AGROCLIMATOLOGIE : FORÊTS DIVERSIFIÉES

FORÊTS DIVERSIFIÉES

Mélange d’essences — Régénération naturelle — Sylviculture adaptative — Concevoir des forêts capables d’évoluer avec le climat

Une forêt résiliente ne se construit pas nécessairement en cherchant à conserver indéfiniment la même composition.

Elle se construit en donnant au système plusieurs possibilités d’avenir.

Face à la sécheresse, certaines essences résisteront mieux que d’autres.

Face à un ravageur, certaines populations seront sensibles tandis que d’autres seront moins affectées.

Face à un incendie, certaines structures forestières pourront limiter la continuité du combustible, tandis que d’autres pourront favoriser une propagation rapide.

Face à une succession d’années chaudes et sèches, certaines espèces pourront maintenir leur croissance alors que d’autres entreront progressivement en dépérissement.

La question forestière devient alors une question d’architecture du vivant :

Comment construire une forêt suffisamment diversifiée pour ne pas dépendre d’une seule réponse biologique, tout en restant cohérente avec son sol, son climat, son hydrologie, son histoire et ses usages ?

La réponse repose sur trois grands leviers :

mélanger les essences, favoriser lorsque cela est possible la régénération naturelle et pratiquer une sylviculture adaptative.

Mais ces trois leviers ne sont pas des recettes.

Une forêt mélangée n’est pas automatiquement résiliente.

La régénération naturelle n’est pas toujours suffisante.

La sylviculture adaptative n’est pas l’absence de gestion.

La Vision Omakëya™ propose plutôt de considérer ces outils comme les composantes d’un même système :

diversifier → observer → laisser émerger → sélectionner → accompagner → mesurer → adapter.


1. Sortir de la forêt uniforme

Une forêt uniforme possède une caractéristique particulièrement importante :

elle simplifie les réponses du système.

Lorsque les arbres ont :

  • la même espèce ;
  • le même âge ;
  • une structure similaire ;
  • des besoins hydriques proches ;
  • une vulnérabilité similaire ;

une perturbation affectant cette combinaison peut toucher une grande partie du peuplement.

Cela ne signifie pas qu’une forêt homogène est toujours mauvaise.

Elle peut avoir des objectifs précis :

  • production de bois ;
  • conservation ;
  • protection ;
  • restauration ;
  • paysage ;
  • expérimentation.

Mais lorsque le climat devient plus incertain, la concentration d’une même stratégie biologique peut devenir une source de vulnérabilité.


2. La diversité comme assurance biologique

La diversité forestière peut être considérée comme une forme d’assurance.

Si plusieurs espèces répondent différemment à une perturbation, toutes ne seront pas nécessairement affectées au même niveau.

On peut conceptualiser cette idée par :

[
R_f=f(D_s,D_g,D_a,D_t)
]

avec :

  • (D_s) : diversité spécifique ;
  • (D_g) : diversité génétique ;
  • (D_a) : diversité architecturale ;
  • (D_t) : diversité temporelle.

Il ne s’agit pas d’une équation scientifique prédictive universelle.

C’est une représentation conceptuelle de la résilience forestière.


3. Mélanger les essences

Le premier levier consiste à associer plusieurs essences.

Un mélange peut être :

  • deux espèces ;
  • trois espèces ;
  • plusieurs espèces ;
  • un mélange d’essences dominantes et secondaires ;
  • une mosaïque de peuplements différents.

Mais le nombre d’espèces n’est pas l’objectif en lui-même.

La question essentielle est :

Les espèces choisies apportent-elles des réponses différentes et compatibles ?


4. Mélanger pour diversifier les risques

Prenons un peuplement constitué presque exclusivement d’une essence sensible à un ravageur donné.

Si ce ravageur se développe fortement, une grande partie du peuplement peut être affectée.

Dans un peuplement diversifié, les autres essences peuvent continuer à fonctionner.

La diversité peut alors produire un effet de réduction de concentration du risque.

Mais cela dépend du pathogène et de son mode de propagation.

Un ravageur généraliste ou un événement climatique extrême peut toucher plusieurs espèces simultanément.

La diversification réduit certains risques ; elle ne supprime pas le risque.


5. La diversité fonctionnelle plutôt que la collection d’espèces

Une forêt composée de dix espèces ayant exactement les mêmes besoins hydriques et les mêmes sensibilités climatiques n’est pas nécessairement beaucoup plus robuste qu’une forêt composée de trois espèces présentant des réponses très différentes.

On recherchera donc des complémentarités :

  • racines superficielles / profondes ;
  • croissance précoce / tardive ;
  • tolérance à la sécheresse / à l’humidité ;
  • espèces d’ombre / espèces de lumière ;
  • croissance rapide / lente ;
  • feuillus / conifères lorsque le contexte le justifie ;
  • espèces à architectures différentes ;
  • phénologies différentes.

La diversité devient alors une diversité de stratégies.


6. Le principe de complémentarité

Deux espèces peuvent entrer en compétition pour :

  • l’eau ;
  • la lumière ;
  • les nutriments ;
  • l’espace racinaire.

Mais elles peuvent également exploiter des ressources différentes.

Par exemple, des systèmes racinaires différenciés peuvent exploiter des horizons du sol différents.

Des périodes de croissance différentes peuvent limiter certaines compétitions.

Des hauteurs différentes peuvent permettre une utilisation différente de la lumière.

La complémentarité n’est toutefois jamais garantie.

Elle doit être vérifiée dans les conditions réelles du site.


7. Mélanger horizontalement

La diversité peut être organisée dans l’espace.

On peut créer :

  • mélanges pied par pied ;
  • petits groupes ;
  • bouquets ;
  • bandes ;
  • mosaïques ;
  • peuplements voisins d’essences différentes.

Chaque configuration produit des interactions différentes.

Un mélange très fin peut favoriser des interactions fortes entre arbres.

Une mosaïque peut limiter certains phénomènes de propagation tout en conservant des peuplements cohérents.

Le choix dépend de la fonction recherchée.


8. Mélanger verticalement

La diversité peut également être organisée selon les hauteurs.

Une forêt peut comporter :

canopée → sous-canopée → arbustes → herbacées → litière → système racinaire.

Chaque strate possède ses propres conditions de lumière, température, humidité et vent.

Cette architecture crée une diversité de microhabitats.

Elle peut également modifier le fonctionnement hydrologique et microclimatique du peuplement.


9. Mélanger dans le temps

La diversité n’est pas seulement spatiale.

Elle est également temporelle.

Une forêt peut associer :

  • jeunes arbres ;
  • arbres adultes ;
  • arbres âgés ;
  • arbres sénescents ;
  • régénération récente.

Cette diversité d’âges permet de construire plusieurs trajectoires simultanées.

Une perturbation qui affecte fortement les arbres adultes ne détruit alors pas nécessairement toute la capacité de renouvellement.


10. La régénération naturelle

Le deuxième grand levier est la régénération naturelle.

Une forêt possède souvent une capacité remarquable à se renouveler.

Elle dispose potentiellement :

  • de graines ;
  • de semis ;
  • de jeunes plants ;
  • de rejets ;
  • de systèmes racinaires ;
  • d’arbres semenciers.

La régénération naturelle permet au système de sélectionner progressivement les individus capables de survivre dans les conditions locales.

C’est une forme d’expérimentation biologique permanente.


11. La forêt comme laboratoire évolutif

Chaque génération d’arbres est confrontée à son environnement.

Certains individus :

  • poussent rapidement ;
  • résistent mieux à la sécheresse ;
  • tolèrent mieux certains sols ;
  • supportent mieux le froid ;
  • échappent à certains pathogènes ;
  • produisent davantage de graines.

La sélection naturelle agit sur cette variation.

À l’échelle de plusieurs générations, les populations peuvent donc évoluer.

Mais cette évolution demande du temps.

Et c’est précisément l’une des difficultés majeures du changement climatique :

Le climat peut changer plus rapidement que certaines populations forestières ne peuvent s’adapter.


12. La régénération naturelle comme outil d’adaptation

Lorsqu’elle fonctionne, la régénération naturelle possède un avantage considérable :

les nouveaux individus proviennent d’un patrimoine génétique déjà présent ou accessible localement.

Ils sont donc issus d’une population ayant déjà été confrontée aux conditions du territoire.

Cela ne signifie pas qu’ils seront automatiquement adaptés au climat futur.

Mais ils constituent une ressource biologique précieuse.


13. Quand la régénération naturelle fonctionne-t-elle ?

Elle dépend notamment :

  • de la présence d’arbres reproducteurs ;
  • de la production de graines ;
  • de la dispersion ;
  • de la germination ;
  • de la disponibilité en lumière ;
  • de l’humidité du sol ;
  • de la concurrence végétale ;
  • de l’herbivorie ;
  • de la structure du sol ;
  • des perturbations.

Une forêt peut donc posséder une capacité potentielle de régénération sans parvenir effectivement à renouveler ses peuplements.


14. Le problème de la régénération naturelle sous climat changeant

Un peuplement peut produire beaucoup de jeunes arbres appartenant à une espèce historiquement dominante.

Mais si les conditions climatiques futures deviennent défavorables à cette espèce, une régénération abondante ne garantit pas la résilience future.

Il faut donc observer :

qui se régénère ?

mais également :

dans quelles conditions ?

et :

quelles espèces ne se régénèrent plus ?


15. Accompagner plutôt que remplacer

La sylviculture adaptative consiste précisément à intervenir entre deux extrêmes :

ne rien faire

et

tout contrôler.

L’objectif est d’accompagner les trajectoires biologiques.

Le gestionnaire observe ce qui fonctionne, identifie les vulnérabilités puis intervient lorsque cela augmente la capacité du système à atteindre ses objectifs.


16. La sylviculture adaptative

La sylviculture adaptative peut être représentée comme une boucle :

Observer → Mesurer → Diagnostiquer → Agir → Observer → Réévaluer.

Ce fonctionnement est fondamentalement différent d’un plan établi une fois pour toutes sur plusieurs décennies sans réévaluation.


17. Pourquoi la gestion doit devenir dynamique

Un plan forestier peut être parfaitement cohérent au moment où il est établi.

Mais dix ou vingt ans plus tard :

  • le climat peut avoir changé ;
  • certaines espèces peuvent dépérir ;
  • des ravageurs peuvent être apparus ;
  • le marché du bois peut avoir évolué ;
  • les objectifs territoriaux peuvent être différents ;
  • les risques incendie peuvent avoir augmenté.

La gestion doit donc pouvoir évoluer.


18. La densité comme variable adaptative

La densité des peuplements influence :

  • la compétition pour l’eau ;
  • l’accès à la lumière ;
  • la croissance ;
  • la structure ;
  • le microclimat ;
  • la quantité de combustible.

Il peut donc être pertinent de faire évoluer la densité en fonction :

  • du site ;
  • de l’âge ;
  • du climat ;
  • de l’état sanitaire ;
  • de l’objectif forestier.

Mais réduire systématiquement la densité partout serait une simplification excessive.


19. Adapter la structure plutôt que seulement l’espèce

Le choix d’une espèce n’est qu’une partie de la stratégie.

Deux peuplements composés de la même essence peuvent avoir des vulnérabilités différentes selon :

  • leur densité ;
  • leur âge ;
  • leur structure ;
  • leur exposition ;
  • leur sol ;
  • leur mélange ;
  • leur connectivité.

L’adaptation forestière doit donc porter sur l’architecture du peuplement.


20. Les lisières comme zones stratégiques

Les lisières sont des interfaces particulièrement importantes.

Elles peuvent présenter :

  • davantage de lumière ;
  • plus de vent ;
  • des températures différentes ;
  • une végétation spécifique ;
  • des habitats particuliers.

Elles peuvent également constituer des zones sensibles aux incendies et aux effets de bord.

La conception des lisières doit donc être intégrée à la stratégie globale.


21. Les trouées forestières

Les trouées peuvent apparaître naturellement après :

  • mortalité ;
  • tempête ;
  • sécheresse ;
  • incendie ;
  • chute d’arbres.

Elles créent de nouvelles conditions de lumière.

Elles peuvent permettre l’installation de jeunes arbres et d’autres végétaux.

Une sylviculture adaptative peut utiliser ces dynamiques naturelles plutôt que de chercher systématiquement à maintenir une couverture uniforme.


22. La mosaïque forestière

Une forêt territoriale peut être conçue comme une mosaïque de structures :

  • peuplements denses ;
  • peuplements plus ouverts ;
  • clairières ;
  • jeunes peuplements ;
  • vieux peuplements ;
  • zones humides ;
  • lisières ;
  • zones refuges.

Cette mosaïque peut diversifier les réponses du territoire aux perturbations.


23. Diversité et incendies

La diversité des essences peut modifier la continuité du combustible.

Mais attention :

une forêt mélangée n’est pas automatiquement une forêt résistante au feu.

Le risque dépend aussi :

  • de la sécheresse ;
  • de la quantité de biomasse ;
  • de la structure verticale ;
  • de la continuité horizontale ;
  • du vent ;
  • de la topographie ;
  • de la configuration des lisières.

La prévention incendie doit donc être intégrée à l’architecture forestière.


24. Créer des discontinuités fonctionnelles

Dans certains territoires, il peut être pertinent de créer ou maintenir :

  • clairières ;
  • bandes ouvertes ;
  • mosaïques agricoles ;
  • prairies ;
  • zones humides ;
  • coupures de combustible.

L’objectif n’est pas de fragmenter arbitrairement la forêt.

Il est de créer une mosaïque fonctionnelle conciliant :

écologie + production + sécurité + paysage.


25. La forêt comme réseau plutôt que comme bloc

Un territoire forestier résilient peut être composé de plusieurs massifs reliés par :

  • haies ;
  • ripisylves ;
  • bosquets ;
  • corridors ;
  • agroforesterie.

Cela permet de dissocier partiellement :

continuité écologique

et

continuité du combustible.

Cette distinction devient essentielle dans les territoires soumis au risque incendie.


26. La diversité génétique

La diversité des espèces ne suffit pas.

Deux individus de la même espèce peuvent présenter des caractéristiques différentes.

Il est donc pertinent de préserver :

  • populations locales ;
  • provenances diverses ;
  • semences ;
  • individus remarquables ;
  • ressources génétiques.

La diversité génétique constitue une assurance à très long terme.


27. Le rôle des semenciers

Les arbres adultes jouent un rôle essentiel dans la régénération.

Un peuplement pauvre en arbres capables de produire des graines peut devenir dépendant d’apports extérieurs.

Conserver certains arbres adultes peut donc avoir une fonction stratégique :

maintenir la capacité de renouvellement génétique du système.


28. Ne pas éliminer systématiquement les individus atypiques

Un arbre présentant :

  • une croissance différente ;
  • une architecture inhabituelle ;
  • une phénologie particulière ;
  • une résistance apparente à la sécheresse ;

peut représenter une ressource génétique potentielle.

Dans une perspective d’adaptation climatique, la diversité individuelle devient précieuse.

La forêt peut contenir aujourd’hui certains des individus qui permettront à la population de fonctionner demain.


29. La sélection naturelle et la sylviculture

La sylviculture peut accompagner certains processus de sélection.

Elle peut favoriser la conservation d’individus présentant des caractéristiques intéressantes.

Mais il faut éviter une sélection trop étroite.

Sélectionner uniquement :

croissance rapide

peut conduire à négliger :

  • résistance à la sécheresse ;
  • résistance mécanique ;
  • santé ;
  • longévité ;
  • reproduction ;
  • diversité génétique.

La sélection doit donc être multidimensionnelle.


30. Le risque du remplacement brutal

Lorsque certaines essences deviennent vulnérables, la tentation peut être de les remplacer rapidement par une essence considérée comme plus résistante.

Cette stratégie peut parfois être pertinente.

Mais elle comporte des risques :

  • mauvaise adaptation au sol ;
  • nouveau ravageur ;
  • nouvelle maladie ;
  • consommation d’eau différente ;
  • comportement incendie différent ;
  • perte de biodiversité ;
  • perte de diversité génétique.

L’adaptation doit donc être expérimentée avant d’être généralisée lorsque les incertitudes sont importantes.


31. Les parcelles expérimentales

La forêt peut devenir un laboratoire territorial.

On peut comparer :

  • essence A ;
  • essence B ;
  • mélange A+B ;
  • mélange A+B+C ;
  • différentes densités ;
  • différentes provenances ;
  • différents régimes de gestion.

On mesure ensuite :

  • croissance ;
  • mortalité ;
  • humidité du sol ;
  • santé ;
  • biodiversité ;
  • régénération ;
  • consommation d’eau ;
  • résistance aux événements extrêmes.

32. Tester avant de généraliser

La logique Omakëya™ est simple :

Une hypothèse forestière doit être testée dans le réel avant de devenir une doctrine territoriale.

Cela permet de conserver une capacité d’apprentissage.

Le territoire devient progressivement son propre laboratoire d’adaptation.


33. Le suivi permanent

La sylviculture adaptative nécessite des données.

On peut suivre :

Sol

  • humidité ;
  • température ;
  • structure ;
  • matière organique.

Arbres

  • croissance ;
  • diamètre ;
  • hauteur ;
  • état des houppiers ;
  • mortalité.

Climat

  • température ;
  • précipitations ;
  • vent ;
  • humidité ;
  • rayonnement.

Biodiversité

  • oiseaux ;
  • insectes ;
  • végétation ;
  • champignons ;
  • habitats.

Risques

  • sécheresse ;
  • ravageurs ;
  • incendie ;
  • tempêtes.

34. La télédétection forestière

Les satellites et drones permettent d’observer l’évolution des peuplements.

On peut notamment suivre :

  • changements de couverture ;
  • mortalité ;
  • évolution de la canopée ;
  • perturbations ;
  • fragmentation ;
  • régénération.

Le LiDAR peut également contribuer à analyser la structure tridimensionnelle des peuplements.

Le territoire peut progressivement passer d’une cartographie statique à une cartographie dynamique.


35. Le jumeau numérique forestier

Toutes ces données peuvent être intégrées dans un modèle spatial.

Le jumeau numérique peut représenter :

  • terrain ;
  • sols ;
  • eau ;
  • peuplements ;
  • essences ;
  • âges ;
  • densités ;
  • corridors ;
  • risques.

Il peut ensuite permettre de tester différents scénarios.


36. Simuler la forêt de 2050

On peut imaginer plusieurs trajectoires :

Scénario 1

Climat modérément plus chaud.

Scénario 2

Sécheresses plus fréquentes.

Scénario 3

Sécheresses + ravageurs.

Scénario 4

Sécheresses + incendies.

Scénario 5

Transformation progressive des communautés forestières.

L’objectif n’est pas de prédire parfaitement l’avenir.

Il est de découvrir les stratégies qui restent robustes dans plusieurs futurs plausibles.


37. Une forêt qui fonctionne en mode dégradé

La véritable résilience apparaît lors des perturbations.

Une forêt diversifiée peut perdre :

  • une espèce ;
  • une partie de sa canopée ;
  • certains arbres adultes ;

sans perdre nécessairement toutes ses fonctions.

Les autres composantes peuvent continuer à assurer certaines fonctions.

C’est le principe de continuité fonctionnelle malgré la perturbation.


38. La récupération devient un indicateur

La résilience peut être évaluée non seulement par l’état avant perturbation, mais également par la vitesse et la qualité de récupération.

On peut observer :

[
Résilience \approx f(\text{amplitude du choc},\text{perte de fonction},\text{temps de récupération})
]

Cette relation est conceptuelle.

Elle permet cependant de changer de regard :

une forêt résiliente n’est pas une forêt qui ne subit jamais de perturbation.

C’est une forêt qui récupère, s’adapte ou se transforme sans perdre durablement ses fonctions essentielles.


39. L’importance de la diversité des trajectoires

Deux parties d’une même forêt peuvent évoluer différemment.

L’une peut rester dominée par une essence historique.

Une autre peut évoluer vers un mélange différent.

Une troisième peut devenir plus ouverte.

Une quatrième peut être remplacée progressivement après une perturbation.

Cette diversité des trajectoires constitue une forme de résilience territoriale.


40. Une sylviculture à plusieurs horizons

La forêt doit être gérée simultanément à plusieurs échelles de temps.

1–5 ans

Observer et corriger.

5–20 ans

Accompagner la structure.

20–50 ans

Préparer le renouvellement.

50–100 ans

Anticiper les changements de composition.

100 ans et plus

Préserver les capacités d’évolution.

Cette vision transforme profondément la notion de gestion forestière.


41. Ne pas confondre stabilité et résilience

Une forêt très stable peut être vulnérable.

Une forêt qui change continuellement peut être résiliente.

La stabilité cherche à conserver.

La résilience cherche à conserver les fonctions essentielles à travers le changement.

La distinction est fondamentale.


42. De la forêt conservée à la forêt adaptative

La gestion traditionnelle peut poser la question :

Comment conserver cette forêt ?

La sylviculture adaptative pose une question légèrement différente :

Comment maintenir les fonctions de cette forêt alors que les conditions environnementales changent ?

Cela peut conduire à conserver certaines composantes.

À en laisser disparaître d’autres.

À introduire progressivement de nouvelles provenances.

À favoriser certaines régénérations.

À créer des mosaïques.

À modifier les densités.

À préserver des refuges.


43. Une nouvelle architecture forestière

Une forêt résiliente peut donc combiner :

diversité spécifique

diversité génétique

diversité d’âge

diversité verticale

diversité spatiale

connectivité

régénération naturelle

gestion adaptative.

Cette architecture produit plusieurs chemins possibles pour l’avenir.


44. La matrice Omakëya™ de diversification

DimensionStratégieFonctionIndicateur
Espècesmélangeréduire certains risquesdiversité spécifique
Génétiqueprovenances diversesadaptationdiversité génétique
Âgestructure irrégulièrerenouvellementclasses d’âge
Espacemosaïquelimiter certaines propagationsfragmentation fonctionnelle
Verticalplusieurs strateshabitatsstructure verticale
Tempsrégénération continueadaptationrecrutement
Hydrologiesols fonctionnelsréserve d’eauhumidité
Connectivitécorridorsdéplacementconnectivité
Gestionsylviculture adaptativeajustementévolution des pratiques
Informationcapteurs/SIGanticipationqualité des données

45. La stratégie forestière en boucle

La Vision Omakëya™ peut résumer la sylviculture adaptative par une boucle :

OBSERVE

MESURE

COMPRENDS

DIVERSIFIE

LAISSE RÉGÉNÉRER

ACCOMPAGNE

EXPÉRIMENTE

MESURE

SÉLECTIONNE

ADAPTE

RECOMMENCE

La forêt devient ainsi un système capable d’apprentissage écologique.


46. Ce que la sylviculture adaptative ne signifie pas

Elle ne signifie pas :

  • couper davantage par principe ;
  • planter davantage par principe ;
  • laisser tout faire ;
  • remplacer toutes les essences historiques ;
  • introduire systématiquement des espèces méridionales ;
  • rechercher la diversité maximale ;
  • supprimer tous les arbres malades ;
  • maintenir artificiellement chaque individu.

Elle signifie :

prendre des décisions réversibles ou ajustables autant que possible, observer leurs conséquences et modifier la stratégie lorsque les données montrent qu’une autre trajectoire devient préférable.


47. Une gestion fondée sur l’incertitude

Le climat futur n’est pas parfaitement connu.

Les modèles possèdent des incertitudes.

Les réactions biologiques possèdent également des incertitudes.

La stratégie la plus robuste consiste donc à éviter une dépendance excessive à une hypothèse unique.

C’est le principe du design sous incertitude.


48. Construire des options plutôt qu’une solution unique

Une forêt diversifiée possède plusieurs options :

  • plusieurs essences ;
  • plusieurs provenances ;
  • plusieurs classes d’âge ;
  • plusieurs structures ;
  • plusieurs zones de régénération ;
  • plusieurs corridors.

Certaines options échoueront.

D’autres fonctionneront mieux.

Le système conservera alors une capacité de réorientation.


49. La forêt comme système évolutif

La forêt du futur ne doit donc pas être dessinée une seule fois.

Elle doit être pensée comme un système évolutif.

Le plan initial n’est que :

l’état 0.

Puis viennent :

état 1 → état 2 → état 3 → état 4…

Chaque état est évalué à partir :

  • du climat observé ;
  • du fonctionnement du sol ;
  • de la santé des arbres ;
  • de la régénération ;
  • de la biodiversité ;
  • des usages ;
  • des risques.

50. Vers une nouvelle sylviculture

La sylviculture du climat futur ne sera probablement pas uniquement une science de production du bois.

Elle deviendra également une science :

  • de la gestion du risque ;
  • de l’eau ;
  • de la biodiversité ;
  • de la génétique ;
  • de la régénération ;
  • du paysage ;
  • du feu ;
  • du carbone ;
  • de l’adaptation.

Elle devra apprendre à gérer non seulement des peuplements, mais des trajectoires écologiques.


Ne pas fabriquer la forêt du futur, lui donner plusieurs futurs possibles

La diversité forestière n’est pas une fin esthétique.

Elle est une stratégie de robustesse.

Mélanger les essences permet de diversifier certaines réponses.

Préserver la diversité génétique permet de conserver un potentiel d’adaptation.

Favoriser la régénération naturelle permet au système de renouveler une partie de ses populations dans les conditions locales.

Maintenir plusieurs classes d’âge crée plusieurs générations simultanément.

Construire des mosaïques crée plusieurs microclimats et plusieurs trajectoires.

Connecter les massifs permet aux espèces de circuler.

Et pratiquer une sylviculture adaptative permet de modifier progressivement les décisions lorsque les observations changent.

Mais aucune de ces solutions n’est magique.

Une forêt diversifiée peut subir une sécheresse.

Une forêt naturelle peut dépérir.

Une forêt mélangée peut être touchée par un ravageur.

Une forêt bien gérée peut brûler.

La résilience ne signifie pas l’absence de perturbation.

Elle signifie la capacité à absorber, récupérer, évoluer et continuer à fonctionner.

Le véritable objectif devient alors :

Ne pas chercher à fabriquer aujourd’hui la forêt exacte de 2100. Construire une forêt capable de trouver progressivement sa trajectoire vers 2100.

C’est une différence fondamentale.

Nous ne concevons plus uniquement une forêt.

Nous concevons sa capacité d’évolution.


Principe Omakëya™

Ne cherchez pas la forêt parfaite. Construisez une forêt qui possède plusieurs futurs possibles.

Une forêt résiliente est une forêt dans laquelle :

  • plusieurs espèces peuvent répondre au changement ;
  • plusieurs populations peuvent porter une diversité génétique ;
  • plusieurs générations peuvent se succéder ;
  • plusieurs structures peuvent coexister ;
  • plusieurs habitats peuvent persister ;
  • plusieurs chemins de régénération restent ouverts ;
  • plusieurs stratégies peuvent être expérimentées.

La meilleure forêt pour le climat futur n’est donc pas nécessairement celle que nous pouvons dessiner aujourd’hui avec le plus de précision.

C’est celle qui possède la plus grande capacité raisonnable à continuer d’évoluer lorsque notre scénario climatique se révélera différent de nos prévisions.


Perspective 2050–2100

À l’horizon 2050–2100, certaines forêts françaises et européennes pourraient présenter des compositions sensiblement différentes de celles d’aujourd’hui.

La question ne sera pas seulement de savoir quelles espèces planter.

Elle sera de savoir :

quelles populations conserver, quelles régénérations favoriser, quelles structures maintenir, quelles zones connecter, quelles expérimentations conduire et à quel moment modifier la trajectoire.

Le gestionnaire forestier deviendra progressivement un observateur, expérimentateur et accompagnateur de trajectoires écologiques.

Le territoire lui-même deviendra un laboratoire.

Les forêts pourront alors évoluer progressivement plutôt que subir brutalement le changement.


Transition — De la diversité forestière à l’adaptation génétique

La régénération naturelle nous conduit naturellement à une question encore plus profonde :

où se trouve, dans une forêt, le potentiel biologique permettant l’adaptation au climat futur ?

Il se trouve en partie dans la diversité génétique des populations.

Dans les graines.

Dans les provenances.

Dans les individus qui résistent mieux aux sécheresses.

Dans les arbres qui conservent leur croissance lorsque leurs voisins dépérissent.

Dans les populations vivant déjà à la limite chaude ou sèche de leur aire.

Dans les échanges génétiques entre populations.

Dans la capacité à sélectionner, multiplier et tester ces ressources.

La forêt du futur ne dépendra donc pas seulement de la diversité des espèces.

Elle dépendra aussi de notre capacité à préserver, observer, sélectionner et multiplier la diversité génétique qui permettra aux arbres de continuer à évoluer.

C’est ici que la sylviculture rejoint directement la biologie de l’adaptation.

Et que commence un nouveau chantier de la Vision Omakëya™ :

Semences, provenances, sélection et adaptation génétique des arbres au terroir et au climat futur.