AGROCLIMATOLOGIE : RÉSEAUX INTELLIGENTS

RÉSEAUX INTELLIGENTS

Smart grids — Stockage — Pilotage numérique — Transformer le réseau énergétique en système adaptatif

La transition énergétique ne change pas seulement la manière de produire l’énergie.

Elle change également :

  • où l’énergie est produite ;
  • quand elle est produite ;
  • où elle est consommée ;
  • quand elle est consommée ;
  • comment elle est stockée ;
  • comment elle circule ;
  • comment elle est pilotée ;
  • et surtout, comment l’ensemble du système réagit lorsque les conditions changent.

Pendant des décennies, le modèle énergétique dominant pouvait être représenté de manière relativement simple :

centrale → réseau → consommateur.

La production était largement centralisée, les flux énergétiques étaient principalement descendants et le consommateur occupait une position relativement passive.

Le modèle émergent est beaucoup plus complexe :

production ↔ stockage ↔ réseau ↔ bâtiments ↔ agriculture ↔ industrie ↔ mobilité ↔ consommateurs ↔ récupération.

Un bâtiment peut devenir producteur.

Une batterie peut devenir un élément de flexibilité.

Une voiture électrique peut devenir une réserve énergétique potentielle.

Un bâtiment peut décaler certains usages.

Une exploitation agricole peut produire et consommer.

Une entreprise peut récupérer de la chaleur.

Un quartier peut mutualiser ses ressources.

Un territoire peut fonctionner temporairement en mode dégradé.

Le réseau n’est donc plus seulement une infrastructure qui transporte l’énergie.

Il devient progressivement une infrastructure d’information, de coordination et d’adaptation.

C’est le rôle des smart grids, ou réseaux intelligents.

Dans la Vision Omakëya™, cette évolution conduit à une idée plus large :

Le réseau énergétique territorial doit être conçu comme un système vivant capable d’observer, comprendre, mesurer, décider, agir, stocker, se reconfigurer et apprendre.


1. Du réseau électrique au système énergétique intelligent

Un réseau traditionnel répond principalement à une question :

Comment acheminer l’énergie produite vers les utilisateurs ?

Un réseau intelligent doit répondre à plusieurs questions simultanément :

  • Quelle énergie est disponible ?
  • Quelle énergie est demandée ?
  • À quel moment ?
  • Où ?
  • Avec quelle puissance ?
  • Quelle capacité de stockage est disponible ?
  • Quelle ressource renouvelable est prévisible ?
  • Quelle infrastructure est sous tension ?
  • Quelle consommation peut être décalée ?
  • Quels usages sont prioritaires ?
  • Que se passe-t-il en cas de panne ?
  • Comment revenir progressivement à un fonctionnement normal ?

Le système devient donc multidimensionnel.

On ne gère plus seulement des kilowattheures.

On gère :

  • énergie ;
  • puissance ;
  • temps ;
  • température ;
  • stockage ;
  • flexibilité ;
  • information ;
  • disponibilité ;
  • qualité de service ;
  • contraintes physiques ;
  • risques.

2. L’énergie n’est pas seulement une quantité

Deux territoires peuvent produire exactement la même quantité annuelle d’électricité tout en possédant des profils énergétiques totalement différents.

Un territoire peut produire principalement :

  • le jour ;
  • en été ;
  • lors des journées ensoleillées.

Un autre peut disposer d’une production plus régulière ou davantage pilotable.

La consommation possède elle aussi son propre profil.

Une relation fondamentale reste :

[
E=P\times t
]

Mais cette relation ne suffit pas.

Il faut également connaître quand la puissance est disponible et quand elle est nécessaire.

C’est pourquoi un réseau intelligent doit travailler avec des courbes temporelles.


3. La puissance devient un paramètre central

Produire beaucoup d’énergie sur une année ne signifie pas nécessairement être capable de répondre à un pic de consommation.

Un territoire peut être excédentaire sur une période et déficitaire quelques heures plus tard.

On doit donc distinguer :

  • énergie annuelle ;
  • énergie quotidienne ;
  • puissance instantanée ;
  • puissance maximale ;
  • durée des pointes ;
  • capacité de stockage ;
  • capacité d’importation ;
  • capacité de secours.

La résilience énergétique dépend donc autant de la forme temporelle des flux que de leur quantité totale.


4. Le réseau devient bidirectionnel

Dans un modèle traditionnel :

producteur → consommateur.

Dans un réseau distribué :

producteur ↔ réseau ↔ consommateur.

Et certains consommateurs deviennent eux-mêmes producteurs :

prosommateur = producteur + consommateur.

Une maison peut produire.

Un bâtiment agricole peut produire.

Une entreprise peut produire.

Une collectivité peut produire.

Mais tous ces producteurs ne sont pas nécessairement synchronisés.

Le réseau doit donc organiser les flux.


5. Les smart grids

Un smart grid associe :

  • réseau énergétique ;
  • capteurs ;
  • compteurs ;
  • systèmes de communication ;
  • logiciels ;
  • prévisions ;
  • automatisation ;
  • stockage ;
  • dispositifs de contrôle.

Le principe général est :

mesurer → transmettre → analyser → décider → agir → mesurer à nouveau.

Le réseau acquiert une boucle de rétroaction.

C’est cette boucle qui le rapproche d’un système cybernétique.


6. Une boucle cybernétique territoriale

La Vision Omakëya™ peut représenter le smart grid comme une boucle :

TERRITOIRE

CAPTEURS

DONNÉES

MODÈLE

PRÉVISION

DÉCISION

ACTION

RÉSULTAT

NOUVELLE MESURE

ADAPTATION

Le système n’est donc jamais définitivement réglé.

Il fonctionne en boucle.

Cette logique est particulièrement importante dans un climat changeant.


7. Les capteurs : les organes sensoriels du territoire

Un réseau intelligent a besoin de mesurer.

Les capteurs peuvent surveiller :

  • tension ;
  • courant ;
  • puissance ;
  • température ;
  • état des batteries ;
  • production photovoltaïque ;
  • production hydraulique ;
  • consommation ;
  • qualité électrique ;
  • température des bâtiments ;
  • débit ;
  • pression ;
  • météo.

À l’échelle Omakëya™, on peut également intégrer :

  • humidité des sols ;
  • température du sol ;
  • niveau des mares ;
  • débit des rivières ;
  • état de la végétation ;
  • température de l’air ;
  • rayonnement solaire.

Le réseau énergétique n’est donc plus isolé du territoire.

Il commence à dialoguer avec lui.


8. Le stockage : déplacer l’énergie dans le temps

Le stockage répond à une difficulté fondamentale :

production et consommation ne sont pas toujours synchronisées.

Le stockage permet de déplacer une partie de l’énergie :

production maintenant → utilisation plus tard.

Une batterie peut par exemple absorber un surplus temporaire et restituer cette énergie ultérieurement.

Mais le stockage possède toujours des limites :

  • capacité ;
  • puissance de charge ;
  • puissance de décharge ;
  • rendement ;
  • durée de vie ;
  • température ;
  • coût ;
  • disponibilité.

Il faut donc distinguer :

Capacité

Combien d’énergie peut être stockée ?

Puissance

À quelle vitesse peut-on charger ou décharger ?

Ces deux dimensions sont fondamentales.


9. Les différentes formes de stockage

Un territoire intelligent peut combiner plusieurs formes de stockage.

Stockage électrochimique

  • batteries ;
  • différentes chimies selon les usages.

Stockage thermique

  • ballons ;
  • bâtiments ;
  • réseaux de chaleur ;
  • masses thermiques.

Stockage chimique

  • biogaz ;
  • biomasse ;
  • certains vecteurs énergétiques.

Stockage mécanique

  • pompage-turbinage ;
  • volants d’inertie selon les applications.

Stockage par l’eau

Dans certaines architectures, l’eau peut constituer simultanément :

  • une ressource ;
  • un stock ;
  • un vecteur thermique.

Chaque technologie possède ses propres contraintes.

Il n’existe donc pas un stockage universel.


10. Le bâtiment comme batterie thermique

Un bâtiment possède une masse thermique.

Murs, planchers, dalles, structures et matériaux peuvent absorber ou restituer de la chaleur.

Le bâtiment peut donc devenir une forme de stockage thermique.

Par exemple :

énergie disponible → chauffage anticipé → stockage thermique → réduction de puissance ultérieure.

Inversement :

froid disponible → refroidissement anticipé → inertie → réduction temporaire de la demande.

Le bâtiment devient ainsi un composant du smart grid.


11. Le stockage de chaleur

Le stockage électrique attire souvent l’attention.

Mais dans de nombreux territoires, le stockage thermique peut être particulièrement intéressant lorsque le besoin final est lui-même thermique.

Une production solaire thermique peut chauffer :

  • un ballon ;
  • un bâtiment ;
  • un réseau ;
  • un stockage dédié.

Une source de chaleur industrielle peut être récupérée.

Une pompe à chaleur peut déplacer de l’énergie dans le temps lorsque les conditions sont favorables.

Le principe devient :

Ne transformez pas inutilement une énergie thermique en électricité pour ensuite la reconvertir en chaleur lorsque la chaleur peut être utilisée directement.

C’est une logique d’efficacité systémique.


12. La flexibilité : un stockage sans batterie

La flexibilité est l’une des composantes les plus importantes d’un réseau intelligent.

Elle consiste à modifier temporairement certains usages.

Par exemple :

  • recharge d’un véhicule ;
  • chauffage de l’eau ;
  • stockage thermique ;
  • irrigation ;
  • certaines opérations industrielles ;
  • pompage ;
  • refroidissement.

L’idée n’est pas nécessairement de supprimer la consommation.

Il s’agit parfois simplement de déplacer le moment où elle a lieu.

On obtient :

consommation déplacée = flexibilité.

La flexibilité peut donc réduire certains besoins de stockage physique.


13. Le pilotage de la demande

Le réseau peut connaître :

  • la production prévue ;
  • la consommation prévue ;
  • la météo ;
  • l’état du stockage.

Il peut alors rechercher une meilleure synchronisation.

Exemple conceptuel :

fort soleil → production élevée → recharge → usages flexibles activés.

Puis :

soir → production solaire faible → stockage → réduction des usages flexibles.

Le système cherche ainsi à rapprocher production et consommation.


14. Le pilotage prédictif

Le pilotage peut devenir prévisionnel.

Les modèles peuvent intégrer :

  • prévisions météorologiques ;
  • historique de consommation ;
  • calendrier ;
  • température ;
  • occupation des bâtiments ;
  • production solaire ;
  • disponibilité du stockage.

Le système peut alors anticiper :

« Une forte production solaire est probable demain après-midi. »

ou :

« Une forte demande de chauffage est probable demain matin. »

Le pilotage peut donc préparer le système avant que la situation ne survienne.


15. L’intelligence artificielle

L’IA peut intervenir dans plusieurs fonctions :

  • prévision de production ;
  • prévision de consommation ;
  • détection d’anomalies ;
  • maintenance prédictive ;
  • optimisation du stockage ;
  • identification de dérives ;
  • simulation de scénarios ;
  • détection de comportements inhabituels.

Mais l’IA ne doit pas être confondue avec une intelligence magique.

Elle dépend :

  • des données ;
  • des modèles ;
  • de leur qualité ;
  • de leur domaine de validité ;
  • de la surveillance humaine.

Une règle Omakëya™ essentielle s’impose :

IA pour prévoir et proposer ; systèmes de sécurité pour protéger ; opérateurs et règles de gouvernance pour décider lorsque les enjeux deviennent critiques.


16. Le jumeau numérique énergétique

Le réseau intelligent peut être associé à un jumeau numérique territorial.

Celui-ci peut représenter :

  • bâtiments ;
  • réseaux ;
  • productions ;
  • batteries ;
  • stockages thermiques ;
  • véhicules ;
  • usages ;
  • météo ;
  • eau ;
  • agriculture ;
  • infrastructures.

On peut alors simuler différents événements.

Scénario solaire

Forte production photovoltaïque.

Scénario nuageux

Production solaire réduite.

Scénario canicule

Demande de refroidissement élevée.

Scénario froid

Demande thermique élevée.

Scénario sécheresse

Certaines ressources hydrauliques réduites.

Scénario panne

Une infrastructure indisponible.

Scénario prolongé

Plusieurs contraintes simultanées.

Le jumeau numérique devient alors un laboratoire.


17. Les micro-réseaux

Le smart grid peut être organisé en microgrids.

Un micro-réseau peut regrouper :

  • bâtiments ;
  • production ;
  • stockage ;
  • charges ;
  • système de contrôle.

Il peut être connecté au réseau général.

Selon son architecture et les équipements disponibles, il peut également disposer de capacités de fonctionnement local lorsque le réseau principal est indisponible.

C’est le principe d’une forme d’îlotage contrôlé.


18. Le mode îloté

Un territoire résilient peut être conçu pour fonctionner selon plusieurs modes.

Mode connecté

Le territoire échange avec le réseau général.

Mode autonome temporaire

Le territoire fonctionne localement pendant une période limitée.

Mode dégradé

Les usages non essentiels sont réduits.

Mode critique

Les ressources sont réservées aux fonctions prioritaires.

Retour au réseau

Le système se resynchronise progressivement.

Cette architecture ne signifie pas nécessairement autonomie totale.

Elle signifie :

capacité à maintenir certaines fonctions essentielles malgré une perturbation du réseau.


19. Définir les fonctions critiques

Toutes les consommations n’ont pas la même importance.

Un territoire peut identifier :

Niveau 1 — Vital

  • sécurité ;
  • communications essentielles ;
  • certaines installations sanitaires ;
  • alimentation en eau critique.

Niveau 2 — Prioritaire

  • chauffage ou refroidissement critique ;
  • chaînes alimentaires ;
  • infrastructures publiques essentielles.

Niveau 3 — Important

  • certains services économiques ;
  • bâtiments administratifs.

Niveau 4 — Flexible

  • usages pouvant être déplacés.

Niveau 5 — Interruptible

  • usages pouvant être arrêtés temporairement.

Cette hiérarchie permet au système de fonctionner en mode dégradé.


20. La résilience par dégradation contrôlée

Un réseau intelligent ne doit pas être conçu uniquement pour fonctionner parfaitement.

Il doit également être conçu pour mal fonctionner correctement.

Cette phrase peut sembler paradoxale.

Elle signifie :

lorsque les ressources diminuent, le système doit savoir quelles fonctions conserver, lesquelles réduire et lesquelles interrompre.

Un système sans stratégie de dégradation peut passer brutalement de :

normal → panne.

Un système résilient cherche plutôt :

normal → vigilance → tension → dégradation contrôlée → récupération.


21. La redondance des réseaux

La résilience dépend également des chemins disponibles.

Un système peut disposer de :

  • plusieurs producteurs ;
  • plusieurs stockages ;
  • plusieurs lignes ;
  • plusieurs sources ;
  • plusieurs systèmes de communication ;
  • plusieurs modes de commande.

Mais la redondance doit être pensée avec les défaillances communes.

Deux équipements installés dans le même local peuvent tomber simultanément.

Deux infrastructures dépendant du même réseau informatique peuvent être affectées par la même panne.

Deux ressources hydrauliques peuvent être touchées par la même sécheresse.

La véritable redondance doit donc être diversifiée.


22. Le réseau énergétique et le réseau numérique

Le smart grid crée une dépendance nouvelle.

L’énergie dépend de l’information.

Mais l’information dépend elle-même de l’énergie.

On crée donc une boucle :

énergie → numérique → pilotage → énergie.

Cette boucle constitue une force mais également une vulnérabilité.

Une panne informatique peut affecter le système énergétique.

Une panne énergétique peut affecter les communications.

Il faut donc prévoir :

  • alimentation de secours ;
  • communications redondantes ;
  • fonctionnement local ;
  • commandes manuelles ;
  • procédures dégradées.

23. La cybersécurité devient une infrastructure énergétique

Plus le réseau est connecté, plus la cybersécurité devient importante.

Il faut protéger :

  • capteurs ;
  • automates ;
  • systèmes de contrôle ;
  • réseaux ;
  • données ;
  • interfaces ;
  • accès administrateurs.

Mais la cybersécurité ne doit pas être limitée à la protection informatique.

Il faut également prévoir le fonctionnement du système lorsque le numérique n’est plus disponible.

La question devient :

Que reste-t-il du système si l’intelligence numérique disparaît temporairement ?

Un bon système possède un mode de secours.


24. Le principe du « manuel de survie »

Pour chaque fonction critique, il devrait exister :

  • un mode automatique ;
  • un mode semi-automatique ;
  • un mode manuel ;
  • une procédure d’urgence.

L’automatisation ne doit donc pas supprimer les compétences humaines.

Elle doit les compléter.


25. Les réseaux énergétiques multi-énergies

Le réseau intelligent du futur ne sera probablement pas uniquement électrique.

Il pourra intégrer :

  • électricité ;
  • chaleur ;
  • froid ;
  • biomasse ;
  • biogaz ;
  • éventuellement d’autres vecteurs énergétiques.

On parle alors de couplage sectoriel.

Une production électrique peut alimenter une pompe à chaleur.

Une production de chaleur peut alimenter un réseau thermique.

Une production de biogaz peut fournir de la chaleur ou d’autres services énergétiques selon l’installation.

Le système devient interconnecté.


26. Le couplage énergie-eau

L’eau et l’énergie sont intimement liées.

Il faut de l’énergie pour :

  • pomper ;
  • traiter ;
  • distribuer ;
  • chauffer ;
  • refroidir.

Mais certaines ressources énergétiques dépendent également de l’eau.

Le territoire doit donc éviter de concevoir les deux systèmes séparément.

Une stratégie Omakëya™ associe :

énergie ↔ eau ↔ agriculture ↔ climat.


27. Le couplage énergie-agriculture

L’agriculture peut devenir un acteur du smart grid.

Certains usages sont potentiellement flexibles :

  • irrigation ;
  • pompage ;
  • stockage frigorifique ;
  • ventilation ;
  • chauffage de serres ;
  • transformation ;
  • recharge de matériel électrique.

Mais cette flexibilité possède des limites biologiques.

On ne peut pas déplacer arbitrairement :

  • un besoin d’eau d’une culture ;
  • une température nécessaire à un animal ;
  • une durée de conservation alimentaire.

La flexibilité agricole doit donc respecter le vivant.


28. Les véhicules électriques comme éléments du réseau

Les véhicules électriques introduisent un stockage distribué.

Une flotte importante représente potentiellement une capacité énergétique considérable.

Mais cette capacité n’est pas automatiquement disponible.

Il faut tenir compte :

  • des horaires ;
  • des besoins de mobilité ;
  • de la disponibilité des véhicules ;
  • de la puissance de charge ;
  • de la dégradation des batteries ;
  • des contrats ;
  • de l’acceptabilité.

Le véhicule reste avant tout un moyen de transport.

Son utilisation comme ressource énergétique doit donc respecter sa fonction première.


29. Les communautés énergétiques

Le réseau intelligent permet également de mutualiser certaines ressources.

Plusieurs acteurs peuvent être reliés :

  • habitants ;
  • agriculteurs ;
  • entreprises ;
  • bâtiments publics ;
  • équipements collectifs.

Le principe est :

produire → consommer → stocker → échanger → équilibrer.

La mutualisation peut améliorer l’utilisation des ressources locales, mais elle exige :

  • gouvernance ;
  • règles ;
  • comptage ;
  • maintenance ;
  • responsabilité ;
  • cybersécurité ;
  • financement.

30. L’énergie comme commun territorial

À certaines échelles, l’énergie peut être considérée comme un objet collectif.

Les questions deviennent alors :

  • Qui investit ?
  • Qui possède ?
  • Qui entretient ?
  • Qui bénéficie ?
  • Qui supporte les risques ?
  • Qui décide ?
  • Qui paie lorsque le système doit être renforcé ?

Un réseau intelligent est donc également une infrastructure de gouvernance.


31. Le stockage distribué

Au lieu d’une seule immense batterie, un territoire peut posséder plusieurs formes de stockage :

  • batteries individuelles ;
  • batteries collectives ;
  • stockage thermique ;
  • véhicules ;
  • ballon d’eau chaude ;
  • biomasse ;
  • biogaz.

Cette architecture distribuée peut créer de la résilience.

Mais elle augmente aussi :

  • la complexité ;
  • le besoin de coordination ;
  • les besoins de maintenance ;
  • les besoins de cybersécurité.

La distribution n’est donc pas automatiquement meilleure.

Elle doit être conçue.


32. L’intelligence distribuée

Le pilotage peut lui aussi être distribué.

Au lieu d’un seul contrôleur central :

capteur → contrôleur local → réseau → contrôleur territorial.

Chaque niveau possède une fonction.

Niveau local

Réagit rapidement.

Niveau bâtiment

Optimise les usages.

Niveau quartier

Mutualise.

Niveau territorial

Coordonne.

Niveau régional

Équilibre les ressources plus larges.

Cette architecture peut limiter la dépendance à un seul point de défaillance.


33. Le temps de réaction

Toutes les décisions ne nécessitent pas la même vitesse.

Certaines actions doivent être réalisées :

  • en millisecondes ;
  • en secondes ;
  • en minutes ;
  • en heures ;
  • en jours ;
  • en saisons.

Le réseau intelligent doit donc posséder plusieurs niveaux temporels.

Temps très court

Protection électrique.

Minutes

Équilibrage.

Heures

Stockage et flexibilité.

Jours

Prévision météorologique.

Saisons

Planification énergétique.

Années

Investissements et adaptation territoriale.


34. Les données doivent devenir une infrastructure

Un territoire intelligent possède une architecture de données.

Elle doit permettre de relier :

  • production ;
  • consommation ;
  • stockage ;
  • météo ;
  • eau ;
  • agriculture ;
  • bâtiments ;
  • réseaux.

Mais toutes les données ne doivent pas être collectées simplement parce qu’elles sont disponibles.

La règle Omakëya™ devient :

Mesurer ce qui permet de comprendre, décider et agir.


35. Le tableau de bord territorial

Un tableau de bord pourrait présenter :

IndicateurQuestion
Production instantanéeCombien produit-on maintenant ?
ConsommationCombien consomme-t-on ?
StockageQuelle réserve est disponible ?
Puissance disponiblePeut-on répondre au prochain pic ?
PrévisionQue va-t-il se passer ?
FlexibilitéQuels usages peuvent être déplacés ?
RéseauQuelles contraintes existent ?
ÉmissionsQuel est le bilan environnemental ?
EauQuelle dépendance hydrique ?
RésilienceCombien de temps peut-on maintenir les fonctions critiques ?
NumériqueLes systèmes de pilotage sont-ils disponibles ?

36. Un indicateur simple d’autonomie temporelle

Pour un stockage énergétique donné, on peut définir de manière conceptuelle :

[
A_e=\frac{E_{\text{disponible}}}{D_{\text{journalier}}}
]

où :

  • (E_{\text{disponible}}) représente l’énergie effectivement mobilisable ;
  • (D_{\text{journalier}}) représente la demande quotidienne.

On obtient une durée théorique.

Mais cette relation possède une limite majeure :

elle ignore la puissance.

Une batterie peut contenir suffisamment d’énergie pour plusieurs jours mais être incapable de fournir instantanément la puissance nécessaire à une fonction critique.

Il faut donc toujours considérer :

énergie + puissance + durée + usages.


37. Le concept de « réserve fonctionnelle »

La meilleure question n’est donc pas :

« Combien de kWh avons-nous ? »

Mais :

« Combien de temps pouvons-nous maintenir chacune de nos fonctions critiques ? »

On peut ainsi définir des réserves différentes :

  • réserve eau ;
  • réserve chauffage ;
  • réserve froid ;
  • réserve communications ;
  • réserve alimentation ;
  • réserve mobilité ;
  • réserve électrique.

La résilience devient fonctionnelle.


38. Les scénarios de stress

Le réseau intelligent doit être testé avant la crise.

Scénario 1

Production solaire très faible.

Scénario 2

Forte consommation estivale.

Scénario 3

Vague de froid.

Scénario 4

Panne réseau.

Scénario 5

Panne numérique.

Scénario 6

Indisponibilité d’un stockage.

Scénario 7

Sécheresse prolongée.

Scénario 8

Plusieurs événements simultanés.

Le dernier scénario est particulièrement important.

Les crises réelles sont rarement parfaitement isolées.


39. Les risques composés

Une canicule peut provoquer simultanément :

température élevée → demande de refroidissement → consommation électrique élevée → faible disponibilité de certaines ressources → stress hydrique → contraintes supplémentaires.

Un réseau résilient doit donc être testé sur les interactions.

Le territoire ne doit pas seulement demander :

« Que se passe-t-il si X tombe en panne ? »

Mais :

« Que se passe-t-il si X, Y et Z deviennent simultanément défavorables ? »


40. Le réseau énergétique comme système adaptatif

Nous pouvons maintenant définir le réseau énergétique Omakëya™ comme :

[
R_e=f(P,C,S,F,I,G,T)
]

où :

  • (P) = production ;
  • (C) = consommation ;
  • (S) = stockage ;
  • (F) = flexibilité ;
  • (I) = information ;
  • (G) = gouvernance ;
  • (T) = temporalité.

Cette relation n’est pas une loi physique.

C’est une grille conceptuelle permettant de rappeler qu’un réseau énergétique résilient ne se résume pas à ses centrales ou à ses batteries.


41. La boucle complète du réseau intelligent Omakëya™

Le système peut être représenté ainsi :

RESSOURCES

PRODUCTION

TRANSFORMATION

STOCKAGE

RÉSEAUX

USAGES

RÉCUPÉRATION

NOUVELLES RESSOURCES

Mais autour de cette boucle :

MESURER → PRÉVOIR → PILOTER → VÉRIFIER → ADAPTER.

Le système énergétique possède alors son propre système nerveux.


42. Le système nerveux du territoire

Cette métaphore permet de comprendre l’architecture :

  • capteurs = sens ;
  • réseaux de communication = système nerveux ;
  • logiciels = système de traitement ;
  • contrôleurs = mécanismes de décision ;
  • actionneurs = muscles ;
  • batteries = réserves ;
  • réseaux énergétiques = système circulatoire ;
  • bâtiments et infrastructures = organes ;
  • gouvernance = fonctions de coordination.

Il ne s’agit évidemment pas d’affirmer qu’un territoire est biologiquement un organisme.

Il s’agit d’utiliser le fonctionnement d’un organisme comme modèle conceptuel d’ingénierie.


43. Ce que l’IA ne doit jamais remplacer

Même un système très automatisé doit conserver :

  • des limites de sécurité ;
  • des règles physiques ;
  • des protections indépendantes ;
  • des modes locaux ;
  • des procédures manuelles ;
  • des opérateurs compétents.

Un algorithme peut optimiser.

Il ne doit pas pouvoir contourner les protections fondamentales.

La résilience numérique repose donc paradoxalement sur une idée simple :

Prévoir l’échec du numérique.


44. Concevoir le réseau pour l’évolution

Un réseau construit aujourd’hui fonctionnera potentiellement pendant plusieurs décennies.

Mais les conditions vont changer :

  • technologies ;
  • consommation ;
  • climat ;
  • mobilité ;
  • agriculture ;
  • prix ;
  • réglementations ;
  • ressources ;
  • population.

Il faut donc privilégier une architecture :

  • modulaire ;
  • évolutive ;
  • documentée ;
  • maintenable ;
  • interopérable.

Une infrastructure figée peut devenir rapidement obsolète.


45. La maintenance comme composante de l’intelligence

Un réseau intelligent mal entretenu devient rapidement un réseau complexe et fragile.

Il faut donc surveiller :

  • batteries ;
  • capteurs ;
  • câbles ;
  • logiciels ;
  • convertisseurs ;
  • onduleurs ;
  • pompes ;
  • vannes ;
  • équipements thermiques.

La maintenance prédictive peut aider.

Mais elle ne remplace pas la maintenance réelle.

Un système intelligent doit également être entretenable.


46. L’intelligence doit rester sobre

Il existe un risque :

ajouter tellement de capteurs, de logiciels et de systèmes de contrôle que l’infrastructure devient plus complexe que le problème qu’elle devait résoudre.

L’intelligence territoriale doit donc respecter une règle :

complexité utile, pas complexité décorative.

Chaque capteur doit avoir une fonction.

Chaque donnée doit avoir un usage.

Chaque automatisation doit apporter un bénéfice mesurable.

Chaque dépendance numérique doit posséder une solution de secours proportionnée à son importance.


47. Smart grid et sobriété

Le smart grid ne doit pas être utilisé uniquement pour permettre de consommer davantage.

Il doit également permettre de :

  • détecter les gaspillages ;
  • réduire les pointes ;
  • optimiser les températures ;
  • éviter des pertes ;
  • synchroniser les usages ;
  • valoriser les surplus ;
  • réduire les besoins de stockage.

Le numérique devient alors un outil de sobriété.


48. Smart grid et paysage

Nous revenons finalement au chapitre précédent.

Le réseau intelligent ne doit pas être séparé du paysage énergétique.

Les deux fonctionnent ensemble :

paysage → production → stockage → réseau → usages → paysage.

Un territoire végétalisé peut réduire certains besoins thermiques.

Une toiture peut produire.

Une batterie peut stocker.

Un réseau peut mutualiser.

Une haie peut modifier un microclimat.

Une agriculture peut produire de la biomasse.

Une infrastructure peut récupérer de la chaleur.

L’ensemble forme un métabolisme territorial.


49. La méthode Omakëya™ des réseaux intelligents

La conception peut suivre la séquence :

1. Observer

Le territoire, les bâtiments, les usages et les infrastructures.

2. Comprendre

Les flux énergétiques.

3. Mesurer

Production, consommation, puissance, stockage.

4. Cartographier

Réseaux, ressources, usages, fonctions critiques.

5. Prévoir

Météo, consommation, production.

6. Dimensionner

Production, stockage, réseau, secours.

7. Piloter

Automatisation et flexibilité.

8. Sécuriser

Redondance, cybersécurité, modes dégradés.

9. Simuler

Scénarios normaux et extrêmes.

10. Tester

Fonctionnement réel.

11. Mesurer

Performance et résilience.

12. Adapter

Modifier progressivement l’architecture.


50. Architecture finale d’un territoire énergétique intelligent

Un système territorial complet peut finalement être représenté ainsi :

RESSOURCES

Soleil — Eau — Biomasse — Géothermie — Vent

PRODUCTION

Photovoltaïque — Solaire thermique — Hydro — Biomasse — Méthanisation — Géothermie

STOCKAGE

Batteries — Chaleur — Eau chaude — Biogaz — Biomasse — Véhicules

RÉSEAUX

Électricité — Chaleur — Gaz renouvelable — Données

USAGES

Habitat — Agriculture — Industrie — Mobilité — Services

RÉCUPÉRATION

Chaleur — Matière organique — Eau — Énergie résiduelle

RETOUR AU SYSTÈME

Et autour de tout cela :

CAPTEURS → DONNÉES → IA → PILOTAGE → ACTION → MESURE → ADAPTATION.

C’est le passage du simple réseau énergétique au métabolisme énergétique territorial intelligent.


51. Le territoire qui sait s’adapter

Le réseau énergétique du futur ne sera pas seulement plus renouvelable.

Il devra également être :

  • plus distribué ;
  • plus flexible ;
  • plus mesuré ;
  • plus prévisible ;
  • plus modulaire ;
  • plus interconnecté ;
  • plus résilient ;
  • plus sobre.

Les smart grids ne constituent donc pas simplement une modernisation informatique du réseau électrique.

Ils représentent une transformation de la manière dont le territoire produit, consomme, stocke et échange l’énergie.

Le stockage permet de déplacer l’énergie dans le temps.

La flexibilité permet de déplacer certains usages.

Les réseaux permettent de mutualiser.

Les capteurs permettent d’observer.

Les modèles permettent de prévoir.

L’IA permet d’explorer et d’optimiser certaines décisions.

Les micro-réseaux permettent de créer des niveaux supplémentaires de résilience.

Les modes dégradés permettent de conserver les fonctions essentielles lorsque le système est soumis à une perturbation.

Mais aucune technologie ne suffit seule.

La véritable intelligence énergétique naît de l’interaction entre :

sobriété + efficacité + production + stockage + flexibilité + réseau + information + gouvernance + maintenance.

Principe Omakëya™

NE CHERCHEZ PAS À RENDRE LE RÉSEAU ÉNERGÉTIQUE SIMPLEMENT PLUS INTELLIGENT. RENDEZ L’ENSEMBLE DU TERRITOIRE CAPABLE D’OBSERVER, DE PRÉVOIR, DE STOCKER, DE COOPÉRER, DE SE DÉGRADER SANS S’EFFONDRER ET DE REVENIR À L’ÉQUILIBRE APRÈS UNE PERTURBATION.

Le véritable smart grid n’est donc pas seulement un réseau électrique intelligent.

C’est un réseau territorial capable d’apprendre et de s’adapter.

Et cette évolution ouvre naturellement une nouvelle étape :

Si les bâtiments, les exploitations agricoles, les quartiers, les entreprises et les collectivités deviennent simultanément producteurs, consommateurs, stockeurs et gestionnaires d’énergie, comment organiser leurs échanges pour créer de véritables communautés énergétiques territoriales ?

La prochaine étape sera donc celle de la mutualisation énergétique : communautés énergétiques, échanges locaux, autoconsommation collective, partage des stockages, réseaux de chaleur, coopération entre producteurs et consommateurs et gouvernance énergétique territoriale.