AGROCLIMATOLOGIE : Les vents : brise-vent, haies, relief, canalisation et turbulences

Concevoir le Climat Local

Les vents : brise-vent, haies, relief, canalisation et turbulences

Le vent est l’un des grands architectes invisibles du climat local.

Il transporte de la chaleur, du froid, de la vapeur d’eau, des particules, des odeurs, du pollen et parfois des polluants. Il influence directement l’évapotranspiration, la température ressentie par les organismes, le dessèchement des sols, la résistance mécanique des arbres, la dispersion des graines et des insectes, ainsi que les conditions de croissance des cultures.

À l’échelle d’un territoire, le vent peut sembler uniforme.

À l’échelle d’un jardin, d’un verger ou d’une ferme, il ne l’est presque jamais.

Un relief, une forêt, une haie, un bâtiment, un mur, une serre ou même une différence de température entre deux surfaces peuvent modifier profondément l’écoulement de l’air.

Le vent doit donc être considéré comme un flux agroclimatique à concevoir.

L’objectif n’est pas nécessairement de supprimer le vent.

Il s’agit de créer les bonnes conditions :

  • protéger certaines cultures ;
  • maintenir une ventilation suffisante ;
  • réduire les pertes d’eau ;
  • éviter les zones de stagnation ;
  • limiter les turbulences dangereuses ;
  • favoriser certains flux d’air ;
  • protéger les bâtiments ;
  • évacuer l’humidité lorsque cela est nécessaire ;
  • conserver des corridors de ventilation ;
  • exploiter les différences thermiques naturelles.

La question n’est donc pas :

« Comment empêcher le vent d’entrer ? »

mais :

« Comment organiser la circulation de l’air pour créer le microclimat souhaité ? »


1. Le vent comme flux agroclimatique

Le vent est un déplacement d’air résultant principalement de différences de pression atmosphérique.

À petite échelle, cependant, sa circulation est fortement influencée par les obstacles et par la topographie.

On peut distinguer :

  • le vent régional ;
  • le vent local ;
  • les brises thermiques ;
  • les écoulements liés au relief ;
  • les écoulements autour des bâtiments ;
  • les turbulences générées par les obstacles ;
  • les circulations nocturnes d’air froid ;
  • les circulations diurnes liées au chauffage des surfaces.

Le jardin n’est donc pas simplement « exposé au vent ».

Il possède son propre champ d’écoulement.


2. Les trois dimensions du vent

Une analyse sérieuse doit considérer trois dimensions.

Direction

D’où vient le vent ?

Vitesse

À quelle vitesse circule-t-il ?

Variabilité

Comment ces deux paramètres évoluent-ils avec :

  • l’heure ;
  • la saison ;
  • la météo ;
  • la température ;
  • la végétation ;
  • l’état du sol ;
  • la topographie ?

Un vent moyen de 10 km/h peut être relativement peu problématique.

Des rafales beaucoup plus importantes peuvent toutefois provoquer des dommages mécaniques.

Inversement, un vent modéré mais permanent peut augmenter fortement l’évapotranspiration.

Il faut donc éviter de raisonner uniquement avec une vitesse moyenne.


3. Le vent n’est pas un mur

Une erreur fréquente consiste à imaginer le vent comme une masse d’air que l’on pourrait simplement arrêter.

L’air est un fluide.

Lorsqu’il rencontre un obstacle, il :

  • ralentit ;
  • se sépare ;
  • contourne ;
  • passe au-dessus ;
  • accélère dans certains passages ;
  • crée des zones de recirculation ;
  • génère des turbulences.

Une haie ne « bloque » donc jamais complètement le vent.

Elle modifie le champ de vitesse et la structure de l’écoulement.

Cette distinction est fondamentale pour concevoir correctement les brise-vent.


4. Le brise-vent

Un brise-vent est une structure destinée à réduire la vitesse du vent dans une zone protégée.

Il peut être constitué de :

  • haies ;
  • arbres ;
  • arbustes ;
  • bandes boisées ;
  • talus ;
  • clôtures ajourées ;
  • bâtiments ;
  • combinaisons de plusieurs éléments.

Le brise-vent agit principalement en augmentant la rugosité du terrain et en dissipant une partie de l’énergie cinétique du vent.

Mais son efficacité dépend fortement de sa structure.


5. Le paradoxe du brise-vent

Un écran totalement imperméable peut sembler idéal.

En réalité, il peut générer un écoulement très turbulent.

Lorsque le vent rencontre une barrière compacte :

  1. une partie de l’air passe au-dessus ;
  2. une partie contourne l’obstacle ;
  3. une zone de forte perturbation apparaît sous le vent ;
  4. des recirculations peuvent se former ;
  5. la vitesse peut réaugmenter plus loin.

On obtient alors parfois :

obstacle → zone protégée immédiate → turbulence → réaccélération.

Un écran très dense peut donc être moins intéressant qu’une structure végétale semi-perméable.


6. La porosité de la haie

La porosité constitue l’un des paramètres fondamentaux d’un brise-vent.

Une haie :

  • trop ouverte laisse passer une grande partie du vent ;
  • trop compacte produit davantage de séparation et de turbulence ;
  • intermédiaire peut produire une réduction plus progressive de la vitesse.

La porosité doit donc être considérée comme une variable de conception.

Elle dépend :

  • du nombre de strates ;
  • de la densité des branches ;
  • du feuillage ;
  • de la saison ;
  • de la hauteur ;
  • de la largeur ;
  • des trous ;
  • de la continuité verticale.

Une haie persistante et une haie caduque ne produisent évidemment pas le même climat en hiver.


7. Les différentes strates du brise-vent

Une haie agroclimatique efficace peut être conçue en plusieurs étages :

Strate basse

Herbacées et couvre-sol.

Fonctions :

  • protéger le sol ;
  • réduire les flux proches du sol ;
  • limiter l’érosion.

Strate arbustive

Arbustes bas et moyens.

Fonctions :

  • filtrer le vent ;
  • créer des refuges ;
  • produire de la biomasse ;
  • offrir fleurs et fruits.

Strate arborée

Arbres.

Fonctions :

  • modifier le profil vertical du vent ;
  • produire de l’ombre ;
  • stocker du carbone ;
  • créer un microclimat ;
  • structurer le paysage.

Strate supérieure

La cime des arbres interagit directement avec les flux atmosphériques.

La combinaison des strates produit un obstacle beaucoup plus progressif qu’un mur vertical.


8. Hauteur et zone protégée

La hauteur du brise-vent constitue un paramètre essentiel.

On utilise souvent la hauteur (H) du brise-vent comme échelle de référence pour caractériser la zone d’influence sous le vent.

Cela permet de raisonner non pas en mètres fixes, mais en proportions de hauteur :

distance = coefficient × H.

Ainsi, une haie de 2 m et une bande arborée de 10 m n’ont évidemment pas la même portée climatique.

Mais il faut rester prudent :

les distances d’efficacité ne sont jamais universelles.

Elles dépendent notamment de :

  • la porosité ;
  • la hauteur ;
  • la largeur ;
  • la vitesse du vent ;
  • la stabilité atmosphérique ;
  • le relief ;
  • la rugosité environnante.

9. Le vent au-dessus d’une haie

Le vent ne disparaît pas lorsqu’il atteint une haie.

Il doit trouver un passage.

Une partie de l’écoulement est déviée vers le haut.

Une zone de cisaillement apparaît alors au-dessus et derrière la structure.

Plus la rupture entre l’obstacle et l’atmosphère est brutale, plus les perturbations peuvent être importantes.

Une structure végétale graduelle est donc souvent préférable :

herbes → arbustes → petits arbres → grands arbres.

On obtient une transition plus progressive entre le sol et l’atmosphère.


10. Le relief : premier grand modificateur du vent

Avant de planter une haie, il faut regarder le terrain.

Le relief peut :

  • accélérer le vent ;
  • le ralentir ;
  • le canaliser ;
  • le dévier ;
  • créer des zones abritées ;
  • créer des turbulences ;
  • provoquer des circulations thermiques.

Une haie placée sans tenir compte du relief peut donc avoir une efficacité très différente de celle prévue sur un plan horizontal.


11. Les crêtes

Les crêtes sont généralement des zones très exposées.

Le vent peut accélérer lorsqu’il franchit une hauteur topographique.

Les arbres plantés sur une crête doivent donc être particulièrement bien établis et résistants aux contraintes mécaniques.

Mais une crête peut également constituer un emplacement stratégique pour une infrastructure de protection.

La conception doit alors tenir compte :

  • de la direction dominante ;
  • de la vitesse ;
  • de l’exposition ;
  • de la profondeur du sol ;
  • de la disponibilité en eau ;
  • du risque de dessèchement.

12. Les vallées et couloirs

Les vallées peuvent canaliser les écoulements.

Deux phénomènes peuvent se superposer :

Vent synoptique

Vent provenant de la circulation atmosphérique générale.

Vent topographique

Vent guidé par la géométrie de la vallée.

La vallée devient alors une sorte de canal aérodynamique naturel.

Il peut être dangereux de placer une infrastructure fragile exactement dans cet axe.

Mais ce même corridor peut être précieux pour :

  • ventiler une zone ;
  • évacuer l’humidité ;
  • favoriser une circulation nocturne ;
  • refroidir naturellement certains secteurs.

13. Canalisation du vent

Lorsqu’un flux d’air est contraint de passer dans un espace plus étroit, sa vitesse peut augmenter.

C’est le même principe général que dans de nombreux écoulements fluides.

Une configuration typique est :

deux obstacles + passage étroit = accélération locale potentielle.

Cela peut apparaître entre :

  • deux bâtiments ;
  • deux haies ;
  • une haie et un mur ;
  • deux talus ;
  • deux lignes d’arbres.

Un passage que l’on pensait protecteur peut donc devenir un couloir d’accélération.


14. L’effet Venturi : attention aux simplifications

Le terme « effet Venturi » est souvent utilisé de manière trop générale dans le jardinage.

Dans une situation réelle, l’écoulement atmosphérique est tridimensionnel, turbulent et variable.

Une accélération locale peut effectivement apparaître dans certains passages contraints, mais elle ne doit pas être attribuée automatiquement au seul effet Venturi.

Il faut examiner :

  • la géométrie ;
  • la direction du vent ;
  • la rugosité ;
  • les différences de pression ;
  • les séparations d’écoulement ;
  • la turbulence.

L’objectif du diagnostic n’est pas de coller une étiquette au phénomène.

Il est de comprendre où l’air accélère réellement.


15. Les turbulences

La turbulence correspond à un écoulement présentant des fluctuations complexes de vitesse et de direction.

Elle peut apparaître derrière :

  • une haie ;
  • un mur ;
  • un bâtiment ;
  • un arbre isolé ;
  • un groupe d’arbres ;
  • une rupture de pente.

Elle peut être particulièrement problématique pour :

  • les jeunes arbres ;
  • les serres ;
  • les cultures hautes ;
  • les structures légères ;
  • les installations photovoltaïques ;
  • les animaux ;
  • les zones de travail.

Mais la turbulence n’est pas toujours négative.

Elle peut aussi favoriser :

  • le mélange de l’air ;
  • la dissipation de certaines accumulations d’humidité ;
  • les échanges thermiques.

Comme toujours en agroclimatologie :

un phénomène utile dans un contexte peut devenir nuisible dans un autre.


16. L’arbre isolé

Un arbre isolé ne fonctionne pas comme une forêt.

Il reçoit directement les flux atmosphériques.

Il peut donc subir :

  • forte contrainte mécanique ;
  • dessèchement ;
  • évapotranspiration accrue ;
  • dessiccation hivernale ;
  • rupture de branches.

Un arbre situé dans un ensemble végétal bénéficie au contraire d’une modification collective du champ de vent.

C’est une des raisons pour lesquelles la structure spatiale de la végétation compte autant que la liste des espèces.


17. La forêt comme infrastructure climatique

Une forêt constitue un immense système de régulation des flux.

Elle modifie :

  • la vitesse du vent ;
  • l’humidité ;
  • les échanges thermiques ;
  • l’évapotranspiration ;
  • la température du sol ;
  • la dispersion des particules ;
  • la turbulence ;
  • la structure verticale de l’atmosphère proche du sol.

Une forêt n’est donc pas simplement une collection d’arbres.

C’est une architecture aérodynamique vivante.


18. Haies parallèles : attention au couloir

Deux haies parallèles peuvent créer une zone de protection.

Mais selon leur orientation, leur hauteur et leur porosité, elles peuvent également canaliser le vent.

Avant de construire deux lignes parallèles, il faut donc simuler ou observer :

  • le vent dominant ;
  • les vents secondaires ;
  • la largeur du passage ;
  • les extrémités ouvertes ;
  • les variations saisonnières.

Une protection mal orientée peut transformer un jardin en tunnel aérodynamique.


19. Les extrémités des haies

Une haie n’a pas seulement un effet frontal.

Ses extrémités sont également importantes.

Le vent peut contourner la structure.

Il peut alors accélérer ou produire des écoulements perturbés près des extrémités.

Cela signifie qu’un brise-vent doit être pensé comme une structure tridimensionnelle, et non comme une simple ligne sur un plan.


20. Les bâtiments comme éléments climatiques

Un bâtiment constitue un obstacle majeur.

Il crée :

  • une façade au vent ;
  • une zone abritée ;
  • des zones de recirculation ;
  • des accélérations autour des angles ;
  • des effets de canalisation entre bâtiments.

Le jardin doit donc être conçu en relation avec l’architecture.

Une maison peut être :

  • obstacle ;
  • protection ;
  • réservoir thermique ;
  • accélérateur local ;
  • capteur solaire ;
  • écran au vent.

Le bâtiment devient ainsi une composante du système agroclimatique.


21. La relation vent–évapotranspiration

Le vent influence directement les échanges d’eau entre végétation, sol et atmosphère.

À température et humidité identiques, une augmentation du renouvellement d’air autour d’une surface peut augmenter la demande évaporative.

Le vent peut donc accélérer :

  • l’évaporation du sol ;
  • le dessèchement des feuilles ;
  • l’évapotranspiration ;
  • la perte d’eau des végétaux.

Le brise-vent peut alors devenir une infrastructure hydrologique indirecte.

Mais là encore, supprimer totalement les mouvements d’air n’est pas souhaitable.

Il faut rechercher un compromis entre :

protection hydrique + ventilation.


22. Vent et température

Le vent modifie également les échanges thermiques.

Il peut :

  • accélérer le refroidissement ;
  • dissiper de l’air chaud ;
  • transporter de l’air plus froid ;
  • transporter de l’air plus chaud ;
  • modifier les échanges entre sol, végétation et atmosphère.

Une zone abritée peut donc connaître une température différente d’une zone exposée.

Le microclimat est produit par l’interaction :

rayonnement + température + humidité + vent + végétation + relief.


23. Vent et gel

Le vent intervient également dans les phénomènes de gel.

Il faut distinguer les situations.

Lors d’un gel radiatif, l’air froid peut s’accumuler dans les dépressions tandis que les couches supérieures sont relativement plus chaudes.

Lors d’une situation advective, une masse d’air froid peut être transportée sur le territoire.

Une haie peut :

  • protéger du vent froid ;
  • modifier les échanges radiatifs ;
  • perturber l’écoulement de l’air froid ;
  • créer localement des zones d’accumulation selon sa position.

Il faut donc éviter l’idée simpliste :

« une haie protège toujours du gel ».

Elle peut protéger certaines zones contre un vent froid et, dans d’autres configurations, perturber l’écoulement de l’air froid.


24. Concevoir des corridors de ventilation

Un jardin résilient ne doit pas être entièrement fermé.

Certaines zones ont besoin de circulation d’air :

  • vergers ;
  • serres ;
  • zones humides ;
  • bâtiments ;
  • espaces de travail ;
  • zones sensibles aux maladies cryptogamiques.

Il peut donc être pertinent de créer :

corridor de ventilation → zone productive → protection latérale → sortie d’air.

Le principe est proche de celui d’une architecture bioclimatique.


25. Le « génie climatique végétal »

La conception agroclimatique peut être interprétée comme une forme de génie climatique utilisant principalement des structures biologiques.

Une haie peut agir sur :

  • la vitesse du vent ;
  • l’évaporation ;
  • l’humidité ;
  • la température ;
  • la biodiversité ;
  • le carbone ;
  • la biomasse.

Un arbre peut agir sur :

  • l’ombre ;
  • le rayonnement ;
  • l’évapotranspiration ;
  • la rugosité ;
  • le vent ;
  • l’eau ;
  • la température.

Une forêt-jardin combine ces fonctions à plusieurs hauteurs.

On obtient ainsi un véritable :

génie climatique végétal.


26. Concevoir les vents comme un réseau de flux

Une approche Omakëya™ consiste à représenter les vents sous forme de carte dynamique.

Pour chaque direction importante, on peut cartographier :

  • entrée du vent ;
  • vitesse ;
  • accélérations ;
  • zones exposées ;
  • zones protégées ;
  • zones turbulentes ;
  • couloirs ;
  • obstacles ;
  • sorties.

La carte devient alors une carte des champs de vent du jardin.


27. La rose des vents du projet

Avant de planter, il est utile de connaître les directions dominantes.

On peut construire une matrice :

DirectionFréquenceVitesseSaisonEffet potentiel
Nordfortemoyennehiverrefroidissement
Nord-Ouestmoyennefortehiverdessiccation
Sudmoyennemoyenneétéchaleur
Ouestforteforteautomnecontraintes mécaniques
Estvariablemoyenneprintempsdessèchement

Les valeurs doivent évidemment être adaptées aux données réelles du site.

Une rose des vents locale est beaucoup plus pertinente qu’une hypothèse basée uniquement sur le climat régional.


28. Le vent doit être observé plusieurs fois

Un seul relevé ne suffit pas.

Il faut idéalement observer :

  • hiver ;
  • printemps ;
  • été ;
  • automne ;
  • jour ;
  • nuit ;
  • situations anticycloniques ;
  • situations perturbées ;
  • épisodes orageux.

On peut compléter les observations par :

  • anémomètres ;
  • girouettes ;
  • stations météorologiques ;
  • capteurs distribués ;
  • observations de végétation ;
  • photographie ;
  • télédétection ;
  • modélisation.

Les arbres eux-mêmes constituent parfois des indicateurs de l’exposition chronique au vent.


29. Le réseau de capteurs

Sur un projet important, plusieurs points de mesure peuvent être installés.

Par exemple :

  • station météo de référence ;
  • anémomètre exposé ;
  • capteur dans une zone protégée ;
  • capteur derrière une haie ;
  • capteur dans un corridor ;
  • capteur près d’un bâtiment ;
  • capteur en zone basse.

On peut alors comparer :

vent extérieur ↔ vent local.

Cette comparaison permet de mesurer réellement l’effet des infrastructures.


30. Du diagnostic à la conception

La séquence Omakëya™ peut être :

Étape 1

Identifier les vents dominants.

Étape 2

Identifier les vents dangereux.

Étape 3

Identifier les vents utiles.

Étape 4

Cartographier le relief.

Étape 5

Identifier les zones d’accélération.

Étape 6

Identifier les zones de turbulence.

Étape 7

Identifier les corridors naturels.

Étape 8

Positionner les brise-vent.

Étape 9

Définir leur hauteur, largeur et porosité.

Étape 10

Créer les corridors de ventilation.

Étape 11

Tester les scénarios saisonniers.

Étape 12

Observer et corriger après plantation.


31. La haie comme infrastructure multifonctionnelle

Une haie bien positionnée peut simultanément :

  • ralentir le vent ;
  • protéger le sol ;
  • réduire l’évapotranspiration ;
  • fournir de l’ombre ;
  • produire du bois ou de la biomasse ;
  • fournir fleurs et fruits ;
  • abriter les auxiliaires ;
  • servir de corridor écologique ;
  • stocker du carbone ;
  • intercepter certaines particules ;
  • structurer les circulations humaines.

Elle devient donc une infrastructure multiflux.

Mais plus elle possède de fonctions, plus son implantation doit être réfléchie.


32. Les conflits de fonctions

Une même haie peut produire plusieurs effets contradictoires.

Par exemple :

Protection contre le vent

mais :

réduction de ventilation.

Ou :

ombrage

mais :

réduction du rayonnement solaire.

Ou :

habitat pour la biodiversité

mais :

consommation d’eau.

Ou :

protection contre l’érosion

mais :

compétition racinaire avec les cultures.

Le bon design n’est donc pas celui qui maximise une seule fonction.

Il cherche un optimum multifonctionnel.


33. Les saisons

Une infrastructure végétale évolue avec le temps.

Une haie caduque est très différente :

  • en janvier ;
  • en avril ;
  • en juillet ;
  • en novembre.

La conception doit donc être saisonnière.

Il faut simuler :

Hiver

Vent + absence de feuillage + rayonnement faible.

Printemps

Reprise végétative + vents variables.

Été

Feuillage maximal + chaleur + demande évaporative.

Automne

Feuillage décroissant + vents parfois forts.

Une haie n’est donc pas une infrastructure fixe.

C’est une infrastructure dynamique.


34. La croissance des arbres

Une erreur classique consiste à concevoir le vent avec des arbres adultes imaginaires.

Il faut également considérer :

  • année 1 ;
  • année 5 ;
  • année 10 ;
  • année 20 ;
  • année 50.

Un arbre jeune n’offre presque aucune protection.

Un arbre mature peut devenir un obstacle majeur.

Il faut donc intégrer la croissance dans le modèle.


35. Le vent et le changement climatique

Le contexte climatique futur peut modifier :

  • les régimes de vent ;
  • les épisodes de tempêtes ;
  • les sécheresses ;
  • les contraintes mécaniques ;
  • la disponibilité en eau ;
  • la vulnérabilité des arbres.

Mais il faut éviter de transformer les projections climatiques en certitudes locales.

La bonne stratégie consiste à tester plusieurs scénarios :

vent actuel

vent plus chaud et sec

sécheresse prolongée

épisode venteux extrême

vent + forte pluie

vent + canicule

vent + incendie.


36. Vent et incendie

Le vent devient particulièrement critique lors d’un incendie.

Il peut :

  • accélérer la propagation ;
  • transporter des braises ;
  • modifier la trajectoire des flammes ;
  • assécher la végétation ;
  • amplifier certains fronts.

Une infrastructure végétale ne doit donc jamais être considérée uniquement comme un brise-vent.

Dans les secteurs exposés au risque incendie, il faut également analyser :

  • continuité du combustible ;
  • densité végétale ;
  • espèces ;
  • état hydrique ;
  • entretien ;
  • accès ;
  • zones de rupture ;
  • trajectoires potentielles des braises.

Le même vent qui est utile pour ventiler un jardin peut devenir un facteur majeur de risque lors d’un feu.


37. Une architecture du vent en plusieurs niveaux

Une conception agroclimatique avancée peut rechercher une succession :

vent régional

bande boisée

haie

corridor

zone productive

haie secondaire

zone protégée

sortie du flux

Le vent n’est plus bloqué.

Il est transformé progressivement.


38. Le modèle « protéger sans enfermer »

Le principe général peut être résumé ainsi :

protéger les zones sensibles sans supprimer les échanges d’air nécessaires.

Une bonne conception cherche donc :

  • moins de vitesse ;
  • moins de rafales ;
  • moins de dessèchement ;
  • moins de contraintes mécaniques ;

mais conserve :

  • ventilation ;
  • renouvellement d’air ;
  • évacuation de l’humidité ;
  • dispersion thermique ;
  • circulation biologique.

39. Matrice de décision

SituationRéponse possible
Vent froid dominantBrise-vent
Vent chaud et secProtection + conservation de l’humidité
Zone humideMaintenir une ventilation
Verger exposéBrise-vent semi-perméable
SerreÉviter les turbulences et accélérations
Crête très exposéeProtection + choix d’espèces résistantes
Vallée encaisséeÉtudier la canalisation
Passage étroitVérifier l’accélération
Derrière bâtimentIdentifier les turbulences
Zone incendieAnalyser vent + combustible
Zone chaudeVentilation nocturne potentielle
Zone froideÉviter de bloquer les écoulements d’air froid

40. Le principe Omakëya™ du vent

Le vent ne doit être ni combattu systématiquement, ni laissé totalement libre.

Il doit être cartographié, compris, orienté et utilisé.

Le concepteur doit rechercher :

les vents à ralentir

les vents à détourner

les vents à laisser circuler

les vents à exploiter

les zones à protéger

les zones à ventiler

les zones à ne jamais obstruer.


Le vent est une infrastructure climatique naturelle.

Il transporte l’énergie, l’eau et la matière.

Il peut refroidir un jardin ou le dessécher.

Il peut protéger certaines cultures ou les endommager.

Il peut ventiler une zone humide ou provoquer une évapotranspiration excessive.

Il peut rafraîchir un bâtiment ou augmenter les pertes thermiques.

Il peut protéger une forêt contre certaines accumulations de chaleur ou accélérer la propagation d’un incendie.

Tout dépend de sa trajectoire, de sa vitesse, de sa direction, de sa saison et de l’architecture du terrain.

La conception agroclimatique consiste donc à passer d’une logique :

« construire une haie pour couper le vent »

à une logique beaucoup plus précise :

« construire une architecture végétale capable de transformer le champ de vent afin de créer les conditions climatiques souhaitées. »

La haie devient alors un élément du génie climatique végétal.

Le relief devient un dispositif aérodynamique naturel.

Les arbres deviennent des structures dissipatives vivantes.

Les vallées deviennent des corridors.

Les passages deviennent des accélérateurs potentiels.

Les bâtiments deviennent des obstacles climatiques.

Et les turbulences deviennent des phénomènes à comprendre plutôt qu’à subir.

La véritable maîtrise du vent ne consiste donc pas à l’arrêter.

Elle consiste à donner au vent les bons chemins.

Principe Omakëya™

Ne construisez jamais un mur contre le vent avant d’avoir compris comment l’air circule autour de lui. Un bon brise-vent ne supprime pas le vent : il transforme son énergie, ralentit son flux, protège les zones sensibles et laisse circuler l’air là où il reste nécessaire.