AGROCLIMATOLOGIE : La transition énergétique territoriale

ÉNERGIE ET AUTONOMIE TERRITORIALE

La transition énergétique territoriale

Consommation — Production — Stockage — Flexibilité — Résilience

Un territoire peut posséder de l’eau, des terres agricoles, des forêts, des entreprises, des logements, des infrastructures et une population nombreuse.

Mais sans énergie disponible au bon endroit, au bon moment et dans une forme utilisable, une grande partie de ses fonctions essentielles peut être perturbée.

L’eau doit être :

  • pompée ;
  • traitée ;
  • distribuée ;
  • parfois chauffée ;
  • parfois refroidie.

Les aliments doivent être :

  • produits ;
  • transformés ;
  • conservés ;
  • transportés.

Les bâtiments doivent être :

  • chauffés ;
  • refroidis ;
  • ventilés ;
  • éclairés.

Les entreprises doivent :

  • produire ;
  • transformer ;
  • stocker ;
  • communiquer ;
  • transporter.

Les infrastructures urbaines doivent :

  • fonctionner ;
  • surveiller ;
  • alimenter ;
  • sécuriser ;
  • maintenir leurs équipements.

L’énergie n’est donc pas seulement une question de production électrique.

Elle constitue l’un des flux fondamentaux du métabolisme territorial.

La question de la transition énergétique ne peut ainsi pas être réduite à :

« Comment produire davantage d’énergie renouvelable ? »

Elle doit commencer beaucoup plus tôt :

Combien d’énergie le territoire consomme-t-il ? Pour quels usages ? À quels moments ? Sous quelles formes ? Quelle partie peut être évitée ? Quelle partie peut être produite localement ? Quelle partie peut être stockée ? Et quelles fonctions doivent absolument rester opérationnelles en situation de crise ?

C’est cette approche systémique qui permet de passer de la simple transition énergétique à une véritable autonomie énergétique territoriale résiliente.


1. L’énergie comme métabolisme territorial

Un territoire fonctionne grâce à des flux permanents.

On peut représenter son métabolisme par :

ÉNERGIE → TRANSFORMATION → USAGES → SERVICES → DÉCHETS / PERTES

L’énergie entre sous différentes formes :

  • électricité ;
  • carburants ;
  • gaz ;
  • chaleur ;
  • biomasse ;
  • énergie solaire ;
  • énergie hydraulique ;
  • énergie éolienne ;
  • géothermie.

Elle est ensuite transformée.

Par exemple :

soleil → photovoltaïque → électricité → pompe → eau

ou :

électricité → pompe à chaleur → chaleur → bâtiment

ou encore :

biomasse → chaudière → chaleur → bâtiment

Chaque transformation possède un rendement et des pertes.

La première règle de l’ingénierie énergétique territoriale est donc :

ne pas confondre énergie disponible et énergie réellement utile.


2. Consommer moins avant de produire davantage

Une erreur fréquente consiste à commencer la transition énergétique par la production.

On installe :

  • photovoltaïque ;
  • éolien ;
  • batteries ;
  • chaudières biomasse ;
  • réseaux de chaleur ;

sans avoir suffisamment analysé la consommation.

Or produire 1 MWh supplémentaire pour compenser une consommation inutile n’est pas nécessairement la meilleure stratégie.

La hiérarchie Omakëya™ commence donc par :

Éviter → Réduire → Optimiser → Récupérer → Produire → Stocker → Échanger → Secourir.

La production vient après l’analyse du besoin.


3. Diagnostiquer la consommation territoriale

Avant de concevoir un système énergétique, il faut établir son bilan.

On peut distinguer :

Résidentiel

  • chauffage ;
  • eau chaude sanitaire ;
  • refroidissement ;
  • éclairage ;
  • électroménager ;
  • informatique.

Agriculture

  • pompage ;
  • irrigation ;
  • tracteurs ;
  • séchage ;
  • ventilation ;
  • transformation ;
  • stockage frigorifique.

Industrie

  • chaleur ;
  • froid ;
  • moteurs ;
  • pompes ;
  • compresseurs ;
  • procédés industriels ;
  • informatique.

Services

  • écoles ;
  • hôpitaux ;
  • commerces ;
  • administrations ;
  • équipements sportifs.

Mobilité

  • véhicules ;
  • transports collectifs ;
  • logistique ;
  • engins agricoles.

Cette décomposition est essentielle.

Deux territoires consommant la même quantité annuelle d’énergie peuvent avoir des profils totalement différents.


4. L’énergie annuelle ne suffit pas

Une consommation annuelle peut masquer les difficultés réelles.

Il faut connaître :

  • la puissance instantanée ;
  • la consommation horaire ;
  • la consommation quotidienne ;
  • la saisonnalité ;
  • les pointes ;
  • les consommations incompressibles ;
  • les consommations déplaçables.

Un territoire consommant :

100 GWh/an

ne donne aucune information suffisante sur la puissance nécessaire.

Un autre territoire consommant également 100 GWh/an peut avoir une pointe très supérieure.

Il faut donc passer du simple :

kWh/an

au profil :

kW ou MW dans le temps.


5. La courbe de charge territoriale

La courbe de charge représente la puissance consommée au cours du temps.

Elle permet d’identifier :

  • les heures de pointe ;
  • les périodes creuses ;
  • les consommations nocturnes ;
  • les besoins saisonniers ;
  • les épisodes extrêmes.

On peut alors distinguer :

charge de base → charge intermédiaire → pointe.

Cette information est fondamentale pour dimensionner :

  • production ;
  • stockage ;
  • réseaux ;
  • transformateurs ;
  • batteries ;
  • groupes de secours ;
  • systèmes de pilotage.

6. Énergie et puissance : deux problèmes différents

L’énergie mesure une quantité.

La puissance mesure une vitesse de consommation ou de production.

Conceptuellement :

[
E=P\times t
]

avec :

  • (E) = énergie ;
  • (P) = puissance ;
  • (t) = durée.

Une batterie de grande capacité énergétique mais incapable de fournir suffisamment de puissance ne pourra pas nécessairement répondre à une pointe.

Inversement, un système capable de fournir une forte puissance pendant quelques minutes peut avoir une capacité énergétique limitée.

L’autonomie territoriale doit donc toujours être étudiée selon deux axes :

puissance disponible + énergie disponible.


7. Cartographier les consommations

La transition énergétique devient particulièrement intéressante lorsqu’elle est cartographiée.

Le SIG territorial peut représenter :

  • bâtiments ;
  • logements ;
  • entreprises ;
  • exploitations agricoles ;
  • équipements publics ;
  • réseaux ;
  • stations de pompage ;
  • infrastructures de transport ;
  • zones industrielles.

À chaque objet peuvent être associés :

  • consommation annuelle ;
  • puissance maximale ;
  • type d’énergie ;
  • température de fonctionnement ;
  • horaires ;
  • saisonnalité ;
  • potentiel de réduction.

On obtient progressivement une carte énergétique du territoire.


8. Identifier les consommations critiques

Toutes les consommations ne possèdent pas la même importance.

Il faut distinguer :

Niveau 1 — Vital

  • eau potable ;
  • assainissement ;
  • soins essentiels ;
  • télécommunications critiques ;
  • sécurité.

Niveau 2 — Essentiel

  • chauffage de certains bâtiments ;
  • alimentation ;
  • conservation des médicaments ;
  • chaîne du froid alimentaire.

Niveau 3 — Important

  • entreprises ;
  • commerces ;
  • services publics.

Niveau 4 — Flexible

  • recharge différable ;
  • certains usages domestiques ;
  • certaines productions ;
  • certaines installations non critiques.

Cette hiérarchie permet de construire un mode dégradé territorial.


9. Le mode dégradé

Que se passe-t-il si le réseau électrique principal disparaît pendant :

  • une heure ;
  • six heures ;
  • vingt-quatre heures ;
  • trois jours ;
  • une semaine ?

Cette question devrait être posée avant la crise.

Un territoire résilient doit savoir :

quelles fonctions doivent continuer, lesquelles peuvent ralentir et lesquelles peuvent être arrêtées temporairement.

C’est le principe du fonctionnement en mode dégradé.


10. Produire localement : connaître son potentiel

Après avoir analysé la consommation vient la question de la production.

Le territoire possède différents potentiels.

Solaire

  • photovoltaïque ;
  • solaire thermique.

Éolien

  • éoliennes terrestres ;
  • éventuellement autres configurations selon le territoire.

Hydraulique

  • cours d’eau ;
  • retenues ;
  • petites installations adaptées au contexte.

Biomasse

  • bois ;
  • résidus agricoles ;
  • déchets organiques ;
  • biogaz.

Géothermie

  • superficielle ;
  • profonde selon les ressources.

Chaleur fatale

  • industrie ;
  • centres de données ;
  • stations d’épuration ;
  • procédés industriels.

La question n’est donc pas :

« Quelle énergie renouvelable choisir ? »

mais :

« Quelles ressources énergétiques réellement disponibles correspondent aux besoins du territoire ? »


11. Le potentiel solaire territorial

Le potentiel solaire dépend notamment :

  • de l’irradiation ;
  • de l’orientation ;
  • de l’inclinaison ;
  • des ombres ;
  • de la surface disponible ;
  • des bâtiments ;
  • des contraintes patrimoniales ;
  • des réseaux disponibles.

Le SIG peut croiser :

irradiation × surface × orientation × ombrage × consommation × réseau.

On peut alors identifier les zones où la production locale présente un intérêt technique.


12. Le photovoltaïque n’est pas seulement une question de surface

Installer des panneaux photovoltaïques produit de l’électricité principalement lorsque le rayonnement solaire est disponible.

La production varie donc :

  • selon l’heure ;
  • selon la saison ;
  • selon la météo.

Le profil de production doit être comparé au profil de consommation.

Une installation produisant beaucoup à midi alors que le territoire consomme principalement le soir crée un besoin potentiel de :

  • stockage ;
  • déplacement de consommation ;
  • autoconsommation collective ;
  • échange avec le réseau.

13. L’énergie éolienne : penser au territoire

Le potentiel éolien dépend fortement :

  • du relief ;
  • de la rugosité ;
  • des vents dominants ;
  • des contraintes réglementaires ;
  • des distances aux habitations ;
  • des enjeux paysagers ;
  • de la biodiversité ;
  • des infrastructures.

Il ne suffit donc pas de regarder la vitesse moyenne du vent.

Il faut analyser le profil temporel du vent et son adéquation avec les besoins.


14. L’hydraulique : une énergie pilotable sous contraintes

L’hydraulique possède une caractéristique intéressante :

elle peut, selon les installations, offrir une production relativement pilotable.

Mais elle dépend :

  • du débit ;
  • des variations saisonnières ;
  • des sécheresses ;
  • des contraintes écologiques ;
  • de la continuité des cours d’eau ;
  • des usages de l’eau.

L’énergie ne doit jamais être séparée de l’hydrologie.

Dans la Vision Omakëya™, le même bassin versant doit donc être analysé simultanément sous les angles :

eau + énergie + biodiversité + agriculture.


15. La biomasse énergétique

La biomasse peut fournir :

  • chaleur ;
  • biogaz ;
  • éventuellement carburants ou autres vecteurs énergétiques.

Mais une biomasse n’est pas une ressource infinie.

Il faut connaître :

  • les prélèvements ;
  • la vitesse de renouvellement ;
  • les distances ;
  • l’humidité ;
  • la concurrence avec d’autres usages ;
  • le retour au sol ;
  • les impacts écologiques.

La biomasse doit donc être considérée comme un stock biologique à gérer, et non comme une énergie gratuite.


16. La chaleur fatale : l’énergie déjà présente

Une partie de l’énergie consommée par les activités humaines ressort sous forme de chaleur.

Elle peut provenir :

  • d’usines ;
  • de compresseurs ;
  • de centres informatiques ;
  • de stations d’épuration ;
  • de procédés industriels ;
  • de systèmes frigorifiques.

Avant de produire une nouvelle énergie, il peut être pertinent de rechercher :

quelle énergie existe déjà mais est rejetée.

Le territoire devient alors un réseau de flux thermiques.


17. Produire de l’électricité n’est qu’une partie du problème

Un territoire consomme plusieurs formes d’énergie.

Il faut distinguer :

  • électricité ;
  • chaleur haute température ;
  • chaleur basse température ;
  • froid ;
  • carburants ;
  • gaz ;
  • énergie mécanique.

Une électrification massive peut être pertinente pour certains usages, mais elle ne signifie pas que tous les besoins sont identiques.

Il faut donc construire une cartographie des vecteurs énergétiques.


18. Le stockage : la troisième colonne du système

Une production locale variable doit être associée à une réflexion sur le stockage.

Le stockage permet de déplacer une disponibilité énergétique dans le temps.

On peut distinguer :

Électricité

  • batteries ;
  • autres solutions selon contexte.

Chaleur

  • ballon d’eau chaude ;
  • stockage thermique ;
  • matériaux à changement de phase ;
  • réseaux de chaleur.

Froid

  • stockage thermique ;
  • inertie des bâtiments ;
  • stockage de glace ou autres technologies adaptées.

Chimique

  • hydrogène ;
  • carburants de synthèse ou autres vecteurs selon contexte.

Mécanique

  • stockage gravitaire ;
  • hydraulique réversible lorsque techniquement et écologiquement pertinent.

19. Stocker de l’électricité n’est pas toujours la meilleure solution

Une erreur consiste à vouloir transformer tous les problèmes énergétiques en problèmes de batteries.

Or certains usages peuvent être déplacés directement.

Par exemple :

  • chauffer de l’eau quelques heures plus tôt ;
  • refroidir un bâtiment avant une pointe ;
  • charger des véhicules lorsque la production est disponible ;
  • déplacer certains procédés industriels.

Le stockage peut donc être :

physique + thermique + chimique + comportemental + organisationnel.


20. La flexibilité : une forme de stockage invisible

Une consommation flexible peut jouer un rôle comparable à un stockage temporel.

Si une charge peut être déplacée de :

18 h → 14 h

sans perte de service significative, le territoire vient de réduire sa pointe sans construire nécessairement une nouvelle capacité de production.

La flexibilité devient donc une ressource.


21. Les bâtiments comme batteries thermiques

Un bâtiment possède une masse thermique.

Ses murs, planchers et structures peuvent stocker temporairement de la chaleur.

Cela permet parfois de :

  • chauffer avant une période de pointe ;
  • rafraîchir avant une période chaude ;
  • décaler certains appels de puissance.

L’architecture devient ainsi un élément du système énergétique.

C’est une idée fondamentale de l’urbanisme énergétique Omakëya™ :

le bâtiment n’est pas seulement un consommateur d’énergie ; il peut devenir un élément actif du réseau.


22. Le végétal comme infrastructure énergétique indirecte

Les infrastructures végétales peuvent également agir sur la consommation.

Des arbres correctement implantés peuvent contribuer à :

  • fournir de l’ombre ;
  • réduire certains gains solaires estivaux ;
  • modifier le microclimat ;
  • protéger du vent ;
  • améliorer le confort extérieur.

Une conception bioclimatique peut ainsi réduire certains besoins de chauffage ou de refroidissement.

Il faut cependant éviter les généralisations :

  • une ombre utile en été peut être indésirable en hiver ;
  • un arbre consomme de l’eau ;
  • une haie peut protéger du vent mais également modifier les flux d’air.

L’aménagement végétal doit donc être intégré au bilan climatique du bâtiment.


23. Le couple bâtiment + territoire

Le bâtiment et son environnement doivent être conçus ensemble.

On peut combiner :

  • orientation ;
  • isolation ;
  • inertie ;
  • végétation ;
  • ombrage ;
  • ventilation naturelle ;
  • ventilation mécanique ;
  • pompe à chaleur ;
  • solaire ;
  • stockage thermique.

Le système énergétique devient alors :

bâtiment + jardin + quartier + réseau.


24. Les réseaux énergétiques comme réseaux vivants

Un réseau énergétique classique est généralement pensé comme une infrastructure de distribution.

Dans un territoire résilient, il devient progressivement :

  • producteur ;
  • consommateur ;
  • stockage ;
  • échangeur ;
  • système de pilotage.

Les bâtiments peuvent devenir simultanément :

producteurs + consommateurs + stockeurs + flexibilités.

C’est la logique du prosommateur territorial.


25. Les micro-réseaux énergétiques

Un micro-réseau peut regrouper :

  • bâtiments ;
  • photovoltaïque ;
  • batteries ;
  • stockage thermique ;
  • bornes de recharge ;
  • groupes de secours ;
  • systèmes de pilotage.

Il peut fonctionner :

  • connecté au réseau ;
  • ou, selon sa conception, temporairement en mode îloté.

L’intérêt principal n’est pas nécessairement l’autonomie totale.

Il peut être :

la capacité à maintenir certaines fonctions essentielles lorsque le système principal est perturbé.


26. Autonomie énergétique ≠ autarcie énergétique

Ces notions doivent être séparées.

Autarcie

Chercher à fonctionner sans échanges extérieurs.

Autonomie

Pouvoir assurer certaines fonctions avec ses propres ressources pendant une période donnée.

Résilience

Pouvoir continuer à fonctionner malgré une perturbation.

Sobriété

Réduire les besoins.

Efficacité

Obtenir le même service avec moins d’énergie.

Un territoire peut donc être très résilient sans être totalement autonome.


27. La diversification des sources

Dépendre d’une seule source peut créer une vulnérabilité.

Un territoire peut diversifier :

  • solaire ;
  • éolien ;
  • hydraulique ;
  • biomasse ;
  • géothermie ;
  • récupération de chaleur ;
  • réseau externe.

Mais la diversification doit rester fonctionnelle.

Multiplier les technologies sans analyser leurs dépendances peut simplement déplacer la vulnérabilité.


28. Les dépendances cachées

Une installation énergétique peut dépendre de :

  • métaux ;
  • composants électroniques ;
  • logiciels ;
  • pièces détachées ;
  • carburants ;
  • réseaux de communication ;
  • maintenance ;
  • fournisseurs.

Une infrastructure peut donc sembler autonome tout en restant dépendante d’une chaîne logistique externe.

L’analyse Omakëya™ doit donc examiner :

ressource → équipement → réseau → maintenance → compétence → remplacement.


29. Le stockage stratégique

Le stockage doit être dimensionné selon les fonctions.

On peut définir conceptuellement :

[
A_e=\frac{E_{\text{disponible}}}{D_{\text{journalier}}}
]

où :

  • (A_e) = autonomie énergétique théorique en jours ;
  • (E_{\text{disponible}}) = énergie réellement mobilisable ;
  • (D_{\text{journalier}}) = demande quotidienne.

Mais cet indicateur est insuffisant seul.

Il faut également vérifier :

  • la puissance maximale ;
  • les rendements ;
  • les pertes ;
  • la température ;
  • la disponibilité ;
  • les charges prioritaires.

30. Concevoir plusieurs niveaux d’autonomie

Plutôt que de rechercher une autonomie unique, il est plus pertinent de définir plusieurs niveaux.

Autonomie courte

Quelques heures.

Objectif :

  • lisser les pointes ;
  • absorber la variabilité.

Autonomie quotidienne

Environ une journée.

Objectif :

  • décaler production et consommation.

Autonomie de crise

Plusieurs jours.

Objectif :

  • maintenir les fonctions essentielles.

Autonomie stratégique

Plus longue période.

Objectif :

  • résister à une perturbation majeure.

Chaque niveau nécessite une architecture différente.


31. Le territoire énergétique comme système hiérarchique

On peut organiser l’énergie à plusieurs échelles.

Échelle du bâtiment

  • isolation ;
  • production ;
  • stockage.

Échelle de l’îlot

  • partage énergétique ;
  • chaleur ;
  • mobilité.

Échelle du quartier

  • micro-réseau ;
  • stockage ;
  • production mutualisée.

Échelle communale

  • réseau de chaleur ;
  • production locale ;
  • équipements critiques.

Échelle intercommunale

  • complémentarité des ressources.

Échelle régionale

  • équilibrage ;
  • infrastructures ;
  • grands réseaux.

La résilience augmente potentiellement lorsque ces niveaux sont capables de coopérer.


32. Le couple eau-énergie

L’énergie et l’eau sont intimement liées.

L’eau nécessite de l’énergie pour :

  • pompage ;
  • traitement ;
  • distribution ;
  • chauffage ;
  • irrigation.

L’énergie nécessite parfois de l’eau pour :

  • refroidissement ;
  • hydroélectricité ;
  • certaines productions industrielles.

Il faut donc éviter de traiter séparément les deux systèmes.

Une sécheresse peut devenir simultanément :

crise hydrique + crise énergétique.


33. Le couple alimentation-énergie

L’agriculture dépend également de l’énergie :

  • carburants ;
  • engrais ;
  • irrigation ;
  • transformation ;
  • séchage ;
  • stockage frigorifique ;
  • transport.

Une transition énergétique territoriale doit donc être connectée à la stratégie alimentaire.

Produire localement une partie de l’alimentation peut réduire certaines dépendances logistiques, mais peut également augmenter certains besoins énergétiques locaux selon les systèmes de production.

L’analyse doit être systémique.


34. Mobilité et énergie

Le transport représente un autre flux majeur.

Il faut distinguer :

  • déplacements individuels ;
  • transports collectifs ;
  • fret ;
  • agriculture ;
  • services d’urgence.

La transition ne consiste pas uniquement à remplacer un moteur thermique par un moteur électrique.

Il faut également réduire lorsque possible :

  • les distances ;
  • les déplacements inutiles ;
  • les trajets à vide ;
  • les besoins logistiques.

Puis optimiser :

  • mutualisation ;
  • transport collectif ;
  • vélo ;
  • marche ;
  • logistique locale.

35. Les véhicules comme stockage potentiel

Les véhicules électriques peuvent potentiellement devenir des ressources énergétiques mobiles.

Selon les technologies, les infrastructures et les réglementations :

réseau ↔ véhicule

peut devenir une relation bidirectionnelle.

Cela ouvre la possibilité de :

  • recharge intelligente ;
  • effacement ;
  • éventuellement restitution d’énergie.

Mais cette approche nécessite une analyse de :

  • vieillissement des batteries ;
  • disponibilité des véhicules ;
  • besoins des utilisateurs ;
  • infrastructures ;
  • sécurité ;
  • réglementation.

36. Le rôle des données

Impossible de piloter intelligemment un territoire énergétique sans connaître son état.

Il faut mesurer :

  • consommation ;
  • production ;
  • température ;
  • stockage ;
  • tension ;
  • puissance ;
  • état des équipements.

Les capteurs permettent de construire une vision quasi temps réel.

Le territoire devient alors un système observable.


37. Le jumeau numérique énergétique

Le jumeau numérique peut réunir :

  • bâtiments ;
  • production ;
  • consommation ;
  • stockage ;
  • réseau ;
  • météo ;
  • mobilité ;
  • eau.

Il permet d’étudier des scénarios.

Exemple

Que se passe-t-il si :

  • la température descend fortement ?
  • une canicule survient ?
  • le photovoltaïque produit moins ?
  • une éolienne est indisponible ?
  • le réseau principal tombe ?
  • une batterie est hors service ?

Le jumeau numérique permet de tester les réponses avant la crise.


38. L’intelligence artificielle comme outil de pilotage

L’IA peut contribuer à :

  • prévoir la demande ;
  • prévoir la production solaire ;
  • prévoir certains régimes de vent ;
  • optimiser le stockage ;
  • détecter des anomalies ;
  • anticiper certaines maintenances ;
  • identifier des consommations anormales.

Mais l’IA ne doit pas devenir le seul mécanisme de contrôle.

Il faut prévoir :

  • règles de sécurité ;
  • fonctionnement local ;
  • procédures manuelles ;
  • redondance ;
  • mode dégradé.

Une intelligence artificielle utile est une intelligence qui améliore la décision sans devenir elle-même un point unique de défaillance.


39. La maintenance : fonction énergétique essentielle

Une infrastructure énergétique n’est pas autonome simplement parce qu’elle produit de l’énergie.

Elle doit être :

  • inspectée ;
  • entretenue ;
  • réparée ;
  • surveillée ;
  • renouvelée.

Il faut donc cartographier :

  • équipements ;
  • durée de vie ;
  • pièces critiques ;
  • compétences disponibles ;
  • fournisseurs ;
  • délais de réparation.

L’autonomie énergétique devient ainsi également une question de compétence territoriale.


40. Les scénarios de crise énergétique

Le diagnostic doit intégrer plusieurs scénarios.

Scénario A — Hiver froid

Forte demande de chauffage.

Scénario B — Canicule

Forte demande de refroidissement.

Scénario C — Faible vent

Production éolienne réduite.

Scénario D — Faible soleil

Production solaire réduite.

Scénario E — Sécheresse

Hydraulique et certaines ressources en eau contraintes.

Scénario F — Panne réseau

Perte d’une partie de l’alimentation externe.

Scénario G — Crise prolongée

Perturbation simultanée de plusieurs infrastructures.

La vraie question devient :

quelle combinaison de perturbations le territoire peut-il supporter ?


41. Le risque de panne commune

La diversification technologique ne suffit pas si toutes les technologies dépendent du même élément.

Par exemple :

  • réseau de communication ;
  • alimentation électrique auxiliaire ;
  • logiciel ;
  • transformateur ;
  • fournisseur.

Il faut rechercher les causes communes de défaillance.

C’est un principe classique de sûreté des systèmes :

plusieurs équipements différents ne constituent pas une véritable redondance s’ils dépendent tous du même point critique.


42. Concevoir les fonctions essentielles en redondance

Pour une fonction critique, on peut rechercher plusieurs chemins.

Par exemple :

eau potable

→ réseau principal
→ stockage
→ production locale
→ alimentation de secours.

Ou :

chauffage d’un bâtiment critique

→ réseau de chaleur
→ pompe à chaleur
→ stockage thermique
→ source de secours.

La redondance doit être proportionnée au niveau de criticité.


43. La sobriété comme première infrastructure énergétique

La sobriété est parfois présentée comme une contrainte.

Dans une logique territoriale, elle devient une infrastructure invisible.

Chaque kWh non consommé :

  • réduit la puissance nécessaire ;
  • réduit les besoins de production ;
  • réduit les besoins de stockage ;
  • réduit les infrastructures ;
  • réduit certaines dépendances.

La sobriété peut donc augmenter simultanément :

résilience + autonomie + sécurité.


44. Le territoire à énergie positive : attention à l’indicateur

Un territoire peut produire annuellement autant ou davantage d’énergie qu’il n’en consomme.

Mais cela ne signifie pas qu’il est autonome à chaque instant.

Il peut :

  • produire énormément à certains moments ;
  • dépendre du réseau à d’autres ;
  • avoir des besoins de puissance importants ;
  • importer de l’énergie pendant plusieurs jours.

Il faut donc distinguer :

bilan annuel ≠ autonomie instantanée ≠ résilience.

Cette distinction est essentielle.


45. L’énergie comme système dynamique

On peut représenter le territoire énergétique par :

RESSOURCES → PRODUCTION → CONVERSION → STOCKAGE → DISTRIBUTION → USAGES

avec des boucles :

USAGES → DONNÉES → PILOTAGE → ADAPTATION

et :

STOCKAGE → RESTITUTION → USAGES

Le système devient alors dynamique.

Il ne s’agit plus de construire une centrale.

Il s’agit de concevoir un métabolisme énergétique territorial.


46. Une matrice territoriale énergie–fonctions

FonctionConsommationProduction possibleStockagePriorité
Eau potablePompage, traitementSolaire, réseauBatterieTrès haute
HabitatChauffage, ECS, froidPV, solaire thermiqueThermique, batterieHaute
AgriculturePompage, machinesPV, biomasseBatterie, thermiqueHaute
IndustrieProcédésPV, chaleur fatale, biomasseSelon procédéVariable
MobilitéCarburants, électricitéÉlectricité localeBatteriesVariable
AlimentationFroid, transformationPV, chaleurThermiqueHaute
Services publicsÉlectricité, chauffagePV, réseauxBatteriesTrès haute
LoisirsÉlectricitéPVSelon besoinFaible à moyenne

Cette matrice permet d’identifier les fonctions critiques avant de dimensionner les équipements.


47. Concevoir le territoire énergétique par scénarios

La méthode Omakëya™ peut être appliquée ainsi :

Observer

→ mesurer les consommations et les ressources.

Comprendre

→ identifier les flux et les dépendances.

Mesurer

→ établir les courbes de charge et les profils de production.

Modéliser

→ construire différents scénarios.

Concevoir

→ sobriété + efficacité + production + stockage + réseau.

Planifier

→ court, moyen et long terme.

Tester

→ simuler les crises.

Déployer

→ commencer par les fonctions prioritaires.

Mesurer

→ comparer les résultats.

Faire évoluer

→ adapter le système.


48. Les horizons temporels

Une stratégie énergétique territoriale doit regarder plusieurs horizons.

1–3 ans

  • comptage ;
  • sobriété ;
  • efficacité ;
  • premières productions ;
  • équipements critiques.

5–10 ans

  • rénovation ;
  • réseaux ;
  • stockage ;
  • mobilité ;
  • chaleur renouvelable.

10–30 ans

  • transformation du parc immobilier ;
  • évolution des infrastructures ;
  • électrification ;
  • réseaux intelligents.

30–50 ans

  • renouvellement massif des infrastructures ;
  • évolution climatique ;
  • nouvelles technologies ;
  • évolution démographique.

Le territoire doit être conçu comme une trajectoire, pas comme une photographie.


49. Le grand tableau de bord énergétique Omakëya™

Un territoire pourrait suivre simultanément :

Consommation

  • kWh/an ;
  • kWh/habitant ;
  • puissance maximale ;
  • consommation par secteur.

Production

  • MWh/an ;
  • puissance installée ;
  • facteur de charge ;
  • diversité des sources.

Stockage

  • capacité énergétique ;
  • puissance ;
  • durée d’autonomie ;
  • disponibilité.

Résilience

  • fonctions critiques maintenues ;
  • durée du mode dégradé ;
  • nombre de dépendances critiques ;
  • redondance.

Sobriété

  • consommation par service rendu ;
  • pertes ;
  • efficacité.

Environnement

  • émissions ;
  • occupation du sol ;
  • eau ;
  • biodiversité ;
  • matériaux.

L’objectif n’est pas de créer un indicateur unique.

Il s’agit de construire une vision multidimensionnelle du système énergétique.


50. Le principe Omakëya™ — L’énergie comme métabolisme territorial

La transition énergétique territoriale ne consiste pas simplement à remplacer :

charbon → pétrole → gaz → renouvelables.

Elle consiste à repenser l’ensemble du système :

besoin → sobriété → efficacité → récupération → production → stockage → distribution → flexibilité → secours → adaptation.

Un territoire réellement résilient ne cherche pas nécessairement à produire toute l’énergie qu’il consomme.

Il cherche d’abord à :

  • réduire ses dépendances ;
  • comprendre ses besoins ;
  • diversifier ses ressources ;
  • stocker lorsque cela est pertinent ;
  • déplacer les consommations lorsque cela est possible ;
  • sécuriser les fonctions essentielles ;
  • maintenir plusieurs chemins d’alimentation ;
  • anticiper les crises ;
  • apprendre de ses données.

PRINCIPE OMAKËYA™ — NE CHERCHEZ PAS L’AUTONOMIE ÉNERGÉTIQUE ABSOLUE. CHERCHEZ LA CAPACITÉ DU TERRITOIRE À FOURNIR DURABLEMENT LES SERVICES ESSENTIELS, MÊME LORSQUE LES RESSOURCES, LES RÉSEAUX OU LES CONDITIONS CLIMATIQUES DEVIENNENT INCERTAINS.

L’énergie devient alors une infrastructure invisible reliant :

l’eau, l’agriculture, les bâtiments, les transports, l’industrie, les forêts, les villes et les habitants.

Et cette infrastructure doit fonctionner comme le reste du territoire :

diversifiée, distribuée, mesurée, adaptable et capable de fonctionner en mode dégradé.

La prochaine étape logique consiste alors à réunir ces flux dans un même modèle : eau + énergie + alimentation + sols + biodiversité + climat + économie, afin de concevoir non plus des infrastructures isolées, mais le métabolisme complet d’un territoire résilient.