
Évaporation et évapotranspiration
Bilan énergétique, Penman–Monteith, coefficient cultural et stress hydrique
L’eau disponible dans un sol ne peut être comprise indépendamment de la quantité d’énergie et de pouvoir desséchant que l’atmosphère impose au système.
Une pluie de 20 mm n’a pas la même signification :
- après une semaine fraîche et humide ;
- pendant une canicule ;
- sous un vent sec ;
- sous une végétation dense ;
- sur un sol nu ;
- sous un couvert forestier.
Dans le premier cas, ces 20 mm peuvent maintenir longtemps le système hydrique. Dans le second, ils peuvent être consommés en quelques jours.
L’évapotranspiration constitue donc le lien essentiel entre :
rayonnement → température → atmosphère → végétation → sol → eau.
Elle est au cœur du bilan hydrique, de l’agroclimatologie et du pilotage de l’eau dans la méthode Omakëya™.
1. Évaporation et transpiration
L’évapotranspiration combine deux phénomènes.
Évaporation
Passage de l’eau liquide vers la vapeur depuis :
- le sol ;
- les mares ;
- les flaques ;
- les feuilles mouillées ;
- les surfaces humides ;
- les plans d’eau.
Transpiration
Perte d’eau sous forme de vapeur à travers les tissus végétaux, principalement les stomates.
On écrit : ET=E+T
avec :
- ET = évapotranspiration ;
- E = évaporation ;
- T = transpiration.
2. L’évapotranspiration n’est pas uniquement une perte
Il serait réducteur de considérer l’évapotranspiration comme une simple consommation d’eau.
Elle joue également un rôle climatique majeur.
Lorsque l’eau s’évapore, elle consomme de l’énergie sous forme de chaleur latente.
Cette énergie n’est donc plus disponible pour augmenter directement la température de la surface.
Ainsi : eau disponible→eˊvaporation→chaleur latente
L’eau devient donc un moyen naturel de dissipation thermique.
3. L’évapotranspiration comme système de climatisation biologique
Une plante peut être considérée comme un véritable système de refroidissement :
RAYONNEMENT SOLAIRE
↓
énergie reçue
↓
FEUILLE
↓
eau s'évapore
↓
chaleur latente
↓
REFROIDISSEMENT
↓
vapeur d'eau
↓
ATMOSPHÈRE
Cela constitue l’un des fondements du génie climatique végétal.
Une végétation abondante et correctement alimentée en eau peut donc modifier fortement le microclimat.
4. Le bilan énergétique
Une surface reçoit du rayonnement solaire et infrarouge.
Une partie de cette énergie est réfléchie, une autre absorbée.
Le bilan énergétique simplifié peut être écrit : Rn=H+λE+G
où :
- Rn = rayonnement net ;
- H = flux de chaleur sensible ;
- λE = flux de chaleur latente ;
- G = flux de chaleur dans le sol.
Pour une végétation complète, d’autres termes peuvent être ajoutés selon le niveau de précision recherché.
5. Le rayonnement net
Le rayonnement net correspond à la différence entre les gains et les pertes radiatives.
Il comprend notamment :
rayonnement solaire entrant
principalement à courte longueur d’onde.
rayonnement réfléchi
qui dépend notamment de l’albédo.
rayonnement infrarouge atmosphérique
reçu par la surface.
rayonnement infrarouge émis
par la surface vers l’atmosphère.
On peut schématiquement écrire : Rn=Rns+Rnl
avec :
- Rns = composante nette courte longueur d’onde ;
- Rnl = composante nette grande longueur d’onde.
6. L’albédo
L’albédo intervient directement dans le bilan radiatif.
Une surface claire réfléchit davantage de rayonnement.
Une surface sombre en absorbe davantage.
Mais il faut immédiatement ajouter une nuance importante :
un albédo élevé n’implique pas nécessairement une surface plus fraîche dans toutes les situations.
Le bilan thermique dépend également :
- de l’évapotranspiration ;
- de l’humidité du sol ;
- de la rugosité ;
- du vent ;
- de la végétation ;
- du rayonnement infrarouge.
C’est pourquoi l’analyse d’un jardin doit dépasser la seule couleur du sol.
7. Chaleur sensible et chaleur latente
Une partie de l’énergie disponible chauffe directement : H
C’est la chaleur sensible.
Une autre partie sert à changer l’eau liquide en vapeur : λE
C’est la chaleur latente.
Lorsque l’eau est abondante : λE↑
et souvent : H↓
La surface peut donc rester relativement fraîche.
8. Sol sec et sol humide
Comparons deux surfaces recevant le même rayonnement.
Sol humide
Une grande partie de l’énergie peut être dissipée par : λE
Sol sec
L’évaporation diminue.
L’énergie disponible est davantage convertie en : H
La température de surface peut alors augmenter fortement.
C’est l’une des raisons pour lesquelles la disponibilité de l’eau influence directement le microclimat thermique.
9. Le rôle de la végétation
Une végétation dense agit sur plusieurs paramètres simultanément :
- ombrage ;
- évapotranspiration ;
- rugosité aérodynamique ;
- humidité ;
- température ;
- vitesse du vent ;
- stockage de carbone.
Le jardin devient ainsi une interface climatique active.
10. ET0 : l’évapotranspiration de référence
Pour comparer les conditions climatiques, on utilise couramment l’évapotranspiration de référence, notée : ET0
Elle représente la demande évaporative de l’atmosphère pour une surface de référence.
Elle ne correspond donc pas directement à la consommation réelle d’une plante particulière.
C’est un point fondamental.
11. ET0 n’est pas ETc
On distingue : ET0
et : ETc
où ETc représente l’évapotranspiration de la culture.
Une relation classique est : ETc=KcET0
où : Kc
est le coefficient cultural.
12. Le coefficient cultural
Le coefficient Kc traduit notamment l’effet :
- de la hauteur de la végétation ;
- de la surface foliaire ;
- de la couverture du sol ;
- de la rugosité ;
- des caractéristiques aérodynamiques ;
- du stade de développement.
Une jeune culture et une culture pleinement développée n’ont donc pas nécessairement le même Kc.
13. Les trois grandes phases culturales
On distingue généralement :
phase initiale
Couverture végétale faible.
L’évaporation du sol peut être importante.
phase de développement
La couverture augmente.
La transpiration devient progressivement dominante.
pleine couverture
Le couvert végétal contrôle fortement les échanges avec l’atmosphère.
Puis intervient éventuellement une phase de sénescence.
14. Le coefficient de stress
Dans une approche plus avancée, on distingue : ETc,adj=KsKcET0
où :
- Ks = coefficient de stress hydrique ;
- Kc = coefficient cultural ;
- ET0 = demande climatique.
Lorsque l’eau devient limitante : Ks<1
et l’évapotranspiration réelle diminue.
15. Mais attention : moins d’ET n’est pas nécessairement positif
Une diminution de l’évapotranspiration peut avoir deux origines très différentes.
Situation A
La plante économise naturellement l’eau.
Situation B
La plante est en stress et ferme ses stomates.
Dans le second cas : ET↓
mais : photosyntheˋse↓
La diminution de l’évapotranspiration peut donc être le symptôme d’un dysfonctionnement hydrique.
16. Penman–Monteith
L’une des formulations fondamentales de l’agroclimatologie est l’équation de Penman–Monteith.
Pour l’ET0 selon la formulation FAO-56 : ET0=Δ+γ(1+0,34u2)0,408Δ(Rn−G)+γT+273900u2(es−ea)
avec :
- ET0 : évapotranspiration de référence ;
- Δ : pente de la courbe de pression de vapeur ;
- Rn : rayonnement net ;
- G : flux de chaleur du sol ;
- T : température moyenne de l’air ;
- u2 : vitesse du vent à 2 m ;
- es : pression de vapeur saturante ;
- ea : pression de vapeur réelle ;
- γ : constante psychrométrique.
Cette équation est extrêmement importante car elle combine énergie et atmosphère.
17. Pourquoi Penman–Monteith est particulièrement intéressante
Elle montre que l’évapotranspiration n’est pas simplement fonction de la température.
Elle dépend simultanément de : rayonnement+tempeˊrature+humiditeˊ+vent+proprieˊteˊsatmospheˊriques
Ainsi :
30 °C sans vent et avec une atmosphère humide
n’est pas équivalent à :
30 °C avec un vent sec et un VPD élevé.
18. Le déficit de pression de vapeur
Le terme : es−ea
représente le déficit de pression de vapeur.
Il est directement lié à la sécheresse atmosphérique.
Plus il est élevé : VPD↑
plus la demande évaporative augmente.
C’est un paramètre particulièrement pertinent pour comprendre les épisodes de stress hydrique.
19. Température et VPD
La température agit de manière non linéaire sur la pression de vapeur saturante.
Lorsque la température augmente, l’air peut potentiellement contenir davantage de vapeur d’eau.
Ainsi, deux journées ayant :
- la même humidité relative ;
mais :
- des températures différentes,
peuvent avoir des VPD très différents.
20. Pourquoi l’humidité relative peut être trompeuse
Une humidité relative de 40 % :
- à 15 °C ;
- à 35 °C
ne représente pas la même demande évaporative.
Il est donc souvent plus pertinent d’utiliser :
- pression de vapeur ;
- déficit de pression de vapeur ;
- température du point de rosée.
pour caractériser le stress atmosphérique.
21. L’effet du vent
Le vent renouvelle l’air proche de la surface foliaire.
Il évacue la couche d’air enrichie en vapeur.
Ainsi : vent↑⇒eˊchange aeˊrodynamique↑⇒demande eˊvaporative↑
jusqu’à certaines limites dépendant du système.
C’est pourquoi une haie peut avoir un effet hydrique important.
22. Le rôle des haies
Une haie peut réduire :
- vitesse du vent ;
- dessèchement du sol ;
- transpiration excessive dans certaines situations.
Mais une haie consomme elle-même de l’eau.
Il faut donc concevoir :
un équilibre entre protection et consommation.
La meilleure haie n’est pas nécessairement la plus dense.
23. Évaporation du sol
L’évaporation d’un sol nu évolue généralement selon plusieurs phases.
Après une pluie :
Phase 1 — forte disponibilité
L’eau est proche de la surface.
L’évaporation peut être élevée.
Phase 2 — limitation progressive
La surface s’assèche.
Le transport de l’eau depuis les couches profondes devient limitant.
Phase 3 — forte limitation
La surface devient sèche et l’évaporation chute.
24. Pourquoi le paillage fonctionne
Le paillage agit notamment en augmentant la résistance au transfert de vapeur entre :
sol → atmosphère.
Il :
- réduit le rayonnement direct ;
- ralentit le déplacement de vapeur ;
- protège la surface ;
- réduit les variations thermiques ;
- limite l’effet du vent.
Il peut donc prolonger considérablement la durée de conservation de l’eau superficielle.
25. Mais le paillage ne remplace pas la réserve profonde
Un mulch de 10 cm ne crée pas mécaniquement :
10 cm supplémentaires de réserve utile.
Son rôle principal est de réduire les pertes et de favoriser progressivement :
- l’activité biologique ;
- la formation d’agrégats ;
- l’incorporation de matière organique ;
- la protection structurale.
26. Transpiration et surface foliaire
Plus la surface foliaire est importante, plus la capacité d’échange avec l’atmosphère augmente.
Mais une grande surface foliaire implique également : demande en eau↑
si l’alimentation hydraulique est suffisante.
Un arbre mature peut donc être extrêmement efficace pour refroidir son environnement tout en ayant des besoins hydriques importants.
27. Indice foliaire
L’indice foliaire, ou LAI, correspond au rapport entre : LAI=surface de solsurface foliaire
Il constitue un paramètre important pour caractériser le couvert végétal.
Lorsque le LAI augmente :
- interception du rayonnement ↑ ;
- transpiration potentielle ↑ ;
- ombrage du sol ↑ ;
- évaporation directe du sol ↓.
L’effet net dépend donc du système.
28. Évapotranspiration réelle
Il faut distinguer : ET0
demande climatique de référence,
de : ETc
demande théorique de la culture,
et : ETa
évapotranspiration réelle.
En situation de stress : ETa<ETc
La plante n’arrive plus à satisfaire toute la demande atmosphérique.
29. Le bilan hydrique
L’évapotranspiration s’insère dans le bilan : ΔS=P+I−R−D−ET
avec :
- P : précipitations ;
- I : irrigation ;
- R : ruissellement ;
- D : drainage ;
- ET : évapotranspiration ;
- ΔS : variation du stock d’eau.
C’est cette équation qui transforme les données météorologiques en dynamique réelle de la réserve du sol.
30. Exemple simple
Supposons :
- réserve accessible initiale : 120 mm ;
- pluie efficace : 20 mm ;
- évapotranspiration : 5 mm/jour ;
- absence d’irrigation ;
- drainage négligeable.
Stock après pluie : 120+20=140 mm
Après 10 jours : 140−10×5=90 mm
Il reste donc : 90 mm
de réserve théorique dans cette simplification.
31. Mais une canicule change complètement la situation
Si l’ET atteint : 8 mm/jour
alors après 10 jours : 140−80=60 mm
La même réserve initiale est consommée beaucoup plus rapidement.
Cela montre pourquoi :
la résilience hydrique dépend autant de la demande atmosphérique que du stockage dans le sol.
32. Stress hydrique
Le stress apparaît lorsque : demande atmospheˊrique>capaciteˊ du continuum hydraulique
Cette capacité dépend de :
- réserve utile ;
- profondeur racinaire ;
- conductivité du sol ;
- conductivité racinaire ;
- xylème ;
- comportement stomatique ;
- humidité atmosphérique.
33. Le coefficient de stress Ks
Dans les modèles hydriques, on peut représenter la réduction de l’ET par : ETa=KsKcET0
avec : 0≤Ks≤1
Lorsque : Ks=1
la plante n’est pas limitée par l’eau dans le modèle.
Lorsque : Ks<1
le stress hydrique réduit l’évapotranspiration.
34. Le seuil de stress n’est pas universel
Il dépend :
- de l’espèce ;
- du cultivar ;
- du stade végétatif ;
- du type de sol ;
- de la profondeur racinaire ;
- de la demande atmosphérique ;
- de la vitesse de dessèchement.
Un modèle avancé doit donc éviter de considérer le stress comme un simple seuil fixe.
35. Le stress progressif
Le système peut évoluer ainsi :
Sol humide
↓
ET maximale
↓
réserve diminue
↓
potentiel hydrique baisse
↓
stomates commencent à se fermer
↓
ET réelle diminue
↓
photosynthèse diminue
↓
croissance diminue
↓
stress sévère
L’évapotranspiration devient donc à la fois :
une consommation
et :
un indicateur physiologique.
36. Évapotranspiration et refroidissement
Le flux de chaleur latente peut être relié au flux d’eau par : λE
où λ est la chaleur latente de vaporisation.
À température proche de l’ambiante : λ≈2,45 MJ/kg
Comme : 1 kg d′eau≈1 L
on comprend l’importance énergétique de l’évapotranspiration.
Une consommation d’eau de quelques millimètres peut représenter une quantité considérable d’énergie dissipée.
37. Un millimètre d’eau
Une lame de : 1 mm
correspond à environ : 1 kg/m2
L’énergie associée à sa vaporisation est donc approximativement : 2,45 MJ/m2
Cela donne une idée de la puissance climatique de l’eau.
38. Le jardin comme climatiseur
Imaginons une surface végétalisée évapotranspirant : 5 mm/jour
Elle transfère approximativement : 5×2,45=12,25 MJ/m2/jour
vers la chaleur latente.
Cette énergie n’est donc pas directement disponible pour chauffer la surface.
À l’échelle d’un jardin, d’un parc ou d’une forêt, le phénomène devient considérable.
39. Mais l’eau doit provenir de quelque part
Il ne faut cependant pas tomber dans le raisonnement :
« plus d’évapotranspiration = meilleur climat ».
L’eau évapotranspirée doit provenir :
- de la pluie ;
- du stockage du sol ;
- d’une nappe ;
- d’une mare ;
- d’une irrigation ;
- d’une autre source hydrologique.
L’objectif Omakëya™ n’est donc pas de maximiser l’ET.
Il est de maximiser le bénéfice climatique par unité d’eau disponible, tout en maintenant la végétation fonctionnelle.
40. L’efficience de l’eau
Cela conduit à une notion essentielle : efficience hydrique=eau consommeˊecarbone ou biomasse produite
Selon l’application, on peut parler de :
- productivité de l’eau ;
- efficience d’utilisation de l’eau ;
- WUE (Water Use Efficiency).
41. WUE et photosynthèse
La plante cherche à équilibrer : CO2 entrant
contre : H2O sortante
La fermeture stomatique réduit les pertes d’eau mais limite simultanément l’entrée de CO₂.
Le fonctionnement optimal dépend donc du contexte climatique et physiologique.
42. Les plantes CAM et C4
Certaines stratégies végétales illustrent particulièrement bien l’adaptation à la contrainte hydrique.
Les plantes C4 présentent notamment une meilleure efficacité photosynthétique dans certaines conditions chaudes et fortement lumineuses.
Les plantes CAM décalent une partie importante des échanges gazeux vers la nuit.
Cela permet de réduire certaines pertes d’eau.
Le choix des végétaux futurs doit donc intégrer leur physiologie hydraulique et photosynthétique.
43. L’évapotranspiration dans une forêt
Dans une forêt : ET=Esol+Tarbres+Tarbustes+Therbaceˊes+Einterception
L’eau interceptée par les feuilles peut également s’évaporer directement après une pluie.
Le système est donc beaucoup plus complexe qu’une simple « transpiration des arbres ».
44. Interception des pluies
Une partie de la pluie est interceptée par :
- feuilles ;
- branches ;
- troncs.
Elle peut ensuite :
- s’évaporer ;
- ruisseler le long des troncs ;
- atteindre le sol progressivement.
L’interception modifie donc simultanément :
bilan hydrique + bilan énergétique.
45. Le rôle du sol vivant
Un sol vivant influence l’évapotranspiration indirectement par :
- profondeur racinaire ;
- structure ;
- réserve utile ;
- infiltration ;
- activité biologique ;
- disponibilité des nutriments.
Un sol bien structuré peut permettre aux racines d’explorer un volume beaucoup plus important.
46. La profondeur utile est plus importante que la profondeur géométrique
Un sol de 1 mètre d’épaisseur n’est pas nécessairement un sol exploitable sur 1 mètre.
Une couche compactée à 30 cm peut transformer : Zgeˊomeˊtrique=1 m
en : Zfonctionnelle≈0,30 m
pour certaines espèces.
Le diagnostic de l’évapotranspiration doit donc être associé au diagnostic pédologique.
47. L’importance du système racinaire
Un système racinaire profond :
- augmente l’accès à l’eau ;
- augmente le volume de sol exploitable ;
- peut prolonger la période sans irrigation.
Mais il augmente potentiellement aussi la capacité de transpiration.
La stratégie optimale dépend donc de l’équilibre : stock accessible↔surface foliaire↔demande climatique
48. Le pilotage de l’irrigation
L’approche traditionnelle consiste souvent à irriguer :
« tous les trois jours ».
Une approche agroclimatique est différente.
On estime : ET0
puis : ETc
puis : stock du sol
et enfin : risque de stress
L’irrigation devient alors une réponse au bilan hydrique, plutôt qu’au calendrier.
49. Irrigation déficitaire raisonnée
Dans certaines cultures, on peut volontairement maintenir un déficit hydrique modéré pendant certaines phases.
L’objectif est :
- réduire la consommation ;
- maintenir la production ;
- améliorer parfois certains paramètres qualitatifs.
Mais cette stratégie doit être spécifique à la culture et au stade.
Elle ne doit pas être généralisée à toutes les plantes.
50. Application au jardin
Dans un jardin Omakëya™, on peut différencier :
zone sèche
Espèces résistantes + sol profond.
zone fraîche
Ombrage + réserve importante.
zone humide
Mare + végétation hygrophile.
zone productive
Irrigation pilotée + paillage.
zone forestière
Arbres + sous-bois + couverture permanente.
Le paysage devient ainsi une mosaïque de microclimats hydriques.
51. La mare et l’évapotranspiration
Une mare ajoute une surface évaporante.
Elle peut donc : ETlocale↑
mais elle peut également :
- humidifier localement l’air ;
- créer une zone de fraîcheur ;
- fournir une réserve ;
- alimenter la végétation riveraine ;
- soutenir la biodiversité.
Le bilan doit donc être étudié à l’échelle du système.
52. Hydrologie régénérative et ET
L’objectif est de construire une boucle :
PLUIE
↓
INFILTRATION
↓
STOCKAGE SOL
↓
RACINES
↓
TRANSPIRATION
↓
ATMOSPHÈRE
↓
CONDENSATION / PLUIES
↓
SOL
Il ne s’agit évidemment pas de considérer cette boucle locale comme fermée : elle s’insère dans le cycle hydrologique régional.
53. Le rôle de la végétation dans le recyclage continental
À grande échelle, la végétation restitue une partie importante de l’eau aux basses couches de l’atmosphère.
L’évapotranspiration participe ainsi :
- à l’humidité atmosphérique ;
- à la formation de nuages ;
- au transport continental de vapeur ;
- aux précipitations régionales.
La végétation devient donc un élément du cycle climatique, et pas uniquement du bilan hydrique du sol.
54. Évapotranspiration et changement climatique
Avec l’augmentation des températures : ET0
peut augmenter dans de nombreuses situations, mais l’évolution réelle dépend également :
- du rayonnement ;
- du vent ;
- de l’humidité ;
- des concentrations de CO₂ ;
- de la végétation ;
- des changements d’usage des terres.
Le changement climatique ne se résume donc pas à :
« température +2 °C = ET +X % ».
Le système est beaucoup plus complexe.
55. Le paradoxe du CO₂
Une concentration atmosphérique accrue de CO₂ peut provoquer, chez certaines plantes et dans certaines conditions, une réduction de la conductance stomatique.
Cela peut diminuer les pertes d’eau par unité de surface foliaire.
Mais cet effet ne suffit pas à annuler :
- l’augmentation de la demande évaporative ;
- les vagues de chaleur ;
- les déficits hydriques ;
- les changements de végétation.
Il faut donc intégrer tous les mécanismes.
56. Les indicateurs agroclimatiques
Pour piloter un système Omakëya™, on peut suivre :
| Indicateur | Fonction |
|---|---|
| ET0 | demande climatique |
| ETc | besoin théorique |
| ETa | consommation réelle |
| VPD | sécheresse atmosphérique |
| Kc | effet du couvert |
| Ks | stress hydrique |
| RU | réserve utile |
| stock hydrique | eau disponible |
| LAI | surface foliaire |
| température foliaire | stress thermique |
| humidité du sol | état hydrique |
| potentiel hydrique | tension de l’eau |
57. Un tableau de bord dynamique
On peut concevoir un indicateur synthétique :
Indice de pression hydrique
par exemple conceptuellement : IPH=RUaccessibleETc
Il peut être enrichi par :
- VPD ;
- profondeur racinaire ;
- température ;
- prévisions météorologiques.
Ce n’est pas une formule universelle, mais un cadre de modélisation.
58. Vers l’irrigation prédictive
Le pilotage avancé pourrait fonctionner ainsi :
MÉTÉO OBSERVÉE
↓
MÉTÉO PRÉVUE
↓
ET0
↓
COEFFICIENT Kc
↓
STOCK DU SOL
↓
PROFONDEUR RACINAIRE
↓
PRÉVISION DU STRESS
↓
DÉCISION D'IRRIGATION
L’objectif n’est plus de répondre à la sécheresse.
Il est de l’anticiper.
59. Penman–Monteith + capteurs + IA
C’est particulièrement intéressant pour Omakëya™.
Un système pourrait intégrer :
- station météo ;
- humidité du sol ;
- potentiel hydrique ;
- pluviomètre ;
- température foliaire ;
- débit d’irrigation ;
- images satellite ;
- drone.
L’IA peut ensuite estimer :
combien d’eau sera probablement disponible dans la zone racinaire dans 3, 7 ou 15 jours.
60. De l’ET à la résilience
L’objectif ultime n’est donc pas de minimiser l’évapotranspiration.
Il est de trouver le meilleur compromis entre : eau disponible+refroidissement+photosyntheˋse+production+reˊsilience
Une végétation complètement fermée et incapable de transpirer peut être en stress sévère.
Une végétation abondante mais correctement alimentée en eau peut au contraire constituer un puissant système de refroidissement naturel.
61. Vision Omakëya™
Dans la Vision Omakëya™, l’évapotranspiration devient donc un flux climatique pilotable.
Le raisonnement évolue :
pluie → stockage → évapotranspiration → refroidissement → humidification → végétation → carbone → microclimat
Le jardin n’est plus seulement un consommateur d’eau.
Il devient une infrastructure climatique biologique.
L’objectif de l’hydrologie régénérative n’est alors pas simplement de conserver l’eau le plus longtemps possible dans le sol, mais de construire un système capable de capturer l’eau, la stocker, la distribuer aux racines, l’utiliser pour produire du carbone et de la fraîcheur, puis la restituer à l’atmosphère avec le maximum d’efficacité écologique.
C’est précisément à l’intersection de Penman–Monteith, du bilan hydrique, de la pédologie, de la physiologie végétale et du microclimat que l’on peut commencer à dimensionner scientifiquement les futurs jardins, vergers, agroforêts et territoires résilients.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
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- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
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- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
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- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.