
Concevoir le Climat Local
Les microclimats : murs, pierres, eau, relief, forêts et vergers
Un jardin n’a pas un climat unique.
Même sur quelques centaines de mètres carrés, la température, l’humidité, le vent, le rayonnement et la disponibilité en eau peuvent varier considérablement d’un point à l’autre.
Un mur exposé au sud peut accumuler de la chaleur pendant plusieurs heures.
Une pierre peut devenir brûlante au soleil puis restituer progressivement cette chaleur après le coucher du soleil.
Une mare peut modifier localement les échanges thermiques et hydriques.
Une dépression peut accumuler l’air froid.
Une forêt peut créer un espace plus ombragé, plus calme et souvent plus humide.
Un verger peut constituer une mosaïque de soleil, d’ombre, de vent et d’humidité.
Le microclimat est donc le résultat d’une interaction entre la géométrie du terrain, les matériaux, l’eau, la végétation et les échanges atmosphériques.
Dans la Vision Omakëya™, il ne s’agit plus seulement de subir le microclimat existant.
Il devient possible de le concevoir, l’améliorer, le distribuer et le faire évoluer.
1. Définir le microclimat
Le climat décrit les conditions atmosphériques sur une échelle spatiale et temporelle relativement importante.
Le microclimat correspond aux conditions particulières rencontrées à une échelle beaucoup plus locale :
- sous un arbre ;
- derrière un mur ;
- au bord d’une mare ;
- dans un verger ;
- au fond d’une dépression ;
- sur une pente exposée ;
- dans une clairière ;
- sous une forêt.
Il dépend notamment de :
- température ;
- humidité ;
- rayonnement ;
- vent ;
- pression ;
- couverture végétale ;
- humidité du sol ;
- nature des surfaces ;
- topographie.
On peut donc considérer le microclimat comme le résultat :
Climat régional + topographie + surfaces + eau + végétation + architecture + temps.
2. Le jardin comme mosaïque climatique
Un terrain de 500 m² peut contenir simultanément :
- une zone chaude et sèche ;
- une zone chaude mais ventilée ;
- une zone fraîche ;
- une zone humide ;
- une zone froide la nuit ;
- une zone protégée du vent ;
- une zone fortement exposée au soleil ;
- une zone ombragée.
Le terrain ne possède donc pas un seul climat.
Il possède une mosaïque de microclimats.
Cette diversité peut être volontairement utilisée pour installer les bonnes fonctions aux bons endroits.
3. Les principaux facteurs du microclimat
Six grandes familles peuvent être distinguées :
1. Le rayonnement
Quantité d’énergie reçue du soleil.
2. Le vent
Transport de chaleur, d’humidité et de matière.
3. L’eau
Stockage thermique, évaporation et humidité.
4. Le relief
Organisation des écoulements d’air et d’eau.
5. Les matériaux
Stockage et restitution de chaleur.
6. Le vivant
Ombre, transpiration, rugosité, stockage d’eau et transformation biologique.
Les murs, pierres, mares, reliefs, forêts et vergers sont donc différentes machines microclimatiques.
4. Les murs comme batteries thermiques
Un mur possède une propriété fondamentale :
il peut stocker de la chaleur.
Lorsqu’il reçoit du rayonnement solaire, son matériau s’échauffe.
Une partie de cette énergie est ensuite :
- réémise ;
- transmise à l’air ;
- conduite à travers le mur ;
- restituée progressivement.
Le mur devient ainsi une sorte de batterie thermique passive.
5. Orientation des murs
Tous les murs ne reçoivent pas le même rayonnement.
Un mur orienté vers une direction fortement ensoleillée peut recevoir beaucoup d’énergie.
Un mur exposé à une autre orientation peut rester plus longtemps dans l’ombre.
L’orientation modifie donc :
- durée d’ensoleillement ;
- température maximale ;
- durée de restitution nocturne ;
- température de l’air à proximité ;
- température des surfaces voisines.
L’orientation doit donc être intégrée dans la conception.
6. Masse thermique
Un matériau dense possède généralement une capacité importante à stocker de l’énergie thermique.
La chaleur stockée peut être approximativement représentée par :
[
Q=m,c,\Delta T
]
avec :
- (Q) = énergie thermique stockée ;
- (m) = masse ;
- (c) = capacité thermique massique ;
- (\Delta T) = variation de température.
Plus la masse disponible est importante, plus le système peut potentiellement stocker d’énergie pour une même variation de température.
Mais la vitesse à laquelle cette énergie est absorbée ou restituée dépend également :
- de la conductivité thermique ;
- de l’épaisseur ;
- de la géométrie ;
- de l’exposition ;
- des échanges avec l’air.
7. Le mur comme prolongement du jardin
Un mur peut donc être conçu comme une infrastructure climatique.
Il peut :
- protéger du vent ;
- créer de l’ombre ;
- stocker de la chaleur ;
- restituer de la chaleur ;
- protéger certaines plantes ;
- créer une zone abritée ;
- servir de support à une plante grimpante.
Il devient alors beaucoup plus qu’une limite foncière.
Il devient une interface climatique.
8. Mur + végétation
Le mur peut être associé à une végétation grimpante.
On obtient :
mur + feuillage + air + rayonnement.
La végétation peut réduire l’exposition directe du mur et modifier les échanges thermiques.
Une treille peut également créer une seconde enveloppe climatique devant la paroi.
On obtient alors une succession :
soleil → végétation → lame d’air → mur → intérieur ou jardin.
Cette architecture peut être particulièrement intéressante pour les bâtiments et les espaces de repos.
9. Les pierres comme micro-accumulateurs thermiques
Une pierre exposée au soleil absorbe du rayonnement.
Elle peut ensuite restituer une partie de cette énergie.
Dans un jardin, des masses minérales peuvent donc modifier localement le régime thermique.
Cela concerne :
- murs en pierre ;
- murets ;
- rocailles ;
- enrochements ;
- terrasses minérales ;
- pierres isolées.
L’effet dépend fortement de :
- couleur ;
- masse ;
- nature minérale ;
- humidité ;
- exposition ;
- ventilation.
10. Pierre sèche et pierre humide
Une pierre sèche et une pierre humide ne se comportent pas exactement de la même manière.
L’eau présente dans ou autour du matériau modifie les échanges thermiques.
L’évaporation peut également consommer de l’énergie.
Ainsi, la combinaison :
minéral + eau + air
peut produire un comportement très différent de :
minéral + air sec.
Cela montre pourquoi les éléments du jardin doivent être étudiés ensemble.
11. L’albédo
La couleur et les propriétés de surface influencent la fraction du rayonnement réfléchie.
Une surface claire peut réfléchir davantage de rayonnement qu’une surface sombre.
Une surface sombre absorbe généralement davantage d’énergie solaire et peut donc atteindre des températures de surface plus élevées.
Mais il faut également considérer ce qui arrive au rayonnement réfléchi.
Une surface claire peut réduire son propre échauffement tout en augmentant potentiellement le rayonnement reçu par les surfaces voisines.
L’albédo doit donc être étudié à l’échelle du système, et non d’une surface isolée.
12. L’eau comme régulateur thermique
L’eau possède une capacité thermique importante et intervient également dans les échanges par évaporation.
Une mare peut donc constituer une réserve :
- d’eau ;
- d’énergie thermique ;
- d’humidité atmosphérique potentielle ;
- de biodiversité.
Mais il faut éviter une affirmation trop simple :
« une mare refroidit toujours le jardin ».
Son effet dépend de :
- surface ;
- profondeur ;
- température de l’eau ;
- vent ;
- humidité atmosphérique ;
- rayonnement ;
- végétation ;
- disponibilité en eau ;
- moment de la journée.
13. L’évaporation
Lorsque l’eau s’évapore, elle consomme de l’énergie.
Cette énergie est associée à la chaleur latente de vaporisation.
On peut représenter simplement le phénomène :
eau liquide → vapeur d’eau + consommation d’énergie.
Cette propriété explique pourquoi l’eau peut participer au refroidissement de certaines surfaces et de certains environnements.
Mais le refroidissement réel dépend fortement de la capacité de l’air à recevoir cette vapeur.
14. Eau et humidité
Un plan d’eau peut modifier localement les conditions d’humidité.
Mais l’effet n’est pas uniforme.
Une mare entourée d’une végétation dense ne produit pas exactement le même microclimat qu’une grande surface d’eau exposée au vent.
Il faut également distinguer :
- humidité relative ;
- quantité réelle de vapeur d’eau ;
- température ;
- point de rosée.
Une augmentation de l’humidité relative ne signifie pas nécessairement qu’une grande quantité d’eau a été ajoutée à l’atmosphère : elle dépend également de la température.
15. L’eau comme tampon thermique
Une mare peut absorber de l’énergie pendant la journée et restituer progressivement de la chaleur.
Cela peut contribuer à réduire certaines amplitudes thermiques locales.
Mais l’effet peut être :
- faible ;
- important ;
- bénéfique ;
- neutre ;
- parfois défavorable.
Il dépend de la géométrie et des conditions atmosphériques.
La mare doit donc être intégrée dans le bilan énergétique global.
16. Le relief comme architecture climatique
Le relief est probablement l’une des infrastructures microclimatiques les plus puissantes parce qu’il est pratiquement impossible à déplacer.
Une pente détermine :
- orientation solaire ;
- écoulement de l’eau ;
- drainage ;
- circulation de l’air ;
- accumulation de froid ;
- exposition au vent.
Une différence de quelques mètres d’altitude peut donc modifier considérablement les conditions locales.
17. Les zones basses
Pendant certaines nuits calmes et dégagées, le sol peut perdre de la chaleur par rayonnement.
L’air proche du sol peut alors se refroidir.
Comme l’air froid est plus dense, il peut s’écouler vers les points bas.
On peut alors observer :
refroidissement → descente → accumulation d’air froid.
Ces zones peuvent devenir des poches de froid.
Elles sont particulièrement importantes pour :
- vergers ;
- plantes sensibles au gel ;
- jeunes plants ;
- cultures précoces.
18. Les pentes
Une pente modifie également l’exposition au soleil.
Deux terrains situés à la même latitude et altitude peuvent recevoir des régimes radiatifs différents selon leur orientation.
Une pente orientée vers le soleil peut être :
- plus chaude ;
- plus sèche ;
- plus précoce au printemps.
Une pente opposée peut être :
- plus fraîche ;
- moins exposée ;
- plus humide.
La pente devient donc une variable agroclimatique.
19. Les crêtes et sommets
Les zones élevées sont généralement plus exposées aux vents.
Elles peuvent présenter :
- ventilation importante ;
- dessiccation ;
- contraintes mécaniques ;
- faible accumulation d’air froid.
Cela peut être favorable à certaines cultures et défavorable à d’autres.
Le principe n’est donc pas :
« sommet = mauvais ».
Mais :
« sommet = microclimat différent ».
20. La forêt comme infrastructure microclimatique
Une forêt constitue un système particulièrement complexe.
Elle modifie simultanément :
- rayonnement ;
- vent ;
- humidité ;
- température ;
- sol ;
- eau ;
- rugosité ;
- évapotranspiration.
Elle possède également une structure verticale :
sol → herbacées → arbustes → sous-bois → arbres → canopée.
Chaque couche possède son propre environnement.
21. La canopée
La canopée intercepte une partie du rayonnement solaire.
Elle crée un espace situé entre :
- atmosphère extérieure ;
- sol forestier.
La température et l’humidité peuvent y être différentes de celles d’une zone ouverte.
Mais là encore, le résultat dépend :
- de la densité ;
- de la hauteur ;
- de la disponibilité en eau ;
- du vent ;
- de la saison ;
- du type de forêt.
22. Le sous-bois
Le sous-bois bénéficie souvent d’une réduction du rayonnement direct.
Il peut également bénéficier :
- d’une litière ;
- d’une humidité du sol plus stable ;
- d’une réduction des fluctuations thermiques ;
- d’une protection contre certains vents.
Le sous-bois devient ainsi une véritable zone climatique intermédiaire.
23. La forêt n’est pas homogène
Une forêt possède elle-même des microclimats.
On peut distinguer :
- bordure ;
- lisière ;
- clairière ;
- sous-bois dense ;
- sous-bois ouvert ;
- zone humide ;
- zone sèche ;
- versant nord ;
- versant sud.
La biodiversité forestière repose en partie sur cette mosaïque.
Le même principe peut être reproduit dans un jardin.
24. La lisière
La lisière constitue une zone particulièrement intéressante.
Elle possède simultanément :
- influences forestières ;
- influences de milieu ouvert ;
- lumière intermédiaire ;
- ventilation intermédiaire ;
- diversité biologique élevée.
Dans un système agroclimatique, la lisière peut devenir une infrastructure particulièrement productive.
On peut créer :
forêt → lisière → verger → prairie → culture.
Chaque transition produit un microclimat différent.
25. Le verger comme système microclimatique
Un verger n’est pas simplement une collection d’arbres fruitiers.
C’est une structure climatique.
Les arbres modifient :
- rayonnement ;
- vent ;
- humidité ;
- température ;
- évapotranspiration ;
- sol.
L’espacement des arbres détermine en partie la quantité de lumière qui atteint le sol.
26. Verger dense et verger ouvert
Verger dense
Avantages possibles :
- ombrage ;
- protection ;
- réduction de certaines contraintes radiatives.
Risques :
- manque de lumière ;
- humidité excessive ;
- ventilation réduite ;
- concurrence racinaire.
Verger ouvert
Avantages :
- lumière ;
- ventilation ;
- séchage du feuillage.
Risques :
- rayonnement important ;
- vent ;
- évapotranspiration ;
- stress thermique.
Il n’existe donc pas une densité universellement optimale.
27. Le verger comme mosaïque
Un verger bien conçu peut comporter :
- plein soleil ;
- ombre légère ;
- ombre de mi-journée ;
- corridors de vent ;
- zones protégées ;
- zones plus humides ;
- zones sèches.
Chaque emplacement peut accueillir des espèces différentes.
Le verger devient alors une mosaïque agroclimatique productive.
28. Les combinaisons sont plus importantes que les objets
Un mur isolé possède un effet.
Un arbre isolé possède un effet.
Une mare isolée possède un effet.
Mais leur association peut produire un système totalement différent.
Exemple
mur + arbre + mare + relief
peut produire :
- ombre ;
- stockage thermique ;
- humidité ;
- protection contre le vent ;
- circulation d’air ;
- diversité biologique.
Le microclimat est donc une propriété émergente du système.
29. Construire des gradients plutôt que des frontières
Un microclimat brutalement différent peut être difficile à gérer.
Une transition progressive est souvent plus intéressante.
Par exemple :
plein soleil
→ ombre légère
→ canopée
→ sous-bois
ou :
zone sèche
→ prairie
→ zone humide
ou :
vent fort
→ haie
→ zone protégée
→ corridor ventilé.
Ces gradients augmentent la diversité des niches.
30. Créer volontairement une mosaïque thermique
Le jardin peut être conçu avec plusieurs « pièces climatiques ».
Pièce chaude
Mur + soleil + pierre.
Pièce fraîche
Canopée + végétation + sol vivant.
Pièce humide
Mare + végétation + sol hydromorphe.
Pièce ventilée
Corridor ouvert.
Pièce protégée
Haie + relief.
Pièce tampon
Lisière entre deux environnements.
Le jardin devient alors une architecture climatique distribuée.
31. Les murs orientés au soleil
Un mur bien orienté peut être utilisé pour :
- certaines plantes thermophiles ;
- prolonger une saison ;
- créer une zone plus chaude ;
- protéger une culture du vent ;
- favoriser certains fruits.
Dans certaines régions, cette technique permet historiquement de cultiver des espèces qui auraient été plus difficiles à produire dans un espace totalement ouvert.
Le principe est celui d’un microclimat artificiellement renforcé.
32. Les murs orientés vers les zones froides
Un mur peut également servir de protection contre un vent dominant.
On obtient :
vent → mur → zone protégée.
Mais comme pour les haies, il faut étudier les turbulences générées derrière l’obstacle.
Le mur ne doit pas être conçu indépendamment de l’aérodynamique locale.
33. La combinaison mur + pierre + eau
Cette combinaison peut être intéressante dans certaines conceptions.
Pendant la journée :
soleil → mur/pierre → stockage thermique
et simultanément :
soleil → eau → évaporation potentielle.
On peut alors obtenir deux fonctions opposées mais complémentaires :
- stockage de chaleur ;
- consommation d’énergie par évaporation.
Selon la configuration, cela peut créer des gradients thermiques intéressants.
Mais il faut les mesurer plutôt que les supposer.
34. Les microclimats nocturnes
Le microclimat ne doit pas être étudié uniquement pendant la journée.
La nuit, les mécanismes changent.
Il faut considérer :
- rayonnement infrarouge ;
- refroidissement radiatif ;
- vent ;
- humidité ;
- relief ;
- stockage thermique des matériaux.
Une zone très chaude le jour peut devenir relativement froide la nuit.
Une masse minérale peut restituer de la chaleur.
Une dépression peut accumuler de l’air froid.
Une forêt peut réduire certaines fluctuations thermiques.
35. Les microclimats saisonniers
Une même zone peut changer complètement de fonction au cours de l’année.
Été
Recherche de fraîcheur.
Automne
Stockage thermique intéressant.
Hiver
Recherche de rayonnement et de protection.
Printemps
Recherche de réchauffement précoce.
Le design doit donc être saisonnier.
36. Les microclimats sont dynamiques
Il faut également intégrer la croissance.
Un arbre de 2 m :
→ petite ombre.
Le même arbre à 10 m :
→ grande canopée.
Une haie jeune :
→ faible protection.
La même haie adulte :
→ modification importante du vent.
Un verger jeune :
→ forte exposition.
Un verger mature :
→ microclimat différent.
Le microclimat doit donc être conçu dans le temps.
37. Mesurer les microclimats
L’intuition est utile, mais elle ne suffit pas.
On peut mesurer :
- température de l’air ;
- température du sol ;
- humidité relative ;
- température de surface ;
- rayonnement ;
- vitesse du vent ;
- humidité du sol ;
- température de l’eau ;
- température foliaire.
La comparaison de plusieurs points est particulièrement instructive.
Par exemple :
| Point | Température | Humidité | Vent | Rayonnement |
|---|---|---|---|---|
| Plein soleil | élevée | faible | forte | forte |
| Sous canopée | plus faible | plus élevée | faible | réduite |
| Bord de mare | variable | élevée | variable | variable |
| Derrière mur | variable | variable | faible | réduite |
| Dépression | faible la nuit | élevée | faible | variable |
Les valeurs réelles doivent être mesurées sur le site.
38. La température de surface
Une station météorologique classique mesure principalement l’air.
Mais une grande partie du microclimat dépend de la température des surfaces.
Il peut être extrêmement instructif de comparer :
- pierre au soleil ;
- pierre à l’ombre ;
- sol nu ;
- sol paillé ;
- sol végétalisé ;
- mur ;
- feuillage.
Une caméra thermique peut permettre de visualiser ces différences.
39. Cartographier les microclimats
À partir des mesures, on peut construire :
Carte thermique
Zones chaudes et froides.
Carte radiative
Zones fortement et faiblement exposées.
Carte des vents
Zones exposées, protégées et turbulentes.
Carte hydrique
Zones sèches, intermédiaires et humides.
Carte biologique
Zones de forte biodiversité et habitats.
Puis superposer toutes ces cartes.
On obtient une véritable :
carte des microclimats du jardin.
40. Les unités microclimatiques
À partir des observations, le terrain peut être découpé en unités fonctionnelles.
Par exemple :
U1 — zone chaude sèche
U2 — zone chaude protégée
U3 — zone fraîche ombragée
U4 — zone fraîche humide
U5 — zone ventilée
U6 — poche froide
U7 — lisière
U8 — zone de transition
Ces unités deviennent ensuite des unités de conception.
41. Le principe de « planter selon le microclimat »
La bonne question n’est pas :
« Où planter cette espèce ? »
Mais :
« Quel microclimat cette espèce demande-t-elle, et où ce microclimat existe-t-il déjà ? »
Puis :
« Peut-on créer ce microclimat ailleurs ? »
Cette inversion du raisonnement est fondamentale.
42. Créer plutôt que subir
Si une espèce demande davantage de chaleur :
mur + exposition + protection contre le vent.
Si elle demande davantage de fraîcheur :
canopée + sol vivant + circulation d’air.
Si elle demande davantage d’humidité :
zone hydrologiquement favorable + végétation + ombrage.
Si elle craint le vent :
haie + relief + implantation protégée.
Si elle craint l’humidité excessive :
drainage + ventilation + exposition.
Le microclimat devient donc un outil de sélection et de conception.
43. Le principe Omakëya™ des « machines climatiques »
Chaque élément du jardin peut être considéré comme une machine climatique :
| Élément | Action dominante |
|---|---|
| Mur | Stockage thermique / protection |
| Pierre | Stockage et restitution |
| Eau | Stockage thermique / évaporation |
| Relief | Orientation / écoulement |
| Haie | Modification du vent |
| Arbre | Ombre / évapotranspiration |
| Forêt | Régulation multi-flux |
| Verger | Production + microclimat |
| Sol vivant | Eau + thermique + biologique |
| Prairie | Infiltration + évapotranspiration |
| Mare | Eau + biodiversité + tampon |
Mais aucune machine ne fonctionne seule.
La véritable performance apparaît dans leur combinaison.
44. Concevoir les interactions
Le concepteur doit rechercher les synergies :
Arbre + mare
Ombre + biodiversité + eau.
Arbre + mur
Protection + ombre + habitat.
Mare + forêt
Humidité + fraîcheur potentielle + continuité écologique.
Verger + haie
Production + protection du vent.
Relief + mare
Collecte + stockage.
Mur + pergola
Ombre + masse thermique.
Sol vivant + canopée
Protection thermique + réserve hydrique.
Ces associations produisent des systèmes beaucoup plus puissants qu’une accumulation d’objets indépendants.
45. Les conflits à éviter
Un microclimat peut devenir excessif.
Trop d’ombre
→ baisse de production.
Trop d’humidité
→ problèmes de séchage et de maladies.
Trop peu de vent
→ stagnation de l’air.
Trop de masse minérale
→ échauffement local.
Trop d’eau
→ saturation du sol.
Trop de végétation
→ concurrence hydrique potentielle.
Trop de protection
→ suppression de certaines circulations naturelles.
Le design consiste donc à rechercher un équilibre dynamique.
46. Le microclimat comme système de contrôle
À ce stade, le jardin commence à ressembler à un système de régulation.
Le soleil apporte de l’énergie.
L’eau transporte et stocke de la chaleur.
La végétation transforme l’énergie solaire en biomasse et régule l’eau.
Les matériaux stockent et restituent de la chaleur.
Le relief organise les flux.
Le vent redistribue chaleur et humidité.
Le sol amortit certaines variations.
L’ensemble forme une boucle de régulation climatique biologique et physique.
47. Vers le génie climatique végétal
Le concept peut être formulé ainsi :
Le génie climatique végétal consiste à utiliser les propriétés physiques et biologiques du paysage pour modifier localement les flux de chaleur, d’eau, de rayonnement et d’air.
Il ne s’agit pas de reproduire exactement une installation CVC.
Il s’agit d’utiliser :
- soleil ;
- eau ;
- sol ;
- végétation ;
- relief ;
- matériaux ;
- architecture.
pour produire un climat local favorable.
48. Concevoir un microclimat de manière méthodique
La méthode Omakëya™ peut suivre douze étapes.
1. Observer
Identifier les différences existantes.
2. Mesurer
Installer des capteurs à plusieurs endroits.
3. Cartographier
Relief, soleil, eau, vent, végétation, matériaux.
4. Identifier les flux
Chaleur, eau, air, rayonnement.
5. Définir les besoins
Chaleur, fraîcheur, humidité, protection, ventilation.
6. Identifier les ressources
Murs, arbres, pierres, eau, relief.
7. Créer les infrastructures
Haies, mares, canopées, plantations, structures.
8. Organiser les gradients
Soleil → mi-ombre → ombre.
Sec → humide.
Venté → protégé.
9. Tester les interactions
Ne jamais analyser un élément isolément.
10. Simuler le temps
Jour, nuit, saison, croissance.
11. Mesurer après intervention
Comparer avant/après.
12. Corriger
Le système reste évolutif.
49. Le microclimat comme infrastructure productive
Le microclimat n’est pas seulement destiné au confort humain.
Il peut augmenter la résilience :
- des arbres ;
- des cultures ;
- des animaux ;
- des pollinisateurs ;
- des auxiliaires ;
- des microorganismes.
Il peut également modifier :
- dates de floraison ;
- durée de végétation ;
- stress thermique ;
- besoins en irrigation ;
- risques de gel ;
- conditions de maturation.
Le microclimat devient donc une infrastructure de production.
50. Le microclimat comme assurance climatique
Face à un climat plus variable, la diversité des microclimats constitue une forme de diversification du risque.
Si une zone devient trop chaude :
une autre peut rester fraîche.
Si une zone devient trop humide :
une autre peut rester sèche.
Si un secteur est exposé au vent :
un autre peut être protégé.
Si une plante échoue dans une zone :
une autre peut réussir dans une micro-zone différente.
On obtient une forme de redondance climatique spatiale.
51. Perspective 2050–2100
Le microclimat devient particulièrement important dans un contexte de changement climatique.
Les conditions moyennes évoluent.
Mais la capacité du terrain à créer des différences locales peut également évoluer.
Les infrastructures végétales vont grandir.
Les arbres vont modifier progressivement leur environnement.
Les réserves d’eau peuvent devenir plus précieuses.
Les zones ombragées peuvent gagner en importance.
Les systèmes de ventilation naturelle peuvent devenir plus utiles.
La conception doit donc prévoir :
microclimat actuel → microclimat 2030 → microclimat 2050 → microclimat 2080 → microclimat 2100.
52. Le jumeau numérique microclimatique
Un modèle numérique peut intégrer :
- topographie ;
- bâtiments ;
- arbres ;
- haies ;
- plans d’eau ;
- matériaux ;
- rayonnement ;
- vent ;
- température ;
- humidité ;
- sol.
Il peut alors simuler les changements provoqués par une nouvelle plantation ou une nouvelle structure.
Exemple :
Que devient la température de la terrasse lorsque les arbres atteignent 8 m ?
Ou :
Quelle zone reste au soleil en hiver ?
Ou :
Où l’air froid s’accumule-t-il pendant une nuit calme ?
Ou :
Quel secteur possède le meilleur compromis entre soleil, humidité et ventilation pour un verger ?
Le jardin devient progressivement un système modélisable.
53. La grande règle de conception
Il faut éviter de chercher un microclimat uniforme.
Un jardin entièrement chaud n’est pas nécessairement résilient.
Un jardin entièrement frais ne l’est pas davantage.
Un jardin entièrement ombragé perd une partie de sa production.
Un jardin entièrement exposé augmente les risques thermiques.
La résilience vient de la diversité des conditions.
Il faut donc créer :
une mosaïque de microclimats complémentaires.
Le microclimat est probablement l’une des notions les plus importantes de toute l’agroclimatologie appliquée.
Un terrain n’est jamais climatiquement homogène.
Le mur stocke.
La pierre restitue.
L’eau absorbe, transporte et peut évaporer.
Le relief oriente.
La forêt filtre.
Le verger produit.
L’arbre ombre et transpire.
Le sol stocke et régule.
La haie transforme le vent.
Et toutes ces infrastructures interagissent.
La Vision Omakëya™ propose ainsi de considérer le jardin non comme une surface soumise à un climat unique, mais comme une architecture climatique distribuée, capable de produire une multitude de conditions locales.
Le but n’est pas de fabriquer artificiellement un climat totalement indépendant du climat extérieur.
Le but est beaucoup plus réaliste et beaucoup plus puissant :
utiliser les gradients naturels de température, de rayonnement, d’humidité, de vent, d’eau et de relief pour créer les conditions les plus favorables à chaque fonction du système.
Le mur peut devenir une batterie thermique.
La pierre, un accumulateur.
La mare, un réservoir hydrologique et thermique.
Le relief, une architecture naturelle.
La forêt, une enveloppe climatique vivante.
Le verger, une infrastructure productive.
Et leur combinaison forme quelque chose de plus grand que la somme de ses composants :
un microclimat conçu.
Principe Omakëya™
Ne cherchez pas à imposer le même climat partout. Créez une mosaïque de microclimats : chaud et froid, sec et humide, ensoleillé et ombragé, ventilé et protégé. La résilience naît de cette diversité spatiale, parce que lorsque le climat extérieur devient extrême, il existe toujours quelque part dans le système une zone capable de continuer à fonctionner.
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- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.