AGROCLIMATOLOGIE : LES INFRASTRUCTURES ÉCOLOGIQUES

LES INFRASTRUCTURES ÉCOLOGIQUES

Haies — Ripisylves — Bandes fleuries — Agroforesterie — Continuités forestières

Un territoire résilient ne repose pas uniquement sur des espaces naturels protégés.

Il repose également sur une multitude de structures écologiques fonctionnelles, parfois très anciennes, parfois créées récemment, capables d’organiser les flux du vivant, de l’eau, du carbone, de l’énergie et de la matière.

Une haie peut être un corridor écologique, un brise-vent, un refuge pour la biodiversité, une infrastructure agricole et un dispositif agroclimatique.

Une ripisylve peut simultanément protéger une rivière, ralentir l’érosion, créer de l’ombre, filtrer certains flux, fournir des habitats et maintenir une continuité écologique.

Une bande fleurie peut sembler modeste à l’échelle d’une exploitation, mais devenir un maillon essentiel d’un réseau de pollinisateurs.

L’agroforesterie peut associer production agricole, arbres, sols, biodiversité, eau et microclimat.

Une continuité forestière peut relier plusieurs massifs et permettre aux espèces de circuler tout en constituant une infrastructure climatique majeure.

Ces éléments ont donc une caractéristique commune :

ils produisent plusieurs fonctions simultanément.

C’est précisément cette multifonctionnalité qui leur donne une valeur stratégique dans la conception des territoires résilients.


1. De l’espace naturel à l’infrastructure écologique

Le mot « infrastructure » évoque habituellement :

  • routes ;
  • ponts ;
  • réseaux d’eau ;
  • réseaux électriques ;
  • bâtiments ;
  • ouvrages hydrauliques.

Pourtant, un territoire fonctionne également grâce à des infrastructures biologiques.

Une haie organise le vent.

Une forêt stocke du carbone et de l’eau, influence le microclimat et fournit des habitats.

Une ripisylve stabilise les berges et crée une continuité écologique.

Une zone humide stocke temporairement de l’eau et fournit des habitats.

Un sol vivant infiltre, stocke et transforme.

L’infrastructure écologique peut donc être définie comme :

une structure vivante ou semi-naturelle organisée dans l’espace et capable d’assurer durablement une ou plusieurs fonctions écologiques, climatiques, hydrologiques, biologiques ou productives.

Cette définition introduit une différence essentielle.

La végétation n’est pas simplement une décoration.

Elle peut être une infrastructure territoriale.


2. Les fonctions fondamentales

Une infrastructure écologique peut remplir simultanément plusieurs fonctions.

FonctionExemple
Biodiversitéhabitat
Connectivitécorridor
Hydrologieralentissement du ruissellement
Sollimitation de l’érosion
Climatombre et régulation microclimatique
Ventbrise-vent
Carbonebiomasse et sols
Productionfruits, bois, fourrage
Agricultureauxiliaires et pollinisation
Paysagestructure du territoire
Eaufiltration ou protection des berges
Sociétépaysage, promenade, cadre de vie

Cette multifonctionnalité constitue l’un des fondements de l’approche Omakëya™.


3. La multifonctionnalité comme principe de conception

Il ne faut cependant pas supposer que toutes les fonctions peuvent être maximisées simultanément.

Une haie très dense peut être excellente pour certaines espèces mais créer davantage d’ombre sur une culture.

Une ripisylve très développée peut améliorer certains habitats mais compliquer localement l’accès à l’eau.

Une agroforesterie très dense peut augmenter certaines fonctions écologiques mais réduire la production d’une culture donnée.

La question n’est donc pas :

« Comment maximiser la biodiversité ? »

mais :

« Comment optimiser l’ensemble des fonctions du système sans compromettre ses fonctions critiques ? »


4. Les haies : l’infrastructure linéaire fondamentale

La haie est probablement l’une des infrastructures écologiques les plus polyvalentes du territoire agricole et rural.

Elle peut :

  • connecter des habitats ;
  • protéger du vent ;
  • réduire certains phénomènes d’érosion ;
  • fournir des ressources alimentaires ;
  • abriter des auxiliaires ;
  • créer de l’ombre ;
  • stocker du carbone ;
  • structurer le paysage ;
  • contribuer à la gestion de l’eau.

Elle constitue donc une infrastructure verte, biologique et agroclimatique.


5. Une haie n’est pas seulement une ligne d’arbustes

Une haie fonctionnelle possède généralement plusieurs composantes :

  • arbres ;
  • arbustes ;
  • plantes herbacées ;
  • litière ;
  • bois mort ;
  • racines ;
  • champignons ;
  • microorganismes.

Elle doit donc être pensée comme une épaisseur écologique.

La représentation cartographique par une simple ligne est utile administrativement, mais insuffisante biologiquement.


6. Haies et vent

La haie peut agir comme un filtre aérodynamique.

Une haie totalement imperméable n’est pas nécessairement optimale.

Une structure semi-perméable peut permettre de réduire la vitesse du vent tout en limitant certains phénomènes de turbulence.

La conception dépend :

  • de la hauteur ;
  • de la porosité ;
  • de la largeur ;
  • de la structure ;
  • de la direction du vent ;
  • de la saison ;
  • de la configuration du terrain.

La haie devient alors une véritable infrastructure climatique.


7. Haies et agriculture

Dans un système agricole, la haie peut contribuer à :

  • protéger certaines cultures ;
  • offrir des habitats aux auxiliaires ;
  • fournir des ressources aux pollinisateurs ;
  • réduire certains transferts éoliens ;
  • limiter l’érosion ;
  • structurer les parcelles.

Mais son effet doit être évalué localement.

Une haie n’est pas automatiquement bénéfique dans toutes les configurations.

Il faut analyser :

  • orientation ;
  • distance aux cultures ;
  • hauteur ;
  • espèces ;
  • compétition racinaire ;
  • disponibilité en eau ;
  • exposition.

8. Haies et biodiversité

Une haie peut fournir :

  • nourriture ;
  • abris ;
  • sites de reproduction ;
  • refuges ;
  • déplacements ;
  • zones d’hivernage.

Sa qualité dépend notamment de sa diversité structurelle.

Une haie composée d’une seule espèce et entretenue très régulièrement n’offre pas les mêmes fonctions qu’une haie diversifiée comportant plusieurs strates.


9. Haies et trames écologiques

La haie peut constituer :

  • un corridor vert ;
  • un habitat ;
  • un habitat-relais ;
  • une lisière ;
  • une connexion entre deux boisements.

Elle peut également connecter des infrastructures différentes :

forêt → haie → prairie → bosquet → jardin → parc → forêt.

La haie devient alors une pièce élémentaire du réseau territorial.


10. Les ripisylves : infrastructures écologiques bleues et vertes

La ripisylve est la végétation associée aux cours d’eau et à leurs abords.

Elle constitue une interface particulièrement stratégique entre :

  • terre ;
  • eau ;
  • sol ;
  • atmosphère ;
  • biodiversité.

Elle peut contribuer à :

  • stabiliser les berges ;
  • créer de l’ombre ;
  • fournir des habitats ;
  • maintenir une continuité écologique ;
  • ralentir certains transferts ;
  • limiter localement l’érosion ;
  • contribuer au fonctionnement des zones riveraines.

11. La ripisylve comme interface

La force de la ripisylve vient précisément de sa position.

Elle se trouve à l’interface de plusieurs systèmes :

bassin versant → sol → végétation → rivière → nappe → atmosphère.

Elle doit donc être étudiée conjointement avec :

  • hydrologie ;
  • géomorphologie ;
  • écologie ;
  • pédologie ;
  • climat.

12. Ripisylves et température de l’eau

L’ombrage des cours d’eau peut contribuer à limiter certains échauffements de l’eau.

Cela peut avoir des conséquences écologiques importantes, notamment lorsque les températures deviennent élevées.

La ripisylve participe ainsi à la création d’une infrastructure thermique naturelle.

Mais son fonctionnement dépend du contexte :

  • largeur ;
  • hauteur de végétation ;
  • orientation ;
  • largeur du cours d’eau ;
  • débit ;
  • saison ;
  • état de la végétation.

13. Ripisylves et corridors

Les cours d’eau constituent souvent des axes de déplacement.

La ripisylve renforce cette continuité en associant :

corridor aquatique + corridor terrestre + corridor végétal.

Elle représente donc un exemple particulièrement intéressant d’infrastructure multifonctionnelle.


14. Les bandes fleuries

Les bandes fleuries sont souvent considérées comme de simples espaces esthétiques.

Dans une approche écologique, elles peuvent devenir des infrastructures biologiques à petite échelle.

Elles peuvent fournir :

  • nectar ;
  • pollen ;
  • habitats ;
  • refuges ;
  • ressources saisonnières ;
  • continuités entre parcelles.

15. La continuité florale

Une bande fleurie n’est réellement intéressante à l’échelle territoriale que si elle s’inscrit dans une succession temporelle.

Il faut rechercher :

une continuité de ressources plutôt qu’une simple floraison spectaculaire.

Une succession de plantes ayant des périodes de floraison différentes peut fournir des ressources sur une période plus longue.

Il faut également considérer :

  • graines ;
  • fruits ;
  • tiges ;
  • feuilles ;
  • abris hivernaux.

16. Bandes fleuries et agriculture

Elles peuvent contribuer à créer des habitats pour certains pollinisateurs et auxiliaires.

Mais leur efficacité dépend :

  • de la composition végétale ;
  • de la gestion ;
  • de la largeur ;
  • de la continuité ;
  • de la présence d’habitats complémentaires ;
  • des pratiques agricoles voisines.

Une bande fleurie isolée au milieu d’un paysage très hostile ne possède pas nécessairement la même valeur qu’un réseau de bandes reliées à des haies, bosquets et prairies.


17. De la bande fleurie au réseau floral

L’objectif peut donc être de construire :

bande fleurie → haie → bosquet → prairie → verger → forêt.

Cette succession crée une véritable trame alimentaire pour les organismes.

Elle transforme des éléments ponctuels en réseau.


18. L’agroforesterie comme infrastructure écologique productive

L’agroforesterie constitue une autre forme d’infrastructure.

Elle associe dans un même système :

  • arbres ;
  • cultures ;
  • éventuellement élevage ;
  • sols ;
  • eau ;
  • biodiversité.

L’arbre n’est plus simplement installé autour de la parcelle.

Il devient une composante du système de production.


19. Les fonctions agroclimatiques de l’arbre

L’arbre peut modifier :

  • rayonnement ;
  • température ;
  • humidité ;
  • vent ;
  • évapotranspiration ;
  • structure du sol ;
  • disponibilité de matière organique.

Mais il ne faut jamais considérer l’arbre comme une « machine climatique » indépendante de l’eau.

Son fonctionnement dépend notamment de :

  • disponibilité hydrique ;
  • profondeur du sol ;
  • architecture racinaire ;
  • climat ;
  • espèce ;
  • densité ;
  • concurrence.

20. Agroforesterie et sol

Les arbres apportent :

  • litière ;
  • racines ;
  • matière organique ;
  • structure ;
  • diversité biologique.

Le système racinaire peut également exploiter des volumes de sol différents de ceux de certaines cultures.

Mais les interactions racinaires sont complexes.

L’objectif n’est donc pas de supposer que l’arbre « améliore toujours » le sol, mais de concevoir une complémentarité entre :

profondeur racinaire + ressources + temporalité + disponibilité en eau.


21. Agroforesterie et biodiversité

Une parcelle agroforestière peut multiplier les niches :

  • arbres ;
  • arbustes ;
  • herbacées ;
  • sol ;
  • litière ;
  • cavités ;
  • bois mort.

Elle peut donc constituer une infrastructure intermédiaire entre agriculture et écosystème forestier.

Elle ne remplace cependant pas automatiquement une forêt naturelle.

Les fonctions ne sont pas identiques.


22. Agroforesterie et production

L’objectif n’est pas nécessairement de maximiser uniquement la production annuelle d’une culture.

Il faut considérer le système productif total :

  • culture ;
  • fruits ;
  • bois ;
  • fourrage ;
  • biomasse ;
  • services écologiques ;
  • protection des sols ;
  • résilience climatique.

On passe ainsi d’une logique de rendement unique à une logique de production multifonctionnelle.


23. Les continuités forestières

Les continuités forestières relient les massifs entre eux.

Elles peuvent être constituées de :

  • forêts ;
  • boisements ;
  • haies ;
  • bosquets ;
  • ripisylves ;
  • bandes boisées ;
  • habitats-relais.

Leur objectif est de réduire l’isolement des populations et de maintenir une continuité paysagère suffisante pour certaines espèces.


24. Forêt continue et forêt fragmentée

Deux territoires peuvent posséder exactement la même surface forestière totale mais présenter des fonctionnements écologiques très différents.

Territoire A

Un grand massif compact.

Territoire B

De nombreux petits bois isolés.

La surface totale peut être comparable.

La connectivité, elle, ne l’est pas.

Cela montre pourquoi :

surface forestière ≠ continuité forestière.


25. Les lisières comme infrastructures

La lisière forestière est une zone de transition.

Elle peut présenter :

  • lumière intermédiaire ;
  • végétation diversifiée ;
  • microclimat particulier ;
  • ressources alimentaires ;
  • habitats spécifiques.

Une bonne conception ne cherche donc pas nécessairement à produire uniquement des frontières nettes.

Elle peut créer des gradients écologiques.


26. Continuités forestières et climat futur

Les forêts constituent également des infrastructures d’adaptation.

Lorsque le climat évolue, les espèces peuvent avoir besoin de se déplacer.

La continuité permet potentiellement de faciliter cette dynamique.

Il faut alors identifier :

  • refuges thermiques ;
  • vallées fraîches ;
  • altitudes ;
  • expositions favorables ;
  • continuités hydriques ;
  • futurs habitats potentiels.

Le corridor forestier doit être pensé non seulement pour les espèces actuelles, mais pour les conditions futures.


27. Les infrastructures écologiques comme réseau

Les différentes infrastructures deviennent réellement puissantes lorsqu’elles sont connectées.

On peut obtenir :

Forêt

Haie

Agroforesterie

Bande fleurie

Ripisylve

Zone humide

Forêt

Ce réseau associe plusieurs trames.


28. Une infrastructure peut appartenir à plusieurs trames

Une haie peut appartenir simultanément :

  • à la trame verte ;
  • à la trame brune ;
  • à la trame climatique ;
  • au réseau agricole ;
  • au réseau hydrologique indirect ;
  • au réseau paysager.

Une ripisylve appartient :

  • à la trame bleue ;
  • à la trame verte ;
  • à la trame brune ;
  • au réseau climatique.

L’agroforesterie appartient :

  • au réseau agricole ;
  • au réseau forestier ;
  • au réseau biologique ;
  • au réseau climatique ;
  • au réseau des sols.

Il faut donc abandonner les classifications trop rigides.


29. Concevoir des infrastructures en réseau

La conception territoriale doit rechercher :

Des nœuds

  • forêts ;
  • zones humides ;
  • grands bosquets ;
  • prairies ;
  • vergers.

Des liens

  • haies ;
  • ripisylves ;
  • bandes boisées ;
  • bandes fleuries.

Des relais

  • arbres isolés ;
  • jardins ;
  • mares ;
  • petits bosquets.

Des zones de transition

  • lisières ;
  • prairies ;
  • interfaces agricoles/forestières.

Cette organisation crée un réseau plus robuste qu’une succession d’espaces isolés.


30. Les infrastructures écologiques face aux infrastructures grises

L’objectif n’est pas de remplacer systématiquement les infrastructures techniques.

Il faut plutôt rechercher la complémentarité.

Par exemple :

route + passage à faune + haies de guidage

ou :

ville + réseau d’arbres + noues + réseau d’assainissement

ou :

agriculture + haies + fossés végétalisés + ouvrages hydrauliques.

La résilience vient souvent de la combinaison :

infrastructure grise + infrastructure écologique.


31. Les infrastructures écologiques comme solutions fondées sur les processus

Une infrastructure écologique efficace ne doit pas être conçue uniquement pour son apparence.

Il faut comprendre les processus :

  • déplacement ;
  • infiltration ;
  • évapotranspiration ;
  • pollinisation ;
  • dispersion ;
  • décomposition ;
  • stockage ;
  • prédation ;
  • reproduction.

La conception devient alors une forme d’ingénierie des processus vivants.


32. Concevoir avant de planter

Une plantation ne doit jamais être la première étape.

La séquence Omakëya™ devient :

Diagnostic → Fonction → Localisation → Connexion → Conception → Plantation → Gestion → Mesure → Adaptation.

Il faut d’abord déterminer :

Quelle fonction manque ?

Puis :

Quelle infrastructure peut remplir cette fonction ?


33. Choisir la bonne infrastructure

ProblèmeInfrastructure potentielle
VentHaie
RuissellementHaie, bande enherbée, noue
ÉrosionHaie, couverture végétale
Isolement forestierHaie, bosquet, boisement
Déficit de pollinisateursBande fleurie + habitats
Dégradation d’une rivièreRipisylve
Manque de diversité agricoleAgroforesterie
Fragmentation forestièreContinuité boisée
Manque d’ombreArbres, haies, canopée
Sol dégradéVégétation pérenne + restauration du sol

Cette table n’est qu’un cadre de départ.

Le diagnostic local doit déterminer la solution réelle.


34. Protection avant restauration

La hiérarchie doit rester :

Protéger → maintenir → améliorer → restaurer → reconnecter → créer.

Une infrastructure écologique ancienne possède souvent une maturité difficilement reproductible à court terme.

La conservation de l’existant doit donc être prioritaire.


35. Restaurer les infrastructures dégradées

Une restauration peut concerner :

  • continuité ;
  • structure ;
  • diversité ;
  • sol ;
  • eau ;
  • gestion ;
  • connectivité.

Une haie peut être restaurée progressivement.

Une ripisylve peut être reconnectée.

Une continuité forestière peut être reconstituée par étapes.

Une bande fleurie peut être intégrée à un réseau plus large.

La restauration est donc rarement un acte unique.


36. La gestion fait partie de l’infrastructure

Une infrastructure écologique n’est jamais simplement « plantée ».

Elle doit vivre.

Il faut donc définir :

  • fréquence d’entretien ;
  • taille ;
  • fauche ;
  • renouvellement ;
  • gestion du bois mort ;
  • gestion des espèces invasives ;
  • gestion de l’eau ;
  • accès ;
  • protection contre les dégradations.

La maintenance écologique fait partie de la conception initiale.


37. Le temps comme dimension de l’infrastructure

Une haie de 2026 n’est pas celle de 2050.

Un jeune boisement n’est pas une forêt mature.

Une bande fleurie évolue chaque année.

Une ripisylve peut changer avec la dynamique du cours d’eau.

L’infrastructure écologique doit donc être conçue en quatre dimensions :

X + Y + Z + temps.


38. Mesurer la performance

La performance peut être suivie avec des indicateurs.

Biodiversité

  • richesse spécifique ;
  • présence d’espèces indicatrices ;
  • diversité fonctionnelle ;
  • fréquentation.

Connectivité

  • distance entre habitats ;
  • continuité ;
  • nombre de ruptures ;
  • utilisation observée.

Hydrologie

  • ruissellement ;
  • infiltration ;
  • érosion ;
  • humidité des sols.

Climat

  • température ;
  • humidité ;
  • vent ;
  • rayonnement.

Agriculture

  • rendement ;
  • stabilité du rendement ;
  • auxiliaires ;
  • pollinisation.

Carbone

  • biomasse ;
  • matière organique ;
  • carbone du sol.

39. Cartographier les infrastructures écologiques

Le SIG territorial peut créer une carte spécifique des infrastructures écologiques.

Elle peut représenter :

  • haies ;
  • ripisylves ;
  • bandes fleuries ;
  • bosquets ;
  • agroforesterie ;
  • forêts ;
  • zones humides ;
  • mares ;
  • prairies ;
  • arbres remarquables ;
  • continuités ;
  • ruptures.

Cette carte peut ensuite être croisée avec :

  • climat ;
  • hydrologie ;
  • sols ;
  • agriculture ;
  • urbanisation ;
  • biodiversité.

On obtient alors une carte territoriale des fonctions écologiques.


40. Carte des déficits écologiques

Une étape supplémentaire consiste à cartographier non pas seulement ce qui existe, mais ce qui manque.

Par exemple :

  • déficit de haies ;
  • déficit d’ombre ;
  • déficit de corridors ;
  • déficit de zones humides ;
  • déficit de refuges climatiques ;
  • déficit de sols vivants ;
  • déficit de continuité forestière.

Cette approche transforme le diagnostic en carte des opportunités de restauration.


41. Prioriser les interventions

Toutes les infrastructures ne doivent pas être créées simultanément.

La priorité peut être donnée aux secteurs présentant :

  • forte fragmentation ;
  • forte vulnérabilité climatique ;
  • forte érosion ;
  • déficit de biodiversité ;
  • importance hydrologique ;
  • importance agricole ;
  • présence de réservoirs biologiques proches ;
  • fort potentiel de reconnexion.

On peut conceptualiser :

[
P_i=f(V_c,F,E_h,C_e,R_p)
]

où :

  • (P_i) = priorité d’intervention ;
  • (V_c) = vulnérabilité climatique ;
  • (F) = fragmentation ;
  • (E_h) = enjeu hydrologique ;
  • (C_e) = connectivité écologique ;
  • (R_p) = potentiel de restauration.

Cette relation est une fonction conceptuelle d’aide à la décision, et non une équation universelle.


42. Construire un maillage territorial

L’objectif final n’est pas de multiplier les infrastructures.

Il est de construire un maillage cohérent.

Un territoire peut ainsi être organisé par :

  • grands réservoirs ;
  • corridors ;
  • infrastructures relais ;
  • zones de transition ;
  • infrastructures hydrologiques ;
  • infrastructures agricoles ;
  • refuges climatiques.

Le maillage doit être suffisamment dense pour maintenir les fonctions critiques, mais suffisamment sobre pour rester réalisable et durable.


43. Les infrastructures écologiques dans les villages

Dans un village, on peut connecter :

jardins → haies → vergers → mares → prairies → bosquets → forêt.

Les espaces privés peuvent ainsi compléter les infrastructures publiques.

La frontière entre nature « publique » et nature « privée » devient moins importante que la continuité fonctionnelle.


44. Les infrastructures écologiques dans les villes

En ville, le réseau peut associer :

  • arbres ;
  • parcs ;
  • jardins ;
  • cours végétalisées ;
  • toitures ;
  • façades ;
  • noues ;
  • mares ;
  • corridors verts ;
  • sols désimperméabilisés.

Le réseau écologique urbain doit également tenir compte :

  • des routes ;
  • de l’éclairage ;
  • des bâtiments ;
  • des usages ;
  • de la chaleur ;
  • de la disponibilité en eau.

45. Les infrastructures écologiques agricoles

À l’échelle agricole, le réseau peut devenir :

haies + agroforesterie + bandes fleuries + mares + prairies + ripisylves + bosquets.

La parcelle agricole cesse alors d’être une unité isolée.

Elle devient une cellule du réseau territorial.


46. Le réseau écologique comme infrastructure climatique

Les infrastructures écologiques ont également une dimension climatique.

Elles peuvent contribuer, selon leur configuration, à :

  • créer de l’ombre ;
  • modifier les flux de vent ;
  • favoriser l’évapotranspiration ;
  • protéger les sols ;
  • conserver l’humidité ;
  • créer des refuges thermiques.

Elles deviennent ainsi des composants du génie climatique territorial.


47. 2030–2100 : construire les infrastructures de demain

Les infrastructures écologiques doivent être conçues pour durer.

Il faut donc anticiper :

  • hausse des températures ;
  • sécheresses ;
  • canicules ;
  • pluies intenses ;
  • évolution des régimes hydrologiques ;
  • déplacement des espèces ;
  • nouveaux ravageurs ;
  • incendies ;
  • modification des pratiques agricoles.

Une infrastructure écologique doit donc être :

diversifiée + redondante + évolutive + mesurable.


48. Le jumeau numérique des infrastructures écologiques

Le futur jumeau numérique territorial pourra représenter :

  • localisation des haies ;
  • hauteur des arbres ;
  • continuités forestières ;
  • corridors ;
  • sols ;
  • eau ;
  • microclimats ;
  • espèces ;
  • agriculture ;
  • infrastructures humaines.

Il pourra simuler :

Que se passe-t-il si une haie disparaît ?

Où une nouvelle haie reconnecte-t-elle le mieux deux habitats ?

Où créer une bande fleurie ?

Quel réseau forestier sera encore connecté en 2080 ?

Quels corridors restent fonctionnels pendant une sécheresse ?

La conception devient alors une forme d’ingénierie territoriale prédictive.


49. Méthode Omakëya™ des infrastructures écologiques

Étape 1 — Identifier

  1. Cartographier les infrastructures existantes.
  2. Identifier leur fonction.
  3. Identifier leur niveau de maturité.
  4. Identifier leur état écologique.
  5. Identifier les réservoirs biologiques.
  6. Identifier les corridors.
  7. Identifier les ruptures.

Étape 2 — Diagnostiquer

  1. Analyser le climat.
  2. Analyser l’eau.
  3. Analyser les sols.
  4. Analyser la biodiversité.
  5. Analyser l’agriculture.
  6. Analyser l’urbanisation.
  7. Identifier les déficits fonctionnels.

Étape 3 — Concevoir

  1. Définir les fonctions prioritaires.
  2. Choisir les infrastructures adaptées.
  3. Définir leur localisation.
  4. Définir leur structure.
  5. Définir leurs connexions.
  6. Définir leur évolution temporelle.

Étape 4 — Protéger

  1. Protéger les structures existantes.
  2. Préserver les infrastructures anciennes.
  3. Prévenir les nouvelles ruptures.
  4. Protéger les refuges climatiques.

Étape 5 — Restaurer

  1. Restaurer les infrastructures dégradées.
  2. Reconnecter les structures fragmentées.
  3. Restaurer les sols.
  4. Restaurer l’eau.
  5. Restaurer les habitats.

Étape 6 — Créer

  1. Créer les infrastructures manquantes.
  2. Créer les relais.
  3. Créer les corridors.
  4. Créer les interfaces.

Étape 7 — Mesurer

  1. Mesurer les fonctions écologiques.
  2. Mesurer les flux hydrologiques.
  3. Mesurer les effets climatiques.
  4. Suivre la biodiversité.
  5. Suivre la production agricole.

Étape 8 — Faire évoluer

  1. Comparer les résultats aux objectifs.
  2. Corriger les pratiques.
  3. Adapter les infrastructures.
  4. Intégrer les nouvelles données climatiques.
  5. Préparer les scénarios 2050–2100.

50. Principe fondamental Omakëya™

Une infrastructure écologique n’est pas un espace vert supplémentaire.

C’est une structure territoriale qui remplit une ou plusieurs fonctions essentielles du vivant.

La bonne infrastructure n’est donc pas nécessairement la plus grande.

C’est celle qui :

  • répond à un besoin réel ;
  • s’intègre au réseau ;
  • fonctionne avec les conditions locales ;
  • résiste aux perturbations ;
  • évolue dans le temps ;
  • produit plusieurs fonctions ;
  • peut être mesurée ;
  • peut être restaurée.

51. La nouvelle logique territoriale

L’approche traditionnelle peut être résumée ainsi :

espace → usage → aménagement.

L’approche Omakëya™ propose :

fonction → flux → infrastructure → connexion → usage → évolution.

Ce changement est fondamental.

On ne demande plus :

« Où planter des arbres ? »

On demande :

« Quelle fonction territoriale manque ici, et quelle infrastructure vivante peut la fournir ? »


52. Synthèse des principales infrastructures

InfrastructureFonction écologiqueFonction agroclimatiqueFonction hydrologiqueFonction productive
HaieTrès forteTrès forteForte selon contexteMoyenne à forte
RipisylveTrès forteForteTrès forteVariable
Bande fleurieForteFaible à moyenneFaible à moyenneIndirecte
AgroforesterieForteTrès forteMoyenne à forteTrès forte
Continuité forestièreTrès forteForteForteVariable
BosquetForteForteMoyenneVariable
Prairie permanenteForteMoyenneForteForte
MareTrès forteForte localementTrès forteVariable

Ces appréciations sont nécessairement qualitatives : leur valeur réelle dépend de la conception, du contexte, de la gestion et des objectifs.


53. Construire avec le vivant

Les territoires de demain ne pourront probablement pas reposer uniquement sur des infrastructures techniques toujours plus complexes.

Ils auront besoin d’une seconde infrastructure :

l’infrastructure écologique.

Une infrastructure faite de :

  • haies ;
  • forêts ;
  • ripisylves ;
  • bandes fleuries ;
  • prairies ;
  • mares ;
  • zones humides ;
  • agroforesterie ;
  • sols vivants ;
  • corridors ;
  • habitats-relais.

Cette infrastructure n’est pas passive.

Elle :

  • capte ;
  • stocke ;
  • transforme ;
  • protège ;
  • connecte ;
  • refroidit ;
  • infiltre ;
  • nourrit ;
  • abrite ;
  • régénère.

Elle possède également quelque chose que la plupart des infrastructures techniques n’ont pas :

elle peut grandir.

Un arbre planté aujourd’hui peut devenir une structure majeure dans plusieurs décennies.

Une haie peut s’épaissir.

Un sol peut retrouver progressivement sa fonctionnalité.

Une ripisylve peut évoluer.

Un réseau de corridors peut devenir progressivement plus complexe.

Le territoire devient alors capable de construire une partie de sa propre résilience.

C’est l’un des changements majeurs de la Vision Omakëya™ :

ne plus considérer le vivant comme quelque chose que l’on protège à côté des infrastructures, mais comme une infrastructure que l’on conçoit, que l’on connecte, que l’on protège, que l’on restaure et que l’on fait évoluer.

Synthèse opérationnelle

Identifier → protéger → diagnostiquer → restaurer → connecter → créer → mesurer → adapter.

Et lorsque ces infrastructures sont correctement reliées, elles cessent d’être une collection de haies, de forêts, de mares ou de bandes fleuries.

Elles deviennent :

un réseau écologique territorial fonctionnel.

Le chapitre suivant pourra alors franchir une nouvelle étape : après les infrastructures individuelles et leur mise en réseau, étudier les grands corridors écologiques territoriaux et les continuités à l’échelle des bassins versants, paysages et régions, afin de comprendre comment construire une véritable infrastructure écologique régionale capable de fonctionner jusqu’en 2100.