AGROCLIMATOLOGIE : LES PRINCIPES D’UN TERRITOIRE RÉSILIENT

LES PRINCIPES D’UN TERRITOIRE RÉSILIENT

Diversité — Redondance — Autonomie — Adaptation — Sobriété — Coopération — Régénération

Un territoire résilient ne repose pas sur une infrastructure unique, une ressource unique, une technologie unique ou une organisation unique.

Il repose sur un ensemble de fonctions capables de continuer à fonctionner malgré les perturbations, de se réorganiser lorsque les conditions changent et, lorsque cela est possible, d’améliorer progressivement leur capacité de fonctionnement.

Cette distinction est fondamentale.

Un territoire peut être extrêmement performant dans des conditions normales et pourtant très vulnérable dès qu’une sécheresse exceptionnelle, une canicule prolongée, une inondation, un incendie, une rupture énergétique, une crise alimentaire ou une perturbation logistique survient.

La résilience ne consiste donc pas simplement à rendre un système plus performant.

Elle consiste à lui donner :

  • plusieurs ressources ;
  • plusieurs solutions ;
  • plusieurs chemins ;
  • plusieurs échelles de fonctionnement ;
  • plusieurs temporalités ;
  • des capacités de stockage ;
  • des capacités de réparation ;
  • des capacités d’apprentissage ;
  • et surtout la possibilité de changer sans perdre ses fonctions essentielles.

Les sept principes présentés dans ce chapitre constituent ainsi une grille de conception territoriale :

Diversifier → redonder → autonomiser → adapter → réduire → coopérer → régénérer.

Ils ne doivent cependant pas être considérés comme sept cases indépendantes.

Ils forment un système.

La diversité facilite la redondance.

La redondance augmente la robustesse.

L’autonomie réduit certaines dépendances.

La sobriété diminue les besoins.

La coopération permet de mutualiser les ressources.

L’adaptation permet d’évoluer.

La régénération augmente progressivement les capacités du territoire.

La résilience apparaît précisément dans les interactions entre ces principes.


1. La diversité

1.1. La diversité comme assurance territoriale

La première propriété d’un système résilient est sa diversité.

Un territoire diversifié ne dépend pas d’une seule espèce, d’une seule culture, d’une seule source d’eau, d’une seule source d’énergie, d’un seul type de sol, d’un seul mode de transport ou d’un seul modèle économique.

Il possède plusieurs possibilités.

Cette diversité constitue une forme d’assurance.

Si une ressource disparaît, une autre peut partiellement prendre le relais.

Si une espèce est touchée par une maladie, d’autres peuvent continuer à assurer certaines fonctions.

Si une culture échoue, d’autres productions peuvent subsister.

Si une route est coupée, une autre circulation peut parfois être utilisée.

Si une source énergétique devient indisponible, d’autres peuvent prendre une partie de la charge.

La diversité ne garantit pas l’absence de crise.

Elle réduit la probabilité qu’une perturbation unique provoque une défaillance générale.


1.2. Diversité biologique

À l’échelle territoriale, la diversité biologique concerne notamment :

  • les espèces végétales ;
  • les variétés cultivées ;
  • les races domestiques ;
  • les pollinisateurs ;
  • les auxiliaires ;
  • les prédateurs ;
  • les décomposeurs ;
  • les champignons ;
  • les microorganismes ;
  • les habitats ;
  • les milieux aquatiques ;
  • les forêts ;
  • les prairies ;
  • les haies ;
  • les zones humides ;
  • les sols.

Mais la diversité ne se résume pas au nombre d’espèces.

Il faut également considérer la diversité fonctionnelle.

Deux espèces différentes peuvent remplir une fonction similaire.

À l’inverse, une seule espèce peut remplir plusieurs fonctions.

Un arbre peut par exemple :

  • produire des fruits ;
  • fournir de l’ombre ;
  • ralentir le vent ;
  • intercepter les précipitations ;
  • stocker du carbone ;
  • fournir du bois ;
  • produire de la biomasse ;
  • héberger des organismes ;
  • stabiliser le sol ;
  • modifier le microclimat.

La diversité territoriale doit donc être analysée en termes d’espèces, mais également de fonctions.


1.3. Diversité des paysages

Un territoire uniforme est souvent plus vulnérable qu’une mosaïque de milieux complémentaires.

On peut trouver dans une même région :

  • des forêts ;
  • des bosquets ;
  • des haies ;
  • des prairies ;
  • des cultures ;
  • des vergers ;
  • des zones humides ;
  • des mares ;
  • des rivières ;
  • des zones urbaines ;
  • des villages ;
  • des jardins ;
  • des friches ;
  • des corridors écologiques.

Cette mosaïque crée des différences de température, d’humidité, de structure végétale, de ressources alimentaires et d’habitats.

Elle constitue une véritable infrastructure territoriale de diversité.


1.4. Diversité des ressources

La diversité concerne également les ressources.

Un territoire résilient cherchera autant que possible à diversifier :

Eau

  • pluie ;
  • sols ;
  • nappes ;
  • sources ;
  • rivières ;
  • retenues ;
  • mares ;
  • réutilisation ;
  • stockage.

Énergie

  • solaire ;
  • biomasse ;
  • éolien ;
  • hydraulique ;
  • chaleur ;
  • récupération ;
  • réseau ;
  • stockage.

Alimentation

  • maraîchage ;
  • arboriculture ;
  • élevage ;
  • céréales ;
  • légumineuses ;
  • plantes vivaces ;
  • productions sauvages ;
  • stockage.

Matériaux

  • bois ;
  • pierre ;
  • terre ;
  • fibres végétales ;
  • matériaux réemployés ;
  • ressources locales.

La diversité réduit ainsi les dépendances critiques.


2. La redondance

La diversité ne suffit pas.

Encore faut-il que plusieurs éléments soient capables d’assurer une même fonction.

C’est le principe de redondance.

2.1. Plusieurs chemins pour une même fonction

Dans un système résilient, une fonction importante ne devrait pas nécessairement dépendre d’un seul élément.

Pour l’eau, par exemple :

pluie → sol → mare → réservoir → réseau → source secondaire

Pour l’énergie :

solaire → stockage → réseau → biomasse → secours

Pour la circulation :

route → chemin → piste → transport collectif → réseau secondaire

Pour la biodiversité :

habitat principal → habitat secondaire → corridor → refuge → zone relais.

La redondance permet au système de fonctionner même lorsqu’un élément devient indisponible.


2.2. Redondance ne signifie pas duplication inutile

Il ne s’agit pas de construire deux fois la même infrastructure partout.

Une redondance intelligente cherche à créer des solutions complémentaires.

Une mare, un sol infiltrant et une citerne ne font pas exactement la même chose.

Ils peuvent néanmoins contribuer ensemble à la sécurité hydrique.

De même :

  • un arbre ;
  • une haie ;
  • une forêt ;
  • une pergola ;
  • une toiture végétalisée

ne produisent pas exactement le même microclimat.

Ils constituent cependant différents niveaux d’une stratégie thermique territoriale.

La bonne redondance est donc souvent fonctionnelle plutôt que matérielle.


2.3. Redondance et modes dégradés

La véritable question est :

Que se passe-t-il lorsque l’élément principal ne fonctionne plus ?

Un territoire résilient doit pouvoir fonctionner en mode dégradé.

Par exemple :

  • moins d’eau disponible ;
  • moins d’électricité ;
  • moins de mobilité ;
  • moins de production agricole ;
  • moins de personnel ;
  • moins de capacité numérique.

L’objectif n’est pas nécessairement de conserver 100 % du service.

Il peut être plus réaliste de conserver les fonctions essentielles.

On passe ainsi d’une logique :

fonctionnement normal / panne totale

à une logique :

fonctionnement normal → fonctionnement réduit → fonctionnement critique → récupération → retour progressif.


3. L’autonomie

3.1. Autonomie ne signifie pas autarcie

Un territoire totalement autonome est rarement réaliste.

Un territoire échange constamment avec son environnement.

Il importe :

  • des matériaux ;
  • des technologies ;
  • des connaissances ;
  • certaines énergies ;
  • certaines denrées ;
  • des équipements ;
  • des services.

L’objectif est donc plutôt de développer une autonomie fonctionnelle.

C’est-à-dire être capable d’assurer localement les fonctions stratégiques essentielles.


3.2. Autonomie hydrique

Elle consiste notamment à :

  • ralentir l’eau ;
  • infiltrer ;
  • stocker ;
  • réutiliser ;
  • protéger les sols ;
  • réduire les pertes ;
  • diversifier les sources ;
  • préserver les réserves stratégiques.

Le territoire devient alors moins dépendant d’une alimentation extérieure permanente.


3.3. Autonomie énergétique

Elle repose d’abord sur la réduction des besoins.

Puis :

  • production locale ;
  • stockage ;
  • mutualisation ;
  • pilotage ;
  • récupération ;
  • fonctionnement dégradé ;
  • solutions de secours.

La production énergétique n’est donc qu’une partie de l’autonomie.

La sobriété en est la première étape.


3.4. Autonomie alimentaire

Elle implique :

  • production locale ;
  • diversité des cultures ;
  • diversité génétique ;
  • semences ;
  • stockage ;
  • transformation ;
  • conservation ;
  • élevages adaptés ;
  • fertilité des sols.

L’autonomie alimentaire est particulièrement liée à la capacité du territoire à conserver ses fonctions biologiques de production.


3.5. Autonomie biologique

Un territoire autonome biologiquement possède une partie des organismes et des habitats nécessaires pour assurer :

  • pollinisation ;
  • décomposition ;
  • fertilité ;
  • régulation biologique ;
  • dispersion des graines ;
  • reproduction ;
  • renouvellement des populations.

Il ne dépend donc pas uniquement d’interventions artificielles pour maintenir ses fonctions écologiques.


4. L’adaptation

La résilience implique nécessairement le changement.

Un système incapable d’évoluer finit par devenir inadapté.

4.1. Adapter plutôt que figer

Le climat de 2100 ne sera pas nécessairement celui auquel les infrastructures ont été conçues.

Les températures changent.

Les régimes de précipitations changent.

Les périodes de sécheresse changent.

Les espèces se déplacent.

Les besoins énergétiques évoluent.

Les usages sociaux changent.

Les risques changent.

Un territoire conçu comme une photographie risque donc de devenir obsolète.

Il faut le concevoir comme une trajectoire.


4.2. Adaptation spatiale

L’adaptation peut consister à déplacer certaines fonctions.

Une culture peut être déplacée vers :

  • une zone plus fraîche ;
  • une exposition différente ;
  • un sol plus profond ;
  • une zone mieux alimentée en eau.

Une habitation peut être protégée par :

  • une nouvelle canopée ;
  • une haie ;
  • un système de ventilation ;
  • une infrastructure ombragée.

Une zone humide peut être restaurée lorsque le fonctionnement hydrologique change.

Le territoire doit pouvoir réorganiser ses fonctions dans l’espace.


4.3. Adaptation temporelle

La conception doit également fonctionner dans le temps.

Il faut distinguer :

  • aujourd’hui ;
  • 2030 ;
  • 2050 ;
  • 2080 ;

Une plantation peut être adaptée aujourd’hui mais devenir trop consommatrice d’eau dans plusieurs décennies.

Un arbre peut être bénéfique à cinq ans et créer trop d’ombre à trente ans.

Une infrastructure peut être suffisante aujourd’hui mais sous-dimensionnée dans un climat futur.

L’adaptation exige donc une conception évolutive.


4.4. Apprentissage

Un territoire résilient doit apprendre.

Il faut :

observer → mesurer → comparer → comprendre → modifier → mesurer à nouveau.

La résilience devient alors un processus d’apprentissage collectif.


5. La sobriété

5.1. Réduire avant de produire

La sobriété est probablement l’un des principes les plus puissants et les moins spectaculaires.

Avant de produire davantage :

peut-on avoir besoin de moins ?

Avant d’irriguer davantage :

peut-on réduire l’évaporation ?

Avant de climatiser :

peut-on créer de l’ombre ?

Avant de pomper :

peut-on utiliser la gravité ?

Avant de construire :

peut-on réutiliser l’existant ?

Avant d’importer :

peut-on produire ou récupérer localement ?

La sobriété transforme le problème.


5.2. Sobriété énergétique

Elle peut combiner :

  • orientation bioclimatique ;
  • isolation ;
  • inertie ;
  • ombrage ;
  • ventilation naturelle ;
  • réduction des transports ;
  • récupération de chaleur ;
  • optimisation des pompages ;
  • stockage ;
  • pilotage.

5.3. Sobriété hydrique

Elle repose sur :

  • sol vivant ;
  • couverture du sol ;
  • réduction des surfaces imperméables ;
  • plantes adaptées ;
  • irrigation ciblée ;
  • récupération des pluies ;
  • stockage ;
  • réutilisation ;
  • réduction des pertes.

Il ne s’agit pas seulement de disposer de plus d’eau.

Il s’agit de faire davantage avec chaque unité d’eau disponible.


5.4. Sobriété matérielle

La meilleure matière est parfois celle que l’on ne doit pas produire.

La hiérarchie devient :

éviter → réduire → réparer → réemployer → transformer → recycler → produire neuf.

Cette logique diminue les flux entrants et les dépendances extérieures.


6. La coopération

Aucun territoire ne fonctionne seul.

6.1. Coopération entre organismes

Dans un écosystème :

  • plantes ;
  • champignons ;
  • bactéries ;
  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • mammifères ;
  • décomposeurs

sont reliés par de multiples interactions.

La résilience biologique vient en partie de ces réseaux.


6.2. Coopération entre territoires

Une commune peut disposer :

  • d’eau ;
  • d’espaces naturels ;
  • d’énergie ;
  • de terres agricoles.

Une commune voisine peut disposer :

  • d’infrastructures ;
  • de stockage ;
  • de services ;
  • de production alimentaire ;
  • de capacités de secours.

À l’échelle intercommunale, les ressources peuvent donc être mutualisées.

Le territoire pertinent devient alors souvent plus grand que la commune.


6.3. Coopération hydrologique

L’eau constitue l’un des meilleurs exemples.

Une commune située en amont peut influencer directement :

  • les débits ;
  • les crues ;
  • l’érosion ;
  • la recharge ;
  • la qualité de l’eau

d’une commune située en aval.

Le bassin versant impose donc une logique de solidarité :

ce qui est fait en amont modifie les conditions de l’aval.


6.4. Coopération écologique

Les espèces ne respectent pas les limites administratives.

Les corridors traversent :

  • communes ;
  • exploitations ;
  • routes ;
  • zones urbaines ;
  • forêts ;
  • rivières.

La continuité écologique nécessite donc une coopération territoriale.


6.5. Coopération humaine

La résilience est également sociale.

Elle dépend :

  • des agriculteurs ;
  • des habitants ;
  • des collectivités ;
  • des entreprises ;
  • des associations ;
  • des scientifiques ;
  • des gestionnaires ;
  • des services de secours ;
  • des propriétaires fonciers.

La connaissance du territoire doit devenir une connaissance partagée.


7. La régénération

La résilience ne doit pas seulement empêcher la dégradation.

Elle peut aussi améliorer progressivement le territoire.

C’est le principe de régénération.

7.1. Restaurer les fonctions

Régénérer signifie notamment :

  • restaurer les sols ;
  • restaurer les cycles de l’eau ;
  • reconnecter les habitats ;
  • restaurer les zones humides ;
  • augmenter la diversité végétale ;
  • reconstruire les stocks de matière organique ;
  • restaurer la fertilité ;
  • augmenter les capacités de stockage ;
  • reconstruire les corridors.

Le territoire retrouve progressivement des fonctions qu’il avait perdues.


7.2. Régénération des sols

Un sol vivant peut progressivement améliorer :

  • infiltration ;
  • stockage de carbone ;
  • structure ;
  • activité biologique ;
  • disponibilité de l’eau ;
  • résistance à l’érosion ;
  • capacité productive.

Le sol devient alors une infrastructure régénérative.

Contrairement à une infrastructure classique qui se dégrade généralement avec le temps sans entretien, certaines fonctions biologiques peuvent augmenter lorsqu’elles sont correctement gérées.


7.3. Régénération hydrologique

Une politique territoriale peut chercher à passer progressivement de :

évacuer rapidement l’eau

à :

ralentir → infiltrer → stocker → utiliser → restituer progressivement.

Les sols, haies, zones humides, mares, noues, forêts, prairies et bassins deviennent les éléments d’une infrastructure hydrologique distribuée.


7.4. Régénération écologique

Elle peut suivre une trajectoire :

habitat isolé → habitat restauré → corridor → réseau écologique → mosaïque fonctionnelle.

La biodiversité n’est alors plus considérée comme une conséquence secondaire de l’aménagement.

Elle devient un objectif d’ingénierie territoriale.


8. Les sept principes fonctionnent ensemble

Il serait dangereux de transformer ces principes en recettes indépendantes.

Ils forment une architecture.

PrincipeQuestion fondamentaleFonction
DiversitéAvons-nous plusieurs possibilités ?Réduire la dépendance à une solution unique
RedondancePlusieurs éléments peuvent-ils assurer une fonction ?Maintenir le fonctionnement en cas de défaillance
AutonomieQue pouvons-nous assurer localement ?Réduire les dépendances critiques
AdaptationLe système peut-il changer ?Répondre aux évolutions futures
SobriétéPeut-on avoir besoin de moins ?Réduire les flux et les consommations
CoopérationQui peut fonctionner avec qui ?Mutualiser et connecter
RégénérationLe territoire peut-il améliorer ses capacités ?Augmenter progressivement la résilience

La combinaison est plus importante que chaque principe pris isolément.


9. Une architecture générale de la résilience

On peut représenter le raisonnement territorial ainsi :

DIVERSITÉ

plusieurs ressources, espèces, paysages, productions

REDONDANCE

plusieurs éléments capables d’assurer les fonctions essentielles

AUTONOMIE

réduction des dépendances critiques

SOBRIÉTÉ

réduction des besoins et des flux

COOPÉRATION

mutualisation et connexions

ADAPTATION

évolution dans le temps

RÉGÉNÉRATION

augmentation progressive des capacités

RÉSILIENCE TERRITORIALE

Cette représentation n’est toutefois pas linéaire.

Il s’agit d’une boucle.

La régénération augmente la diversité.

La diversité augmente la redondance.

La redondance améliore l’autonomie.

La sobriété réduit les pressions.

La coopération facilite l’adaptation.

L’adaptation permet de poursuivre la régénération.

Le système devient ainsi auto-renforçant, sans être pour autant totalement autonome ou sans intervention humaine.


10. Résilience et stocks territoriaux

Un territoire résilient possède également des stocks.

Ils constituent des réserves permettant d’absorber les variations.

On peut distinguer :

  • stock d’eau ;
  • stock de carbone ;
  • stock de matière organique ;
  • stock de biomasse ;
  • stock de semences ;
  • stock alimentaire ;
  • stock énergétique ;
  • stock de matériaux ;
  • stock de biodiversité ;
  • stock de connaissances.

Ces stocks jouent le rôle de tampons.

Entre production et consommation :

le stockage découple le temps de production du temps d’utilisation.

Une citerne découple pluie et besoin.

Un sol vivant découple pluie et absorption racinaire.

Une forêt découple croissance et utilisation du bois.

Un stock alimentaire découple récolte et consommation.

Une batterie découple production électrique et demande.

Une banque de semences découple reproduction et saison agricole.


11. Résilience et flux

Les stocks ne suffisent cependant pas.

Il faut également organiser les flux.

Un territoire peut être représenté comme un réseau :

ENTRÉES → TRANSFORMATION → STOCKAGE → UTILISATION → RECYCLAGE → SORTIES

Les flux concernés sont notamment :

  • eau ;
  • énergie ;
  • carbone ;
  • azote ;
  • phosphore ;
  • matière organique ;
  • biomasse ;
  • alimentation ;
  • matériaux ;
  • biodiversité ;
  • population ;
  • information.

La résilience consiste alors à éviter qu’un seul flux critique soit indispensable au fonctionnement de tout le territoire.


12. Résilience et échelles

Les sept principes doivent être appliqués à plusieurs niveaux.

Parcelle

Diversité végétale, sol vivant, récupération d’eau, autonomie partielle.

Ferme

Diversification des productions, stockage, agroforesterie, autonomie énergétique et biologique.

Village

Mutualisation de l’eau, de l’énergie, des équipements et des espaces naturels.

Ville

Îlots de fraîcheur, sols perméables, végétation, mobilité, énergie locale, corridors.

Intercommunalité

Gestion coordonnée de l’eau, de l’alimentation, de l’énergie et des continuités écologiques.

Bassin versant

Gestion intégrée des eaux, des sols, des forêts, des zones humides et des risques.

Région

Diversification économique, agricole, énergétique et écologique.

La logique reste identique :

plusieurs ressources + plusieurs fonctions + plusieurs chemins + plusieurs échelles + capacité d’évolution.


13. Une matrice de résilience territoriale

Pour diagnostiquer un territoire, on peut attribuer à chaque principe un niveau de maturité.

PrincipeFaibleIntermédiaireÉlevé
Diversitésystème uniformediversité partiellemosaïque fonctionnelle
Redondancedépendance uniquesolutions secondairesfonctions multiples
Autonomiedépendance forteautonomie partiellefonctions stratégiques sécurisées
Adaptationsystème figéadaptation ponctuelleévolution planifiée
Sobriétéconsommation élevéeoptimisationbesoins structurellement réduits
Coopérationfonctionnement isolémutualisation ponctuelleréseau territorial
Régénérationdégradationrestaurationamélioration continue

Cette matrice permet de passer d’un discours général à un diagnostic opérationnel.


14. Les erreurs à éviter

14.1. Confondre diversité et accumulation

Plus d’éléments ne signifie pas nécessairement plus de résilience.

Une diversité mal organisée peut augmenter :

  • les besoins en eau ;
  • la maintenance ;
  • les conflits ;
  • les coûts ;
  • les risques.

La diversité doit être fonctionnelle.


14.2. Confondre autonomie et isolement

Un territoire complètement isolé peut être extrêmement vulnérable.

L’autonomie doit être combinée à la coopération.


14.3. Confondre redondance et gaspillage

Deux infrastructures identiques constamment inutilisées ne constituent pas nécessairement une bonne stratégie.

La redondance doit avoir une fonction identifiable.


14.4. Confondre adaptation et improvisation

Adapter ne signifie pas attendre la crise.

Une adaptation efficace est anticipée.


14.5. Confondre sobriété et privation

La sobriété consiste à réduire les besoins inutiles, pas à dégrader les fonctions essentielles.


14.6. Confondre régénération et retour au passé

Un territoire régénéré n’est pas nécessairement un territoire historique.

Il peut être un nouvel écosystème, adapté aux conditions futures.


15. Le principe central : préserver les fonctions

La question fondamentale d’un territoire résilient n’est finalement pas :

« Comment empêcher tout changement ? »

Mais :

« Quelles fonctions devons-nous absolument préserver, et comment permettre au territoire de les assurer de différentes manières lorsque les conditions changent ? »

Les fonctions essentielles peuvent être :

  • habiter ;
  • produire de la nourriture ;
  • disposer d’eau ;
  • produire et distribuer de l’énergie ;
  • circuler ;
  • maintenir la biodiversité ;
  • protéger les sols ;
  • évacuer ou ralentir les eaux ;
  • refroidir les espaces habités ;
  • stocker du carbone ;
  • assurer les échanges économiques ;
  • protéger les populations ;
  • maintenir les capacités sociales.

Les objets peuvent changer.

Les espèces peuvent changer.

Les infrastructures peuvent changer.

Les usages peuvent changer.

Mais les fonctions essentielles doivent pouvoir persister.


16. La conception Omakëya™ d’un territoire résilient

Dans la Vision Omakëya™, ces sept principes deviennent une grille de conception.

Avant chaque grande décision territoriale, on peut poser sept questions.

1. DIVERSITÉ

Avons-nous plusieurs solutions ?

2. REDONDANCE

Si cette solution échoue, quelle autre fonction peut prendre le relais ?

3. AUTONOMIE

Quelle dépendance critique pouvons-nous réduire ?

4. ADAPTATION

Comment cette solution évoluera-t-elle en 2030, 2050, 2080 et 2100 ?

5. SOBRIÉTÉ

Pouvons-nous atteindre le même objectif avec moins de ressources ?

6. COOPÉRATION

Avec quels autres espaces, organismes, acteurs ou territoires cette solution peut-elle fonctionner ?

7. RÉGÉNÉRATION

Cette intervention améliore-t-elle progressivement la capacité future du territoire ?

Si une proposition répond positivement à ces sept questions, elle possède généralement une forte cohérence avec une stratégie territoriale résiliente.


17. Vers une nouvelle définition de la performance

Pendant longtemps, l’aménagement a privilégié des indicateurs tels que :

  • rendement ;
  • vitesse ;
  • coût immédiat ;
  • surface construite ;
  • productivité ;
  • débit ;
  • capacité ;
  • consommation.

Ces indicateurs restent utiles.

Mais ils sont insuffisants.

Il faut leur ajouter :

  • diversité ;
  • redondance ;
  • autonomie ;
  • capacité d’adaptation ;
  • sobriété ;
  • coopération ;
  • régénération ;
  • capacité de récupération après crise ;
  • capacité de fonctionnement en mode dégradé ;
  • réversibilité ;
  • durée de vie ;
  • capacité d’apprentissage.

La performance territoriale devient alors multidimensionnelle.

Un territoire performant n’est plus seulement celui qui produit beaucoup lorsqu’il fait beau et que les réseaux fonctionnent.

C’est celui qui continue à fonctionner lorsque les conditions deviennent défavorables.


18. Le territoire comme système apprenant

Cette conception conduit naturellement à une nouvelle étape.

Un territoire résilient ne peut pas être entièrement conçu une fois pour toutes.

Il doit :

OBSERVEr

MESURER

ANALYSER

DÉCIDER

AGIR

ÉVALUER

CORRIGER

APPRENDRE

Puis recommencer.

Les capteurs, les données climatiques, les observations écologiques, les cartes hydrologiques, les images satellites, les modèles numériques et l’intelligence artificielle peuvent renforcer cette boucle.

Mais ils ne remplacent pas le territoire réel.

Le modèle doit toujours être confronté au terrain.


19. Les sept principes comme système de décision

On peut finalement résumer la méthode par une chaîne simple :

Diversifier ce qui est vulnérable.
Redonder ce qui est critique.
Autonomiser ce qui dépend trop de l’extérieur.
Adapter ce qui doit évoluer.
Sobriétiser ce qui consomme trop.
Coopérer lorsque l’échelle locale ne suffit pas.
Régénérer ce qui peut augmenter les capacités futures.

Cette logique transforme profondément la conception territoriale.

On ne cherche plus simplement à construire des infrastructures.

On cherche à construire des capacités.

Capacité à stocker.

Capacité à infiltrer.

Capacité à produire.

Capacité à refroidir.

Capacité à se déplacer.

Capacité à nourrir.

Capacité à accueillir la biodiversité.

Capacité à absorber les chocs.

Capacité à apprendre.

Capacité à changer.

Capacité à se régénérer.


Concevoir un territoire qui puisse encore fonctionner demain

La résilience territoriale ne repose donc pas sur une technologie miracle.

Elle ne dépend pas d’une infrastructure unique.

Elle ne consiste pas non plus à revenir à un modèle ancien.

Elle consiste à construire progressivement un territoire possédant davantage de possibilités que de dépendances.

La diversité lui donne plusieurs ressources.

La redondance lui donne plusieurs solutions.

L’autonomie réduit ses vulnérabilités.

La sobriété réduit ses besoins.

La coopération augmente son échelle d’action.

L’adaptation lui permet de changer.

La régénération augmente ses capacités futures.

Ces sept principes constituent ainsi une véritable architecture de résilience.

Ils permettent de passer d’une logique de protection ponctuelle à une logique beaucoup plus ambitieuse :

concevoir un territoire capable de continuer à fonctionner, d’apprendre, de se transformer et de régénérer ses propres capacités au cours du temps.

Dans la Vision Omakëya™, le territoire résilient n’est donc pas un territoire fermé.

C’est un territoire ouvert, diversifié, connecté, sobre, redondant, coopératif et évolutif.

Il échange avec les territoires voisins.

Il utilise les cycles naturels.

Il s’appuie sur les sols, l’eau, la végétation, les reliefs et les organismes vivants.

Il utilise les infrastructures techniques lorsqu’elles sont pertinentes.

Il réduit progressivement les dépendances inutiles.

Et surtout, il ne cherche pas seulement à survivre à la crise suivante.

Il cherche à faire en sorte que chaque génération laisse au territoire davantage de capacités qu’elle n’en a reçues.

C’est à ce moment que la résilience devient régénérative.

Et c’est précisément ce changement de perspective qui permet de passer du simple territoire adapté au véritable territoire résilient et vivant.