
LES LOMBRICS
Les ingénieurs du sol : diversité, galeries, bioturbation, fertilité et régulation hydrologique
Les lombrics sont probablement parmi les organismes du sol les plus visibles et les plus facilement identifiables. Pourtant, leur importance écologique dépasse largement leur apparence.
Ils constituent une composante majeure de la macrofaune du sol et participent à des processus fondamentaux :
- fragmentation de la matière organique ;
- mélange des horizons ;
- création de galeries ;
- incorporation de matière organique ;
- modification de la porosité ;
- infiltration de l’eau ;
- circulation de l’air ;
- formation d’agrégats ;
- redistribution des éléments minéraux ;
- interactions avec les microorganismes.
Dans une approche d’ingénierie des écosystèmes, le lombric peut être considéré comme un ingénieur biologique du sol, mais cette expression doit être comprise au sens écologique : il modifie physiquement son environnement et crée des structures dont d’autres organismes peuvent bénéficier.
Un sol riche en lombrics n’est pas simplement un sol qui contient des vers : c’est potentiellement un sol dans lequel une multitude de processus physiques, biologiques et hydrologiques sont activement couplés.
1. Que sont réellement les lombrics ?
Les lombrics appartiennent au groupe des Annélides, et plus précisément aux vers de terre traditionnellement regroupés dans les Oligochètes terrestres.
Ils sont caractérisés par :
- un corps segmenté ;
- une symétrie bilatérale ;
- une musculature longitudinale et circulaire ;
- un système digestif complet ;
- une respiration principalement cutanée ;
- un système circulatoire fermé ;
- une forte dépendance à l’humidité du milieu.
Le terme « ver de terre » désigne donc une grande diversité d’espèces, et non un organisme unique.
2. Il n’existe pas « une » espèce de lombric
Les sols peuvent héberger des communautés composées de plusieurs espèces présentant :
- des tailles différentes ;
- des profondeurs de vie différentes ;
- des régimes alimentaires différents ;
- des comportements différents ;
- des cycles biologiques différents.
Cette diversité fonctionnelle est fondamentale.
Deux sols peuvent posséder la même biomasse totale de lombrics mais fonctionner très différemment si les espèces présentes n’occupent pas les mêmes niches écologiques.
3. La classification écologique en trois grands groupes
Dans la littérature écologique et agronomique, les lombrics sont souvent classés selon leur mode de vie plutôt que seulement selon leur taxonomie.
On distingue notamment :
- épigés ;
- endogés ;
- anéciques.
Cette classification est particulièrement intéressante pour comprendre leurs fonctions dans le sol.
4. Les lombrics épigés
Les espèces épigées vivent principalement :
- dans la litière ;
- à la surface du sol ;
- dans les matières organiques en décomposition ;
- dans les composts ou accumulations de débris végétaux.
Elles sont généralement relativement petites et fortement associées à la matière organique fraîche.
5. Fonction des épigés
Les épigés participent surtout à :
- fragmentation des feuilles ;
- consommation de matière organique ;
- accélération de sa transformation ;
- production de déjections ;
- alimentation de certains prédateurs.
Ils jouent donc un rôle important dans le premier étage de la décomposition.
LITIÈRE ↓fragmentation ↓lombrics épigés ↓déjections ↓microorganismes ↓matière organique transformée
6. Les lombrics endogés
Les endogés vivent principalement à l’intérieur du sol minéral.
Ils creusent des galeries généralement :
- plus ou moins horizontales ;
- relativement peu profondes ;
- nombreuses ;
- souvent temporaires.
Ils consomment une importante quantité de sol mélangé à de la matière organique.
7. Fonction des endogés
Ils participent notamment à :
- mélange des particules ;
- agrégation ;
- incorporation de matière organique ;
- redistribution des éléments ;
- création de porosité.
Ils sont donc particulièrement importants pour la structure interne du sol.
8. Les lombrics anéciques
Les anéciques sont particulièrement remarquables par leur capacité à créer des galeries relativement profondes et souvent plus ou moins verticales.
Certaines espèces peuvent relier :
- surface ;
- horizons supérieurs ;
- horizons plus profonds.
Ils peuvent remonter de la matière organique depuis la surface et déplacer des particules minérales.
9. La galerie anécique
On peut schématiser :
SURFACE════════════════════════ feuilles ↓ 🪱 │ │ │ galerie │ │ │ ↓════════════════════════ horizon profond
Cette structure peut devenir un véritable macropore biologique.
10. Pourquoi les trois groupes sont complémentaires
On obtient :
SURFACE │ ┌────┴────┐ │ ÉPIGÉS │ └────┬────┘ ↓ matière organique ↓ ┌─────────┐ │ ENDOGÉS │ └────┬────┘ ↓ sol minéral ↓ ┌──────────┐ │ ANÉCIQUES│ └────┬─────┘ ↓ horizons profonds
Ces trois groupes créent donc des fonctions différentes mais complémentaires.
11. Les galeries : une infrastructure biologique
Une population importante de lombrics peut créer un réseau complexe de galeries.
Ces galeries peuvent modifier :
- porosité ;
- densité apparente ;
- infiltration ;
- drainage ;
- circulation de l’air ;
- pénétration des racines.
Le réseau biologique devient ainsi une composante de la structure hydrologique du sol.
12. Les macropores biologiques
Une galerie de lombric peut fonctionner comme un macropore préférentiel.
Lors d’une pluie intense :
PLUIE ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓ ↓════════════════ \ │ / \ │ / \ │ / \│/ │ │ ↓════════════════ SOL
Une partie de l’eau peut pénétrer rapidement par ces structures.
13. L’effet sur l’infiltration
L’impact hydrologique dépend de nombreux facteurs :
- densité des galeries ;
- continuité ;
- stabilité ;
- texture du sol ;
- humidité ;
- compaction ;
- pente ;
- intensité de la pluie.
Il est donc incorrect d’affirmer qu’une augmentation des lombrics entraîne systématiquement une augmentation proportionnelle de l’infiltration.
Mais dans certaines situations, leurs galeries constituent des voies préférentielles importantes.
14. Infiltration et ruissellement
Un sol compacté peut présenter une infiltration réduite.
La présence de macropores biologiques peut contribuer à augmenter certaines voies d’infiltration.
On peut donc obtenir :
SOL COMPACTÉ↓infiltration faible↓ruissellement élevé VSSOL STRUCTURÉ+MACROPORES BIOLOGIQUES↓infiltration accrue↓ruissellement potentiellement réduit
Mais la structure globale du sol reste déterminante.
15. Stockage de l’eau
Il faut distinguer :
infiltration
Entrée de l’eau dans le sol ;
stockage
Eau retenue dans les pores ;
drainage
Eau quittant le profil ;
évapotranspiration
Retour vers l’atmosphère.
Les lombrics influencent principalement la structure et les voies de circulation, et non directement la quantité totale d’eau que le sol peut retenir.
16. Réserve utile
La réserve utile dépend notamment :
- texture ;
- structure ;
- profondeur ;
- matière organique ;
- capacité au champ ;
- point de flétrissement.
Les lombrics peuvent modifier indirectement certaines propriétés structurales, mais ils ne transforment pas magiquement un sol sableux en sol argileux.
17. Bioturbation
Le terme fondamental est :
bioturbation.
La bioturbation correspond au déplacement et au mélange des matériaux du sol par les organismes vivants.
Les lombrics constituent parmi les agents les plus importants de cette bioturbation.
Ils déplacent :
- particules minérales ;
- matière organique ;
- microorganismes ;
- agrégats.
18. Le sol comme système mélangé
Un profil pédologique n’est donc pas totalement immobile.
On peut imaginer :
HORIZON A████████████████ ↓ ↑ ↓ ↓ ↑ ↓████████████████HORIZON B████████████████ ↑ │ bioturbation
La vie transforme progressivement la distribution des matériaux.
19. Les turricules
Les déjections de lombrics sont appelées turricules.
Elles sont souvent visibles sous forme de petits amas à la surface ou dans le sol.
Elles contiennent un mélange de :
- particules minérales ;
- matière organique transformée ;
- microorganismes ;
- éléments minéraux.
20. Pourquoi les turricules sont importants
Le passage dans le tube digestif du lombric modifie les matériaux ingérés.
Le résultat peut présenter :
- une structure agrégée ;
- une activité microbienne importante ;
- une disponibilité accrue de certains éléments.
Les turricules constituent donc des microhabitats biologiques.
21. Lombrics et microorganismes
Le lombric n’agit jamais seul.
Son tube digestif abrite une communauté microbienne.
Le passage du matériau dans le tube digestif peut modifier :
- communautés bactériennes ;
- champignons ;
- disponibilité de certains substrats ;
- transformation de la matière organique.
Le lombric agit donc comme un médiateur entre matière organique et microbiologie.
22. Lombrics et bactéries
Les bactéries bénéficient de la matière organique transformée.
On peut avoir :
FEUILLES ↓LOMBRIC ↓TURRICULE ↓BACTÉRIES ↓MINÉRALISATION ↓NUTRIMENTS ↓RACINES
Le lombric participe ainsi indirectement au cycle des nutriments.
23. Lombrics et champignons
Les relations sont plus complexes.
Les lombrics peuvent :
- consommer des matériaux contenant des champignons ;
- déplacer des spores ;
- modifier l’habitat fongique ;
- modifier la disponibilité des ressources ;
- influencer indirectement les communautés fongiques.
Il ne faut donc pas considérer les lombrics et les champignons comme deux compartiments indépendants.
24. Lombrics et mycorhizes
L’interaction est encore plus intéressante.
Les lombrics peuvent modifier :
- la structure du sol ;
- la distribution des racines ;
- la disponibilité des ressources ;
- les communautés microbiennes.
Ils peuvent donc influencer indirectement les conditions dans lesquelles les mycorhizes se développent.
On obtient :
LOMBRIC ↓STRUCTURE DU SOL ↓RACINES ↓MYCORHIZES ↓NUTRITION
25. Aération du sol
Les galeries créent des espaces remplis d’air.
Cela peut améliorer localement :
- diffusion de l’oxygène ;
- échanges gazeux ;
- respiration racinaire ;
- activité microbienne.
Mais ici encore, il faut éviter une simplification :
« plus de galeries = plus d’oxygène partout ».
L’aération dépend également :
- de la saturation en eau ;
- de la continuité des pores ;
- de la texture ;
- de la température ;
- de la compaction.
26. Le sol comme réseau de pores
On peut conceptualiser le sol comme deux réseaux superposés :
RÉSEAU PHYSIQUEargile + limon + sable ↓poresRÉSEAU BIOLOGIQUEracines + lombrics + champignons ↓macropores + agrégats
L’activité biologique contribue à modifier continuellement l’architecture du réseau poreux.
27. Lombrics et racines
Les galeries peuvent constituer des chemins préférentiels pour certaines racines.
Une racine peut pénétrer plus facilement dans une galerie préexistante.
Cela peut favoriser :
- profondeur racinaire ;
- exploration du sol ;
- accès à l’eau ;
- accès aux nutriments.
Les racines et les lombrics peuvent donc construire successivement la structure du sol.
28. Une architecture coopérative
On peut imaginer :
LOMBRIC ↓GALERIE ↓RACINE ↓EXPLORATION ↓EXSUDATS RACINAIRES ↓MICROORGANISMES ↓STRUCTURE DU SOL
Cette boucle illustre parfaitement le caractère systémique d’un sol vivant.
29. Lombrics et carbone
Les lombrics participent au cycle du carbone en consommant et transformant de la matière organique.
Mais leur effet sur le stockage du carbone est complexe.
Ils peuvent :
- favoriser la formation de certains agrégats ;
- incorporer du carbone dans le sol ;
- stimuler certaines activités microbiennes ;
- accélérer certaines décompositions.
Le bilan carbone dépend donc du système.
30. Le piège du « ver de terre = stockage carbone »
Il serait scientifiquement incorrect de conclure :
« plus de vers = plus de carbone stocké ».
Les lombrics peuvent contribuer à certaines formes de stabilisation de la matière organique, mais ils peuvent aussi accélérer la décomposition et la respiration microbienne.
Le bilan doit donc être étudié à l’échelle :
sol + climat + végétation + matière organique + communauté biologique.
31. Fertilité
Les lombrics contribuent à la fertilité par plusieurs mécanismes indirects :
- transformation de la matière organique ;
- redistribution des nutriments ;
- agrégation ;
- amélioration potentielle de la structure ;
- stimulation de certaines communautés microbiennes.
Ils ne remplacent cependant pas :
- le carbone organique ;
- les minéraux ;
- l’azote ;
- le phosphore ;
- le potassium ;
- les autres éléments nécessaires aux plantes.
32. Fertilité biologique ≠ fertilisation
Un sol vivant peut présenter une forte activité biologique sans être suffisamment approvisionné en tous les nutriments.
Il faut donc distinguer :
activité biologique
de :
fertilité chimique
et de :
fertilité physique.
La fertilité globale résulte de leur interaction.
33. Les lombrics comme indicateurs
La présence de lombrics peut constituer un indicateur intéressant de l’état biologique d’un sol.
Mais elle ne suffit pas à diagnostiquer la qualité du sol.
Il faut également observer :
- diversité des espèces ;
- biomasse ;
- profondeur ;
- galeries ;
- structure ;
- matière organique ;
- microorganismes ;
- racines.
34. Mesurer une population de lombrics
Un protocole simple consiste à échantillonner une surface connue.
Par exemple :
25 × 25 cm = 0,0625 m²
ou :
50 × 50 cm = 0,25 m².
On compte :
- individus ;
- groupes écologiques ;
- biomasse ;
- profondeur.
La densité peut ensuite être extrapolée à l’hectare avec prudence.
35. Méthode d’extraction
Différentes méthodes existent :
- tri manuel ;
- extraction par solution irritante adaptée ;
- excavation standardisée ;
- méthodes combinées.
Le protocole doit rester comparable d’une campagne à l’autre.
36. Pourquoi l’espèce compte
Deux parcelles peuvent présenter :
100 lombrics/m²
mais ne pas avoir les mêmes fonctions.
Par exemple :
Parcelle Aépigés + endogésParcelle Bendogés + anéciques
Les architectures du sol seront potentiellement différentes.
Il faut donc mesurer :
abondance + biomasse + diversité fonctionnelle.
37. Le concept de groupe fonctionnel
Pour l’ingénierie écologique, la classification fonctionnelle est souvent plus utile qu’une simple liste d’espèces.
On peut suivre :
| Groupe | Fonction dominante |
|---|---|
| Épigés | fragmentation de la litière |
| Endogés | mélange et agrégation |
| Anéciques | galeries profondes |
| Ensemble | bioturbation et transformation |
38. Hydrologie régénérative
C’est ici que les lombrics deviennent particulièrement intéressants pour le Tome 7.
Le chemin peut être représenté :
PLUIE ↓SURFACE ↓LITIÈRE ↓INFILTRATION ↓MACROPORES ↓GALERIES ↓SOL ↓STOCKAGE ↓NAPPE / DRAINAGE
Les lombrics constituent donc un des composants biologiques susceptibles de modifier les voies d’infiltration.
39. Mais attention aux écoulements préférentiels
Une galerie peut être bénéfique pour l’infiltration.
Mais elle peut également créer un écoulement préférentiel rapide.
Cela peut avoir des conséquences :
- transfert rapide de l’eau ;
- transfert de nitrates ;
- déplacement de certains contaminants ;
- contournement d’une partie de la matrice du sol.
Ainsi :
une meilleure infiltration n’est pas nécessairement synonyme d’une meilleure filtration.
C’est un point essentiel pour l’ingénierie hydraulique écologique.
40. Lombrics et pollution
Certains contaminants peuvent être accumulés dans les organismes du sol.
Les lombrics sont donc également utilisés comme bioindicateurs de contamination des sols.
Ils peuvent être étudiés pour :
- métaux ;
- certains contaminants organiques ;
- effets écotoxicologiques.
41. Lombrics et agriculture
Les systèmes favorables aux lombrics comprennent généralement, selon les contextes :
- couverture du sol ;
- apport de matière organique ;
- réduction des perturbations ;
- maintien des racines ;
- diversification végétale.
Les pratiques agricoles intensives peuvent au contraire modifier fortement leurs communautés.
42. Travail du sol
Le labour et les perturbations mécaniques peuvent affecter :
- abondance ;
- biomasse ;
- distribution verticale ;
- galeries ;
- disponibilité de la nourriture.
Les anéciques sont particulièrement sensibles à la destruction répétée de leurs galeries permanentes ou semi-permanentes.
43. Paillage
Le paillage peut fournir :
- nourriture ;
- protection contre le dessèchement ;
- réduction des variations thermiques ;
- habitat favorable.
Mais un paillage excessivement humide ou mal adapté peut également modifier les communautés biologiques de manière indésirable.
44. Compost
Les lombrics peuvent participer à la transformation de matières organiques.
La lombricompostage utilise certaines espèces particulièrement adaptées à ce fonctionnement.
Mais il faut distinguer :
lombricompostage
et
activité naturelle des lombrics dans le sol.
Les espèces utilisées dans les lombricomposteurs sont souvent des épigés spécialisés dans les matières organiques riches.
45. Le jardin Omakëya™
Dans un jardin conçu selon la Vision Omakëya™, les lombrics ne doivent pas être « ajoutés » comme un intrant standard.
La stratégie consiste plutôt à créer un habitat favorable :
COUVERTURE ↓MATIÈRE ORGANIQUE ↓HUMIDITÉ ↓TEMPÉRATURE MODÉRÉE ↓RÉSEAU RACINAIRE ↓LOMBRICS ↓GALERIES ↓STRUCTURE + INFILTRATION
Le système produit alors lui-même une partie de son infrastructure biologique.
46. Le verger Omakëya™
Dans un verger, les lombrics peuvent contribuer à :
- incorporation de la litière ;
- développement de la structure ;
- infiltration ;
- exploration racinaire ;
- recyclage des nutriments.
La combinaison :
arbres + couvert végétal + litière + racines + lombrics + champignons + bactéries
forme une véritable infrastructure écologique souterraine.
47. Le sol comme ouvrage hydraulique vivant
C’est une idée centrale du Tome 7.
Un sol peut être considéré comme un système hydraulique naturel composé de :
- micropores ;
- macropores ;
- agrégats ;
- racines ;
- galeries ;
- fissures ;
- matière organique.
Les lombrics contribuent à cette architecture.
On peut donc représenter :
PLUIE ↓ [ SURFACE ] ↓ ┌───────────┐ │ LITIÈRE │ └─────┬─────┘ ↓ ┌───────────┐ │ MACROPORES│ ← lombrics └─────┬─────┘ ↓ ┌───────────┐ │ AGRÉGATS │ └─────┬─────┘ ↓ RÉSERVE D'EAU
48. Vers un modèle quantitatif
Dans une approche d’ingénierie, on peut chercher à relier :
densité de lombrics
→ densité de galeries
→ macroporosité
→ conductivité hydraulique
→ infiltration
→ ruissellement
→ stockage d’eau
→ résilience à la sécheresse.
Mais chaque relation doit être calibrée expérimentalement pour le type de sol et le système étudié.
49. Indicateur « ingénierie lombricienne »
Une future méthode Omakëya™ pourrait suivre un ensemble d’indicateurs :
Biologie
- densité ;
- biomasse ;
- diversité ;
- proportions épigés/endogés/anéciques.
Structure
- nombre de galeries ;
- profondeur ;
- diamètre ;
- stabilité.
Hydrologie
- infiltration ;
- conductivité hydraulique ;
- ruissellement ;
- humidité.
Fertilité
- matière organique ;
- agrégation ;
- disponibilité des nutriments.
Cela permettrait de passer de :
« j’ai beaucoup de vers »
à :
« je comprends quelle fonction écologique leur population assure dans mon sol ».
50. Les limites du modèle
Les lombrics ne sont pas toujours bénéfiques dans toutes les situations.
Certaines espèces introduites peuvent devenir envahissantes dans des écosystèmes où elles étaient historiquement absentes.
Elles peuvent alors modifier :
- cycles des nutriments ;
- structure de la litière ;
- communautés végétales ;
- microbiologie ;
- dynamique du carbone.
Il faut donc toujours raisonner :
espèce + écosystème + histoire du site.
51. Une vision intégrée du sol vivant
Les lombrics ne doivent finalement jamais être étudiés seuls.
Le véritable système est :
PLANTES ↓ RACINES ↓ ┌──────────┴──────────┐ ↓ ↓ MYCORHIZES LOMBRICS ↓ ↓ └──────────┬──────────┘ ↓ MICROORGANISMES ↓ MATIÈRE ORGANIQUE ↓ AGRÉGATS ↓ RÉSEAU DE PORES ↓ CIRCULATION DE L'EAU
C’est cette architecture collective qui constitue le sol vivant.
52. Le principe fondamental
Un lombric n’est pas simplement un organisme qui « mange de la terre ».
Il transforme physiquement et biologiquement son environnement.
Il participe à :
la bioturbation
la formation de macropores
la redistribution de matière organique
la transformation des nutriments
la structuration du sol
la dynamique hydrologique
les interactions microbiennes
l’exploration racinaire.
53. Le lombric, ingénieur biologique du sol
Les lombrics représentent une forme remarquable d’ingénierie écologique distribuée.
Ils construisent sans plan :
- des galeries ;
- des pores ;
- des agrégats ;
- des interfaces biologiques ;
- des voies de circulation de l’eau et de l’air.
Ils ne remplacent évidemment ni un drainage, ni une réserve d’eau, ni une gestion agronomique adaptée.
Mais ils peuvent contribuer à créer les conditions dans lesquelles ces fonctions apparaissent naturellement à l’échelle du sol.
La véritable leçon pour l’ingénierie Omakëya™ est donc :
Plutôt que de construire artificiellement toutes les infrastructures dont un sol a besoin, concevoir les conditions permettant aux organismes du sol de construire eux-mêmes une partie de cette infrastructure.
C’est précisément là que se rencontrent pédologie, biologie et hydrologie régénérative.
Et le lombric n’est qu’un des nombreux ingénieurs de cette infrastructure invisible : derrière lui se trouvent les bactéries, champignons, mycorhizes, collemboles, acariens, nématodes, protozoaires, racines et innombrables microorganismes qui seront à leur tour intégrés au modèle global du Tome 7.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
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- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.