AGROCLIMATOLOGIE : LES QUARTIERS RÉSILIENTS

LES QUARTIERS RÉSILIENTS

Mobilité douce — Énergie locale — Agriculture urbaine — Biodiversité — Gestion de l’eau

Un territoire résilient ne se construit pas uniquement à l’échelle de la ville entière.

Entre le bâtiment individuel et la ville existe une échelle particulièrement intéressante : le quartier.

Le quartier constitue une unité suffisamment grande pour organiser des réseaux, des espaces publics, de l’eau, de l’énergie, de la mobilité et de la biodiversité, mais suffisamment petite pour permettre une conception cohérente et une gouvernance relativement proche des habitants.

Il peut donc devenir une véritable unité fonctionnelle de résilience territoriale.

La question n’est plus simplement :

Comment rendre un bâtiment résilient ?

Ni :

Comment rendre une ville plus verte ?

Mais :

Comment concevoir un quartier capable de fonctionner avec moins de ressources, de mieux absorber les événements extrêmes et de maintenir ses fonctions essentielles malgré les perturbations ?

Cette approche conduit à considérer le quartier comme un écosystème habité.

Il possède :

  • des entrées d’énergie ;
  • des entrées d’eau ;
  • des flux alimentaires ;
  • des déplacements ;
  • des matières ;
  • des déchets ;
  • des habitants ;
  • des infrastructures ;
  • des espaces biologiques ;
  • des stocks ;
  • des réseaux ;
  • des fonctions critiques.

La résilience consiste à organiser l’ensemble de ces éléments afin qu’une défaillance ponctuelle ne provoque pas nécessairement une défaillance systémique.


1. Le quartier comme unité de résilience

Le quartier possède une position intermédiaire entre plusieurs échelles :

bâtiment → îlot → quartier → ville → territoire → bassin versant → région

À chacune de ces échelles apparaissent de nouvelles possibilités.

Le bâtiment peut réduire sa consommation.

L’îlot peut mutualiser certains équipements.

Le quartier peut organiser :

  • l’énergie ;
  • l’eau ;
  • la mobilité ;
  • la végétation ;
  • l’alimentation ;
  • la biodiversité ;
  • les espaces publics.

La ville peut ensuite connecter plusieurs quartiers.


2. Le quartier comme écosystème habité

Un écosystème fonctionne grâce à des flux et des interactions.

Un quartier également.

On peut représenter son métabolisme de manière simplifiée :

ressources externes

quartier

transformation

usages

stocks

recyclage / réutilisation

sorties résiduelles

La résilience consiste notamment à :

  • réduire les entrées ;
  • diversifier les sources ;
  • augmenter certains stocks ;
  • raccourcir certains flux ;
  • créer des alternatives ;
  • réduire les dépendances critiques.

3. Les cinq infrastructures du quartier résilient

Le quartier étudié ici repose sur cinq grandes infrastructures complémentaires :

  1. mobilité douce ;
  2. énergie locale ;
  3. agriculture urbaine ;
  4. biodiversité ;
  5. gestion de l’eau.

Mais ces cinq systèmes ne doivent pas être conçus séparément.

Ils doivent être intégrés.

Une rue peut simultanément être :

  • une voie de déplacement ;
  • un corridor végétal ;
  • une noue ;
  • une infrastructure de fraîcheur ;
  • un espace social.

Une toiture peut simultanément être :

  • un espace végétalisé ;
  • un support photovoltaïque ;
  • une réserve d’eau ;
  • un habitat.

C’est cette multifonctionnalité qui donne sa puissance au concept.


4. Concevoir avant de construire

Un quartier résilient doit être pensé avant la réalisation de ses infrastructures.

Le diagnostic doit intégrer :

  • climat ;
  • relief ;
  • eau ;
  • sols ;
  • végétation ;
  • biodiversité ;
  • mobilité ;
  • énergie ;
  • usages ;
  • population ;
  • risques ;
  • réseaux ;
  • ressources locales.

Le quartier doit ensuite être conçu à partir des flux.


5. Lire les flux du quartier

Il faut cartographier :

Flux physiques

  • eau ;
  • énergie ;
  • chaleur ;
  • air ;
  • nourriture ;
  • matériaux ;
  • déchets.

Flux humains

  • domicile-travail ;
  • domicile-école ;
  • commerces ;
  • loisirs ;
  • services ;
  • déplacements quotidiens.

Flux biologiques

  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • petits mammifères ;
  • végétation ;
  • eau ;
  • graines.

Le quartier devient ainsi une carte dynamique de flux.


6. La mobilité douce

La mobilité représente une composante essentielle de la résilience.

Un quartier dépendant presque entièrement de la voiture individuelle possède une forte dépendance énergétique.

La mobilité douce cherche à développer :

  • marche ;
  • vélo ;
  • vélo cargo ;
  • trottinette ;
  • transports collectifs ;
  • intermodalité.

Mais il ne suffit pas de créer une piste cyclable.

Il faut rendre les déplacements alternatifs réellement compétitifs, sûrs et pratiques.


7. La ville des courtes distances

Un quartier résilient cherche à rapprocher :

  • logements ;
  • écoles ;
  • commerces ;
  • services ;
  • espaces verts ;
  • équipements sportifs ;
  • transports.

L’objectif est de réduire les déplacements obligatoires.

On peut conceptualiser :

habiter + travailler + apprendre + acheter + se détendre

dans un espace relativement proche.

La réduction de la distance constitue souvent une stratégie de résilience plus fondamentale que l’amélioration technologique du véhicule.


8. La marche comme infrastructure

La marche doit être considérée comme une véritable infrastructure.

Un parcours piéton résilient doit pouvoir offrir :

  • ombre ;
  • fraîcheur ;
  • sécurité ;
  • accessibilité ;
  • repos ;
  • continuité ;
  • éclairage adapté ;
  • protection contre certaines intempéries.

Le réseau piéton doit donc être connecté aux îlots de fraîcheur développés dans le chapitre précédent.


9. Le vélo et les mobilités intermédiaires

Le vélo possède un intérêt particulier pour les déplacements urbains.

Mais le quartier résilient doit également intégrer :

  • vélos cargos ;
  • vélos électriques ;
  • parkings vélos sécurisés ;
  • ateliers ;
  • stations de recharge ;
  • services partagés.

La mobilité devient alors une infrastructure locale plutôt qu’une simple circulation de véhicules.


10. Les rues multifonctionnelles

La rue traditionnelle est souvent conçue principalement pour la circulation.

La rue résiliente doit pouvoir remplir plusieurs fonctions :

mobilité + végétation + eau + fraîcheur + biodiversité + vie sociale.

Une même emprise peut intégrer :

  • trottoir ;
  • piste cyclable ;
  • arbres ;
  • noue ;
  • stationnement ponctuel ;
  • mobilier ;
  • infiltration.

Il s’agit de passer de la rue-canal de circulation à la rue-système.


11. L’énergie locale

Un quartier résilient ne cherche pas nécessairement l’autonomie énergétique totale.

Il cherche d’abord à :

réduire les besoins et sécuriser les fonctions critiques.

Les besoins peuvent concerner :

  • logements ;
  • commerces ;
  • éclairage ;
  • eau ;
  • chauffage ;
  • refroidissement ;
  • mobilité ;
  • équipements publics.

12. Réduire avant de produire

La hiérarchie doit être :

éviter

réduire

optimiser

récupérer

stocker

produire

La production renouvelable ne doit pas servir à justifier une consommation inutile.


13. Production énergétique locale

Selon le contexte, un quartier peut exploiter :

  • photovoltaïque ;
  • solaire thermique ;
  • géothermie ;
  • chaleur fatale récupérable ;
  • biomasse ;
  • réseaux de chaleur ;
  • certaines ressources éoliennes ou hydrauliques lorsque pertinentes.

Le potentiel dépend du site.

Il faut prendre en compte :

  • ressource ;
  • surface ;
  • orientation ;
  • contraintes techniques ;
  • biodiversité ;
  • voisinage ;
  • réseau ;
  • stockage ;
  • coût.

14. Le quartier énergétique

Le quartier peut mutualiser certaines infrastructures :

  • réseau de chaleur ;
  • réseau de froid ;
  • production photovoltaïque ;
  • stockage ;
  • pompes à chaleur ;
  • gestion intelligente.

Cette mutualisation peut réduire certains besoins de duplication.

Mais elle crée également de nouvelles dépendances.

La résilience exige donc des solutions de secours.


15. Les fonctions critiques

Toutes les consommations n’ont pas la même importance.

Il faut distinguer :

Fonctions vitales

  • alimentation ;
  • eau potable ;
  • sécurité ;
  • communication ;
  • soins ;
  • équipements critiques.

Fonctions importantes

  • chauffage ;
  • refroidissement ;
  • mobilité ;
  • commerce.

Fonctions secondaires

  • usages de confort ;
  • consommations non essentielles.

En situation de crise, le quartier doit pouvoir fonctionner en mode dégradé.


16. Le stockage énergétique

Le stockage peut prendre plusieurs formes :

  • batteries ;
  • eau chaude ;
  • stockage thermique ;
  • inertie des bâtiments ;
  • stockage hydraulique dans certains contextes ;
  • biomasse.

Le choix doit dépendre de la fonction.

Une batterie ne remplit pas la même fonction qu’un stockage thermique.

Le stockage doit donc être pensé comme une gestion temporelle des flux, et non comme une technologie unique.


17. Agriculture urbaine

L’agriculture urbaine constitue une autre composante du quartier résilient.

Elle peut prendre la forme :

  • jardins partagés ;
  • potagers ;
  • vergers ;
  • petits fruits ;
  • serres ;
  • jardins-forêts ;
  • cultures en bacs ;
  • agriculture périurbaine connectée.

L’objectif n’est pas de nourrir entièrement la ville.

Il est de créer une capacité alimentaire locale supplémentaire.


18. Le quartier nourricier

Un quartier peut organiser un petit système alimentaire :

production

transformation

stockage

distribution

consommation

compostage

retour au sol

Cela permet de rapprocher certains flux alimentaires et organiques.


19. Les vergers urbains

Les arbres fruitiers peuvent jouer plusieurs fonctions :

  • production alimentaire ;
  • ombre ;
  • biodiversité ;
  • paysage ;
  • pédagogie.

Ils constituent un excellent exemple d’infrastructure multifonctionnelle.

Mais leur implantation doit tenir compte :

  • du climat ;
  • du sol ;
  • de l’eau ;
  • des maladies ;
  • de l’entretien ;
  • de la récolte.

20. Jardins partagés et résilience sociale

Le jardin partagé ne produit pas uniquement des légumes.

Il produit également :

  • connaissances ;
  • coopération ;
  • réseaux sociaux ;
  • entraide ;
  • transmission ;
  • capacité d’organisation.

Cette dimension devient particulièrement importante en période de crise.

La résilience est aussi une propriété sociale.


21. La biodiversité comme infrastructure

La biodiversité ne doit pas être confinée aux grands parcs.

Elle doit traverser le quartier.

Il faut créer :

  • corridors ;
  • arbres ;
  • haies ;
  • prairies ;
  • mares ;
  • jardins ;
  • sols vivants ;
  • façades ;
  • toitures.

Le quartier devient ainsi une maille du réseau écologique urbain.


22. Les réservoirs biologiques

Certains espaces doivent être suffisamment grands et fonctionnels pour accueillir durablement des populations.

Ils peuvent correspondre à :

  • parcs ;
  • forêts urbaines ;
  • zones humides ;
  • jardins très diversifiés ;
  • friches écologiques.

Ces espaces constituent des réservoirs biologiques.


23. Les corridors

Les corridors relient les réservoirs.

Ils peuvent suivre :

  • rues arborées ;
  • berges ;
  • haies ;
  • jardins ;
  • voies vertes ;
  • infrastructures hydrologiques.

Le quartier doit donc être connecté aux quartiers voisins.


24. Les sols vivants du quartier

Le sol est souvent l’une des ressources les plus négligées.

Il doit assurer :

  • infiltration ;
  • stockage de l’eau ;
  • support végétal ;
  • biodiversité ;
  • cycle du carbone ;
  • production alimentaire.

Il faut donc protéger :

  • sols existants ;
  • terres fertiles ;
  • zones racinaires.

Et restaurer :

  • sols compactés ;
  • sols dégradés ;
  • surfaces imperméables lorsque possible.

25. Gestion de l’eau

Le quartier résilient doit modifier la logique :

pluie → évacuation

vers :

pluie → interception → ralentissement → infiltration → stockage → utilisation → débordement contrôlé.

Cette hiérarchie constitue l’une des bases de l’hydrologie régénérative.


26. La ville-éponge

Le concept de ville-éponge consiste à augmenter la capacité du territoire à :

  • absorber ;
  • ralentir ;
  • stocker ;
  • infiltrer ;
  • restituer progressivement l’eau.

Le quartier est une échelle particulièrement intéressante pour cette stratégie.


27. Les infrastructures hydrologiques

Un quartier peut intégrer :

  • noues ;
  • jardins de pluie ;
  • mares ;
  • bassins ;
  • fossés végétalisés ;
  • sols perméables ;
  • toitures végétales ;
  • citernes ;
  • zones humides.

Ces infrastructures doivent être reliées.

Une noue isolée possède une fonction.

Un réseau hydrologique intégré possède une fonction beaucoup plus importante.


28. L’eau comme ressource locale

L’eau de pluie peut être utilisée pour certaines fonctions compatibles avec les réglementations et exigences sanitaires :

  • arrosage ;
  • espaces verts ;
  • certains usages techniques.

La récupération doit être associée à :

  • stockage ;
  • filtration si nécessaire ;
  • protection sanitaire ;
  • suivi ;
  • maintenance.

29. Le quartier face à la sécheresse

La résilience hydrique ne concerne pas seulement les inondations.

Elle concerne également :

  • sécheresses ;
  • restrictions ;
  • baisse des ressources ;
  • stress des arbres ;
  • assèchement des sols.

Il faut donc concevoir les espaces végétalisés avec :

  • sols profonds ;
  • paillage ;
  • espèces adaptées ;
  • stockage ;
  • irrigation priorisée ;
  • récupération des pluies.

30. Le quartier face aux canicules

Un quartier résilient à la chaleur doit combiner :

  • canopée ;
  • sols perméables ;
  • végétation ;
  • eau ;
  • ombrage ;
  • ventilation ;
  • bâtiments bioclimatiques.

Le réseau d’îlots de fraîcheur doit être intégré au plan du quartier.

Les habitants doivent pouvoir se déplacer entre des espaces thermiquement favorables.


31. Les refuges climatiques de quartier

Un quartier peut identifier plusieurs lieux refuges :

  • parc ;
  • école ;
  • médiathèque ;
  • centre social ;
  • salle municipale ;
  • jardin ;
  • espace public ombragé.

Ces refuges doivent être :

  • accessibles ;
  • connus ;
  • entretenus ;
  • connectés ;
  • capables de fonctionner pendant les crises.

32. Le quartier face aux pluies extrêmes

Une pluie intense peut dépasser les capacités habituelles des réseaux.

Le quartier doit donc intégrer une stratégie de débordement contrôlé.

Certaines surfaces peuvent être temporairement inondables :

  • jardins ;
  • parcs ;
  • noues ;
  • places ;
  • bassins.

L’objectif est de choisir où l’eau peut aller sans provoquer de dommages majeurs.


33. La multifonctionnalité

La véritable puissance du quartier résilient réside dans la multifonctionnalité.

Un parc peut être :

fraîcheur + biodiversité + eau + loisirs.

Une rue :

mobilité + ombre + infiltration + biodiversité.

Une toiture :

énergie + végétation + eau + habitat.

Un jardin :

alimentation + biodiversité + eau + sociabilité.

Une école :

éducation + refuge climatique + biodiversité + alimentation.


34. L’espace public comme infrastructure

L’espace public doit être considéré comme une infrastructure multifonctionnelle.

Il doit permettre :

  • circulation ;
  • rencontre ;
  • repos ;
  • fraîcheur ;
  • infiltration ;
  • biodiversité ;
  • gestion des crises.

Le quartier résilient cherche donc à réduire les espaces spécialisés et à augmenter les espaces capables d’assurer plusieurs fonctions.


35. Le quartier zéro voiture ?

La résilience ne nécessite pas nécessairement une suppression totale de la voiture.

Elle implique plutôt de réduire la dépendance.

Il faut distinguer :

  • voiture individuelle ;
  • véhicules de secours ;
  • personnes à mobilité réduite ;
  • livraisons ;
  • artisans ;
  • services publics.

La conception doit donc rechercher un système hiérarchisé.


36. La mobilité en situation de crise

Une crise peut interrompre certains réseaux.

Le quartier doit conserver des possibilités de déplacement :

  • à pied ;
  • à vélo ;
  • par transport collectif ;
  • par véhicules prioritaires.

Les itinéraires essentiels doivent être identifiés.


37. L’énergie et l’eau sont liées

Les systèmes énergétiques et hydriques sont interdépendants.

Il faut de l’énergie pour :

  • pomper ;
  • traiter ;
  • distribuer ;
  • chauffer ;
  • refroidir l’eau.

Et il faut parfois de l’eau pour :

  • certaines productions ;
  • certains procédés énergétiques ;
  • refroidir certains équipements.

Cette interdépendance constitue le couplage eau-énergie.

Un quartier résilient doit donc l’intégrer à son diagnostic.


38. L’alimentation et l’énergie sont liées

L’alimentation dépend également de l’énergie :

  • production ;
  • irrigation ;
  • transport ;
  • stockage ;
  • transformation.

Une production alimentaire locale peut réduire certaines dépendances logistiques.

Mais elle ne supprime pas les besoins énergétiques.

Il faut donc raisonner en système.


39. Le quartier circulaire

Les flux organiques peuvent être partiellement bouclés :

déchets organiques

compostage

sol

production végétale

alimentation

résidus

compostage

Cette boucle doit rester maîtrisée.

Un cycle fermé n’est pas automatiquement vertueux : il faut éviter de recycler des contaminants ou des matières inadaptées.


40. La résilience sociale

Un quartier résilient est également un quartier capable de s’organiser.

Il doit favoriser :

  • entraide ;
  • associations ;
  • jardins partagés ;
  • réseaux de voisinage ;
  • lieux communs ;
  • information ;
  • participation.

La résilience technique sans résilience sociale reste fragile.


41. La gouvernance de quartier

Il peut être utile de créer des mécanismes de gouvernance permettant aux habitants de participer à :

  • l’entretien ;
  • la surveillance ;
  • la gestion de certains espaces ;
  • les jardins ;
  • la biodiversité ;
  • les plans de crise.

La participation ne doit cependant pas remplacer les responsabilités professionnelles nécessaires.


42. Le quartier en mode dégradé

La question centrale est :

Que se passe-t-il lorsque quelque chose ne fonctionne plus ?

Scénarios :

  • coupure électrique ;
  • forte chaleur ;
  • rupture d’eau ;
  • pluie extrême ;
  • panne de transport ;
  • perturbation alimentaire ;
  • incendie ;
  • événement sanitaire.

Le quartier doit pouvoir conserver ses fonctions essentielles.


43. La redondance

La résilience nécessite plusieurs solutions.

Par exemple :

énergie réseau + production locale + stockage

ou :

eau potable + stockage + récupération de pluie

ou :

voiture + vélo + marche + transports collectifs

ou :

supermarché + commerces locaux + jardins + marchés

La redondance réduit la dépendance à une seule infrastructure.


44. La diversité comme assurance

La diversité concerne :

  • espèces ;
  • sources d’énergie ;
  • sources alimentaires ;
  • mobilités ;
  • espaces ;
  • acteurs ;
  • infrastructures.

Un quartier uniforme peut être très performant dans des conditions normales mais vulnérable à un événement inattendu.

La diversité augmente le nombre de réponses disponibles.


45. Concevoir avec les habitants

Un quartier n’est pas seulement une géométrie.

C’est un espace habité.

Il faut donc comprendre :

  • habitudes ;
  • déplacements ;
  • usages ;
  • besoins ;
  • conflits ;
  • attentes ;
  • rythmes temporels.

Le design doit partir de la réalité quotidienne.


46. Mesurer la résilience du quartier

On peut construire une matrice d’indicateurs.

DomaineIndicateurs possibles
Mobilitépart marche/vélo/transports collectifs
Énergieconsommation, production locale, stockage
Eauinfiltration, stockage, consommation
Végétationcanopée, surfaces végétalisées
Biodiversitéhabitats, corridors, espèces
Alimentationproduction locale, jardins
Solssurface perméable, qualité
Chaleurtempérature, ombrage, confort
Socialaccessibilité, participation
Résiliencefonctionnement en mode dégradé

Aucun indicateur isolé ne suffit.


47. Un indice global de résilience

On peut conceptualiser :

[
R_q=f(D,R,A,S,C,G)
]

où :

  • (D) = diversité ;
  • (R) = redondance ;
  • (A) = autonomie fonctionnelle ;
  • (S) = sobriété ;
  • (C) = connectivité ;
  • (G) = capacité de gouvernance.

Il s’agit d’un cadre conceptuel, et non d’un indice universel.

L’intérêt est de rappeler qu’un quartier résilient ne se réduit pas à une seule performance énergétique ou environnementale.


48. La carte stratégique du quartier

La conception finale peut superposer :

Carte climatique

  • chaleur ;
  • ombre ;
  • vent ;
  • refuges.

Carte hydrologique

  • ruissellement ;
  • infiltration ;
  • stockage ;
  • débordement.

Carte écologique

  • habitats ;
  • corridors ;
  • réservoirs.

Carte énergétique

  • consommation ;
  • production ;
  • stockage ;
  • fonctions critiques.

Carte de mobilité

  • marche ;
  • vélo ;
  • transports ;
  • flux principaux.

Carte alimentaire

  • jardins ;
  • vergers ;
  • marchés ;
  • compostage.

Cette superposition produit le plan directeur de résilience du quartier.


49. Le jumeau numérique du quartier

Le jumeau numérique peut intégrer :

  • bâtiments ;
  • arbres ;
  • sols ;
  • eau ;
  • mobilité ;
  • énergie ;
  • population ;
  • biodiversité ;
  • météorologie.

Il peut tester différents scénarios :

+30 % de canopée

+20 % de sols perméables

réduction du trafic

production photovoltaïque

stockage énergétique

augmentation des jardins

création de noues

La simulation permet alors de comparer les conséquences croisées.


50. Concevoir pour 2030–2100

2030

  • désimperméabiliser ;
  • planter ;
  • sécuriser l’eau ;
  • développer la marche et le vélo ;
  • installer les premières productions énergétiques locales.

2050

  • connecter les infrastructures ;
  • renforcer les refuges climatiques ;
  • augmenter la canopée ;
  • adapter les espèces ;
  • développer les systèmes alimentaires locaux.

2080

  • anticiper les changements climatiques majeurs ;
  • renouveler certaines infrastructures ;
  • réviser les espèces ;
  • renforcer les capacités hydriques.

2100

Le quartier doit être capable de continuer à remplir ses fonctions essentielles dans un environnement climatique différent.


51. Méthode Omakëya™ — Concevoir un quartier résilient

Phase 1 — Observer

  1. Cartographier le quartier.
  2. Identifier les usages.
  3. Cartographier les flux.
  4. Cartographier le climat.
  5. Cartographier l’eau.
  6. Cartographier les sols.
  7. Cartographier la biodiversité.
  8. Cartographier l’énergie.
  9. Cartographier la mobilité.

Phase 2 — Diagnostiquer

  1. Identifier les vulnérabilités.
  2. Identifier les dépendances.
  3. Identifier les fonctions critiques.
  4. Identifier les opportunités.

Phase 3 — Concevoir

  1. Créer le réseau de mobilité douce.
  2. Développer l’énergie locale.
  3. Créer les infrastructures végétales.
  4. Développer l’agriculture urbaine.
  5. Restaurer les sols.
  6. Concevoir le réseau hydrologique.
  7. Connecter les habitats.

Phase 4 — Sécuriser

  1. Créer des stocks.
  2. Créer des redondances.
  3. Prévoir les modes dégradés.
  4. Sécuriser les fonctions critiques.

Phase 5 — Mesurer

  1. Installer les capteurs.
  2. Mesurer climat et eau.
  3. Suivre énergie et mobilité.
  4. Suivre biodiversité.
  5. Mesurer les usages.

Phase 6 — Adapter

  1. Comparer les résultats.
  2. Corriger.
  3. Renforcer.
  4. Renouveler.
  5. Préparer le scénario climatique suivant.

52. Matrice du quartier résilient

SystèmeFonction principaleDépendancesRedondance recherchée
Mobilité douceDéplacementespace publicmarche + vélo + TC
Énergie localeAlimentation énergétiqueressource + réseauréseau + renouvelable + stockage
Agriculture urbaineAlimentationsol + eaujardins + vergers + réseau alimentaire
BiodiversitéFonction écologiquehabitats + corridorsdiversité + connectivité
EauHydrologiepluie + réseauinfiltration + stockage + réseau
VégétationClimatsol + eauespèces et strates diversifiées
SocialOrganisationhabitants + institutionsréseaux locaux + services

53. Les cinq questions fondamentales

Pour chaque quartier, il faut pouvoir répondre à cinq questions :

1. Comment se déplace-t-on sans dépendre d’un seul mode ?

2. Comment produit-on et sécurise-t-on l’énergie ?

3. Comment produit-on ou sécurise-t-on une partie des ressources alimentaires ?

4. Comment maintient-on la biodiversité ?

5. Comment absorbe-t-on l’eau et les événements extrêmes ?

Si aucune réponse robuste n’existe, le quartier présente une vulnérabilité structurelle.


54. Principe fondamental

Un quartier résilient n’est pas un quartier autonome coupé du reste du monde. C’est un quartier capable de réduire ses dépendances critiques, de diversifier ses ressources, de stocker certaines réserves, de préserver ses fonctions essentielles et de continuer à fonctionner en mode dégradé lorsque les systèmes extérieurs sont perturbés.


55. Du quartier fonctionnel au quartier vivant

La Vision Omakëya™ pousse cette logique plus loin.

Le quartier ne doit plus être conçu comme une simple juxtaposition de bâtiments.

Il devient :

un écosystème habité.

Les rues deviennent des corridors.

Les parcs deviennent des réservoirs.

Les jardins deviennent des espaces alimentaires.

Les sols deviennent des réservoirs hydriques.

Les toitures deviennent des infrastructures.

Les bâtiments deviennent des éléments du métabolisme énergétique.

Les habitants deviennent des acteurs du système.


56. Le quartier comme cellule de résilience

Le quartier constitue probablement l’une des échelles les plus intéressantes de la transformation territoriale.

Il est assez petit pour permettre une conception intégrée.

Il est assez grand pour organiser :

  • énergie ;
  • eau ;
  • mobilité ;
  • biodiversité ;
  • alimentation ;
  • espaces publics.

Il peut devenir une cellule fonctionnelle de résilience.

Mais cette cellule ne doit pas fonctionner isolément.

Elle doit être connectée aux quartiers voisins, à la ville, aux espaces agricoles, aux forêts, aux rivières et aux infrastructures régionales.

La véritable résilience apparaît lorsque plusieurs unités résilientes sont capables de fonctionner ensemble.

Réduire les besoins. Diversifier les ressources. Stocker. Connecter. Mutualiser. Redonder. Mesurer. Apprendre. Adapter.

Le quartier résilient devient ainsi un intermédiaire essentiel entre l’architecture et le territoire.


Transition — Du quartier résilient au village résilient

Le quartier permet de comprendre comment organiser une unité urbaine relativement compacte.

Mais une grande partie du territoire français et européen est constituée de villages, bourgs, petites villes et territoires ruraux.

Leurs contraintes sont différentes :

  • distances plus importantes ;
  • dépendance automobile parfois forte ;
  • réseaux moins denses ;
  • vieillissement démographique dans certains territoires ;
  • agriculture omniprésente ;
  • forêts et espaces naturels plus proches ;
  • dépendance à certains services extérieurs ;
  • potentiel énergétique local important ;
  • ressources hydrologiques et foncières différentes.

La question suivante devient donc :

Comment transformer les villages et petites villes en territoires résilients capables de reconnecter habitat, agriculture, forêt, eau, énergie, biodiversité et production locale ?

Il faudra alors passer du quartier comme cellule de résilience au village comme écosystème territorial.