AGROCLIMATOLOGIE : Les espèces qui disparaissent

Les espèces qui disparaissent

La disparition d’une plante ne commence pas nécessairement par son extinction.

Elle peut commencer beaucoup plus discrètement :

une population devient moins abondante ;

puis certaines stations disparaissent ;

puis l’espèce devient rare ;

puis son aire de répartition se contracte ;

puis les populations deviennent isolées ;

puis la reproduction devient plus difficile ;

et finalement l’espèce peut disparaître localement, régionalement ou, dans les cas les plus graves, totalement.

Dans un contexte de changement climatique, cette distinction est fondamentale.

Une plante peut encore être abondante à l’échelle mondiale tout en étant condamnée à disparaître d’une région devenue trop chaude, trop sèche, trop humide ou trop instable.

La question n’est donc pas simplement :

Quelles espèces vont disparaître ?

mais :

À quelle échelle, à quelle vitesse et pour quelles raisons une espèce cesse-t-elle de pouvoir maintenir des populations viables ?


1. La disparition n’est pas toujours une extinction

Il faut distinguer plusieurs niveaux.

Extinction locale

L’espèce disparaît d’un territoire donné mais subsiste ailleurs.

Extinction régionale

Elle disparaît d’une région entière.

Extinction fonctionnelle

L’espèce est encore présente mais tellement rare qu’elle ne joue pratiquement plus son rôle écologique.

Extinction globale

La dernière population disparaît de la planète.

Ces quatre situations ne doivent jamais être confondues.


2. Une espèce peut disparaître sans être immédiatement visible

Une forêt peut encore contenir quelques individus d’une espèce devenue extrêmement rare.

Visuellement, elle semble toujours présente.

Mais si ces individus :

  • ne produisent plus suffisamment de graines ;
  • ne rencontrent plus de partenaires reproducteurs ;
  • sont trop âgés ;
  • subissent une mortalité excessive ;

la population peut être condamnée à moyen terme.

Il existe alors une dette d’extinction.


3. La dette d’extinction

Une population peut survivre temporairement dans des conditions devenues défavorables.

Les individus adultes sont parfois capables de supporter plusieurs décennies de stress.

Mais le renouvellement naturel ne fonctionne plus.

On observe alors :

adultes survivants

peu de jeunes

vieillissement de la population

absence de renouvellement

disparition future.


4. Le changement climatique comme pression de sélection

Le climat impose différentes contraintes :

  • chaleur ;
  • sécheresse ;
  • gel ;
  • pluviométrie ;
  • durée de saison végétative ;
  • événements extrêmes.

Une espèce peut survivre à une modification progressive.

Mais lorsque plusieurs contraintes s’additionnent, sa marge de sécurité peut disparaître.


5. La température maximale

Certaines plantes possèdent une limite thermique.

Au-delà d’un certain seuil :

  • photosynthèse diminue ;
  • respiration augmente ;
  • membranes cellulaires sont perturbées ;
  • protéines et enzymes peuvent être affectées ;
  • reproduction devient moins efficace.

Une succession de canicules peut donc provoquer un déclin même si la moyenne annuelle reste encore compatible.


6. Les températures nocturnes

La chaleur nocturne est également importante.

Une température élevée pendant la nuit peut maintenir une respiration importante.

La plante consomme alors davantage de carbone produit pendant la journée.

Le bilan énergétique et carboné peut devenir défavorable.


7. Les canicules extrêmes

Une plante peut supporter une température moyenne élevée mais être détruite par des épisodes extrêmes.

C’est l’une des difficultés majeures des projections climatiques.

Le risque dépend donc de :

moyennes

mais également de :

fréquence + durée + intensité des extrêmes.


8. La sécheresse

La sécheresse constitue souvent une menace encore plus importante que la température.

Lorsque l’eau devient insuffisante :

sol sec

potentiel hydrique diminue

fermeture stomatique

photosynthèse diminue

croissance diminue

réserves diminuent

vulnérabilité augmente.


9. La sécheresse chronique

Une sécheresse exceptionnelle peut être surmontée.

Une succession de sécheresses peut en revanche empêcher les plantes de reconstituer leurs réserves.

La mortalité peut alors augmenter progressivement.


10. Le déficit hydrique cumulé

Le problème n’est donc pas uniquement :

« Combien a-t-il plu cette année ? »

mais :

« Combien d’eau le système sol–plante a-t-il réellement pu conserver et rendre disponible ? »

Il faut intégrer :

  • réserve utile ;
  • profondeur racinaire ;
  • texture du sol ;
  • matière organique ;
  • infiltration ;
  • évapotranspiration ;
  • drainage.

11. Les sols peuvent condamner une espèce

Une plante peut supporter la température future mais pas le sol dans lequel elle pousse.

La disparition peut être liée à :

  • compaction ;
  • érosion ;
  • perte de matière organique ;
  • salinisation ;
  • hydromorphie ;
  • perte de réserve utile.

Le climat agit donc souvent indirectement par l’intermédiaire du sol.


12. Les sécheresses et les arbres

Les arbres sont particulièrement vulnérables lorsqu’ils doivent alimenter une grande biomasse en eau.

Le système hydraulique peut être soumis à une tension importante.

Lorsque le stress devient extrême, le risque de cavitation du xylème augmente.


13. La défaillance hydraulique

Une succession de sécheresses peut provoquer :

  • embolies du xylème ;
  • perte de conductivité hydraulique ;
  • dessèchement des tissus ;
  • dépérissement des branches ;
  • mortalité.

Un arbre peut alors mourir même après le retour des pluies si les dommages hydrauliques sont trop importants.


14. La mortalité différée

Une plante peut survivre à une sécheresse mais mourir plusieurs mois ou années plus tard.

Pourquoi ?

Parce que la sécheresse a :

  • épuisé ses réserves ;
  • détruit une partie de son système hydraulique ;
  • affaibli ses défenses ;
  • augmenté sa sensibilité aux pathogènes.

La mortalité peut donc être retardée.


15. Le rôle des ravageurs

Une plante affaiblie devient souvent plus vulnérable à certains ravageurs.

On peut avoir :

sécheresse

affaiblissement

défenses réduites

ravageurs

dépérissement

mortalité.

Le climat peut donc amplifier indirectement les attaques biologiques.


16. Les pathogènes

Le changement climatique peut également modifier la distribution des :

  • champignons ;
  • bactéries ;
  • virus ;
  • nématodes.

Certaines maladies peuvent atteindre de nouvelles régions.

Une plante auparavant protégée par un climat trop froid pour son pathogène peut perdre cette protection.


17. La disparition des partenaires

Une plante peut également disparaître parce que ses partenaires écologiques disparaissent.

Elle peut dépendre :

  • d’un pollinisateur ;
  • d’un disperseur ;
  • d’une mycorhize ;
  • d’un microorganisme ;
  • d’une autre espèce végétale.

La disparition d’un partenaire peut provoquer un effet domino.


18. Le décalage phénologique

Les plantes et leurs partenaires doivent parfois synchroniser leurs cycles.

Exemple :

floraison

avec

activité du pollinisateur.

Si le réchauffement modifie les calendriers à des vitesses différentes, la synchronisation peut être rompue.


19. La reproduction avant la survie

Une plante peut parfois survivre plusieurs années dans des conditions défavorables.

Mais si elle ne se reproduit plus efficacement, sa population finit par décliner.

La question fondamentale devient donc :

La plante peut-elle encore produire une génération suivante ?


20. Les jeunes plants sont souvent plus vulnérables

Les adultes possèdent parfois :

  • racines profondes ;
  • réserves importantes ;
  • écorce protectrice.

Les plantules disposent de beaucoup moins de ressources.

Une sécheresse répétée peut donc empêcher le recrutement.

On peut avoir une forêt d’adultes sans véritable régénération.


21. Le vieillissement des populations

Une population vieillissante présente :

  • peu de jeunes ;
  • forte proportion d’adultes âgés ;
  • renouvellement faible.

Elle peut sembler stable pendant plusieurs décennies.

Mais sa trajectoire démographique est négative.


22. La fragmentation

La fragmentation constitue une autre cause majeure.

Une population continue peut être transformée en plusieurs petits îlots.

Cela réduit :

  • flux génétiques ;
  • pollinisation ;
  • dispersion ;
  • recolonisation.

La fragmentation augmente également la vulnérabilité aux événements extrêmes.


23. Les petites populations

Plus une population devient petite, plus elle devient vulnérable.

Elle peut subir :

  • dérive génétique ;
  • consanguinité ;
  • perte de diversité ;
  • hasard démographique.

Un événement climatique extrême peut alors éliminer une population entière.


24. Le seuil critique

Une population peut présenter un seuil en dessous duquel son maintien devient très difficile.

On peut alors observer :

population abondante

déclin

fragmentation

petites populations

effondrement.

Cette dynamique peut être non linéaire.


25. Les extinctions en cascade

La disparition d’une plante peut affecter :

  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • champignons ;
  • herbivores ;
  • microorganismes.

Une espèce végétale peut donc être une espèce structurante.

Sa disparition peut provoquer plusieurs autres changements.


26. Les espèces dominantes

La disparition d’une espèce dominante peut modifier :

  • lumière ;
  • humidité ;
  • température ;
  • structure du sol ;
  • disponibilité des nutriments.

La communauté entière peut alors changer.


27. Les espèces spécialisées

Les espèces très spécialisées sont parfois particulièrement vulnérables.

Elles peuvent dépendre d’un ensemble étroit de :

  • températures ;
  • sols ;
  • habitats ;
  • partenaires.

Une modification relativement faible peut dépasser leur capacité d’adaptation.


28. Les espèces généralistes

Les espèces généralistes possèdent souvent une plus grande amplitude écologique.

Elles peuvent exploiter :

  • plusieurs habitats ;
  • plusieurs types de sols ;
  • plusieurs ressources.

Elles peuvent donc être favorisées par les changements environnementaux.


29. Les espèces de montagne

Les plantes montagnardes constituent un cas particulier.

Elles peuvent suivre leur climat vers le haut.

Mais :

plus elles montent, moins il reste d’espace.

Elles peuvent finalement atteindre :

  • sommet ;
  • zones rocheuses ;
  • sols trop minces.

Elles rencontrent alors une limite géographique absolue.


30. Les espèces arctiques

Le même phénomène existe aux hautes latitudes.

Une espèce adaptée au froid peut voir son aire se réduire vers le nord.

À terme, elle peut manquer de territoire suffisamment froid.


31. Le paradoxe des espèces froides

Une espèce peut ne pas être directement tuée par la chaleur.

Elle peut simplement perdre progressivement son habitat climatique.

Elle devient alors une espèce en retrait géographique.


32. Les espèces méditerranéennes peuvent également disparaître

Il serait faux de considérer toutes les espèces méridionales comme gagnantes du réchauffement.

Certaines peuvent subir :

  • sécheresses extrêmes ;
  • canicules ;
  • incendies ;
  • perte de réserve hydrique.

Le sud peut donc également connaître des extinctions locales.


33. Les incendies répétés

Le feu peut faire partie de l’écologie normale d’un écosystème.

Mais lorsque :

  • fréquence augmente ;
  • intensité augmente ;
  • sécheresse augmente ;

le temps entre deux incendies peut devenir inférieur au temps nécessaire aux arbres pour atteindre la maturité.

La forêt ne peut alors plus se régénérer.


34. Le changement de régime d’incendie

Une forêt peut passer progressivement :

forêt

forêt perturbée

maquis

milieu ouvert

désertification locale.

Ce n’est pas nécessairement une progression vers une autre forêt.


35. L’érosion après disparition de la végétation

Lorsque la couverture végétale disparaît :

  • infiltration diminue ;
  • ruissellement augmente ;
  • érosion augmente ;
  • matière organique diminue ;
  • réserve en eau diminue.

La disparition des plantes peut donc entraîner une dégradation du sol.

Cette dégradation rend ensuite encore plus difficile la recolonisation.


36. Une boucle de rétroaction

On peut obtenir :

sécheresse

mortalité végétale

sol nu

augmentation de la température du sol

évaporation accrue

érosion

moins d’eau disponible

davantage de mortalité.

Une boucle de dégradation peut ainsi s’installer.


37. Le rôle protecteur des communautés

Une plante isolée peut être très vulnérable.

Une communauté végétale dense peut créer :

  • ombre ;
  • humidité ;
  • protection contre le vent ;
  • réduction de la température du sol.

La biodiversité peut donc constituer une forme de protection climatique collective.


38. Le phénomène de facilitation

Certaines plantes améliorent les conditions de vie d’autres espèces.

Par exemple :

arbre

→ ombre

→ sol plus frais

→ évaporation réduite

→ meilleure survie des plantes du sous-bois.

La disparition de l’espèce facilitatrice peut donc provoquer des pertes secondaires.


39. Les espèces ingénieures

Certaines espèces transforment profondément leur environnement.

Exemples :

  • arbres créant une canopée ;
  • plantes fixant l’azote ;
  • végétation stabilisant les sols ;
  • espèces créant de la matière organique.

Lorsqu’elles disparaissent, elles peuvent entraîner une modification du fonctionnement de l’écosystème.


40. La disparition fonctionnelle

Une espèce peut donc devenir rare tout en étant encore présente.

Si elle passe sous un certain seuil d’abondance, ses fonctions écologiques deviennent beaucoup plus faibles.

La conservation doit donc viser non seulement :

la présence

mais aussi :

la population viable et fonctionnelle.


41. Les extinctions locales peuvent précéder les extinctions mondiales

Une espèce peut disparaître :

d’une vallée

puis

d’une région

puis

d’un pays

tout en restant présente ailleurs.

Ces disparitions locales constituent des signaux d’alerte.


42. Les marges d’aire sont particulièrement vulnérables

Les populations situées à la limite de l’aire de répartition peuvent être les premières à disparaître.

Elles vivent souvent dans des conditions proches de leur limite physiologique.

Une modification climatique peut rapidement les faire basculer hors de leur zone de viabilité.


43. Les populations périphériques ont cependant une valeur génétique

Il existe un paradoxe.

Les populations périphériques sont souvent vulnérables.

Mais elles peuvent posséder des adaptations particulières aux conditions extrêmes.

Elles peuvent donc constituer des réservoirs génétiques précieux pour l’avenir.


44. La diversité génétique comme assurance

Une population génétiquement diversifiée possède davantage de chances de contenir des individus :

  • résistants à la sécheresse ;
  • tolérants à la chaleur ;
  • résistants à certaines maladies ;
  • capables de modifier leur phénologie.

La diversité génétique constitue donc une assurance évolutive.


45. La sélection naturelle peut sauver certaines populations

Si le changement est suffisamment lent et si une variation génétique existe, la sélection naturelle peut favoriser les individus les mieux adaptés.

Mais l’évolution nécessite :

variation

héritabilité

sélection

temps.

Si le changement climatique est trop rapide, l’adaptation peut ne pas suivre.


46. Le paradoxe du temps

L’évolution peut produire des adaptations remarquables.

Mais un arbre à génération longue ne peut pas évoluer aussi rapidement qu’une plante annuelle.

La durée de génération devient donc un facteur de vulnérabilité.


47. La plasticité peut retarder la disparition

Une plante plastique peut modifier son fonctionnement rapidement.

Elle peut :

  • réduire sa croissance ;
  • fermer ses stomates ;
  • développer davantage de racines ;
  • modifier sa surface foliaire ;
  • changer sa phénologie.

La plasticité peut donc acheter du temps.

Mais elle a ses limites.


48. Résistance et résilience

Il faut distinguer :

Résistance

Capacité à ne pas être fortement affectée par une perturbation.

Résilience

Capacité à récupérer après la perturbation.

Une espèce peut être très résistante mais peu résiliente, ou inversement.


49. Le climat composé

La disparition d’une espèce résulte rarement d’un seul facteur.

On peut avoir :

+ température

− précipitations

canicules

ravageurs

incendies

fragmentation

sol dégradé.

Les facteurs peuvent se renforcer mutuellement.


50. Les effets multiplicatifs

Une sécheresse modérée peut être supportable.

Une sécheresse modérée + chaleur extrême + ravageur peut devenir catastrophique.

Le risque est donc souvent non additif.


51. Les seuils écologiques

Une espèce peut tolérer une variation jusqu’à un certain seuil.

Au-delà :

fonctionnement normal

stress

dépérissement

mortalité.

Le franchissement d’un seuil peut provoquer une transition rapide.


52. Les tipping points biologiques

Certains écosystèmes peuvent présenter des points de bascule.

Au-delà d’un certain niveau de perturbation, le système peut changer d’état.

Exemple conceptuel :

forêt humide

forêt dégradée

savane

milieu très ouvert.

Ces transitions ne sont pas toujours facilement réversibles.


53. Le problème de la réversibilité

Une pluie exceptionnelle peut restaurer temporairement l’humidité du sol.

Mais elle ne restaure pas immédiatement :

  • un arbre adulte ;
  • une population génétique ;
  • une communauté mycorhizienne ;
  • un réseau écologique.

La disparition biologique peut être beaucoup plus durable que la perturbation climatique initiale.


54. Les espèces relictuelles

Une espèce peut survivre dans quelques refuges.

Ces populations relictuelles deviennent extrêmement importantes.

Elles peuvent représenter les derniers représentants d’une ancienne aire de répartition.


55. Les refuges climatiques du futur

Les refuges pourraient devenir :

  • vallées fraîches ;
  • versants nord ;
  • forêts denses ;
  • zones humides ;
  • sources ;
  • sols profonds.

La conservation devra identifier ces lieux.


56. Cartographier les refuges

Une stratégie moderne peut combiner :

  • température ;
  • humidité ;
  • topographie ;
  • végétation ;
  • sol ;
  • hydrologie.

L’objectif est de rechercher les endroits où une espèce peut survivre malgré un climat régional défavorable.


57. Les capteurs

Des capteurs peuvent mesurer :

  • température du sol ;
  • humidité ;
  • potentiel hydrique ;
  • rayonnement ;
  • température foliaire.

Ils permettent d’observer les contraintes réellement subies par la plante.


58. La télédétection

Les satellites peuvent détecter :

  • dépérissement ;
  • changement de couverture ;
  • stress hydrique ;
  • mortalité forestière.

La surveillance peut ainsi passer d’une observation ponctuelle à une observation territoriale.


59. L’intelligence artificielle

L’IA peut rechercher les signaux précoces :

croissance ↓

verdure ↓

température foliaire ↑

stress hydrique ↑

mortalité ↑.

Elle peut identifier des trajectoires de déclin avant que l’extinction locale ne soit évidente.


60. Prévoir plutôt que constater

L’objectif de l’agroclimatologie moderne ne doit pas être seulement :

« constater qu’une espèce disparaît ».

Il doit être :

détecter suffisamment tôt que sa trajectoire devient dangereuse.


61. Une surveillance démographique

Pour chaque espèce, il faudrait idéalement suivre :

  • nombre d’adultes ;
  • nombre de jeunes ;
  • croissance ;
  • mortalité ;
  • floraison ;
  • fructification ;
  • germination.

La démographie révèle souvent le problème avant la disparition visible.


62. Un indicateur simple

Un signal particulièrement important est :

adultes présents

mais

absence de renouvellement.

Une population peut alors être considérée comme sous forte pression même si son effectif apparent reste important.


63. Conservation in situ

La première stratégie consiste à protéger l’espèce dans son environnement naturel.

Cela implique :

  • protéger l’habitat ;
  • maintenir l’eau ;
  • restaurer le sol ;
  • réduire la fragmentation ;
  • préserver la diversité génétique.

64. Conservation ex situ

Lorsque la survie naturelle devient incertaine, on peut conserver :

  • graines ;
  • pollen ;
  • tissus ;
  • plants ;
  • collections génétiques.

Les banques de graines deviennent alors des réserves de biodiversité.


65. La banque de graines comme assurance

Une banque de graines ne remplace pas un écosystème.

Mais elle peut préserver une partie du potentiel génétique d’une espèce menacée.

Elle constitue une assurance contre l’extinction totale.


66. Les populations de sauvegarde

Il peut également être possible de maintenir des populations dans :

  • jardins botaniques ;
  • arboretums ;
  • conservatoires ;
  • collections génétiques.

Ces populations peuvent servir ultérieurement à des programmes de restauration.


67. La migration assistée

Si une espèce ne peut plus suivre naturellement son climat, une migration assistée peut être envisagée.

Mais cette approche doit être extrêmement prudente.

Il faut analyser :

  • compatibilité écologique ;
  • risques invasifs ;
  • maladies ;
  • génétique ;
  • interactions.

68. La sélection de provenances

Pour les arbres, une stratégie intermédiaire consiste parfois à sélectionner des provenances mieux adaptées au climat futur.

On conserve l’espèce mais on diversifie son patrimoine génétique.


69. Les espèces de remplacement

Lorsque la conservation d’une espèce devient impossible dans un territoire donné, une autre question apparaît :

Quelle fonction écologique doit être maintenue ?

Il peut être préférable de restaurer une fonction plutôt que de rechercher absolument le maintien d’une espèce devenue incompatible avec le climat.


70. Remplacer une fonction n’est pas remplacer une espèce

Un arbre peut fournir :

  • ombre ;
  • carbone ;
  • habitat ;
  • matière organique ;
  • protection du sol.

Une autre espèce peut assurer certaines fonctions.

Mais elle ne reproduira jamais nécessairement toutes les interactions de l’espèce disparue.


71. La diversité fonctionnelle

Une stratégie robuste consiste donc à disposer de plusieurs espèces capables d’assurer des fonctions similaires.

Par exemple :

plusieurs espèces d’arbres

→ ombrage

→ carbone

→ habitat

→ protection hydrologique.

Si une espèce décline, les autres peuvent partiellement compenser.


72. La redondance écologique

La redondance fonctionnelle devient ainsi une forme d’assurance.

Un écosystème possédant plusieurs espèces remplissant des fonctions proches peut être plus résilient qu’un système dépendant d’une seule espèce.


73. Les monocultures sont particulièrement vulnérables

Une monoculture repose sur un nombre très limité de génotypes ou d’espèces.

Un nouveau stress peut donc provoquer une perte massive.

La diversité devient une stratégie de réduction du risque.


74. Les paysages résilients

La conservation des espèces menacées ne peut donc pas être séparée de la structure du paysage.

Il faut maintenir :

  • corridors ;
  • zones refuges ;
  • sols vivants ;
  • zones humides ;
  • forêts ;
  • haies ;
  • mosaïques agricoles.

75. Omakëya™ : empêcher la disparition avant de déplacer

La Vision Omakëya™ peut appliquer une logique en plusieurs étapes :

1. protéger

2. restaurer

3. connecter

4. diversifier

5. surveiller

6. accompagner l’adaptation

7. seulement ensuite envisager le déplacement.


76. Le jardin comme refuge climatique

Un jardin peut devenir un refuge pour certaines espèces.

Il peut fournir :

  • eau ;
  • ombre ;
  • sol vivant ;
  • nourriture ;
  • abris ;
  • continuités végétales.

Même quelques centaines de mètres carrés peuvent contribuer à la conservation d’une diversité végétale.


77. Le jardin comme banque génétique vivante

Conserver plusieurs variétés et plusieurs provenances peut constituer une petite collection génétique.

Elle peut permettre :

  • observation ;
  • sélection ;
  • reproduction ;
  • adaptation progressive.

Le jardin devient alors un laboratoire vivant.


78. Le verger comme conservatoire

Un verger diversifié peut conserver :

  • anciennes variétés ;
  • variétés locales ;
  • nouvelles variétés ;
  • provenances différentes.

Cette diversité augmente les possibilités d’adaptation.


79. Préparer 2050

À l’horizon 2050, l’objectif devrait être d’identifier :

  • espèces déjà en déclin ;
  • populations périphériques ;
  • refuges climatiques ;
  • provenances prometteuses ;
  • espèces capables de migrer naturellement.

80. Préparer 2080

À l’horizon 2080, il faudra probablement davantage intégrer :

  • migration ;
  • sélection ;
  • remplacement fonctionnel ;
  • corridors ;
  • conservation génétique.

81. Préparer 2100

À l’horizon 2100, la question pourrait devenir :

Quelles espèces constituent encore des populations viables dans chaque territoire ?

Les cartes devront probablement être dynamiques.


82. Une nouvelle cartographie des espèces

Pour chaque espèce, il serait utile de disposer de :

aire actuelle

aire potentielle 2050

aire potentielle 2100

corridors disponibles

refuges

zones à risque

zones de conservation prioritaires.


83. Le rôle du jumeau numérique

La Vision Omakëya™ peut intégrer ces informations dans un jumeau numérique territorial.

Chaque espèce pourrait disposer d’une trajectoire :

population

climat

sol

eau

reproduction

migration

risque d’extinction.


84. Un indice de risque dynamique

On pourrait construire un indice intégrant :

  • stress thermique ;
  • déficit hydrique ;
  • mortalité ;
  • régénération ;
  • fragmentation ;
  • diversité génétique ;
  • pression biologique ;
  • capacité migratoire.

L’intérêt serait de suivre non seulement un état mais une trajectoire.


85. Une plante ne disparaît jamais seule

Lorsqu’une espèce végétale disparaît, elle peut emporter avec elle :

  • habitat ;
  • nourriture ;
  • pollen ;
  • fruits ;
  • matière organique ;
  • microhabitats ;
  • symbioses.

L’extinction végétale est donc également une extinction de relations.


86. Le risque de simplification écologique

Lorsque des espèces disparaissent et que quelques espèces résistantes prennent leur place, la biomasse peut parfois rester importante.

Le paysage semble vert.

Mais sa complexité biologique peut avoir fortement diminué.

C’est une forme de simplification écologique.


87. Un monde plus vert mais moins divers

C’est un paradoxe important du futur.

Une région peut devenir plus chaude et produire une végétation abondante composée de quelques espèces opportunistes.

Elle peut simultanément perdre une grande partie de sa biodiversité historique.

La couleur verte ne mesure donc pas la santé écologique.


88. Les espèces gagnantes ne compensent pas toujours les perdantes

Une nouvelle plante peut occuper l’espace laissé libre.

Mais elle ne remplacera pas nécessairement :

  • les interactions ;
  • la structure ;
  • la niche ;
  • la nourriture ;
  • la génétique.

Le remplacement numérique n’est pas un remplacement écologique.


89. L’objectif n’est donc pas zéro changement

Les écosystèmes ont toujours changé.

Il serait impossible et même peu souhaitable de figer complètement la végétation.

L’objectif doit plutôt être :

permettre au vivant de changer sans perdre sa capacité à fonctionner.


90. Accompagner plutôt que subir

Les espèces qui disparaissent constituent l’autre face des migrations végétales.

Certaines plantes gagneront des territoires.

D’autres en perdront.

Certaines migreront suffisamment rapidement.

D’autres resteront bloquées.

Certaines pourront s’acclimater.

D’autres évolueront.

Certaines seront remplacées.

Et certaines disparaîtront définitivement.

Le véritable danger ne réside donc pas uniquement dans la disparition d’espèces isolées.

Il réside dans la possibilité d’une cascade de simplification écologique :

changement climatique

stress

déclin des populations

perte de diversité génétique

fragmentation

rupture des interactions

disparitions locales

simplification des communautés

perte de fonctions écologiques

vulnérabilité accrue.

À l’inverse, une stratégie de résilience peut suivre une trajectoire opposée :

diversité génétique

diversité spécifique

connectivité

sol vivant

eau disponible

microclimats

adaptation

migration

résilience.

C’est ici que la Vision Omakëya™ prend toute sa dimension.

Le but n’est pas de conserver artificiellement chaque plante à l’endroit exact où elle se trouve aujourd’hui.

Le but est de construire des paysages capables de conserver, déplacer, remplacer, adapter et faire évoluer les fonctions du vivant.

Cela implique de protéger les espèces aujourd’hui présentes, mais également de préserver leur capacité d’évolution.

Une graine conservée, une haie restaurée, un bosquet connecté, une mare, un sol vivant, une population diversifiée ou un arbre provenant d’une provenance adaptée peuvent sembler insignifiants pris isolément.

À l’échelle d’un territoire, ils constituent pourtant une véritable infrastructure de survie biologique.

Le défi du XXIe siècle sera donc moins de demander :

« Comment empêcher le paysage de changer ? »

que :

« Comment permettre au paysage de changer sans s’effondrer ? »

C’est cette différence qui sépare la conservation d’un paysage figé de la construction d’un écosystème vivant, évolutif et résilient jusqu’en 2100.