AGROCLIMATOLOGIE : Les contraintes climatiques

Les contraintes climatiques

Ce chapitre doit constituer le pendant climatique de l’écophysiologie végétale. Après avoir étudié comment fonctionne une plante, il faut maintenant comprendre ce qui peut perturber, limiter ou détruire son fonctionnement.

Pour le Tome 8, il est essentiel de ne pas considérer séparément les contraintes. Dans le climat futur, une plante pourra être confrontée à plusieurs stress simultanément :

chaleur + sécheresse + VPD élevé + rayonnement intense + vent + sol chaud + incendie, par exemple.

Le véritable enjeu est donc d’étudier les stress simples, les stress combinés, leur succession et leurs effets cumulatifs.


I. Comprendre les contraintes climatiques

1. Qu’est-ce qu’une contrainte climatique ?

Une contrainte est une condition environnementale qui :

  • réduit la croissance ;
  • limite la photosynthèse ;
  • perturbe la nutrition ;
  • modifie la reproduction ;
  • augmente les besoins en eau ;
  • provoque des dommages ;
  • ou peut entraîner la mortalité.

Il faut distinguer :

Stress chronique

Contrainte faible mais prolongée.

Stress aigu

Contrainte intense mais relativement courte.

Événement extrême

Épisode exceptionnel dépassant les conditions habituelles.

Stress répété

Plusieurs épisodes successifs ne permettant pas à la plante de récupérer complètement.


II. La sécheresse

La sécheresse sera probablement l’une des contraintes majeures de l’agroclimatologie future.

1. Sécheresse météorologique

Déficit de précipitations.

2. Sécheresse agricole

Déficit d’eau disponible pour les cultures et les végétaux.

3. Sécheresse hydrologique

Baisse des cours d’eau, nappes et réserves.

4. Sécheresse édaphique

Le sol ne contient plus suffisamment d’eau accessible aux racines.

5. Sécheresse atmosphérique

Même avec un sol encore humide, un air chaud et sec peut imposer une forte demande évaporative.

C’est ici qu’intervient le :

déficit de pression de vapeur — VPD.


III. Le continuum de la sécheresse

Une sécheresse peut provoquer :

Baisse des précipitations
        ↓
Assèchement du sol
        ↓
Potentiel hydrique plus négatif
        ↓
Absorption racinaire difficile
        ↓
Fermeture stomatique
        ↓
Baisse de la photosynthèse
        ↓
Réduction de la croissance
        ↓
Épuisement des réserves
        ↓
Embolie hydraulique
        ↓
Dépérissement

Mais cette chaîne varie énormément selon :

  • espèce ;
  • variété ;
  • âge ;
  • profondeur racinaire ;
  • sol ;
  • mycorhizes ;
  • couverture du sol ;
  • disponibilité de la nappe.

IV. Canicule

Une canicule ne correspond pas simplement à une température élevée.

Il faut intégrer :

  • température maximale ;
  • température minimale nocturne ;
  • durée ;
  • humidité ;
  • rayonnement ;
  • vent ;
  • disponibilité en eau.

1. Température foliaire

Une feuille peut devenir plus chaude que l’air ou, lorsque la transpiration fonctionne efficacement, rester relativement plus fraîche.

2. Stress thermique

La chaleur excessive peut perturber :

  • membranes ;
  • protéines ;
  • enzymes ;
  • photosystèmes ;
  • respiration ;
  • reproduction.

3. Canicule nocturne

Sujet particulièrement intéressant :

si les nuits restent très chaudes, la plante peut avoir moins de possibilités de récupérer.


V. Chaleur + sécheresse : le couple critique

La combinaison est beaucoup plus dangereuse que les deux facteurs pris séparément.

Chaleur
   +
Air sec
   +
Sol sec
   ↓
Demande évaporative très élevée
   ↓
Fermeture stomatique
   ↓
Moins de refroidissement
   ↓
Température foliaire ↑
   ↓
Stress thermique + hydrique

C’est un des mécanismes fondamentaux à intégrer dans les projections 2050–2100.


VI. Le gel

Le réchauffement climatique ne signifie pas disparition du risque de gel.

Il peut au contraire modifier les dates et la dynamique du risque.

1. Gel hivernal

Les plantes dormantes disposent généralement de mécanismes de résistance.

2. Gel tardif

Particulièrement dangereux après :

  • débourrement ;
  • floraison ;
  • reprise végétative.

3. Gel précoce

Il peut interrompre brutalement :

  • maturation ;
  • croissance ;
  • stockage des réserves.

VII. Le paradoxe du réchauffement

Un hiver plus chaud peut entraîner :

débourrement plus précoce

floraison plus précoce

exposition accrue à un gel tardif

Ainsi :

une augmentation de la température moyenne peut augmenter certains risques de gel biologique.

Cela sera particulièrement important pour :

  • arbres fruitiers ;
  • vigne ;
  • espèces forestières ;
  • plantes pérennes.

VIII. Le vent

Le vent exerce plusieurs effets simultanés.

Mécaniques

  • rupture ;
  • dessèchement ;
  • déformation ;
  • chute des fruits ;
  • déracinement.

Physiologiques

  • augmentation des échanges gazeux ;
  • augmentation de la transpiration ;
  • refroidissement.

Écologiques

  • dispersion des graines ;
  • dispersion des spores ;
  • pollinisation ;
  • transport de certains organismes.

IX. Le vent et la demande en eau

Le vent augmente souvent la demande évaporative.

Une plante située dans un corridor très ventilé peut donc perdre davantage d’eau qu’une plante identique située dans un espace protégé.

D’où l’intérêt des :

  • haies ;
  • bosquets ;
  • lisières ;
  • brise-vent ;
  • strates végétales.

C’est un lien direct avec le génie climatique végétal Omakëya™.


X. Le rayonnement solaire

Le rayonnement est indispensable à la photosynthèse.

Mais un excès peut devenir une contrainte.

Il faut distinguer :

  • rayonnement photosynthétiquement actif ;
  • rayonnement infrarouge ;
  • rayonnement ultraviolet.

XI. Excès de rayonnement

Lorsque l’énergie lumineuse reçue dépasse les capacités d’utilisation de la plante :

  • photoinhibition ;
  • stress oxydatif ;
  • dommages des photosystèmes ;
  • échauffement foliaire.

La plante dispose de mécanismes de protection :

  • orientation des feuilles ;
  • pigments ;
  • dissipation thermique ;
  • antioxydants ;
  • modification de l’architecture foliaire.

XII. Les UV

Les ultraviolets peuvent provoquer :

  • dommages moléculaires ;
  • stress oxydatif ;
  • perturbation de certaines structures cellulaires.

Mais les UV ne sont pas uniquement négatifs.

Ils peuvent également agir comme :

  • signal ;
  • régulateur du développement ;
  • déclencheur de certains mécanismes de défense ;
  • modificateur de la composition chimique des plantes.

Il faut donc éviter une vision simpliste :

UV = uniquement dommage.


XIII. Altitude, latitude et UV

Le rayonnement UV varie avec :

  • altitude ;
  • latitude ;
  • saison ;
  • nébulosité ;
  • épaisseur atmosphérique.

Une migration végétale vers une autre région climatique peut donc modifier simultanément :

  • température ;
  • photopériode ;
  • rayonnement ;
  • UV.

XIV. Salinité

La salinité constitue une contrainte particulièrement importante dans certaines régions agricoles.

Elle peut résulter de :

  • irrigation ;
  • évaporation intense ;
  • remontée d’eau saline ;
  • intrusion marine ;
  • drainage insuffisant ;
  • matériaux géologiques salins.

XV. Les deux grands mécanismes du stress salin

Stress osmotique

L’eau devient plus difficile à extraire du sol.

Toxicité ionique

Certains ions, notamment :

  • Na⁺ ;
  • Cl⁻,

peuvent s’accumuler dans les tissus.

Il faut également distinguer :

salinité

de

sodicité.


XVI. Les halophytes

Certaines plantes sont spécialisées dans les milieux salés.

Elles peuvent utiliser :

  • exclusion ionique ;
  • compartimentation ;
  • excrétion ;
  • stockage dans certains tissus ;
  • régulation osmotique.

Elles constituent un réservoir intéressant pour réfléchir aux plantes du climat futur.


XVII. Les inondations

Une inondation ne signifie pas simplement « beaucoup d’eau ».

Le problème majeur est souvent :

le manque d’oxygène dans le sol.

Lorsque les pores sont saturés :

  • diffusion de l’O₂ fortement réduite ;
  • respiration racinaire perturbée ;
  • métabolisme anaérobie ;
  • accumulation de certains composés ;
  • dégradation des racines.

XVIII. Les différents types d’inondation

Inondation temporaire

Quelques heures ou jours.

Engorgement prolongé

Sol saturé pendant une période longue.

Nappe proche de la surface

Contrainte chronique.

Crue dynamique

Eau en mouvement.

Submersion complète

Certaines parties de la plante sont entièrement sous l’eau.

Les réponses végétales sont très différentes selon les cas.


XIX. Adaptations à l’hydromorphie

Certaines espèces possèdent :

  • aérenchyme ;
  • racines adventives ;
  • lenticelles développées ;
  • systèmes racinaires adaptés.

Certaines plantes sont donc capables d’exploiter des milieux où d’autres dépérissent.


XX. Feux

Le feu constitue une contrainte particulière car il agit simultanément sur :

  • végétation ;
  • sol ;
  • biodiversité ;
  • carbone ;
  • hydrologie ;
  • microclimat.

Il faut distinguer :

Feu de surface

Feu de litière

Feu de houppier

Feu souterrain


XXI. Les plantes et le feu

Certaines espèces sont extrêmement sensibles.

D’autres possèdent des adaptations :

  • écorce épaisse ;
  • bourgeons protégés ;
  • capacité de rejeter ;
  • graines résistantes ;
  • reproduction favorisée après incendie.

On peut alors distinguer :

résistance au feu

et

capacité de récupération après feu.


XXII. Le feu et le climat

Le risque de feu dépend notamment de :

  • température ;
  • sécheresse ;
  • vent ;
  • humidité ;
  • quantité de biomasse sèche ;
  • continuité de la végétation ;
  • topographie.

Le changement climatique peut donc modifier simultanément :

probabilité d’incendie + intensité potentielle + capacité de récupération des écosystèmes.


XXIII. Le feu comme perturbation écologique

Le feu n’est pas toujours exclusivement destructeur.

Dans certains écosystèmes, il fait partie du régime naturel de perturbation.

Mais une modification :

  • de la fréquence ;
  • de la saison ;
  • de l’intensité ;
  • de l’étendue ;

peut dépasser les capacités de récupération du système.


XXIV. Les contraintes combinées

C’est probablement la section la plus importante du chapitre.

Une plante ne vit presque jamais un stress parfaitement isolé.

Sécheresse + chaleur

Très critique.

Chaleur + VPD élevé

Forte demande évaporative.

Chaleur + rayonnement

Risque de surchauffe foliaire.

Sécheresse + vent

Déshydratation accélérée.

Sécheresse + feu

Augmentation du risque d’incendie.

Inondation + chaleur

Forte demande métabolique alors que les racines manquent d’oxygène.

Salinité + sécheresse

Double contrainte osmotique.

Gel + débourrement précoce

Risque majeur pour les cultures pérennes.


XXV. Les stress successifs

Encore plus important :

un stress peut préparer le terrain pour le suivant.

Par exemple :

sécheresse

réserves diminuées

canicule

dommages hydrauliques

hiver défavorable

récupération incomplète

nouvelle sécheresse

La plante peut alors entrer dans une spirale de dépérissement.


XXVI. La mémoire du stress

Certaines plantes peuvent présenter des modifications physiologiques après un premier stress.

On peut étudier :

  • acclimatation ;
  • mémoire physiologique ;
  • priming ;
  • modifications épigénétiques ;
  • modification des réserves.

Il faudra toutefois distinguer soigneusement :

mémoire physiologique

et

évolution génétique héréditaire.


XXVII. La vulnérabilité dépend du stade de développement

Une même plante peut avoir des sensibilités très différentes selon son âge.

Graine

Sensibilité à l’humidité et à la température.

Plantule

Système racinaire limité.

Jeune plante

Forte sensibilité à la compétition et au déficit hydrique.

Adulte

Plus grande capacité d’exploration du sol.

Reproduction

Sensibilité particulière aux températures et à l’eau.

Vieillissement

Capacité de récupération potentiellement réduite.


XXVIII. Les contraintes climatiques et la reproduction

Le changement climatique peut affecter :

  • pollen ;
  • floraison ;
  • fertilité ;
  • pollinisateurs ;
  • développement des fruits ;
  • graines ;
  • dormance des graines.

Une plante peut donc parfaitement survivre mais perdre progressivement sa capacité à se reproduire.

C’est une distinction essentielle entre :

survie individuelle

et

pérennité de la population.


XXIX. Construire une matrice de vulnérabilité

Pour chaque espèce, le Tome 8 pourrait établir une matrice :

ContrainteIntensité toléréeDuréeStade sensibleRécupération
Sécheresse
Canicule
Gel
Vent
Rayonnement
UV
Salinité
Inondation
Feu

Mais cette matrice devra être accompagnée des conditions expérimentales et du niveau de confiance des données.


XXX. Vers un « profil de vulnérabilité climatique »

Pour chaque espèce, on pourrait établir :

🌡️ Thermique

Tolérance à la chaleur et au froid.

💧 Hydrique

Tolérance à la sécheresse et à l’engorgement.

🌬️ Mécanique

Résistance au vent.

☀️ Radiatif

Tolérance au rayonnement et aux UV.

🧂 Chimique

Tolérance à la salinité.

🔥 Perturbation

Résistance et récupération après incendie.

🔄 Résilience

Capacité de récupération après stress.


XXXI. Le principe essentiel du Tome 8

Il ne faut surtout pas rechercher :

« la plante résistante au changement climatique »

car cette formulation est trop générale.

Il faut rechercher :

« la plante capable de supporter la combinaison de contraintes qui caractérisera son futur environnement, tout en continuant à croître, se reproduire et remplir les fonctions écologiques recherchées. »

Une plante peut être :

  • excellente contre la sécheresse ;
  • mauvaise contre le gel ;
  • excellente contre la chaleur ;
  • très sensible à la salinité ;
  • tolérante à l’inondation ;
  • sensible au vent.

Il n’existe donc pas nécessairement de champion universel.


XXXII. La vision Omakëya™

Cela conduit à une idée fondamentale :

On ne construit pas la résilience d’un territoire en recherchant une plante invulnérable, mais en construisant une communauté végétale dont les vulnérabilités individuelles sont complémentaires.

Ainsi :

espèce A résiste à la sécheresse.

espèce B supporte les sols humides.

espèce C résiste au vent.

espèce D supporte les fortes chaleurs.

espèce E recolonise après perturbation.

espèce F enrichit le sol.

espèce G produit de l’ombre.

Le système collectif devient alors beaucoup plus robuste que chacune de ses composantes.

Principe Omakëya™

La résilience végétale n’est pas l’absence de vulnérabilité ; c’est la capacité d’un système vivant à continuer de fonctionner malgré la vulnérabilité de chacun de ses composants.

C’est précisément ce qui permettra ensuite d’aborder, dans le Tome 8, les mécanismes d’adaptation des plantes, puis la sélection des espèces et des provenances, et enfin la conception de communautés végétales capables de traverser les scénarios climatiques 2030–2050–2100.