
DIAGNOSTIC CLIMATIQUE TERRITORIAL
Températures — Précipitations — Sécheresses — Vents — Rayonnement — Canicules — Risques futurs
Un territoire ne possède jamais un climat parfaitement uniforme.
Même à l’intérieur d’une même commune, les conditions climatiques peuvent varier fortement selon :
- l’altitude ;
- le relief ;
- l’orientation des versants ;
- la proximité de l’eau ;
- la végétation ;
- la nature des sols ;
- l’artificialisation ;
- la densité bâtie ;
- l’exposition au vent ;
- les surfaces minérales ;
- la présence de forêts ou de zones humides ;
- la position dans une vallée ou sur une crête.
À l’échelle régionale, ces différences deviennent encore plus importantes.
Un territoire peut ainsi posséder simultanément :
- des secteurs chauds et exposés ;
- des zones fraîches ;
- des fonds de vallée soumis aux inversions thermiques ;
- des versants secs ;
- des secteurs humides ;
- des zones fortement ventilées ;
- des espaces protégés du vent ;
- des îlots de chaleur urbains ;
- des zones agricoles très exposées au rayonnement ;
- des forêts jouant un rôle de tampon climatique.
Le diagnostic climatique territorial consiste donc à passer d’une simple donnée météorologique à une cartographie des conditions climatiques réellement rencontrées par les habitants, les cultures, les infrastructures et les écosystèmes.
L’objectif n’est pas uniquement de connaître le climat actuel.
Il faut également comprendre :
où le climat agit, comment il agit, quand il devient contraignant, quelles fonctions il menace et comment ces contraintes pourraient évoluer au cours du XXIᵉ siècle.
1. Le climat comme infrastructure territoriale
Le climat est généralement considéré comme une donnée extérieure.
Pour l’ingénierie territoriale, il doit être considéré comme une condition de fonctionnement du système.
Le climat fournit :
- de l’énergie solaire ;
- de l’eau ;
- du froid ;
- de la chaleur ;
- du vent ;
- de l’humidité ;
- des cycles saisonniers.
Mais il impose également :
- des sécheresses ;
- des gelées ;
- des canicules ;
- des pluies intenses ;
- des tempêtes ;
- des vents desséchants ;
- des périodes de déficit hydrique.
Le territoire doit donc être conçu en fonction de ces flux.
Une même température peut être :
- favorable à une culture ;
- dangereuse pour une autre ;
- confortable pour un bâtiment ;
- critique pour une personne vulnérable ;
- bénéfique pour certaines espèces ;
- stressante pour un écosystème.
Le diagnostic climatique doit donc toujours être relié aux fonctions territoriales.
2. Les températures
2.1. Ne pas se limiter à la température moyenne
La température moyenne annuelle est une information utile, mais elle est insuffisante pour concevoir un territoire.
Il faut analyser au minimum :
- température moyenne ;
- température maximale ;
- température minimale ;
- amplitude journalière ;
- amplitude saisonnière ;
- nombre de jours chauds ;
- nombre de jours froids ;
- durée des épisodes chauds ;
- durée des épisodes froids ;
- fréquence des gelées ;
- température nocturne ;
- température du sol.
Deux territoires ayant une moyenne annuelle similaire peuvent présenter des conditions extrêmement différentes.
2.2. Les températures maximales
Les températures maximales permettent notamment d’évaluer :
- le stress thermique des plantes ;
- la surchauffe des bâtiments ;
- le risque pour les populations ;
- l’évaporation ;
- la consommation d’eau ;
- la température des sols ;
- la température des surfaces minérales ;
- les risques d’incendie.
Une température de l’air élevée devient particulièrement problématique lorsqu’elle est associée à :
- un rayonnement solaire important ;
- une faible humidité ;
- un vent desséchant ;
- une faible disponibilité en eau ;
- des nuits qui restent chaudes.
3. Les températures minimales et les gelées
Les températures nocturnes sont particulièrement importantes.
Dans certains territoires, les minima peuvent être fortement influencés par la topographie.
L’air froid, plus dense, peut s’écouler vers les parties basses du relief.
Il peut alors se former des poches de froid.
On peut observer :
versant → écoulement d’air froid → accumulation dans le fond de vallée.
Ce phénomène peut produire des différences importantes entre deux parcelles relativement proches.
3.1. Cartographier le risque de gel
Le diagnostic doit intégrer :
- altitude ;
- pente ;
- exposition ;
- topographie ;
- végétation ;
- présence d’obstacles ;
- circulation de l’air froid ;
- humidité ;
- dates historiques de gel ;
- durée des épisodes ;
- fréquence.
Cette cartographie est particulièrement importante pour :
- vergers ;
- vignobles ;
- maraîchage ;
- pépinières ;
- jeunes plantations ;
- bâtiments ;
- infrastructures sensibles.
Le même territoire peut donc présenter simultanément des secteurs favorables aux cultures précoces et des secteurs à risque de gel tardif.
4. Les précipitations
4.1. Quantité et distribution
La quantité annuelle de pluie ne suffit pas.
Il faut également connaître :
- la distribution saisonnière ;
- le nombre de jours de pluie ;
- la durée des périodes sèches ;
- l’intensité des précipitations ;
- les pluies maximales sur différentes durées ;
- la neige lorsque celle-ci est pertinente ;
- les événements extrêmes.
Une région recevant 700 mm/an peut connaître une forte sécheresse agricole si une grande partie de ces précipitations tombe pendant une période où les besoins des cultures sont faibles.
Inversement, des pluies relativement abondantes peuvent être peu utiles si elles sont extrêmement concentrées et produisent surtout du ruissellement.
5. Intensité des pluies
Pour l’aménagement territorial, l’intensité est souvent plus importante que la seule quantité cumulée.
Il faut analyser les précipitations sur différentes durées :
- quelques minutes ;
- quelques dizaines de minutes ;
- une heure ;
- plusieurs heures ;
- une journée ;
- plusieurs jours.
Cette information permet notamment d’évaluer :
- ruissellement ;
- érosion ;
- inondation ;
- surcharge des réseaux ;
- débordement des bassins ;
- stabilité des sols ;
- infiltration ;
- recharge des nappes.
Le diagnostic climatique doit donc être directement connecté au diagnostic hydrologique.
6. La sécheresse
La sécheresse n’est pas simplement l’absence de pluie.
Elle résulte d’un déséquilibre entre :
apports en eau + stocks disponibles
et
demande évaporative + consommation biologique + pertes.
Il faut distinguer plusieurs formes.
Sécheresse météorologique
Déficit de précipitations.
Sécheresse agricole
Disponibilité en eau insuffisante pour les végétaux.
Sécheresse hydrologique
Réduction des débits, niveaux de nappes ou réserves superficielles.
Sécheresse des sols
Déficit d’eau accessible dans la zone racinaire.
Sécheresse écologique
Conditions hydriques compromettant durablement certaines fonctions des écosystèmes.
Ces sécheresses peuvent se succéder ou se superposer.
7. Le bilan climatique de l’eau
Pour comprendre réellement la contrainte hydrique, il faut rapprocher les précipitations de la demande atmosphérique.
Une première représentation simplifiée peut être :
[
B_h=P-ET
]
où :
- (B_h) = bilan hydrique climatique simplifié ;
- (P) = précipitations ;
- (ET) = évapotranspiration.
Mais cette relation ne représente pas à elle seule le fonctionnement du territoire.
Il faut également considérer :
- stockage du sol ;
- ruissellement ;
- infiltration ;
- drainage ;
- nappes ;
- retenues ;
- végétation ;
- irrigation.
Le diagnostic climatique fournit donc les conditions atmosphériques, tandis que le diagnostic hydrologique détermine comment le territoire transforme ces conditions en disponibilité réelle en eau.
8. Les vents
Le vent est à la fois :
- une ressource ;
- une contrainte ;
- un vecteur de chaleur ;
- un vecteur d’humidité ;
- un vecteur de dessiccation ;
- un vecteur de particules ;
- un facteur d’érosion ;
- un facteur de propagation des incendies ;
- une source potentielle d’énergie.
Il faut donc cartographier :
- direction dominante ;
- vitesse moyenne ;
- rafales ;
- saisonnalité ;
- fréquence ;
- épisodes extrêmes ;
- effets du relief ;
- couloirs de vent ;
- zones abritées ;
- zones turbulentes.
8.1. Le relief transforme le vent
Le vent ne traverse pas un territoire comme une ligne droite uniforme.
Le relief peut provoquer :
- accélération ;
- canalisation ;
- déviation ;
- séparation des flux ;
- turbulence ;
- zones d’abri.
Une vallée peut ainsi devenir un corridor aérodynamique.
Une crête peut être fortement exposée.
Une forêt peut ralentir et filtrer le vent.
Une zone bâtie peut produire des accélérations et turbulences locales.
8.2. Vent et évaporation
Le vent augmente généralement les échanges entre surface et atmosphère.
Il peut donc accélérer :
- l’évaporation ;
- le dessèchement du sol ;
- la transpiration ;
- le refroidissement de certaines surfaces.
Mais il peut également réduire le stress thermique lorsque la ventilation améliore les échanges convectifs.
Le même vent peut donc être :
rafraîchissant pour un humain et desséchant pour une culture.
Cette contradiction doit être intégrée au diagnostic.
9. Le rayonnement
Le rayonnement solaire constitue l’une des principales sources d’énergie du territoire.
Il influence :
- température ;
- photosynthèse ;
- évapotranspiration ;
- température du sol ;
- température des bâtiments ;
- production photovoltaïque ;
- production agricole ;
- confort humain.
Il faut distinguer notamment :
- rayonnement direct ;
- rayonnement diffus ;
- rayonnement réfléchi ;
- rayonnement infrarouge.
9.1. L’orientation
Deux versants présentant la même altitude peuvent recevoir des quantités d’énergie différentes selon leur orientation.
Le diagnostic doit intégrer :
- orientation ;
- pente ;
- latitude ;
- saison ;
- hauteur solaire ;
- obstacles ;
- végétation ;
- bâtiments ;
- relief.
9.2. Les ombres
L’ombre doit être cartographiée dans le temps.
Il faut connaître :
- ombres hivernales ;
- ombres estivales ;
- ombres du matin ;
- ombres de l’après-midi ;
- ombres des bâtiments ;
- ombres des arbres ;
- ombres du relief.
Une zone ombragée peut constituer :
- un espace de fraîcheur ;
- un refuge biologique ;
- une zone humide ;
- un espace de culture adapté.
Mais elle peut également devenir défavorable pour une culture exigeante en lumière.
L’ombre est donc une ressource spatiale à distribuer, pas simplement quelque chose à supprimer.
10. Les canicules
Une canicule doit être étudiée comme un événement dynamique.
Il faut considérer :
- température maximale ;
- température minimale ;
- durée ;
- intensité ;
- répétition ;
- humidité ;
- vent ;
- rayonnement ;
- disponibilité en eau.
Une succession de journées très chaudes accompagnées de nuits fraîches n’a pas le même impact qu’une succession de journées chaudes accompagnées de nuits très chaudes.
10.1. La température nocturne
La température nocturne est particulièrement importante pour :
- récupération physiologique ;
- confort humain ;
- végétation ;
- bâtiments ;
- animaux ;
- mortalité lors des épisodes extrêmes.
Les espaces urbains fortement minéralisés peuvent conserver une partie de la chaleur pendant la nuit.
Les zones végétalisées, ombragées ou bénéficiant de certains échanges avec l’eau peuvent présenter des conditions différentes.
Il faut donc cartographier les températures diurnes et nocturnes.
11. Les épisodes composés
Les risques climatiques apparaissent souvent simultanément.
Par exemple :
canicule + sécheresse + vent
peut produire un risque très supérieur à celui de chacun des phénomènes pris séparément.
Autres combinaisons :
- pluie intense + sol saturé ;
- chaleur + forte humidité ;
- sécheresse + incendie ;
- vent + incendie ;
- sécheresse + baisse des nappes ;
- canicule + panne énergétique ;
- inondation + rupture d’infrastructure ;
- chaleur + pollution atmosphérique.
Le diagnostic territorial doit donc rechercher les événements composés.
12. Cartographier le climat territorial
Une carte climatique territoriale ne doit pas être une simple carte de température.
Elle doit superposer plusieurs couches.
Couche thermique
- températures ;
- amplitudes ;
- gel ;
- chaleur ;
- îlots de chaleur.
Couche hydrique
- précipitations ;
- déficit hydrique ;
- sécheresse ;
- humidité.
Couche aérologique
- vents ;
- rafales ;
- corridors ;
- zones abritées.
Couche radiative
- rayonnement ;
- exposition ;
- ombres ;
- albédo.
Couche topographique
- altitude ;
- pente ;
- orientation ;
- vallées ;
- crêtes.
Couche biologique
- forêts ;
- haies ;
- zones humides ;
- végétation ;
- corridors.
Couche anthropique
- bâtiments ;
- routes ;
- surfaces minérales ;
- infrastructures ;
- zones industrielles.
La superposition de ces données permet de construire une véritable carte agroclimatique territoriale.
13. Les unités climatiques territoriales
L’objectif final n’est pas de découper arbitrairement le territoire.
Il s’agit d’identifier des unités fonctionnelles.
Une unité climatique territoriale peut être définie par la combinaison :
[
U_c=f(T,P,S,V,R,G)
]
où :
- (T) = température ;
- (P) = précipitations ;
- (S) = sécheresse ;
- (V) = vent ;
- (R) = rayonnement ;
- (G) = géomorphologie.
Mais cette unité peut ensuite être enrichie par :
- sols ;
- végétation ;
- hydrologie ;
- urbanisation ;
- usages.
On passe alors progressivement de la simple unité climatique à l’unité agroclimatique territoriale.
14. Les gradients plutôt que les frontières
Le climat fonctionne rarement selon des frontières nettes.
Il existe des gradients :
- plus chaud → moins chaud ;
- plus sec → plus humide ;
- plus exposé → plus abrité ;
- plus ensoleillé → plus ombragé ;
- plus ventilé → moins ventilé.
Cette notion est essentielle.
Une limite administrative peut être parfaitement nette.
La transition climatique, elle, est généralement progressive.
L’aménagement doit donc chercher à comprendre les gradients plutôt qu’à reproduire artificiellement les frontières administratives.
15. Les risques climatiques futurs
Le diagnostic ne peut plus se limiter aux observations historiques.
Un territoire conçu aujourd’hui devra fonctionner dans des conditions différentes au cours des prochaines décennies.
Il faut donc examiner plusieurs horizons :
- 2030 ;
- 2050 ;
- 2080 ;
-
Il ne s’agit pas de prétendre connaître précisément le climat d’un jour donné en 2100.
Il s’agit de tester la robustesse du système face à plusieurs futurs plausibles.
16. Les principales évolutions à tester
Selon les régions et les scénarios, il peut être nécessaire d’étudier :
- hausse des températures ;
- augmentation des extrêmes chauds ;
- évolution des précipitations ;
- modification de leur saisonnalité ;
- augmentation des périodes sèches ;
- évolution de l’intensité des pluies extrêmes ;
- modification des régimes de vent ;
- réduction de certaines périodes froides ;
- modification du risque de gel ;
- augmentation de la demande évaporative ;
- évolution du risque d’incendie ;
- déplacement des niches écologiques.
Le diagnostic doit surtout identifier les seuils à partir desquels les fonctions territoriales cessent de fonctionner correctement.
17. Le concept de seuil
La résilience territoriale ne consiste pas seulement à calculer des moyennes.
Il faut rechercher les seuils.
Par exemple :
- température maximale supportable par une culture ;
- température nocturne critique ;
- réserve utile minimale ;
- vitesse de vent critique ;
- débit maximal d’un réseau ;
- niveau minimal d’une retenue ;
- durée maximale d’une sécheresse ;
- température maximale d’un bâtiment ;
- déficit hydrique déclenchant une fermeture stomatique importante.
Un système peut fonctionner correctement pendant longtemps puis connaître une rupture rapide lorsqu’un seuil est franchi.
Il faut donc identifier :
les variables critiques + leurs seuils + les marges de sécurité.
18. Les marges climatiques
Une infrastructure conçue exactement à la limite de fonctionnement est fragile.
Il faut introduire des marges.
Par exemple :
capacité nominale → marge de sécurité → fonctionnement exceptionnel → mode dégradé.
Cette logique doit être appliquée :
- aux réserves d’eau ;
- aux réseaux ;
- aux bâtiments ;
- aux plantations ;
- aux infrastructures énergétiques ;
- aux espaces de refroidissement ;
- aux systèmes agricoles.
La marge n’est pas nécessairement du gaspillage.
Elle peut constituer une capacité de résilience.
19. Diagnostic climatique et agriculture
Pour l’agriculture, le diagnostic climatique doit être directement relié aux besoins biologiques.
Il faut notamment connaître :
- période végétative ;
- dates de gel ;
- chaleur ;
- froid ;
- disponibilité en eau ;
- rayonnement ;
- vent ;
- durée des sécheresses ;
- événements extrêmes.
On peut alors identifier :
- cultures adaptées ;
- cultures à risque ;
- périodes de plantation ;
- périodes de récolte ;
- besoins d’irrigation ;
- zones favorables ;
- zones refuges ;
- zones à reconvertir.
Le climat devient alors un critère de zonage agricole.
20. Diagnostic climatique et urbanisme
Dans les espaces urbanisés, il faut identifier :
- îlots de chaleur ;
- surfaces minérales ;
- manque d’ombre ;
- faible ventilation ;
- espaces fortement exposés ;
- zones de fraîcheur ;
- accès à l’eau ;
- végétation existante ;
- bâtiments vulnérables.
Le diagnostic doit permettre d’identifier les secteurs où une intervention peut produire le plus grand effet :
- arbres ;
- parcs ;
- désimperméabilisation ;
- végétalisation ;
- eau ;
- ombrage ;
- ventilation ;
- matériaux adaptés ;
- rénovation bioclimatique.
21. Diagnostic climatique et biodiversité
Les organismes vivants ne répondent pas uniquement à la température moyenne.
Ils dépendent également :
- de la durée des épisodes extrêmes ;
- de l’humidité ;
- de la disponibilité en eau ;
- de la température du sol ;
- de la couverture végétale ;
- de la continuité écologique ;
- des refuges microclimatiques.
Un territoire possédant une diversité de microclimats peut donc offrir davantage de possibilités de survie et de déplacement aux organismes lors des changements climatiques.
Les refuges climatiques deviennent ainsi une composante de l’infrastructure écologique.
22. Les refuges climatiques
Un refuge climatique peut être :
- une forêt ;
- un bosquet ;
- une vallée fraîche ;
- une zone humide ;
- une ripisylve ;
- une mare ;
- un sol couvert ;
- un espace ombragé ;
- une cavité ;
- une infrastructure végétalisée.
Ces espaces peuvent temporairement réduire l’exposition à une contrainte.
À l’échelle territoriale, il devient intéressant de rechercher leur distribution :
refuge → corridor → refuge → corridor.
Le réseau de refuges devient une infrastructure d’adaptation biologique.
23. Mesurer plutôt que supposer
Les cartes climatiques régionales sont indispensables.
Mais elles ne remplacent pas l’observation locale.
Un diagnostic territorial robuste combine :
Données historiques
Stations météorologiques, séries climatiques, archives.
Données spatiales
Satellites, modèles numériques de terrain, cartographies.
Mesures locales
- température ;
- humidité ;
- vent ;
- rayonnement ;
- température du sol ;
- humidité du sol ;
- température des surfaces ;
- température de l’eau.
Observation biologique
- phénologie ;
- stress végétal ;
- mortalité ;
- floraison ;
- fructification ;
- comportement animal.
Modélisation
Simulation des scénarios futurs et des interactions.
24. Le réseau de capteurs
À l’échelle d’un territoire, quelques stations ne suffisent pas toujours à représenter la diversité des situations locales.
Un réseau peut associer :
- stations météorologiques ;
- capteurs thermiques ;
- capteurs d’humidité ;
- anémomètres ;
- pyranomètres ou capteurs de rayonnement ;
- sondes de sol ;
- capteurs de niveau d’eau ;
- caméras ;
- images thermiques ;
- télédétection.
La densité du réseau doit dépendre de la complexité du territoire et des objectifs.
L’objectif n’est pas de mesurer partout.
Il est de mesurer là où l’information change la décision.
25. Le jumeau climatique territorial
Les données peuvent ensuite être intégrées dans un modèle numérique.
Le jumeau climatique territorial peut croiser :
- topographie ;
- climat ;
- hydrologie ;
- sols ;
- végétation ;
- bâtiments ;
- surfaces minérales ;
- énergie ;
- agriculture ;
- biodiversité ;
- usages.
Il peut permettre de tester :
« Que se passe-t-il si la température augmente ? »
« Que se passe-t-il si une sécheresse dure deux mois de plus ? »
« Que se passe-t-il si une forêt disparaît ? »
« Que se passe-t-il si une vallée est davantage végétalisée ? »
« Où placer les espaces de fraîcheur ? »
« Où les cultures deviennent-elles vulnérables ? »
« Quels corridors restent fonctionnels ? »
Le modèle devient un outil d’aide à la décision.
Mais il doit rester confronté au réel.
26. Le diagnostic climatique comme outil de décision
Le diagnostic doit finalement produire plus qu’un rapport.
Il doit produire des cartes directement utilisables.
Carte des températures
Où fait-il chaud ?
Carte des froids
Où se concentrent les gelées et l’air froid ?
Carte des précipitations
Où pleut-il le plus et le moins ?
Carte de sécheresse
Où et quand la contrainte hydrique devient-elle critique ?
Carte des vents
Où le territoire est-il exposé, protégé ou canalisé ?
Carte du rayonnement
Où l’énergie solaire est-elle disponible ?
Carte des canicules
Quels espaces deviennent critiques pendant les épisodes extrêmes ?
Carte des refuges
Où les organismes et les populations peuvent-ils trouver des conditions plus favorables ?
Carte des risques futurs
Quels secteurs deviennent vulnérables selon les scénarios ?
27. Une matrice territoriale de vulnérabilité
On peut ensuite croiser :
| Aléa | Exposition | Sensibilité | Capacité d’adaptation | Priorité |
|---|---|---|---|---|
| Canicule | faible à forte | faible à forte | faible à forte | variable |
| Sécheresse | faible à forte | faible à forte | faible à forte | variable |
| Gel | faible à forte | faible à forte | faible à forte | variable |
| Pluie intense | faible à forte | faible à forte | faible à forte | variable |
| Vent | faible à forte | faible à forte | faible à forte | variable |
| Incendie | faible à forte | faible à forte | faible à forte | variable |
Cette matrice permet de distinguer :
danger climatique ≠ vulnérabilité territoriale.
Un événement climatique important peut produire peu de dommages si le territoire est correctement préparé.
À l’inverse, un événement modéré peut provoquer de graves conséquences dans un territoire très vulnérable.
28. Le diagnostic prospectif
Le diagnostic doit enfin être répété pour plusieurs futurs.
On peut construire une matrice :
| Horizon | Climat | Eau | Agriculture | Biodiversité | Habitat | Énergie |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2030 | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester |
| 2050 | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester |
| 2080 | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester |
| 2100 | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester | à tester |
L’intérêt n’est pas de produire une prédiction unique.
Il est de rechercher les décisions qui restent pertinentes dans plusieurs futurs possibles.
29. La robustesse plutôt que la prédiction parfaite
Une erreur fréquente consiste à vouloir connaître exactement le climat futur avant d’agir.
Cette approche conduit facilement à l’attentisme.
L’approche résiliente est différente.
Elle demande :
Quelles décisions restent bonnes dans plusieurs scénarios ?
Par exemple :
- augmenter la couverture végétale ;
- restaurer les sols ;
- ralentir l’eau ;
- préserver les zones humides ;
- créer des corridors ;
- diversifier les cultures ;
- améliorer l’ombrage ;
- réduire les surfaces imperméables ;
- diversifier les sources énergétiques.
Ces actions peuvent être pertinentes dans de nombreux futurs différents.
Elles constituent des mesures robustes.
30. La méthode Omakëya™ du diagnostic climatique territorial
Le diagnostic peut être organisé en vingt étapes.
Étape 1
Définir le périmètre d’étude.
Étape 2
Identifier les données climatiques disponibles.
Étape 3
Analyser les séries historiques.
Étape 4
Cartographier les températures.
Étape 5
Cartographier les précipitations.
Étape 6
Analyser les sécheresses.
Étape 7
Analyser les gelées.
Étape 8
Cartographier les vents.
Étape 9
Cartographier le rayonnement solaire.
Étape 10
Analyser les canicules.
Étape 11
Identifier les événements composés.
Étape 12
Croiser le climat avec le relief.
Étape 13
Croiser le climat avec les sols.
Étape 14
Croiser le climat avec l’hydrologie.
Étape 15
Croiser le climat avec la végétation.
Étape 16
Identifier les microclimats.
Étape 17
Identifier les refuges climatiques.
Étape 18
Cartographier les vulnérabilités.
Étape 19
Tester plusieurs scénarios futurs.
Étape 20
Produire la carte stratégique agroclimatique territoriale.
Cette dernière carte doit permettre de répondre à une question simple :
où faut-il protéger, où faut-il restaurer, où faut-il adapter, où faut-il déplacer certaines fonctions et où faut-il créer de nouvelles infrastructures climatiques ?
31. De la carte climatique au projet territorial
Le diagnostic n’est pas une fin.
Il constitue la première étape du projet.
Une zone très chaude peut devenir prioritaire pour :
- arbres ;
- ombrage ;
- désimperméabilisation ;
- eau ;
- végétation.
Une zone exposée au vent peut nécessiter :
- haies ;
- bosquets ;
- architecture adaptée ;
- protection des cultures.
Une zone froide peut être réservée à certaines productions ou protégée contre l’accumulation d’air froid.
Une zone humide peut être conservée comme :
- réserve écologique ;
- tampon hydrologique ;
- refuge climatique ;
- infrastructure de biodiversité.
Une zone fortement exposée au feu peut nécessiter une organisation spécifique de :
- végétation ;
- accès ;
- discontinuités ;
- réserves d’eau ;
- bâtiments ;
- zones de protection.
Le climat devient alors directement une variable d’aménagement.
32. Le climat comme système de zonage
À la fin du diagnostic, le territoire peut être divisé non plus seulement selon des fonctions administratives ou foncières, mais selon des conditions agroclimatiques.
On peut ainsi identifier :
- zones chaudes ;
- zones fraîches ;
- zones sèches ;
- zones humides ;
- zones exposées ;
- zones abritées ;
- zones fortement radiatives ;
- zones ombragées ;
- zones à risque de gel ;
- zones refuges ;
- zones de transition.
Ces zones peuvent ensuite recevoir des fonctions différentes.
C’est le passage :
du zonage administratif au zonage agroclimatique.
Connaître le climat pour concevoir le territoire
Un territoire résilient ne peut être conçu sans connaître précisément le climat auquel il est soumis.
Mais connaître le climat ne signifie pas simplement connaître une température moyenne ou une quantité annuelle de pluie.
Il faut comprendre :
- les températures ;
- les extrêmes ;
- les gelées ;
- les précipitations ;
- leur intensité ;
- les sécheresses ;
- les vents ;
- le rayonnement ;
- les canicules ;
- les microclimats ;
- les interactions entre phénomènes ;
- les seuils critiques ;
- les risques futurs.
Il faut également comprendre que le climat n’agit jamais seul.
Il interagit avec :
le relief + les sols + l’eau + la végétation + les bâtiments + les infrastructures + les usages humains.
Le même événement climatique peut donc produire des conséquences totalement différentes selon la structure du territoire.
Un territoire minéralisé, imperméabilisé et peu végétalisé ne réagira pas comme une mosaïque de sols vivants, de forêts, de haies, de zones humides, de prairies, de cultures diversifiées et de plans d’eau.
Le diagnostic climatique doit donc permettre de répondre à quatre questions fondamentales :
1. Où le climat est-il favorable ?
Identifier les ressources et les refuges.
2. Où le climat devient-il contraignant ?
Identifier les vulnérabilités actuelles.
3. Comment ces contraintes vont-elles évoluer ?
Tester les futurs possibles.
4. Comment transformer le territoire pour qu’il reste fonctionnel ?
Passer du diagnostic à la conception.
C’est ici que le diagnostic climatique devient une véritable infrastructure de décision.
Il ne sert plus seulement à décrire le territoire.
Il sert à déterminer :
- où planter ;
- où construire ;
- où protéger ;
- où désimperméabiliser ;
- où stocker l’eau ;
- où restaurer une forêt ;
- où créer une zone humide ;
- où préserver une prairie ;
- où créer un corridor ;
- où installer une production agricole ;
- où créer un espace de fraîcheur ;
- où renforcer une protection contre le vent ou le feu ;
- et où laisser le fonctionnement naturel reprendre davantage de place.
Dans la Vision Omakëya™, le diagnostic climatique constitue ainsi l’une des premières cartes stratégiques du territoire.
Avant de demander au territoire de résister au climat, il faut comprendre comment le climat circule dans le territoire.
Et avant de chercher à modifier le climat local, il faut identifier les gradients, les ressources, les refuges et les vulnérabilités déjà présents.
Le principe devient alors :
Observer le climat → mesurer ses effets → cartographier ses gradients → identifier les seuils → anticiper les futurs → concevoir avec le climat.
Le territoire n’est plus conçu contre le climat.
Il est conçu à partir de lui.
Et lorsque cette carte climatique est croisée avec la topographie, l’hydrologie, les sols et les continuités écologiques, elle prépare directement l’étape suivante : comprendre les grandes structures naturelles du territoire qui organisent les flux d’eau, d’air, d’énergie et de vivant.
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- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.