
LE SOL COMME INFRASTRUCTURE HYDRAULIQUE VIVANTE
Infiltration, ruissellement, macropores, micropores, réserve utile, drainage et remontées capillaires
Dans une approche classique, le sol est souvent considéré comme un simple support physique dans lequel les plantes développent leurs racines.
Cette représentation est insuffisante.
Un sol vivant constitue une véritable infrastructure hydraulique naturelle, capable de recevoir l’eau, de la ralentir, de la stocker temporairement, de la distribuer, de la filtrer, de la conduire vers les nappes et de la restituer progressivement aux végétaux et aux écosystèmes.
Cette infrastructure n’est pas construite avec du béton, des canalisations ou des réservoirs.
Elle est constituée de :
- pores ;
- agrégats ;
- racines ;
- galeries de lombrics ;
- réseaux fongiques ;
- fissures ;
- matière organique ;
- particules minérales ;
- horizons pédologiques ;
- nappes et interfaces hydrologiques.
Le sol fonctionne ainsi comme un système combinant simultanément :
réservoir + réseau de distribution + filtre + régulateur + échangeur + interface biologique.
1. Une infrastructure hydraulique vivante
Un sol peut recevoir une pluie intense et lui faire suivre plusieurs chemins :
PLUIE
↓
┌──────┴──────┐
↓ ↓
infiltration ruissellement
↓
surface du sol
↓
┌───────────┼───────────┐
↓ ↓ ↓
macropores micropores agrégats
↓ ↓
drainage stockage
↓ ↓
NAPPE ← redistribution
↓
racines
↓
transpiration
↓
ATMOSPHÈRE
Le devenir de l’eau dépend donc de la structure hydraulique du sol.
2. Les trois fonctions fondamentales
On peut simplifier le fonctionnement hydraulique en trois grandes fonctions :
1. Recevoir
Le sol doit pouvoir accepter l’eau.
→ infiltration.
2. Stocker
Une partie de l’eau doit rester disponible.
→ réserve hydrique.
3. Transmettre
L’eau doit pouvoir circuler.
→ drainage, redistribution et remontées capillaires.
Un sol performant doit donc trouver un équilibre entre :
infiltration rapide + stockage suffisant + circulation maîtrisée.
3. L’infiltration
L’infiltration correspond à l’entrée de l’eau depuis la surface vers le sol.
Elle dépend notamment :
- de la texture ;
- de la structure ;
- de la porosité ;
- de l’humidité initiale ;
- de la compaction ;
- de la matière organique ;
- des racines ;
- des galeries biologiques ;
- de la pente ;
- de l’intensité de la pluie.
Une pluie faible peut être entièrement infiltrée.
Une pluie intense peut dépasser la capacité instantanée d’infiltration.
4. Capacité d’infiltration
Il faut distinguer :
Intensité de pluie
ip
de :
Capacité d’infiltration du sol
f
Lorsque :ip≤f
l’eau peut, dans les conditions simplifiées, s’infiltrer sans produire de ruissellement significatif.
Lorsque :ip>f
l’excédent peut contribuer au ruissellement de surface.
Cette distinction est fondamentale pour le dimensionnement hydraulique.
5. Pourquoi deux sols reçoivent-ils différemment la même pluie ?
Deux parcelles voisines peuvent recevoir exactement :
30 mm de pluie
mais présenter des comportements radicalement différents.
Sol A
- structure grumeleuse ;
- forte activité biologique ;
- macropores ;
- couverture végétale.
→ infiltration importante.
Sol B
- sol compacté ;
- battance ;
- faible porosité fonctionnelle ;
- absence de couverture.
→ ruissellement important.
La quantité de pluie n’est donc qu’une partie du problème.
6. La porosité : l’architecture hydraulique du sol
Le sol est constitué d’une matrice solide séparée par un réseau de vides.
Ces vides constituent la porosité.
Ils peuvent être remplis :
- d’air ;
- d’eau ;
- ou alternativement des deux.
La porosité totale ne suffit cependant pas à caractériser le comportement hydraulique.
La taille, la continuité et la connectivité des pores sont déterminantes.
7. Macropores
Les macropores sont de relativement grands espaces permettant une circulation rapide de l’eau et de l’air.
Ils peuvent provenir de :
- racines mortes ;
- galeries de lombrics ;
- fissures ;
- agrégats ;
- activité biologique.
Ils jouent un rôle particulièrement important lors des pluies intenses.
8. Les biopores
Les biopores sont des pores créés ou fortement modifiés par les organismes.
Exemples :
- anciennes racines ;
- galeries de lombrics ;
- cavités biologiques.
Ils peuvent constituer de véritables micro-canalisations naturelles.
Une racine profonde morte peut ainsi laisser derrière elle un conduit vertical.
Lors d’une pluie, l’eau peut emprunter ce chemin préférentiel.
9. Les macropores ne sont pas de simples trous
Un réseau de macropores efficace doit être :
- connecté ;
- continu ;
- suffisamment stable ;
- relié à la surface ou à d’autres pores.
Un grand nombre de pores isolés ne produit pas nécessairement une forte conductivité hydraulique.
C’est donc l’architecture du réseau poreux qui compte.
10. Micropores
Les micropores sont beaucoup plus petits.
Ils retiennent l’eau par des forces capillaires et matricielles.
Ils contribuent fortement au stockage.
On peut donc simplifier :
MACROPORES
↓
circulation rapide
drainage
aération
MICROPORES
↓
rétention
stockage
eau capillaire
Cette opposition est simplifiée mais très utile pour comprendre le fonctionnement général.
11. Le compromis fondamental
Un sol doit simultanément :
- laisser entrer l’eau ;
- retenir une partie de cette eau ;
- permettre la circulation de l’air ;
- évacuer l’excès.
Trop de macroporosité :
→ drainage rapide.
Trop de microporosité :
→ circulation lente, parfois mauvaise aération si le sol reste saturé.
Un sol fonctionnel possède donc une distribution de tailles de pores relativement diversifiée.
12. La structure grumeleuse
La structure grumeleuse est particulièrement intéressante dans les sols vivants.
Elle résulte notamment des interactions entre :
- argiles ;
- matière organique ;
- racines ;
- champignons ;
- microorganismes ;
- lombrics.
Elle crée une architecture complexe de pores.
13. Le complexe biologique
Le sol peut être vu comme une construction collective :
RACINES
+
CHAMPIGNONS
+
MICROORGANISMES
+
LOMBRICS
+
MATIÈRE ORGANIQUE
+
MINÉRAUX
↓
AGRÉGATS
↓
RÉSEAU POREUX
↓
INFRASTRUCTURE HYDRAULIQUE
C’est l’une des raisons pour lesquelles la biologie du sol est directement liée à l’hydrologie.
14. Le rôle des racines
Les racines ont plusieurs fonctions hydrauliques.
Elles :
- créent des pores ;
- stabilisent certains agrégats ;
- absorbent l’eau ;
- modifient la structure ;
- favorisent l’activité microbienne ;
- peuvent créer des voies préférentielles après leur décomposition.
Une plante vivante est donc également un élément de l’infrastructure hydraulique du sol.
15. Le rôle des lombrics
Les lombrics créent des galeries qui peuvent :
- augmenter la macroporosité ;
- favoriser l’infiltration ;
- améliorer l’aération ;
- faciliter certains écoulements préférentiels.
Mais leur effet dépend :
- de l’espèce ;
- du type de galerie ;
- de la profondeur ;
- de l’humidité ;
- de la texture ;
- de l’état du sol.
16. Le ruissellement
Lorsque l’eau n’entre pas suffisamment rapidement dans le sol, elle s’accumule en surface et peut commencer à s’écouler.
Le ruissellement peut provoquer :
- érosion ;
- perte de matière organique ;
- exportation de nutriments ;
- colmatage en aval ;
- augmentation des débits de pointe.
Le ruissellement est donc à la fois :
un problème hydrologique et un problème pédologique.
17. Le ruissellement comme symptôme
Dans certains cas, le ruissellement n’est pas principalement dû à une pluie « trop importante ».
Il peut révéler :
- compaction ;
- battance ;
- sol nu ;
- faible stabilité structurale ;
- artificialisation ;
- perte de matière organique.
La question Omakëya™ devient alors :
Pourquoi l’eau n’arrive-t-elle plus à entrer dans le sol ?
18. Le rôle du couvert végétal
La végétation agit à plusieurs niveaux.
Elle :
- intercepte la pluie ;
- ralentit les gouttes ;
- protège les agrégats ;
- limite la battance ;
- augmente les apports organiques ;
- développe des racines ;
- favorise les biopores.
La couverture du sol constitue donc une première infrastructure hydraulique aérienne.
19. Le paillage
Un paillage peut :
- réduire l’impact direct des gouttes ;
- ralentir l’évaporation ;
- protéger la surface ;
- favoriser progressivement l’activité biologique.
Il ne « crée » pas instantanément une forte infiltration, mais peut contribuer à restaurer progressivement les conditions qui la favorisent.
20. La réserve utile
Toute l’eau présente dans un sol n’est pas disponible de la même manière pour les plantes.
On distingue notamment :
- eau gravitaire ;
- eau capillaire ;
- eau fortement retenue.
La réserve utile (RU) correspond approximativement à la fraction d’eau du sol accessible aux plantes entre deux états hydriques de référence :
- capacité au champ ;
- point de flétrissement permanent.
On peut l’écrire conceptuellement :RU≈θCC−θPFP
en tenant compte de l’épaisseur de sol explorée par les racines pour obtenir une réserve exprimée en hauteur d’eau.
21. La capacité au champ
Après une pluie importante, une partie de l’eau gravitaire s’évacue.
Le sol atteint progressivement un état où l’eau restante est principalement retenue par les forces capillaires et matricielles.
C’est approximativement la capacité au champ.
Elle dépend notamment :
- de la texture ;
- de la structure ;
- de la profondeur ;
- du drainage.
22. Le point de flétrissement
Lorsque le sol sèche progressivement, l’eau devient de plus en plus fortement retenue.
À partir d’un certain niveau, la plante ne peut plus extraire suffisamment d’eau pour maintenir sa turgescence.
On définit alors un état conventionnel correspondant au point de flétrissement permanent.
Il ne s’agit pas d’une frontière biologique parfaitement identique pour toutes les plantes.
23. La réserve utile dépend de la profondeur
Un sol de :
30 cm
et un sol de :
1,50 m
peuvent avoir des teneurs en eau similaires mais des réserves accessibles aux plantes radicalement différentes.
Il faut donc toujours considérer :RUprofil=∑RUi
sur les horizons effectivement explorés par les racines.
24. Les arbres comme réservoirs hydrologiques biologiques
Les arbres disposent souvent d’un système racinaire explorant plusieurs horizons.
Ils peuvent ainsi exploiter :
- eau superficielle ;
- eau intermédiaire ;
- eau profonde.
Certaines espèces peuvent également utiliser des flux d’eau provenant de profondeurs différentes selon les conditions.
25. La remontée capillaire
Lorsque le sol est suffisamment fin et que les forces capillaires sont importantes, l’eau peut se déplacer vers le haut.
C’est la remontée capillaire.
Elle est particulièrement importante dans :
- limons ;
- sols fins ;
- certains sols argileux.
Elle peut contribuer à alimenter les horizons racinaires depuis une zone humide plus profonde.
26. Le paradoxe de la capillarité
Plus les pores sont fins, plus les forces capillaires peuvent être fortes.
Mais :
plus les pores sont fins, plus le déplacement de l’eau est généralement lent.
On retrouve donc encore une fois le compromis :
rétention ↔ mobilité.
27. Le rôle de la nappe
Lorsque la nappe est relativement proche de la zone racinaire, elle peut constituer une source d’eau importante.
Entre la nappe et la zone racinaire peut exister une zone de transition où les forces capillaires participent au transfert d’eau.
La profondeur de la nappe est donc un paramètre majeur du fonctionnement hydraulique d’un territoire.
28. Drainage
Le drainage correspond à l’évacuation de l’eau excédentaire.
Il peut être :
Vertical
Vers les horizons profonds et éventuellement les nappes.
Latéral
Le long d’une pente ou d’un horizon peu perméable.
Artificiel
Par drains, fossés ou réseaux enterrés.
Naturel
Par le réseau poreux et les structures géologiques.
29. Le drainage profond
Lorsqu’une partie de l’eau traverse le profil pédologique, elle peut contribuer à la recharge des aquifères.
Le chemin peut être :
PLUIE
↓
SURFACE
↓
INFILTRATION
↓
HORIZONS DU SOL
↓
ZONE NON SATURÉE
↓
ZONE SATURÉE
↓
NAPPE
Mais le temps de transfert peut être très variable :
de quelques heures à plusieurs années, voire davantage, selon les systèmes.
30. Le sol comme filtre
Lorsqu’elle traverse le sol, l’eau peut subir :
- filtration physique ;
- adsorption ;
- réactions chimiques ;
- transformations biologiques.
Le sol participe ainsi à la protection des eaux souterraines.
Mais cette fonction a des limites.
Certains contaminants peuvent traverser rapidement le profil, notamment lorsqu’il existe :
- macropores préférentiels ;
- fissures ;
- sols très perméables ;
- défauts de confinement.
31. Les écoulements préférentiels
L’eau ne circule pas toujours uniformément dans tout le volume du sol.
Elle peut emprunter :
- galeries de vers ;
- fissures ;
- anciennes racines ;
- interfaces entre agrégats ;
- fractures.
Cela crée des écoulements préférentiels.
Ils sont essentiels à comprendre pour le dimensionnement hydraulique.
32. Un paradoxe hydraulique majeur
Les macropores peuvent simultanément :
- augmenter fortement l’infiltration ;
- accélérer le drainage ;
- raccourcir certains temps de transfert.
Un sol vivant n’est donc pas simplement un sol qui « absorbe toute l’eau ».
Il est un système qui organise les chemins de l’eau.
33. Infiltration ≠ stockage
Une erreur fréquente consiste à confondre :
forte infiltration
et
forte réserve en eau.
Un sol très drainant peut infiltrer rapidement une grande quantité d’eau mais en conserver relativement peu.
Inversement, un sol très rétenteur peut stocker beaucoup d’eau mais présenter une infiltration lente.
34. Le modèle conceptuel Omakëya™
On peut représenter les fonctions :
PLUIE
↓
INTERCEPTION
↓
┌──────┴──────┐
↓ ↓
INFILTRATION RUISSELLEMENT
↓ ↓
MACROPORES NOUES
↓ ↓
DRAINAGE MARES/BASSINS
↓ ↓
MICROPORES INFILTRATION
↓ ↓
STOCKAGE SOL NAPPE
↓
RACINES
↓
ÉVAPOTRANSPIRATION
↓
ATMOSPHÈRE
Cette architecture est au cœur de l’hydrologie régénérative.
35. Ralentir l’eau
Le premier principe Omakëya™ est :
Ralentir avant d’évacuer.
On cherche à réduire la vitesse de l’eau grâce à :
- végétation ;
- mulch ;
- courbes de niveau ;
- terrasses ;
- haies ;
- noues ;
- baissières ;
- mares ;
- petits seuils.
36. Infiltrer
Deuxième principe :
Infiltrer lorsque les conditions pédologiques, géologiques et réglementaires le permettent.
Cela nécessite d’étudier :
- perméabilité ;
- profondeur de nappe ;
- présence d’argiles ;
- risque de pollution ;
- pente ;
- stabilité ;
- proximité des bâtiments.
37. Stocker
Troisième principe :
Stocker une partie de l’eau dans plusieurs réservoirs plutôt que dans un seul.
Les réservoirs peuvent être :
- sol ;
- humus ;
- mares ;
- zones humides ;
- bassins ;
- nappes ;
- réservoirs artificiels.
Le système devient résilient par multiplication des stocks.
38. Redistribuer
L’eau peut être redistribuée :
- verticalement ;
- latéralement ;
- par capillarité ;
- par les racines ;
- par les nappes ;
- par les écoulements de surface.
La topographie devient alors une composante de l’ingénierie hydraulique.
39. Restituer
L’eau stockée n’est pas immobilisée.
Elle peut être restituée par :
- évaporation ;
- transpiration ;
- sources ;
- résurgences ;
- drainage ;
- écoulements souterrains ;
- alimentation des cours d’eau.
Le sol participe donc au lissage temporel des flux hydrologiques.
40. Le sol comme batterie hydraulique
Une analogie utile consiste à comparer le sol à une batterie :
Recharge
Pluie + infiltration.
Stockage
Eau retenue dans les pores.
Distribution
Mouvements capillaires et hydrauliques.
Décharge
- transpiration ;
- drainage ;
- sources ;
- écoulements.
Mais contrairement à une batterie industrielle, cette « batterie » est :
vivante, hétérogène, évolutive et biologiquement construite.
41. Restaurer l’infrastructure hydraulique
Restaurer un sol ne consiste donc pas uniquement à ajouter du compost.
Il faut restaurer :
La surface
- couverture ;
- structure ;
- absence de battance.
Le volume
- agrégation ;
- porosité ;
- matière organique.
Les réseaux
- racines ;
- biopores ;
- champignons ;
- galeries.
Les flux
- infiltration ;
- drainage ;
- capillarité ;
- évapotranspiration.
42. Diagnostic hydraulique du sol
Un diagnostic Omakëya™ devrait rechercher :
- zones d’accumulation ;
- zones de ruissellement ;
- traces d’érosion ;
- compaction ;
- profondeur utile ;
- texture ;
- structure ;
- porosité ;
- infiltration ;
- réserve utile ;
- profondeur de nappe ;
- écoulements préférentiels.
43. Mesurer l’infiltration
Plusieurs méthodes sont utilisables :
- infiltromètre à double anneau ;
- infiltromètre à disque ;
- tests simplifiés de terrain ;
- mesures sous pluie simulée.
L’objectif est de déterminer comment le sol réagit réellement à l’eau.
44. Mesurer la réserve
La réserve hydrique peut être estimée à partir :
- texture ;
- densité apparente ;
- courbes de rétention ;
- capacité au champ ;
- point de flétrissement ;
- profondeur racinaire.
Pour les projets importants, des mesures directes sont préférables aux seules estimations pédologiques.
45. Cartographier l’eau dans le sol
À l’échelle d’un jardin ou d’un territoire, il faut identifier :
- points hauts ;
- points bas ;
- pentes ;
- talwegs ;
- zones hydromorphes ;
- zones sèches ;
- nappes ;
- sources ;
- fossés ;
- mares.
On peut ensuite superposer :
topographie + sols + végétation + hydrologie + usages.
46. Sol et bassin versant
Le fonctionnement hydraulique du sol ne peut pas être isolé de son bassin versant.
Une parcelle située en aval reçoit :
- son propre ruissellement ;
- mais également les flux provenant de l’amont.
La restauration doit donc parfois dépasser la parcelle.
47. Du jardin au territoire
La même logique s’applique à plusieurs échelles :
| Échelle | Infrastructure hydraulique |
|---|---|
| Potager | sol + paillage |
| Jardin | sol + arbres + noues |
| Verger | racines + couverture + mares |
| Ferme | sols + fossés + bassins |
| Commune | noues + zones humides |
| Bassin versant | réseau hydrographique + sols |
| Territoire | système hydrologique complet |
48. Sol vivant et changement climatique
Avec l’augmentation possible de l’alternance :
sécheresses longues ↔ pluies intenses
la capacité du sol à gérer les deux extrêmes devient déterminante.
Il faut simultanément :
Pendant la pluie
infiltrer + ralentir + stocker.
Pendant la sécheresse
conserver + redistribuer + alimenter les racines.
C’est précisément ce double fonctionnement qui caractérise une infrastructure hydraulique résiliente.
49. Le principe des « éponges »
Une bonne structure pédologique peut augmenter la capacité du système à :
- recevoir l’eau ;
- la conserver dans certains compartiments ;
- la rendre progressivement disponible.
Mais l’analogie de l’éponge a ses limites.
Un sol n’est pas seulement un matériau absorbant.
C’est un système de pores hiérarchisés parcouru par des flux d’eau et d’air, piloté par des processus biologiques et soumis aux lois de la physique des milieux poreux.
50. Une infrastructure qui se construit elle-même
C’est peut-être la propriété la plus remarquable.
Dans un sol vivant :
les organismes construisent progressivement l’infrastructure qui permet à la vie de se maintenir.
Les racines créent des pores.
Les lombrics créent des galeries.
Les champignons stabilisent des agrégats.
Les microorganismes transforment la matière organique.
La matière organique influence la structure.
La structure influence l’eau.
L’eau permet à son tour la vie.
On obtient une boucle :Vie→Structure→Eau→Vie
51. La boucle hydrologique régénérative
À l’échelle Omakëya™ :Couverture→Infiltration→Stockage→Vie du sol→Structure→Nouvelle infiltration
La restauration devient donc potentiellement auto-renforçante, tant que les conditions écologiques restent favorables.
52. Vers le dimensionnement hydraulique Omakëya™
Cette compréhension prépare directement les chapitres consacrés au dimensionnement :
- mares ;
- noues ;
- baissières ;
- bassins ;
- fossés vivants ;
- zones humides ;
- réservoirs ;
- désimperméabilisation.
Le dimensionnement ne doit jamais considérer uniquement :Vpluie
mais également :
- capacité d’infiltration ;
- capacité de stockage du sol ;
- pente ;
- surface contributive ;
- temps de concentration ;
- conductivité hydraulique ;
- profondeur de nappe ;
- capacité du réseau aval.
53. Le modèle Omakëya™ complet
Le sol peut finalement être représenté comme une infrastructure à sept fonctions :
1. Intercepter
Recevoir l’eau.
2. Infiltrer
Faire entrer l’eau.
3. Conduire
Organiser les écoulements.
4. Stocker
Conserver une partie de l’eau.
5. Filtrer
Transformer et retenir certains éléments.
6. Redistribuer
Répartir l’eau dans le profil.
7. Restituer
Alimenter végétation, nappes, sources et cours d’eau.
Le sol vivant est beaucoup plus qu’un support de culture.
C’est une infrastructure hydraulique naturelle, construite progressivement par l’interaction entre :
minéraux + matière organique + racines + champignons + bactéries + lombrics + eau + air + climat.
Son fonctionnement repose sur une architecture extrêmement complexe de :
- macropores ;
- micropores ;
- agrégats ;
- fissures ;
- biopores ;
- horizons ;
- interfaces avec les nappes.
Cette architecture permet de transformer une pluie en une succession de flux :Pluie→Infiltration→Stockage→Redistribution→Absorption racinaire→Transpiration
ou, selon les conditions :Pluie→Infiltration→Drainage→Nappe→Source→Cours d’eau
La Vision Omakëya™ consiste alors non pas à lutter contre l’eau, mais à reconstruire l’infrastructure biologique et physique qui permet au paysage de gérer naturellement ses excès et ses déficits hydriques.
C’est cette approche qui permet de passer de la simple gestion du ruissellement à une véritable hydrologie régénérative des sols et des territoires.
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- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
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- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
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- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
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- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.