AGROCLIMATOLOGIE : Agroforesterie et syntropie

Agroforesterie et syntropie

Les principes

L’agroforesterie et la syntropie constituent deux approches particulièrement intéressantes pour concevoir les systèmes végétaux capables de fonctionner dans les climats futurs.

Elles partagent plusieurs idées fondamentales :

  • associer plusieurs espèces ;
  • superposer les strates végétales ;
  • exploiter la complémentarité entre plantes ;
  • utiliser le temps comme dimension de conception ;
  • maintenir un sol couvert ;
  • favoriser les interactions biologiques ;
  • produire de la biomasse ;
  • recycler les nutriments ;
  • améliorer le microclimat ;
  • mieux utiliser l’eau, la lumière et l’espace.

Mais il est important de ne pas les confondre.

L’agroforesterie constitue un ensemble de systèmes agricoles associant arbres et cultures et/ou élevage.

La syntropie, notamment dans les systèmes agroforestiers syntropiques, constitue une philosophie et un ensemble de pratiques visant à organiser des communautés végétales denses, diversifiées et dynamiques, avec une forte production et redistribution de biomasse.

Le sujet central devient alors :

Comment transformer un ensemble de plantes concurrentes en un système où les interactions permettent de produire davantage de fonctions avec moins de ressources externes ?


32.1 — Le changement de paradigme

L’agriculture conventionnelle cherche souvent à simplifier :

UNE PARCELLE
     ↓
UNE CULTURE
     ↓
UN CALENDRIER
     ↓
UN RENDEMENT

L’agroforesterie cherche au contraire à complexifier intelligemment :

ARBRES
 ↓
ARBUSTES
 ↓
HERBACÉES
 ↓
COUVERTURE
 ↓
RACINES
 ↓
MICROORGANISMES

Cette complexité n’est pas une fin en soi.

Elle doit produire des complémentarités fonctionnelles.


32.2 — Le principe fondamental : occuper l’espace

Un système naturel utilise simultanément :

  • l’espace vertical ;
  • l’espace horizontal ;
  • le sol ;
  • le sous-sol ;
  • le temps.

Une culture annuelle occupe essentiellement une fenêtre limitée dans l’espace et le temps.

Un système agroforestier peut associer :

arbre

arbuste

plante herbacée

couvre-sol

racines profondes

racines superficielles.


32.3 — Les sept dimensions de la complémentarité

La complémentarité peut être recherchée selon :

  1. lumière ;
  2. eau ;
  3. nutriments ;
  4. espace racinaire ;
  5. temps ;
  6. microclimat ;
  7. fonctions biologiques.

Plusieurs espèces peuvent donc coexister lorsqu’elles n’exploitent pas exactement les mêmes ressources au même endroit et au même moment.


32.4 — La stratification verticale

Une forêt naturelle n’est pas une monocouche.

Elle comporte généralement plusieurs niveaux.

Dans un système agricole, on peut retrouver :

Canopée

Grands arbres.

Sous-canopée

Arbres de taille intermédiaire.

Strate arbustive

Arbustes fruitiers ou fonctionnels.

Strate herbacée

Légumes, céréales, plantes vivaces.

Couverture du sol

Couvre-sol.

Rhizosphère

Racines et microorganismes.


32.5 — La lumière comme ressource

Chaque feuille intercepte une partie du rayonnement.

Un système diversifié peut exploiter :

  • lumière directe ;
  • lumière diffuse ;
  • lumière filtrée ;
  • lumière réfléchie ;
  • lumière à différentes hauteurs.

L’objectif n’est donc pas nécessairement que chaque plante reçoive le maximum de lumière.

Il faut maximiser la capture globale du rayonnement disponible.


32.6 — Le piège de la compétition lumineuse

Une mauvaise conception peut toutefois produire :

trop d’arbres

trop d’ombre

réduction de la photosynthèse

baisse des rendements.

L’agroforesterie n’est donc pas automatiquement bénéfique.

Elle doit être dimensionnée.


32.7 — La complémentarité racinaire

Les plantes peuvent explorer différentes profondeurs :

0–20 cm
████████████
couvre-sol

20–60 cm
   █████████
cultures

60–150 cm
      ███████
arbustes

>150 cm
          █████
certains arbres

Cette architecture peut réduire la compétition directe pour certaines ressources.

Elle ne l’élimine cependant jamais complètement.


32.8 — L’eau comme ressource partagée

Un arbre peut :

  • intercepter les précipitations ;
  • modifier le ruissellement ;
  • favoriser l’infiltration ;
  • pomper l’eau profonde ;
  • transpirer ;
  • modifier l’humidité atmosphérique locale.

Il peut donc être :

protecteur

mais aussi :

consommateur.

La relation arbre-eau doit toujours être analysée quantitativement.


32.9 — Le bilan hydrique

Le système doit être étudié avec : ΔS=P+I+Rc−ET−R−D\Delta S = P + I + R_c – ET – R – D

où :

  • PP = précipitations ;
  • II = irrigation ;
  • RcR_c = remontées capillaires ;
  • ETET = évapotranspiration ;
  • RR = ruissellement ;
  • DD = drainage.

L’agroforesterie ne crée pas de l’eau.

Elle peut modifier la manière dont l’eau entre, circule, est stockée et est consommée.


32.10 — Le rôle du couvert végétal

Un sol nu est fortement exposé :

  • au rayonnement ;
  • au vent ;
  • à l’évaporation ;
  • à l’érosion ;
  • aux variations thermiques.

Une couverture végétale ou organique peut :

  • réduire l’échauffement ;
  • limiter l’évaporation ;
  • protéger la structure ;
  • alimenter le sol en biomasse.

32.11 — La biomasse comme moteur

La syntropie accorde une importance particulière à la production de biomasse.

Le principe est :

photosynthèse

biomasse

taille / récolte

résidus végétaux

sol

nutriments + carbone + structure

nouvelle croissance.

La biomasse devient ainsi une forme de monnaie interne du système.


32.12 — Le principe de fertilisation interne

Au lieu d’importer continuellement :

  • engrais ;
  • matière organique ;
  • paillage ;

une partie de la fertilité peut être produite directement sur place.

Les plantes deviennent simultanément :

productrices

et

fertilisatrices potentielles.


32.13 — Les espèces à croissance rapide

Certaines espèces sont utilisées comme productrices de biomasse.

Elles peuvent être :

  • coupées ;
  • rabattues ;
  • broyées ;
  • déposées au sol.

Elles fournissent alors :

  • carbone ;
  • éléments minéraux ;
  • couverture ;
  • matière organique.

32.14 — Le rôle de l’azote

Certaines légumineuses peuvent fixer l’azote atmosphérique en symbiose avec des bactéries spécialisées.

Cela peut contribuer à l’économie d’azote du système.

Mais il faut éviter une simplification :

une plante fixatrice d’azote ne transforme pas automatiquement tout l’azote fixé en engrais directement disponible pour les autres plantes.

Les transferts dépendent :

  • des racines ;
  • de la mortalité ;
  • de la décomposition ;
  • des exsudats ;
  • des microorganismes ;
  • de la gestion de la biomasse.

32.15 — Le rôle des champignons

Les réseaux mycorhiziens peuvent connecter fonctionnellement les racines avec le sol.

Ils interviennent notamment dans :

  • acquisition du phosphore ;
  • exploration du sol ;
  • relations hydriques ;
  • interactions avec d’autres organismes.

Le système racinaire doit donc être considéré comme un réseau biologique, et non comme une somme de racines individuelles.


32.16 — La syntropie comme organisation temporelle

L’une des caractéristiques les plus intéressantes est la dimension temporelle.

Une parcelle peut évoluer :

Année 1

Plantes pionnières + cultures rapides.

Année 2–3

Développement des arbustes.

Année 4–10

Montée des arbres.

Année 10–30

Système mature.

Le système n’est donc jamais figé.


32.17 — La succession végétale

La conception peut s’inspirer des successions écologiques :

sol ouvert

pionnières

arbustes

jeunes arbres

canopée.

L’agriculture syntropique cherche à utiliser cette dynamique plutôt qu’à lutter systématiquement contre elle.


32.18 — Le rôle des pionnières

Les espèces pionnières peuvent :

  • coloniser rapidement ;
  • produire beaucoup de biomasse ;
  • protéger le sol ;
  • créer de l’ombre ;
  • préparer les conditions pour d’autres espèces.

Elles peuvent donc jouer le rôle de plantes d’infrastructure.


32.19 — Les espèces intermédiaires

Elles occupent progressivement l’espace créé.

Elles peuvent fournir :

  • fruits ;
  • bois ;
  • biomasse ;
  • nectar ;
  • habitat.

32.20 — Les espèces de long terme

Les arbres à longue durée de vie constituent la structure permanente.

Ils peuvent fournir :

  • fruits ;
  • bois ;
  • ombre ;
  • carbone ;
  • habitat ;
  • régulation microclimatique.

32.21 — Le principe de remplacement

Une plante pionnière peut être très utile pendant cinq ans et devenir inutile ensuite.

Elle peut alors être :

  • taillée ;
  • remplacée ;
  • conservée ponctuellement ;
  • transformée en biomasse.

Le système est donc conçu pour changer de composition avec le temps.


32.22 — Le temps devient une dimension de conception

Un plan classique représente :

x + y.

Un système syntropique devrait intégrer :

x + y + z + t.

La quatrième dimension est :

le temps.


32.23 — La densité initiale

Les systèmes syntropiques peuvent être implantés avec des densités végétales importantes.

L’objectif est notamment de :

  • couvrir rapidement le sol ;
  • produire rapidement de la biomasse ;
  • accélérer la fermeture du couvert.

Mais une densité trop élevée peut entraîner :

  • compétition ;
  • manque de lumière ;
  • déficit hydrique ;
  • maladies.

32.24 — La densité dynamique

La densité n’est donc pas nécessairement constante.

ANNÉE 1
████████████████

ANNÉE 5
██████████████

ANNÉE 10
███████████

ANNÉE 20
████████

Les éclaircies et tailles deviennent partie intégrante de la conception.


32.25 — La taille comme outil écologique

Dans un système syntropique, la taille ne sert pas seulement à contrôler la forme.

Elle peut permettre :

  • production de biomasse ;
  • contrôle de l’ombre ;
  • stimulation de nouvelles pousses ;
  • redistribution de matière organique ;
  • gestion de la compétition.

La taille devient une opération de pilotage de l’écosystème.


32.26 — La taille comme gestion de l’énergie

On peut considérer le système comme une capture d’énergie solaire : Rayonnement→Photosyntheˋse→BiomasseRayonnement \rightarrow Photosynthèse \rightarrow Biomasse

La taille redistribue ensuite cette biomasse.

Elle peut donc modifier :

  • capture lumineuse ;
  • allocation de carbone ;
  • croissance ;
  • couverture du sol.

32.27 — Les interactions positives

Les interactions peuvent être :

Compétition

Deux plantes utilisent la même ressource.

Facilitation

Une plante améliore les conditions d’une autre.

Mutualisme

Les deux partenaires bénéficient de l’interaction.

Neutralité relative

Les interactions sont faibles.

Un système résilient cherche à augmenter les complémentarités nettes, sans prétendre supprimer la compétition.


32.28 — La facilitation climatique

Un arbre peut créer :

  • ombre ;
  • humidité ;
  • réduction du vent ;
  • réduction de la température du sol.

Une plante située sous cet arbre peut alors subir moins de stress thermique.

Mais la même ombre peut réduire son rayonnement.

Le résultat dépend donc de l’intensité du climat.


32.29 — Le changement climatique modifie les interactions

Une association optimale aujourd’hui peut devenir défavorable demain.

Exemple :

ombre légère aujourd’hui

→ avantage.

Mais :

canicule future

→ avantage potentiellement accru.

Inversement :

hiver plus froid

→ ombrage excessif potentiellement défavorable.

La conception doit donc être dynamique.


32.30 — Agroforesterie et résilience

Les systèmes agroforestiers peuvent contribuer à :

  • réduire certains extrêmes microclimatiques ;
  • protéger le sol ;
  • diversifier la production ;
  • favoriser la biodiversité ;
  • stocker du carbone ;
  • améliorer certaines fonctions hydrologiques.

Mais leurs performances dépendent fortement :

  • du climat ;
  • des espèces ;
  • de la densité ;
  • du sol ;
  • de la gestion.

32.31 — Les systèmes agroforestiers

On peut distinguer notamment :

Agroforesterie intra-parcellaire

Arbres au sein des cultures.

Agroforesterie linéaire

Alignements d’arbres.

Sylvopastoralisme

Arbres + pâturage.

Pré-verger

Arbres fruitiers + prairie.

Haies multifonctionnelles

Production + protection.

Forêt-jardin

Association dense de nombreuses strates.


32.32 — Agroforesterie et élevage

Les arbres peuvent fournir :

  • ombre ;
  • fourrage ;
  • protection contre le vent ;
  • fruits ;
  • bois.

Les animaux peuvent contribuer :

  • au pâturage ;
  • au recyclage des nutriments ;
  • au contrôle de certaines végétations.

Mais le pâturage doit être contrôlé pour éviter le compactage et la destruction du renouvellement végétal.


32.33 — Le rôle des animaux

Dans certains systèmes, les animaux deviennent une composante du cycle :

VÉGÉTAUX
   ↓
ALIMENTATION
   ↓
ANIMAUX
   ↓
DÉJECTIONS
   ↓
SOL
   ↓
NUTRIMENTS
   ↓
VÉGÉTAUX

Cette boucle peut réduire certains flux d’intrants.


32.34 — Le risque de surpâturage

Un système intégré n’est pas automatiquement durable.

Trop d’animaux :

→ sol nu

→ compactage

→ érosion

→ baisse d’infiltration.

La charge animale doit donc être compatible avec :

  • production fourragère ;
  • portance ;
  • humidité du sol ;
  • saison.

32.35 — Le sol vivant

L’agroforesterie et la syntropie reposent largement sur la qualité du sol.

Il faut rechercher :

  • agrégation ;
  • porosité ;
  • infiltration ;
  • matière organique ;
  • activité biologique ;
  • continuité des réseaux racinaires.

Le sol devient le support du système.


32.36 — Les agrégats

Les racines et champignons peuvent contribuer à la formation et à la stabilisation des agrégats.

Les agrégats permettent notamment :

  • infiltration ;
  • circulation de l’air ;
  • stockage d’eau ;
  • protection de la matière organique.

Un sol bien structuré constitue une infrastructure physique et biologique.


32.37 — L’eau et les macropores

Les racines mortes laissent des canaux.

Les lombrics créent également des galeries.

Ces structures peuvent favoriser :

  • infiltration ;
  • drainage ;
  • exploration racinaire ;
  • circulation préférentielle de l’eau.

Le système vivant construit donc progressivement sa propre architecture hydraulique.


32.38 — Le système comme éponge

Un sol couvert et biologiquement actif peut fonctionner davantage comme :

une éponge

que comme :

une surface minérale imperméable ou compacte.

L’objectif est de transformer les pluies en réserve utile plutôt qu’en ruissellement.


32.39 — L’agroforesterie comme infrastructure hydrologique

Une parcelle agroforestière peut modifier :

  • interception des pluies ;
  • rugosité de surface ;
  • infiltration ;
  • évapotranspiration ;
  • ruissellement ;
  • redistribution de l’eau.

Elle doit donc être intégrée dans une stratégie de bassin versant.


32.40 — Le risque de compétition hydrique

Il faut toutefois éviter le discours simpliste :

« les arbres améliorent toujours l’eau ».

Dans un climat sec, un arbre peut consommer une quantité importante d’eau.

Il faut donc déterminer :

  • profondeur des racines ;
  • disponibilité de l’eau ;
  • saison de consommation ;
  • densité d’arbres ;
  • espèces ;
  • capacité de stockage du sol.

32.41 — La conception par niches hydriques

On peut rechercher :

racines superficielles

racines intermédiaires

racines profondes.

Mais la séparation n’est jamais parfaite.

Les racines explorent les ressources disponibles.

La complémentarité doit donc être vérifiée sur le terrain.


32.42 — Le climat intérieur du système

Un système multi-strates peut modifier :

  • température ;
  • humidité ;
  • vitesse du vent ;
  • rayonnement ;
  • température du sol.

On peut donc parler de :

microclimat agroforestier.


32.43 — Le gradient de température

Dans une journée chaude :

AIR LIBRE
  ☀️ 38 °C

      ↓

CANOPÉE
   32–35 °C

      ↓

SOUS-BOIS
   28–32 °C

      ↓

SOL COUVERT
   température plus stable

Les valeurs sont indicatives et dépendent fortement des conditions.

L’important est le principe : la structure végétale modifie les flux d’énergie.


32.44 — L’effet brise-vent

Une structure végétale peut réduire la vitesse du vent.

Cela peut réduire :

  • dessèchement ;
  • stress mécanique ;
  • évaporation.

Mais une haie trop dense peut générer des turbulences et modifier la distribution du vent.

La géométrie compte.


32.45 — La syntropie et la biomasse

Dans les systèmes syntropiques, la biomasse produite est régulièrement remise dans le système.

Cela peut permettre de maintenir :

  • couverture ;
  • humidité ;
  • carbone ;
  • nutriments.

Le principe est proche d’une économie circulaire biologique.


32.46 — La question du carbone

Une partie du carbone photosynthétisé :

→ biomasse aérienne.

Une autre :

→ racines.

Une autre :

→ exsudats.

Puis :

→ microorganismes.

Une fraction peut finalement être stabilisée dans le sol.

Mais une autre retourne rapidement à l’atmosphère par respiration et décomposition.

Il faut donc distinguer :

flux de carbone

et

stock de carbone.


32.47 — Le bilan carbone

Un système doit être évalué avec : BC=Cstockeˊ−CeˊmisB_C = C_{stocké} – C_{émis}

en intégrant notamment :

  • biomasse ;
  • sol ;
  • décomposition ;
  • carburants ;
  • intrants ;
  • transport ;
  • transformation.

L’agroforesterie n’est donc pas automatiquement « carbone négative ».


32.48 — La biodiversité

La diversification végétale peut créer des habitats pour :

  • pollinisateurs ;
  • prédateurs ;
  • parasitoïdes ;
  • oiseaux ;
  • microorganismes.

La biodiversité devient une composante productive du système.


32.49 — Le contrôle biologique

Un système complexe peut soutenir plusieurs niveaux trophiques :

PLANTES
 ↓
HERBIVORES
 ↓
PRÉDATEURS
 ↓
SUPERPRÉDATEURS

Cette structure peut contribuer à réguler certains ravageurs.

Elle ne garantit cependant pas l’absence de dégâts.


32.50 — La diversité fonctionnelle

Il faut distinguer :

diversité des espèces

de

diversité des fonctions.

Un système comprenant dix espèces ayant toutes exactement la même fonction peut rester vulnérable.

On cherche plutôt des espèces ayant des rôles différents :

  • fixation d’azote ;
  • production de biomasse ;
  • production fruitière ;
  • enracinement profond ;
  • couverture ;
  • pollinisation ;
  • protection contre le vent.

32.51 — Le principe des fonctions redondantes

Si deux espèces assurent une fonction similaire :

espèce A disparaît

espèce B maintient partiellement la fonction.

Cette redondance augmente la résilience.


32.52 — Les associations alimentaires

Un système peut produire simultanément :

  • fruits ;
  • légumes ;
  • tubercules ;
  • graines ;
  • noix ;
  • aromatiques ;
  • fourrages.

La production devient ainsi moins dépendante d’une seule culture.


32.53 — L’agroforesterie alimentaire

On peut construire une architecture :

Canopée

Noix, châtaignes ou fruitiers adaptés.

Sous-canopée

Pommiers, poiriers, kakis, asiminiers selon climat.

Arbustes

Cassis, groseilles, aronia, myrtilles selon sol.

Herbacées

Légumes et plantes vivaces.

Sol

Couvre-sol et plantes de service.


32.54 — La syntropie en climat futur

La syntropie peut être particulièrement intéressante dans les scénarios de changement climatique parce qu’elle cherche à construire :

  • couverture ;
  • ombre ;
  • biomasse ;
  • diversité ;
  • structure du sol ;
  • cycles internes.

Mais elle doit être adaptée au déficit hydrique.

Un système très dense peut devenir vulnérable si l’eau devient insuffisante.


32.55 — Le principe « densité × eau »

La densité optimale dépend notamment de l’eau disponible.

On peut conceptualiser : Dopt=f(E,L,N,C)D_{opt} = f(E, L, N, C)

avec :

  • EE = disponibilité en eau ;
  • LL = lumière ;
  • NN = nutriments ;
  • CC = climat.

Lorsque la disponibilité hydrique diminue, la densité optimale peut également diminuer.


32.56 — Concevoir pour plusieurs scénarios

Une conception prospective doit tester :

Scénario humide

forte croissance.

Scénario normal

fonctionnement nominal.

Scénario sec

forte compétition hydrique.

Scénario canicule

stress thermique.

Scénario extrême

sécheresse + chaleur + vent.

Le système doit être testé comme une infrastructure.


32.57 — La conception adaptative

Il faut prévoir dès le départ :

  • arbres pouvant être supprimés ;
  • espèces pouvant être remplacées ;
  • zones pouvant être réorientées ;
  • densités pouvant évoluer ;
  • irrigation temporaire ;
  • réserves d’eau.

La modularité augmente la résilience.


32.58 — Le pilotage

Le pilotage repose sur :

observer

mesurer

interpréter

agir

observer à nouveau.

Cette boucle est particulièrement compatible avec les outils numériques Omakëya™.


32.59 — Les capteurs

On peut suivre :

  • humidité du sol ;
  • température ;
  • conductivité ;
  • pluie ;
  • vent ;
  • rayonnement ;
  • croissance.

Des capteurs placés à différentes profondeurs permettent d’observer l’exploitation du réservoir hydrique.


32.60 — Les drones

Les drones peuvent suivre :

  • fermeture du couvert ;
  • croissance ;
  • mortalité ;
  • stress ;
  • anomalies.

L’imagerie permet de spatialiser les observations.


32.61 — L’intelligence artificielle

L’IA pourrait progressivement apprendre :

  • quelles associations fonctionnent ;
  • quelles densités sont optimales ;
  • quelles espèces souffrent ;
  • quand tailler ;
  • quand irriguer ;
  • quand éclaircir.

Le système devient alors :

agroécosystème + réseau de mesure + modèle prédictif.


32.62 — Le jumeau numérique

Le jumeau numérique peut intégrer :

  • carte du terrain ;
  • arbres ;
  • racines estimées ;
  • sol ;
  • eau ;
  • météo ;
  • historique de croissance.

On peut alors simuler :

« Que se passe-t-il si je supprime 20 % des arbres ? »

ou :

« Que se passe-t-il si les précipitations diminuent de 15 % ? »


32.63 — Le principe de l’expérimentation permanente

Une partie du système peut être utilisée comme laboratoire.

On teste :

  • association A ;
  • association B ;
  • association C.

Puis on compare :

  • croissance ;
  • rendement ;
  • consommation d’eau ;
  • biodiversité ;
  • carbone.

Le système apprend progressivement.


32.64 — L’erreur à éviter

Il ne faut pas transformer l’agroforesterie ou la syntropie en recettes universelles.

Une association performante au Brésil ne sera pas nécessairement optimale :

  • en Bretagne ;
  • dans le bassin parisien ;
  • en Provence ;
  • en montagne.

Le climat, le sol et l’eau changent.


32.65 — La règle fondamentale

Il n’existe pas de système syntropique universel.

Il existe :

des systèmes conçus pour un climat, un sol, une hydrologie, une production et une trajectoire temporelle donnés.


32.66 — Agroforesterie et syntropie : différences

DimensionAgroforesterieSyntropie
DéfinitionEnsemble de systèmesApproche de conception/dynamique
ArbresCentralGénéralement central
DiversitéVariableGénéralement élevée
StratesFréquentesTrès développées
BiomasseVariableTrès importante
TailleGestion classique ou spécifiqueOutil central de dynamique
SuccessionPeut être intégréeCentrale
DensitéVariableSouvent forte au départ
TemporalitéImportanteFondamentale
Sol couvertFréquentGénéralement recherché
ObjectifProduction + fonctionsProduction + dynamique écologique

32.67 — Ce qu’elles ont en commun

Les deux approches peuvent contribuer à :

  • diversifier les productions ;
  • améliorer la couverture des sols ;
  • créer des microclimats ;
  • développer la biodiversité ;
  • augmenter les interactions biologiques ;
  • valoriser les ressources spatiales et temporelles.

32.68 — Le modèle Omakëya™

La Vision Omakëya™ peut combiner les deux approches sans les confondre.

On obtient :

agroforesterie

syntropie

hydrologie régénérative

sol vivant

agroclimatologie

capteurs

IA.


32.69 — L’écosystème productif

Le système devient :

                 ☀️
                 ↓
          ÉNERGIE SOLAIRE
                 ↓
              PLANTES
        ↙       ↓       ↘
     fruits   biomasse   carbone
       ↓         ↓         ↓
   humain      sol       atmosphère
                 ↓
       MICROORGANISMES
                 ↓
             NUTRIMENTS
                 ↓
              RACINES
                 ↺

32.70 — La grande idée

L’agroforesterie et la syntropie proposent une évolution conceptuelle majeure :

ne plus considérer les plantes comme des individus isolés, mais comme les composants d’un système organisé dans l’espace et dans le temps.

La question devient :

Comment chaque plante peut-elle contribuer à la performance globale du système ?


32.71 — Vers les vergers du futur

Dans un verger Omakëya™, un arbre fruitier pourrait simultanément :

  • produire des fruits ;
  • créer de l’ombre ;
  • stocker du carbone ;
  • protéger le sol ;
  • modifier le microclimat ;
  • favoriser certains organismes ;
  • participer au cycle de l’eau.

Un arbuste pourrait :

  • produire des fruits ;
  • protéger le sol ;
  • servir de refuge ;
  • produire de la biomasse.

Une plante herbacée pourrait :

  • couvrir le sol ;
  • produire de la biomasse ;
  • attirer des auxiliaires.

Chaque élément possède donc plusieurs fonctions.


32.72 — Le principe de multifonctionnalité

La conception peut rechercher : Ftotal=Falimentaire+Fhydrologique+Fclimatique+Fbiologique+Fcarbone+FeˊconomiqueF_{total}=F_{alimentaire}+F_{hydrologique}+F_{climatique}+F_{biologique}+F_{carbone}+F_{économique}

Il ne faut pas maximiser une fonction au détriment de toutes les autres.

Il faut rechercher un optimum systémique.


32.73 — Le futur agroforestier

À l’horizon 2050–2100, les systèmes les plus intéressants pourraient être ceux qui savent :

  • produire avec moins d’eau ;
  • amortir les températures extrêmes ;
  • protéger les sols ;
  • diversifier les revenus ;
  • préserver la biodiversité ;
  • changer progressivement leur composition.

L’agroforesterie et la syntropie peuvent fournir une partie des outils permettant cette transformation.


32.74 — L’agroforesterie et la syntropie ne doivent pas être considérées comme de simples techniques agricoles supplémentaires.

Elles peuvent être comprises comme des méthodes de conception des écosystèmes productifs.

Elles introduisent plusieurs idées fondamentales :

diversifier plutôt que simplifier ;

superposer plutôt que séparer ;

recycler plutôt qu’exporter ;

faire évoluer plutôt que figer ;

mesurer plutôt que supposer.

Leur intérêt pour l’Agroclimatologie est particulièrement important : elles permettent de concevoir des systèmes capables non seulement de produire, mais également de participer à leur propre régulation climatique, hydrologique et biologique.

La limite fondamentale reste cependant incontournable :

la complexité ne remplace pas les ressources.

Un système extrêmement diversifié ne peut pas produire durablement sans eau, lumière, nutriments et espace suffisants.

La véritable compétence consiste donc à déterminer où placer la complexité, quelle densité utiliser, quelles espèces associer et comment faire évoluer le système dans le temps.

C’est précisément cette approche qui ouvre le chapitre suivant.

Chapitre 33 — Les associations végétales

Facilitation · Compétition · Complémentarité · Allélopathie · Racines · Mycorhizes · Eau · Nutriments · Lumière · Microclimat · Temporalité · Associations fruitières · Associations maraîchères · Plantes de service · Légumineuses · Couvre-sol · Réseaux trophiques · Biodiversité fonctionnelle · Conception et optimisation des associations · Expérimentation · Pilotage Omakëya™.