AGROCLIMATOLOGIE : Infiltration et recharge des nappes

Infiltration et recharge des nappes

Sols, végétation, pluie, macropores, zones humides et bassins versants

L’infiltration constitue l’un des mécanismes fondamentaux du cycle continental de l’eau.

Lorsqu’une pluie atteint un territoire, elle peut :

  • être interceptée par la végétation ;
  • s’infiltrer dans le sol ;
  • ruisseler en surface ;
  • être stockée temporairement ;
  • être évapotranspirée ;
  • percoler vers les horizons profonds ;
  • rejoindre une nappe souterraine ;
  • alimenter une source ou un cours d’eau.

La recharge des nappes correspond à la fraction de l’eau qui atteint effectivement la zone saturée de l’aquifère et contribue à son renouvellement.

Le point essentiel est donc :

infiltration ≠ recharge de nappe.

Une eau peut parfaitement s’infiltrer dans les premiers centimètres du sol sans jamais atteindre la nappe.


1. Du ciel à la nappe

On peut représenter le cheminement général :

                         ATMOSPHÈRE
                             │
                           PLUIE
                             ↓
                     INTERCEPTION
                       végétation
                             │
                ┌────────────┴────────────┐
                ↓                         ↓
          RUISSELLEMENT              INFILTRATION
                │                         │
                │                  sol superficiel
                │                         ↓
                │                  zone non saturée
                │                         ↓
                │                    percolation
                │                         ↓
                │                  zone capillaire
                │                         ↓
                └──────────────→       NAPPE
                                      zone saturée

Chaque étape possède ses propres mécanismes et ses propres limites.


2. Le bilan d’une pluie

Pour une pluie P, on peut schématiquement écrire : P=I+R+ET+ΔS+D

avec :

  • I = infiltration ;
  • R = ruissellement ;
  • ET = évapotranspiration ;
  • ΔS = variation du stockage ;
  • D = drainage profond.

Mais même D ne signifie pas nécessairement recharge de nappe.

Une partie de l’eau drainée peut être interceptée par :

  • des couches imperméables ;
  • des écoulements perchés ;
  • des drains ;
  • des exutoires latéraux.

3. Qu’est-ce que l’infiltration ?

L’infiltration est le passage de l’eau depuis la surface vers le sol.

Elle dépend notamment de :

  • l’intensité de la pluie ;
  • la conductivité hydraulique ;
  • la texture ;
  • la structure ;
  • l’humidité initiale ;
  • la pente ;
  • la couverture végétale ;
  • la compaction ;
  • les macropores.

4. Intensité de pluie et capacité d’infiltration

Une notion essentielle est la comparaison entre : i

l’intensité de pluie,

et : f

la capacité instantanée d’infiltration.

Lorsque : i<f

la majeure partie de l’eau peut potentiellement s’infiltrer.

Lorsque : i>f

l’excédent peut produire du ruissellement.

C’est particulièrement important lors des pluies intenses.


5. Une pluie faible et une pluie torrentielle

Prenons deux pluies apportant chacune : 30 mm

Pluie A

30 mm répartis sur 24 heures.

Pluie B

30 mm en 20 minutes.

Le volume total est identique.

Mais la réponse hydrologique peut être radicalement différente.

La pluie B peut dépasser la capacité d’infiltration et générer :

  • ruissellement ;
  • érosion ;
  • inondation ;
  • transfert de polluants.

6. Le rôle de la végétation

La végétation modifie le devenir de la pluie à plusieurs niveaux.

Elle :

  • intercepte les précipitations ;
  • ralentit les gouttes ;
  • protège la surface ;
  • augmente la rugosité ;
  • favorise les racines ;
  • nourrit les organismes du sol ;
  • crée des macropores ;
  • augmente généralement la stabilité structurale.

La végétation agit donc comme un gestionnaire hydrologique biologique.


7. L’interception

Une partie de la pluie n’atteint jamais directement le sol.

Elle est interceptée par :

  • feuilles ;
  • branches ;
  • troncs.

Cette eau peut ensuite :

  • s’évaporer ;
  • ruisseler le long du tronc ;
  • atteindre progressivement le sol.

L’interception modifie donc la distribution temporelle de la pluie.


8. Les racines comme infrastructure hydraulique

Les racines créent des voies préférentielles.

Après la mort et la décomposition des racines, les anciens canaux peuvent rester ouverts.

Ces conduits constituent des biopores.

Ils peuvent permettre :

  • une infiltration rapide ;
  • une pénétration profonde de l’eau ;
  • une meilleure aération ;
  • une redistribution de l’humidité.

9. Les lombrics

Les lombrics participent également à la création de macropores.

Leurs galeries peuvent :

  • pénétrer profondément ;
  • relier différents horizons ;
  • améliorer localement l’infiltration ;
  • favoriser les échanges gazeux.

Mais leur efficacité dépend du type de sol, de la profondeur et de l’activité biologique.


10. Les macropores

Un sol vivant possède une architecture poreuse complexe.

On peut distinguer schématiquement :

micropores

→ stockage de l’eau fortement retenue.

mésopores

→ stockage et circulation de l’eau disponible.

macropores

→ circulation rapide de l’eau et de l’air.

Cette architecture permet de combiner :

stockage + infiltration + drainage + respiration racinaire.


11. Les flux préférentiels

L’eau ne se déplace pas toujours uniformément dans la matrice du sol.

Elle peut emprunter préférentiellement :

  • galeries de vers ;
  • anciennes racines ;
  • fissures ;
  • interfaces entre agrégats ;
  • fractures de la roche.

On parle de flux préférentiels.

Ils peuvent transporter rapidement l’eau vers les horizons profonds.


12. Une conséquence importante

Un sol peut présenter une texture relativement peu perméable mais une infiltration profonde importante grâce aux macropores.

Inversement, un sol théoriquement favorable à l’infiltration peut être fortement dégradé par :

  • compaction ;
  • battance ;
  • croûte superficielle ;
  • absence de couverture.

La texture seule ne suffit donc jamais à prédire le comportement hydrologique réel.


13. La structure du sol

La structure correspond à l’organisation des particules en agrégats.

Une bonne structure favorise :

  • macroporosité ;
  • stabilité ;
  • infiltration ;
  • stockage ;
  • circulation de l’air ;
  • enracinement.

La structure est donc l’une des interfaces majeures entre :

biologie ↔ pédologie ↔ hydrologie.


14. La matière organique

La matière organique contribue notamment :

  • à la formation d’agrégats ;
  • à la stabilité structurale ;
  • à la rétention de l’eau ;
  • à l’activité biologique.

Elle participe donc indirectement à la capacité du sol à absorber les pluies.

Mais il faut éviter l’affirmation simpliste :

« plus de matière organique = infiltration infiniment meilleure ».

La réponse dépend du système pédologique complet.


15. Le compactage : ennemi majeur

Le compactage réduit généralement :

  • porosité ;
  • macroporosité ;
  • infiltration ;
  • profondeur racinaire ;
  • circulation de l’air.

Il peut transformer une pluie infiltrante en ruissellement.

C’est particulièrement critique :

  • sous les passages de roues ;
  • dans les pâturages surchargés ;
  • dans les zones fortement piétinées ;
  • sous certaines plateformes urbaines.

16. Le ruissellement

Lorsque l’eau ne peut pas entrer suffisamment rapidement dans le sol, elle s’écoule en surface.

Le ruissellement peut provoquer :

  • érosion ;
  • ravinement ;
  • transport de sédiments ;
  • transfert de nutriments ;
  • transfert de pesticides ;
  • inondations rapides.

L’infiltration est donc également un outil de prévention des risques hydrologiques.


17. De l’infiltration à la percolation

Il faut distinguer :

infiltration

→ entrée de l’eau dans le sol.

percolation

→ déplacement de l’eau vers des profondeurs plus importantes.

Une eau infiltrée peut :

  • rester dans le sol ;
  • être absorbée par les racines ;
  • s’évaporer ;
  • circuler latéralement ;
  • percoler profondément.

18. La zone non saturée

Entre la surface et la nappe se trouve généralement la zone non saturée.

Elle contient simultanément :

  • eau ;
  • air.

C’est une zone essentielle pour :

  • filtration ;
  • transformation biologique ;
  • stockage temporaire ;
  • transfert des solutés.

19. La zone saturée

Sous la zone non saturée se trouve la zone où les pores sont majoritairement remplis d’eau.

C’est la zone saturée.

L’eau y constitue la nappe ou participe à son alimentation.

La profondeur de cette interface peut varier fortement :

  • saisonnièrement ;
  • selon les pluies ;
  • selon les prélèvements ;
  • selon la géologie.

20. Recharge des nappes

La recharge correspond au flux d’eau qui atteint effectivement la nappe.

On peut représenter : Rn​≈P−ET−Rs​−ΔS

dans une formulation simplifiée, où Rn​ représente la recharge et Rs​ les pertes par ruissellement, avec des termes adaptés au système étudié.

En pratique, le calcul nécessite souvent un modèle hydrologique beaucoup plus complet.


21. Recharge directe

La recharge directe se produit lorsque l’eau issue des précipitations traverse :

  • le sol ;
  • la zone non saturée ;

puis atteint la nappe.

Elle peut être relativement rapide dans certains terrains très perméables ou fortement fissurés.


22. Recharge indirecte

La nappe peut également être alimentée par :

  • cours d’eau ;
  • zones humides ;
  • mares ;
  • pertes de rivières ;
  • réseaux de fractures.

On parle alors de relations eaux de surface ↔ eaux souterraines.


23. La géologie contrôle fortement la recharge

Deux bassins recevant exactement la même pluie peuvent présenter des recharges radicalement différentes.

Terrain perméable

→ infiltration profonde facilitée.

Terrain argileux

→ infiltration plus lente.

Calcaire fissuré

→ transfert parfois très rapide par fractures et conduits karstiques.

Granite altéré

→ fonctionnement dépendant fortement de l’altération et des fractures.

Alluvions

→ peuvent présenter des échanges importants avec les cours d’eau et les nappes.


24. Les aquifères

Un aquifère est une formation géologique capable :

  • de stocker de l’eau ;
  • de la laisser circuler suffisamment ;
  • de permettre son exploitation ou son écoulement naturel.

Il faut distinguer :

porosité

et :

perméabilité.

Une roche peut contenir beaucoup de pores mais permettre une circulation très faible.


25. Porosité et perméabilité

Porosité

Quantité d’espace poreux.

Perméabilité

Facilité avec laquelle l’eau circule à travers ces espaces.

Deux matériaux ayant une porosité comparable peuvent avoir des conductivités hydrauliques très différentes.


26. La loi de Darcy

À l’échelle macroscopique, l’écoulement souterrain peut être décrit par la loi de Darcy : Q=−KAdldh​

où :

  • Q = débit ;
  • K = conductivité hydraulique ;
  • A = section ;
  • dh/dl = gradient hydraulique.

Cette relation est fondamentale en hydrogéologie.


27. Temps de transfert

Une goutte de pluie peut atteindre la nappe :

  • en quelques heures ;
  • quelques jours ;
  • plusieurs mois ;
  • plusieurs années ;
  • parfois beaucoup plus longtemps.

Cela dépend :

  • de la profondeur ;
  • de la perméabilité ;
  • de la géologie ;
  • des fractures ;
  • du degré de saturation ;
  • des flux préférentiels.

28. Les nappes ne sont pas toutes « renouvelables » à la même vitesse

Il existe une différence fondamentale entre :

recharge rapide

Nappe fortement connectée aux précipitations actuelles.

recharge lente

Nappe alimentée par des transferts profonds.

nappe fossile ou très faiblement renouvelée

Temps de renouvellement extrêmement long.

La gestion durable doit donc tenir compte du temps de renouvellement.


29. Les zones humides

Les zones humides comprennent notamment :

  • marais ;
  • tourbières ;
  • prairies humides ;
  • ripisylves ;
  • dépressions temporairement inondées.

Elles jouent des rôles multiples :

  • stockage ;
  • ralentissement ;
  • filtration ;
  • biodiversité ;
  • alimentation ou soutien de nappes selon leur configuration ;
  • soutien des débits d’étiage dans certains systèmes.

30. Une zone humide n’est pas automatiquement une « recharge de nappe »

C’est une nuance essentielle.

Une zone humide peut :

  • alimenter une nappe ;
  • être alimentée par une nappe ;
  • faire les deux ;
  • fonctionner surtout comme zone de stockage superficiel.

La direction des flux dépend du gradient hydraulique et de la géologie.


31. Les mares

Une mare peut devenir un élément de la stratégie hydrologique locale.

Elle peut :

  • ralentir l’eau ;
  • stocker temporairement les précipitations ;
  • favoriser l’infiltration selon la nature du fond ;
  • soutenir la biodiversité ;
  • alimenter localement des flux souterrains.

Mais une mare étanchée par une couche argileuse ou une géomembrane aura un fonctionnement très différent d’une mare infiltrante.


32. Les bassins d’infiltration

Un bassin d’infiltration est conçu pour :

stocker temporairement l’eau puis favoriser son infiltration.

Son dimensionnement doit considérer :

  • surface contributive ;
  • hauteur de pluie ;
  • intensité ;
  • volume de stockage ;
  • conductivité hydraulique ;
  • temps de vidange ;
  • niveau de nappe ;
  • risques de pollution.

33. Les noues

Les noues végétalisées ralentissent le ruissellement et favorisent :

  • infiltration ;
  • stockage temporaire ;
  • filtration ;
  • dissipation de l’énergie hydraulique.

Elles peuvent être particulièrement intéressantes en :

  • zones urbaines ;
  • lotissements ;
  • jardins ;
  • zones agricoles ;
  • infrastructures routières.

34. Les baissières

Les swales ou baissières sont des structures en courbe de niveau destinées notamment à ralentir les écoulements.

Elles peuvent :

  • augmenter le temps de séjour ;
  • favoriser l’infiltration ;
  • réduire l’érosion ;
  • redistribuer l’eau dans le paysage.

Mais leur dimensionnement doit être adapté :

  • à la pente ;
  • aux sols ;
  • aux pluies extrêmes ;
  • au bassin contributif.

35. Le bassin versant

C’est à cette échelle que l’hydrologie devient véritablement systémique.

Un bassin versant reçoit : P

puis redistribue l’eau entre :

  • atmosphère ;
  • végétation ;
  • sols ;
  • nappes ;
  • zones humides ;
  • rivières ;
  • océans.

On ne peut donc pas gérer correctement un point d’infiltration sans considérer, au minimum, son aire contributive.


36. Le temps de concentration

Lors d’une pluie intense, l’eau provenant des différentes parties du bassin arrive progressivement vers un exutoire.

Le temps de concentration permet notamment d’évaluer le temps nécessaire pour que la contribution hydrologique de l’ensemble du bassin atteigne l’exutoire.

Il intervient dans le dimensionnement :

  • fossés ;
  • bassins ;
  • noues ;
  • ouvrages de ralentissement ;
  • dispositifs de rétention.

37. Pluie décennale, centennale et infiltration

Un système de gestion de l’eau doit être capable de distinguer :

pluie ordinaire

Gestion courante.

pluie intense

Risque de ruissellement.

événement extrême

Le dispositif doit assurer la sécurité hydraulique.

Un ouvrage d’infiltration ne doit jamais être dimensionné en supposant que toute l’eau infiltrera instantanément.


38. La sécurité hydraulique

Une stratégie de désimperméabilisation doit donc prévoir :

           PLUIE
             ↓
       stockage temporaire
             ↓
         infiltration
             ↓
       infiltration lente
             ↓
        drainage profond
             ↓
           NAPPE

En cas d'événement extrême :
             ↓
      déversoir de sécurité
             ↓
      chemin d'écoulement
             ↓
        exutoire sécurisé

La sécurité hydraulique doit toujours être intégrée à la conception.


39. La qualité de l’eau

La recharge n’est pas uniquement une question de quantité.

Il faut également protéger la qualité des nappes.

Une infiltration peut transporter :

  • nitrates ;
  • phosphates ;
  • pesticides ;
  • hydrocarbures ;
  • métaux ;
  • contaminants microbiologiques.

Il faut donc éviter de considérer :

« infiltration = toujours bénéfique ».

Une infiltration mal conçue peut contaminer une nappe.


40. Le sol comme filtre biologique

La zone non saturée peut néanmoins assurer une certaine filtration grâce :

  • adsorption ;
  • précipitation ;
  • dégradation biologique ;
  • transformation chimique ;
  • rétention physique.

L’efficacité dépend fortement :

  • de la texture ;
  • de la matière organique ;
  • de l’épaisseur ;
  • du temps de séjour ;
  • des contaminants.

41. Le rôle des plantes

Les plantes peuvent contribuer à la qualité de l’eau en :

  • prélevant certains nutriments ;
  • stabilisant les sols ;
  • ralentissant les flux ;
  • favorisant l’activité microbienne.

Les ripisylves sont particulièrement importantes à cet égard.


42. Les ripisylves

Les bandes végétalisées le long des cours d’eau :

  • ralentissent les ruissellements ;
  • piègent certains sédiments ;
  • stabilisent les berges ;
  • fournissent de la matière organique ;
  • créent des habitats ;
  • modifient localement la température de l’eau.

Elles constituent donc une véritable infrastructure écologique hydraulique.


43. L’infiltration en forêt

Une forêt mature peut présenter :

  • forte interception ;
  • litière ;
  • sol riche en matière organique ;
  • réseaux racinaires ;
  • biopores ;
  • forte rugosité.

L’eau peut donc être fortement ralentie avant d’atteindre le sol.

Cela ne signifie pas que toutes les forêts produisent automatiquement davantage de recharge.

La consommation d’eau par la végétation peut être importante.

Le bilan doit être étudié globalement.


44. Le paradoxe forestier

Une forêt peut :

réduire le ruissellement et l’érosion

tout en :

augmentant l’évapotranspiration.

Elle peut donc améliorer fortement le fonctionnement hydrologique du bassin tout en ne maximisant pas nécessairement la recharge annuelle des nappes.

Il faut distinguer :

  • réduction des pics de ruissellement ;
  • infiltration ;
  • recharge ;
  • consommation végétale.

45. Hydrologie régénérative

L’objectif n’est donc pas :

faire infiltrer toute l’eau immédiatement.

Il est de :

ralentir → infiltrer → stocker → redistribuer → restituer.

La bonne stratégie dépend du contexte.


46. La cascade hydrologique Omakëya™

On peut concevoir un paysage comme une succession de dispositifs :

TOITURES
   ↓
CITERNES
   ↓
TROP-PLEIN
   ↓
MARE
   ↓
NOUE
   ↓
BAISSIÈRE
   ↓
ZONE HUMIDE
   ↓
SOL PROFOND
   ↓
AQUIFÈRE
   ↓
SOURCE / RIVIÈRE

L’objectif est d’utiliser plusieurs niveaux de stockage plutôt qu’un seul ouvrage.


47. La désimperméabilisation

Les surfaces imperméables transforment fortement le bilan :

PLUIE
 ↓
surface imperméable
 ↓
ruissellement rapide
 ↓
réseau pluvial
 ↓
exutoire

La désimperméabilisation cherche à revenir vers :

PLUIE
 ↓
surface perméable
 ↓
infiltration
 ↓
stockage
 ↓
recharge / végétation

Elle constitue donc une mesure à la fois :

  • hydrologique ;
  • climatique ;
  • écologique ;
  • urbaine.

48. Application au jardin

Dans un jardin Omakëya™, on peut rechercher :

  • sols non compactés ;
  • couverture permanente ;
  • racines profondes ;
  • arbres ;
  • haies ;
  • mares ;
  • noues ;
  • zones d’infiltration ;
  • chemins perméables ;
  • récupération des toitures.

Chaque élément participe à la gestion du cycle de l’eau.


49. Application à une ferme

À l’échelle agricole :

Parcelle
 ↓
couverture végétale
 ↓
racines
 ↓
biopores
 ↓
infiltration
 ↓
stockage
 ↓
drainage profond
 ↓
nappe

On peut également ajouter :

  • bandes enherbées ;
  • haies ;
  • fossés végétalisés ;
  • mares ;
  • zones humides ;
  • agroforesterie ;
  • terrasses adaptées au relief.

50. Application à une commune

À l’échelle urbaine :

toiture

→ récupération.

parking

→ désimperméabilisation.

voirie

→ noues.

espaces verts

→ infiltration.

parc

→ zones de stockage.

zones humides

→ conservation.

Le réseau hydraulique devient ainsi distribué, au lieu de concentrer toute l’eau dans les canalisations.


51. Application au bassin versant

La stratégie devient : retenir l’eau le plus haut possible​

puis : ralentir les transferts​

puis : infiltrer lorsque les conditions sont favorables​

et enfin : laisser les exceˋs rejoindre les exutoires sans dommages​


52. Mais attention à la recharge artificielle

Augmenter l’infiltration peut être dangereux si :

  • la nappe est vulnérable ;
  • le sol est contaminé ;
  • l’eau est polluée ;
  • la nappe est déjà très haute ;
  • l’infiltration provoque des instabilités géotechniques ;
  • les bâtiments sont trop proches.

L’hydrologie régénérative doit donc rester une ingénierie, pas une simple multiplication d’ouvrages d’infiltration.


53. Diagnostic préalable

Avant de concevoir un dispositif, il faut notamment connaître :

Sol

  • texture ;
  • structure ;
  • conductivité hydraulique ;
  • profondeur ;
  • compaction.

Hydrologie

  • pente ;
  • bassin contributif ;
  • ruissellement ;
  • niveau de nappe.

Géologie

  • nature de la roche ;
  • fractures ;
  • aquifère.

Climat

  • pluies courantes ;
  • pluies intenses ;
  • sécheresses.

Pollution

  • historique du site ;
  • usages antérieurs ;
  • contaminants potentiels.

54. Tests d’infiltration

Sur le terrain, on peut utiliser notamment :

  • infiltromètre à double anneau ;
  • infiltromètre à disque ;
  • essais ponctuels ;
  • mesures de conductivité hydraulique ;
  • observation de la vidange d’un bassin expérimental.

Il faut toujours documenter :

  • humidité initiale ;
  • profondeur ;
  • emplacement ;
  • état du sol ;
  • conditions météorologiques.

55. Cartographier l’infiltration

Dans un grand terrain, une seule mesure est rarement représentative.

On peut réaliser une cartographie :

┌────────────────────────────┐
│ A A A A │ B B B │ C C C   │
│ A A A A │ B B B │ C C C   │
│─────────┼───────┼─────────│
│ D D D D │ E E E │ F F F   │
│ D D D D │ E E E │ F F F   │
└────────────────────────────┘

A–F = zones hydrologiques différentes

Puis croiser cette carte avec :

  • pente ;
  • géologie ;
  • végétation ;
  • profondeur de sol ;
  • usage des terres.

56. L’intelligence artificielle

À grande échelle, l’IA peut contribuer à combiner :

  • MNT ;
  • cartes géologiques ;
  • cartes pédologiques ;
  • occupation du sol ;
  • images satellite ;
  • pluviométrie ;
  • capteurs ;
  • historique des crues.

Elle peut alors produire des cartes de :

  • potentiel d’infiltration ;
  • zones de ruissellement ;
  • zones de recharge ;
  • vulnérabilité des nappes.

L’IA ne remplace cependant pas les mesures de terrain : elle permet surtout de les spatialiser et les intégrer.


57. Indicateurs Omakëya™

Un tableau de bord hydrologique peut suivre :

IndicateurFonction
pluieapport
infiltrationentrée dans le sol
ruissellementperte superficielle
humiditéstockage
conductivitécapacité de transfert
profondeur de nappeétat aquifère
recharge estiméerenouvellement
débit des sourcesrestitution
débit des rivièresréponse du bassin
qualité de l’eauétat écologique

58. Un indicateur particulièrement intéressant

On peut définir conceptuellement :

Taux de rétention territoriale

TRT=PP−R−Esorties rapides​​

L’objectif serait de quantifier la fraction des précipitations qui reste temporairement dans le système plutôt que de partir immédiatement par ruissellement.

Il faut évidemment définir précisément les termes avant toute utilisation quantitative.


59. Vers un « budget de l’eau »

Pour un territoire Omakëya™, on peut établir annuellement : P=ET+R+Recharge+ΔS

avec les différents termes correctement définis et mesurés.

Cela permet de répondre à une question essentielle :

où va réellement chaque millimètre de pluie ?


60. Le changement de paradigme

L’approche conventionnelle consiste souvent à :

évacuer rapidement l’eau.

L’approche régénérative cherche plutôt à :

ralentir l’eau avant qu’elle ne devienne un problème.

Puis :

la stocker avant qu’elle ne devienne une ressource rare.

Puis :

la restituer progressivement au système écologique.


61. Vision Omakëya™

Le territoire peut finalement être considéré comme une immense infrastructure hydraulique vivante.

Les :

  • racines ;
  • galeries de lombrics ;
  • agrégats ;
  • sols ;
  • mares ;
  • zones humides ;
  • haies ;
  • fossés végétalisés ;
  • talwegs ;
  • nappes ;

forment un réseau hydraulique distribué.

On ne cherche plus à construire uniquement des tuyaux et des bassins.

On cherche à restaurer la capacité du paysage à gérer lui-même l’eau.


62. Le principe fondamental

La recharge des nappes commence donc bien avant la nappe.

Elle commence :

dans l’atmosphère, au moment où la pluie tombe.

Puis elle dépend de toute une chaîne : Pluie→Veˊgeˊtation→Sol→Macropores→Percolation→Zone non satureˊe→Aquifeˋre​

Mais cette chaîne peut être interrompue par :

  • imperméabilisation ;
  • compaction ;
  • érosion ;
  • drainage excessif ;
  • pollution ;
  • prélèvements excessifs.

63. La grande boucle Omakëya™

La conception d’un système résilient consiste alors à reconstruire une boucle :

                         ATMOSPHÈRE
                              ↑
                         transpiration
                              │
                              │
        PLUIE ─────────────→ VÉGÉTATION
          │                    │
          ↓                    ↓
      INTERCEPTION          RACINES
          │                    │
          ↓                    ↓
       SOL VIVANT ←───── BIOPORES
          │
          ↓
      INFILTRATION
          │
          ↓
     STOCKAGE PROFOND
          │
          ↓
        NAPPE
          │
          ↓
      SOURCES / RIVIÈRES
          │
          ↓
       ZONES HUMIDES
          │
          └────────────→ ATMOSPHÈRE

Le véritable objectif de l’hydrologie régénérative n’est donc pas simplement de faire disparaître l’eau de surface.

C’est de transformer un événement pluvieux en ressource durable, en conservant suffisamment d’eau dans le paysage pour alimenter les sols, les plantes, les zones humides, les nappes et les écoulements futurs.

Dans la Vision Omakëya™, chaque parcelle devient ainsi potentiellement une petite unité de gestion hydrologique, et l’ensemble des parcelles constitue un réseau capable de fonctionner à l’échelle du jardin → domaine → quartier → commune → bassin versant → territoire.