumises à des incendies plus fréquents, il faut également considérer :

  • inflammabilité de la végétation ;
  • gestion du combustible ;
  • résistance au feu ;
  • capacité de régénération.

La plantation d’un fruitier doit donc s’intégrer dans une stratégie territoriale globale.


30.34 — La biodiversité fonctionnelle

Le verger subtropical peut être associé à :

  • plantes mellifères ;
  • plantes aromatiques ;
  • couvre-sol ;
  • haies ;
  • arbres complémentaires.

Le système ne doit pas devenir une monoculture exotique.


30.35 — Le verger subtropical multi-strates

Une architecture possible :

Strate haute

Feijoa, certains agrumes.

Strate intermédiaire

Grenadier, jujubier.

Strate basse

Petits fruits, aromatiques.

Sol

Couverture permanente.

Bordure

Haies brise-vent.

Cette architecture permet de créer un microclimat collectif.


30.36 — La diversité thermique

Le futur jardin peut volontairement créer plusieurs niches :

      ☀️ ZONE CHAUDE
            ↓
        agrumes
        grenadier
            ↓
      ZONE INTERMÉDIAIRE
            ↓
        feijoa
        kaki
            ↓
       ZONE FRAÎCHE
            ↓
       asiminier

La diversité spatiale permet ainsi de tester plusieurs espèces simultanément.


30.37 — Le jardin comme laboratoire

Une propriété de quelques centaines de mètres carrés peut devenir un véritable site expérimental.

On peut mesurer :

  • température ;
  • humidité ;
  • humidité du sol ;
  • rayonnement ;
  • vent ;
  • croissance ;
  • floraison ;
  • rendement.

Chaque arbre devient une observation.


30.38 — Les capteurs

Un réseau simple pourrait comprendre :

  • sondes d’humidité du sol ;
  • thermomètres ;
  • capteurs de rayonnement ;
  • pluviomètre ;
  • anémomètre ;
  • caméra.

Ces données permettent de comprendre les microclimats réels.


30.39 — Le jumeau numérique

Chaque arbre pourrait posséder sa fiche :

FEIJOA 07

Plantation : 2031
Cultivar : X
Porte-greffe : Y

Température minimale :
Température maximale :
Stress hydrique :
Floraison :
Nouaison :
Rendement :
Maladies :
Croissance annuelle :

Après plusieurs décennies, la valeur scientifique de cette base de données pourrait être considérable.


30.40 — L’IA et la sélection des espèces

L’intelligence artificielle pourrait croiser :

  • données climatiques ;
  • projections 2050–2100 ;
  • données pédologiques ;
  • topographie ;
  • hydrologie ;
  • observations des arbres.

Elle pourrait produire une carte :

« probabilité de réussite de chaque espèce et cultivar pour chaque micro-parcelle ».


30.41 — Une cartographie dynamique

Au lieu d’une carte :

« zone favorable au feijoa »

on pourrait avoir :

2030 → 2040 → 2050 → 2060 → 2080 → 2100

avec pour chaque période :

  • probabilité de survie ;
  • probabilité de production ;
  • risque de gel ;
  • déficit hydrique ;
  • risque sanitaire.

30.42 — Le risque sanitaire

Les nouvelles conditions climatiques peuvent également modifier les populations de :

  • ravageurs ;
  • champignons ;
  • bactéries ;
  • virus.

Une espèce capable de survivre au climat peut donc devenir difficile à cultiver si son environnement biologique change.


30.43 — Le risque d’espèces invasives

L’introduction d’une espèce subtropicale doit être évaluée sous l’angle :

  • naturalisation ;
  • dispersion ;
  • compétition ;
  • hybridation ;
  • transmission de maladies.

Une plante intéressante pour le verger n’est pas nécessairement intéressante pour l’écosystème si elle s’échappe et devient invasive.


30.44 — Les espèces indigènes restent essentielles

Le futur verger ne doit pas devenir une collection d’espèces exotiques.

Il doit conserver :

  • patrimoine génétique local ;
  • espèces indigènes ;
  • pollinisateurs ;
  • biodiversité ;
  • fonctions écologiques.

Les espèces subtropicales doivent être intégrées, et non remplacer systématiquement le patrimoine existant.


30.45 — Le principe de migration assistée

Une stratégie progressive pourrait être :

2030

expérimentation.

2040

sélection des cultivars performants.

2050

déploiement local.

2070

adaptation des proportions.

2100

système stabilisé selon le climat observé.


30.46 — Ne pas planter selon une seule projection

Les projections climatiques comportent des incertitudes.

Il est donc préférable de tester plusieurs scénarios :

scénario modéré

scénario intermédiaire

scénario chaud

scénario chaud + sécheresse

scénario extrême

Le système végétal doit être robuste face à plusieurs futurs possibles.


30.47 — Une matrice de décision

CritèreImportance
Résistance au gel★★★★★
Tolérance à la chaleur★★★★★
Tolérance sécheresse★★★★★
Besoin en froid★★★★
Durée de saison★★★★★
Besoin en eau★★★★★
Tolérance salinité★★★
Résistance maladies★★★★★
Pollinisation★★★★
Rendement★★★★★

30.48 — Première classification prospective

EspècePotentiel extérieur en EuropeBesoin de protectionIntérêt prospectif
FeijoaÉlevé dans zones adaptéesFaible à modéré★★★★★
AsiminierÉlevéFaible★★★★★
Agrumes rustiquesRégionalModéré★★★★★
Avocatier rustiqueTrès localiséModéré★★★★
YuzuRégionalFaible à modéré★★★★★
SatsumaRégionalModéré★★★★★
GoyavierLocaliséÉlevé★★★
Passiflore fruitièreLocaliséVariable★★★★
CarambolierTrès localiséTrès élevé★★
MacadamiaTrès localiséÉlevé★★
Bananier fruitierTrès localiséÉlevé★★★

Cette classification est prospective et qualitative : elle ne remplace pas une analyse par cultivar, site et scénario climatique.


30.49 — Les espèces « gagnantes »

Il est tentant de rechercher quelques espèces gagnantes.

Mais l’agroclimatologie montre plutôt une mosaïque de situations.

Une espèce peut être gagnante :

  • dans le Sud-Ouest ;
  • mais pas dans une vallée froide ;

ou :

  • dans une ville ;
  • mais pas dans une plaine exposée au vent.

La bonne échelle devient donc progressivement :

la micro-parcelle.


30.50 — Le futur verger subtropical Omakëya™

Le système Omakëya™ peut intégrer :

diversité génétique

diversité spécifique

microclimats

sol vivant

hydrologie

capteurs

IA.

Le verger devient alors un système adaptatif.


30.51 — Le verger comme infrastructure climatique

Chaque élément possède plusieurs fonctions :

ÉlémentFonction
ArbreFruit + ombre + carbone
HaieVent + biodiversité
MareEau + humidité + biodiversité
Sol vivantEau + nutriments + carbone
MurStockage thermique
PergolaOmbre
NoueInfiltration
CapteursMesure
IAPilotage

La production alimentaire devient ainsi une composante d’une infrastructure écologique plus large.


30.52 — Vers 2050

Dans certaines régions européennes favorisées, on pourrait voir augmenter :

  • feijoa ;
  • agrumes rustiques ;
  • yuzu ;
  • satsuma ;
  • asiminier ;
  • certains avocatiers ;
  • kaki ;
  • grenadier ;
  • jujubier.

Mais cette progression sera extrêmement hétérogène.


30.53 — Vers 2100

Le principal changement pourrait être moins l’apparition spectaculaire de plantes tropicales que :

la recomposition progressive des assemblages végétaux.

Un verger pourrait réunir :

  • fruitiers tempérés ;
  • méditerranéens ;
  • subtropicaux ;
  • espèces locales ;
  • nouvelles variétés sélectionnées.

30.54 — La grande règle

Le futur verger ne doit pas chercher :

la plante qui survivra au climat de 2100.

Il doit chercher :

le système végétal capable d’évoluer avec le climat jusqu’en 2100.

C’est une différence fondamentale.


30.55 — Les fruitiers subtropicaux représentent une réserve considérable de diversification pour les futurs paysages agricoles.

Mais leur intégration doit être raisonnée.

Les espèces les plus intéressantes ne seront pas nécessairement les plus exotiques.

Ce seront celles qui présentent le meilleur compromis entre :

rusticité

production

efficience hydrique

résistance aux extrêmes

compatibilité écologique

valeur alimentaire.

Le feijoa, l’asiminier, certains agrumes rustiques, le yuzu, le satsuma ou certaines variétés d’avocatier peuvent ainsi constituer des pistes très différentes.

Mais leur véritable intérêt apparaîtra lorsqu’ils seront intégrés dans des écosystèmes fruitiers diversifiés, capables de produire, stocker de l’eau, créer de l’ombre, protéger le sol et évoluer avec le climat.

Le verger subtropical de demain ne sera pas nécessairement tropicalisé.

Il sera probablement hybridé : un assemblage de fruitiers tempérés, méditerranéens et subtropicaux, sélectionnés et positionnés selon leurs niches climatiques.

Chapitre 31 — Les fruitiers nordiques et les espèces de climat frais

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