AGROCLIMATOLOGIE : Les flux agroclimatiques

Les flux agroclimatiques

Concevoir les circulations plutôt que simplement les espaces

Un terrain peut être parfaitement découpé en zones et correctement analysé par secteurs, tout en restant mal conçu.

Pourquoi ?

Parce qu’un territoire vivant n’est jamais immobile.

Des personnes circulent.

Les animaux se déplacent.

Les matériaux entrent et sortent.

L’eau ruisselle, s’infiltre, s’évapore et se stocke.

L’énergie arrive principalement sous forme de rayonnement solaire, mais circule ensuite sous forme de chaleur, d’électricité ou de biomasse.

Le carbone passe de l’atmosphère aux plantes, des plantes au sol, du sol aux organismes vivants, puis retourne progressivement à l’atmosphère.

Les organismes eux-mêmes se déplacent et transportent pollen, graines, nutriments et matière organique.

Le design agroclimatique doit donc répondre à une question supplémentaire :

Comment les flux doivent-ils circuler pour que le système fonctionne avec le moins de pertes, de risques et d’énergie extérieure possible ?

C’est cette approche qui transforme le plan d’aménagement en architecture dynamique du territoire.


1. Les flux : la troisième dimension du design

Les chapitres précédents ont établi deux grandes grilles de lecture.

Les zones

Elles répondent à la question :

Où et avec quelle intensité intervient-on ?

Les secteurs

Ils répondent à la question :

D’où viennent les influences ?

Les flux ajoutent une troisième question :

Comment les éléments et les ressources circulent-ils dans le système ?

On peut ainsi représenter le terrain par :

Zones + Secteurs + Flux.

Mais ces trois dimensions ne sont pas indépendantes.

Un flux peut être :

  • généré dans une zone ;
  • entrer par un secteur ;
  • traverser plusieurs zones ;
  • être transformé ;
  • stocké ;
  • puis ressortir du système.

2. Le principe général : entrée → circulation → transformation → stockage → sortie

Tout flux peut être étudié selon une même logique.

Entrée

Transport

Transformation

Stockage éventuel

Utilisation

Transformation secondaire

Retour ou sortie

Prenons l’eau de pluie :

atmosphère → toiture → gouttière → citerne → irrigation → sol → plante → atmosphère.

Prenons la biomasse :

soleil → plante → biomasse → récolte → transformation → consommation → déchets organiques → compost → sol → plante.

Le système devient alors un ensemble de boucles.


3. Pourquoi les flux sont essentiels

Une mauvaise conception cherche souvent à minimiser les distances entre objets.

Une bonne conception cherche surtout à minimiser les distances parcourues par les flux importants.

Cette distinction est fondamentale.

Une maison peut être proche d’un potager, mais si l’eau doit être pompée sur une longue distance, le système peut rester inefficace.

À l’inverse, un verger plus éloigné peut être parfaitement pertinent s’il bénéficie :

  • d’une bonne topographie ;
  • d’une bonne exposition ;
  • d’un sol adapté ;
  • d’une alimentation gravitaire en eau ;
  • d’un accès efficace.

La proximité géométrique n’est donc pas toujours la meilleure optimisation.

Il faut rechercher la proximité fonctionnelle.


4. Les flux humains

Le premier flux est celui des personnes.

Il comprend :

  • habitants ;
  • jardiniers ;
  • agriculteurs ;
  • visiteurs ;
  • techniciens ;
  • fournisseurs ;
  • personnel d’entretien.

Les déplacements humains sont souvent beaucoup plus importants qu’on ne l’imagine.


5. Cartographier les déplacements humains

Il faut identifier :

  • déplacements quotidiens ;
  • déplacements hebdomadaires ;
  • déplacements saisonniers ;
  • trajets de récolte ;
  • trajets d’entretien ;
  • accès aux outils ;
  • accès aux bâtiments ;
  • accès aux zones techniques.

On peut distinguer :

Flux très fréquents

Maison ↔ cuisine ↔ potager ↔ serre.

Flux fréquents

Maison ↔ verger ↔ poulailler.

Flux occasionnels

Maison ↔ bois ↔ zones naturelles.

Flux exceptionnels

Accès technique, travaux, abattage, terrassement.

Cette hiérarchie permet de construire les chemins.


6. Le principe des flux humains courts

Les activités quotidiennes doivent être proches.

Plus une activité est répétitive, plus la distance devient importante.

Cela justifie notamment :

  • potager proche ;
  • serre proche ;
  • aromatiques proches ;
  • outils proches ;
  • compost de proximité ;
  • récoltes facilement accessibles.

Le design cherche ainsi à réduire :

  • temps ;
  • fatigue ;
  • énergie ;
  • déplacements inutiles.

7. Les chemins comme réseau

Les chemins ne doivent pas être dessinés après les plantations.

Ils constituent l’une des premières infrastructures du système.

Ils doivent permettre :

  • circulation humaine ;
  • transport de récoltes ;
  • transport de biomasse ;
  • accès technique ;
  • accès aux animaux ;
  • secours ;
  • entretien.

Ils peuvent également participer au système hydrologique.

Un chemin peut :

  • détourner l’eau ;
  • ralentir le ruissellement ;
  • canaliser ;
  • infiltrer ;
  • créer une terrasse.

Il devient donc simultanément :

flux humain + flux matériel + flux hydrologique.


8. Les flux animaux

Les animaux domestiques et sauvages ont leurs propres réseaux.

Il faut distinguer :

  • animaux d’élevage ;
  • animaux auxiliaires ;
  • pollinisateurs ;
  • prédateurs ;
  • oiseaux ;
  • petits mammifères ;
  • amphibiens ;
  • reptiles ;
  • organismes du sol.

Leurs déplacements peuvent être :

  • permanents ;
  • saisonniers ;
  • nocturnes ;
  • diurnes ;
  • liés à l’eau ;
  • liés à la nourriture ;
  • liés à la reproduction.

9. Flux des animaux domestiques

Pour les animaux d’élevage, il faut organiser :

abri → alimentation → eau → parcours → pâturage → retour → stockage des effluents.

Un bon design réduit les transports inutiles.

Par exemple :

  • eau facilement accessible ;
  • alimentation proche ;
  • pâturage organisé ;
  • abri accessible ;
  • fumier récupérable ;
  • circulation séparée des zones sensibles.

Le déplacement des animaux devient alors une composante du système productif.


10. Flux des animaux sauvages

La faune utilise des corridors.

On peut observer :

boisement → haie → mare → prairie → verger → autre boisement.

Les éléments structurants sont :

  • haies ;
  • fossés ;
  • mares ;
  • arbres ;
  • lisières ;
  • bandes enherbées ;
  • zones humides ;
  • vieux murs ;
  • tas de bois ;
  • arbres morts ;
  • sols non perturbés.

Le design doit donc éviter de couper inutilement ces continuités.


11. Les flux biologiques

Les flux biologiques sont plus vastes que les déplacements animaux.

Ils comprennent notamment :

  • pollen ;
  • graines ;
  • spores ;
  • microorganismes ;
  • organismes du sol ;
  • parasites ;
  • prédateurs ;
  • symbioses ;
  • matière organique ;
  • nutriments biologiquement transformés.

Le jardin devient ainsi un réseau d’échanges biologiques.


12. Le pollen comme flux

La pollinisation constitue un excellent exemple.

Une fleur produit du pollen.

Un insecte le transporte.

Une autre plante reçoit ce pollen.

La reproduction devient possible.

Le design peut donc favoriser ce flux par :

  • diversité florale ;
  • continuité de floraison ;
  • corridors ;
  • habitats ;
  • points d’eau ;
  • absence de barrières inutiles.

Une haie n’est donc pas uniquement une structure physique.

Elle peut être une infrastructure de transport biologique.


13. Les flux matériels

Les flux matériels concernent tout ce qui entre, circule, est transformé et sort du système.

Ils comprennent :

  • terre ;
  • compost ;
  • bois ;
  • biomasse ;
  • graines ;
  • plants ;
  • aliments ;
  • outils ;
  • matériaux de construction ;
  • amendements ;
  • déchets ;
  • produits récoltés.

14. Réduire les transports matériels

Un système résilient cherche autant que possible à produire et transformer localement.

Par exemple :

taille des arbres → branches → broyage → BRF → sol.

Plutôt que :

taille → transport → déchetterie → achat de paillage → transport → jardin.

Le premier système ferme une boucle locale.

Le second crée deux flux supplémentaires.

La logique agroclimatique cherche donc à favoriser :

la proximité et la circularité des matières.


15. Les récoltes comme flux

Une culture n’est pas seulement une zone de production.

Elle est le point de départ d’un flux :

sol → plante → récolte → stockage → cuisine → alimentation.

Selon le système :

récolte → transformation → conservation → consommation.

La position des zones de production doit donc tenir compte de la destination des récoltes.

Les produits très périssables doivent être facilement accessibles.

Les productions destinées au stockage peuvent être plus éloignées.


16. Les flux de biomasse

La biomasse constitue un flux transversal majeur.

Elle comprend :

  • feuilles ;
  • branches ;
  • tontes ;
  • tailles ;
  • racines ;
  • résidus de cultures ;
  • déchets alimentaires ;
  • fumier ;
  • compost.

La biomasse peut être :

produite → consommée → transformée → stockée → restituée.

Elle constitue une véritable monnaie interne du système.


17. Les flux énergétiques

L’énergie constitue l’un des flux les plus importants.

La source principale est le rayonnement solaire.

Il peut être transformé en :

  • chaleur ;
  • biomasse ;
  • énergie électrique ;
  • énergie chimique ;
  • énergie potentielle.

Le système peut donc être représenté :

soleil → végétation → biomasse → sol → organismes → production.

Ou :

soleil → photovoltaïque → électricité → stockage → usages.


18. Le flux thermique

L’énergie ne circule pas seulement sous forme électrique.

La chaleur se déplace également par :

  • rayonnement ;
  • conduction ;
  • convection ;
  • évaporation/condensation.

Le design agroclimatique doit donc organiser les échanges thermiques.

Un arbre peut :

  • intercepter le rayonnement ;
  • créer de l’ombre ;
  • évapotranspirer ;
  • modifier les températures de surface.

Un mur peut :

  • absorber ;
  • stocker ;
  • restituer de la chaleur.

Un sol humide peut :

  • stocker de l’énergie ;
  • évacuer de la chaleur par évaporation.

Le jardin devient ainsi un système de gestion thermique passive.


19. Utiliser les gradients énergétiques

Le système doit autant que possible exploiter les gradients naturels.

Par exemple :

  • différence d’altitude ;
  • rayonnement solaire ;
  • différence de température ;
  • vent ;
  • pression hydraulique ;
  • gravité.

La gravité est particulièrement intéressante.

Une eau placée en hauteur possède une énergie potentielle.

Elle peut ensuite alimenter certaines utilisations sans pompage, lorsque la configuration et la sécurité le permettent.

Principe :

Utiliser les gradients naturels avant de produire de l’énergie supplémentaire.


20. Les flux hydrologiques

L’eau est probablement le flux le plus structurant du terrain.

Elle circule selon :

précipitation → interception → ruissellement → infiltration → stockage → utilisation → évapotranspiration → retour atmosphérique.

Une partie peut également rejoindre :

  • nappes ;
  • rivières ;
  • mares ;
  • zones humides.

21. Organiser le flux de l’eau

Le design peut rechercher une séquence :

intercepter → ralentir → répartir → infiltrer → stocker → utiliser → restituer.

Cela permet potentiellement :

  • de réduire l’érosion ;
  • d’augmenter l’infiltration ;
  • de sécuriser la ressource ;
  • de réduire certains besoins d’irrigation.

Mais chaque site doit être analysé individuellement.

Une eau qu’on ralentit au mauvais endroit peut provoquer une saturation ou un risque.

L’hydrologie doit donc rester prioritaire sur les recettes générales.


22. Les flux d’eau et la gravité

L’eau est particulièrement intéressante parce qu’elle suit naturellement les gradients topographiques.

Le design doit donc commencer par :

où l’eau arrive → où elle descend → où elle peut être stockée → où elle peut être utilisée.

Cela peut conduire à positionner :

  • citernes ;
  • bassins ;
  • mares ;
  • noues ;
  • fossés ;
  • terrasses ;
  • zones humides.

Le système doit utiliser la topographie avant de chercher à la combattre.


23. Les flux de carbone

Le carbone est un flux fondamental mais beaucoup moins visible.

Le cycle simplifié peut être représenté :

CO₂ atmosphérique → photosynthèse → biomasse → sol → respiration/décomposition → CO₂.

Une partie du carbone peut rester stockée plus longtemps dans :

  • bois ;
  • racines ;
  • matière organique du sol ;
  • humus ;
  • certains produits durables.

Le jardin devient donc un système de transformation du carbone.


24. Le carbone végétal

Les plantes captent du CO₂ grâce à la photosynthèse.

Une partie du carbone devient :

  • feuilles ;
  • tiges ;
  • bois ;
  • racines ;
  • fruits ;
  • exsudats racinaires.

Une partie retourne ensuite au sol.

Les racines et leurs interactions avec les microorganismes jouent donc un rôle essentiel.

Le design doit favoriser autant que possible des systèmes capables de maintenir une production biologique continue.


25. Le carbone du sol

Le sol constitue un réservoir majeur de carbone organique.

Le design peut influencer ce stockage par :

  • couverture permanente ;
  • réduction de l’érosion ;
  • apport de matière organique ;
  • maintien des racines ;
  • réduction des perturbations inutiles ;
  • diversité végétale.

Mais il faut rester prudent avec les affirmations de stockage.

Le carbone du sol n’est pas automatiquement permanent.

Il dépend :

  • du climat ;
  • du type de sol ;
  • de la matière apportée ;
  • de la profondeur ;
  • de la gestion ;
  • de la décomposition ;
  • de l’hydrologie.

26. Le carbone comme flux de matière

Le carbone permet surtout de comprendre que les déchets ne sont pas nécessairement des déchets.

Par exemple :

feuille → sol → microorganisme → nutriment → plante.

Ou :

branche → broyage → matière organique → sol → racine → arbre.

La matière carbonée circule dans le système.

L’objectif devient progressivement de réduire les sorties inutiles.


27. Fermer les boucles

La résilience augmente souvent lorsque les flux peuvent être bouclés localement.

On peut construire des boucles :

Boucle eau

pluie → stockage → sol → plante → atmosphère

Boucle biomasse

plante → résidu → compost → sol → plante

Boucle carbone

CO₂ → plante → sol → plante

Boucle alimentaire

culture → récolte → alimentation → résidus → compost → culture

Boucle animale

culture → alimentation animale → animal → effluents → sol → culture

Plus les boucles sont courtes, plus on peut réduire certains transports et dépendances extérieures.


28. Les sorties du système

Il ne faut cependant pas chercher à tout fermer.

Un système réel possède toujours des sorties :

  • nourriture ;
  • bois ;
  • graines ;
  • produits ;
  • chaleur ;
  • CO₂ ;
  • eau ;
  • biomasse exportée ;
  • déchets.

La question devient :

Quelles sorties sont nécessaires et lesquelles pourraient être transformées en ressources internes ?

C’est une distinction essentielle.

L’autonomie absolue est rarement réaliste.

La recherche d’une autonomie fonctionnelle accrue est beaucoup plus pertinente.


29. Les flux et la résilience

Un système résilient ne dépend pas nécessairement d’un seul flux.

Par exemple, l’approvisionnement en eau peut combiner :

  • pluie ;
  • stockage ;
  • infiltration ;
  • réseau ;
  • puits lorsque disponible et autorisé ;
  • réutilisation appropriée de certaines eaux.

La diversité des sources réduit potentiellement la vulnérabilité à la défaillance d’une seule source.

Même logique pour :

  • énergie ;
  • alimentation ;
  • biomasse ;
  • production ;
  • biodiversité.

30. Les flux et la redondance

La redondance est une caractéristique importante des systèmes résilients.

Une fonction peut être assurée par plusieurs mécanismes.

Par exemple, la protection contre la chaleur peut combiner :

  • arbre ;
  • haie ;
  • pergola ;
  • couverture du sol ;
  • eau ;
  • ventilation ;
  • bâtiment.

Si une fonction dépend d’un seul élément, le système est fragile.

Si plusieurs éléments contribuent à la même fonction, il devient plus robuste.


31. Cartographier les flux

Chaque flux peut être représenté par une carte.

Carte des flux humains

Chemins et fréquences.

Carte des flux animaux

Corridors et passages.

Carte des flux matériels

Entrées, stockage, transformation, sorties.

Carte des flux biologiques

Pollinisation, graines, habitats, corridors.

Carte énergétique

Soleil, chaleur, électricité, biomasse.

Carte hydrologique

Ruissellement, infiltration, stockage, évacuation.

Carte carbone

Production, stockage, décomposition, exportation.


32. Les cartes de flux superposées

La véritable puissance apparaît lorsque toutes les cartes sont superposées.

Un chemin peut alors être :

flux humain + flux matériel + flux d’entretien.

Une haie :

flux biologique + protection climatique + biomasse + carbone.

Une mare :

flux hydrologique + flux biologique + stockage + microclimat.

Une toiture :

flux énergétique + flux hydrologique + flux matériel.

Un arbre :

flux solaire + eau + carbone + biomasse + biodiversité + chaleur.

L’élément devient une infrastructure multiflux.


33. Le principe du croisement des flux

Un excellent design cherche les complémentarités.

Par exemple :

toiture

→ eau de pluie

→ citerne

→ irrigation

→ production végétale

→ biomasse

→ compost

→ sol

→ plante.

Une seule infrastructure alimente ainsi plusieurs boucles.


34. Minimiser les croisements dangereux

Tous les croisements ne sont pas souhaitables.

Il faut éviter notamment :

  • circulation humaine au milieu d’un élevage dangereux ;
  • eau contaminée traversant une zone alimentaire ;
  • machines traversant des sols fragiles ;
  • chemin concentrant le ruissellement vers une maison ;
  • animaux détruisant une plantation ;
  • stockage de combustible à proximité d’une zone vulnérable au feu.

Le design doit donc distinguer :

flux utiles + flux incompatibles + flux dangereux.


35. Les flux comme réseau

On peut représenter le système sous forme de graphe.

Les nœuds sont :

  • maison ;
  • serre ;
  • potager ;
  • verger ;
  • mare ;
  • compost ;
  • élevage ;
  • bois ;
  • stockage.

Les arcs sont :

  • eau ;
  • énergie ;
  • biomasse ;
  • personnes ;
  • animaux ;
  • carbone ;
  • matière.

Le design cherche alors à optimiser le réseau.


36. Mesurer les flux

Dans une approche avancée, les flux peuvent être quantifiés.

Flux humains

  • nombre de déplacements ;
  • distance ;
  • temps ;
  • fréquence.

Flux matériels

  • kg/an ;
  • tonnes/an ;
  • distance ;
  • énergie de transport.

Flux hydrologiques

  • mm ;
  • m³ ;
  • débit ;
  • infiltration ;
  • stockage.

Flux énergétiques

  • kWh ;
  • MJ ;
  • puissance ;
  • rendement.

Flux carbone

  • kg C ;
  • tonnes CO₂e ;
  • biomasse ;
  • matière organique du sol.

Flux biologiques

Ils sont plus difficiles à quantifier mais peuvent être suivis par :

  • observations ;
  • captures standardisées ;
  • indices de biodiversité ;
  • suivi des pollinisateurs ;
  • occupation des habitats.

37. Le bilan des flux

Chaque projet peut finalement être décrit par un bilan.

Pour chaque flux :

Entrées − sorties = variation du stock.

Cette logique est particulièrement importante pour :

  • eau ;
  • carbone ;
  • biomasse ;
  • énergie ;
  • nutriments.

Elle permet de sortir d’une vision purement qualitative.


38. Le design par boucles

La question centrale devient alors :

Comment transformer une sortie d’un système en entrée d’un autre ?

Exemple :

verger

→ fruits

→ alimentation.

Et :

verger

→ feuilles et tailles

→ compost/BRF.

Et :

verger

→ fruits tombés

→ animaux.

Et :

animaux

→ effluents

→ compost.

Et :

compost

→ sol.

Et :

sol

→ verger.

Le système commence à fonctionner comme un réseau de boucles.


39. Les flux dans le temps

Les flux ne sont jamais constants.

Ils varient selon :

  • saison ;
  • météo ;
  • croissance ;
  • récoltes ;
  • sécheresse ;
  • pluie ;
  • hiver ;
  • activité humaine.

Un flux d’eau peut être énorme pendant une heure et nul pendant plusieurs semaines.

Un flux de biomasse peut être très important après une taille.

Un flux alimentaire peut être saisonnier.

Un flux énergétique solaire varie quotidiennement.

Le design doit donc intégrer la dimension temporelle.


40. Stocker pour découpler les flux

Les stocks permettent de séparer production et utilisation.

Exemples :

Eau

Pluie → citerne → utilisation ultérieure.

Biomasse

Production → stockage → utilisation.

Énergie

Production solaire → batterie → utilisation.

Carbone

Photosynthèse → bois/sol → stockage prolongé.

Alimentation

Récolte → conservation → consommation.

Le stockage augmente donc la flexibilité du système.


41. Le principe Omakëya™ : réduire les flux inutiles

Une règle essentielle peut être formulée ainsi :

Un bon design ne cherche pas seulement à accélérer les flux ; il cherche à supprimer les flux inutiles.

Par exemple :

  • ne pas transporter une matière qui peut être produite localement ;
  • ne pas pomper une eau qui peut circuler par gravité ;
  • ne pas parcourir quotidiennement une longue distance pour une production quotidienne ;
  • ne pas évacuer une biomasse qui peut être réutilisée ;
  • ne pas importer une fonction que le système peut produire naturellement.

La sobriété commence par la suppression des besoins inutiles.


42. Les flux et le principe « éviter → réduire → optimiser → récupérer → stocker »

Une hiérarchie peut être appliquée à chaque flux :

1. Éviter

Supprimer le flux inutile.

2. Réduire

Diminuer son volume ou sa distance.

3. Optimiser

Améliorer son trajet.

4. Récupérer

Transformer une sortie en ressource.

5. Stocker

Décaler l’utilisation dans le temps.

6. Produire

Créer une ressource supplémentaire si nécessaire.

Cette logique est particulièrement puissante pour :

  • eau ;
  • énergie ;
  • biomasse ;
  • matières.

43. Le design multiflux

Un aménagement particulièrement performant est celui qui répond simultanément à plusieurs flux.

Une haie

vent + faune + pollen + carbone + biomasse + eau + chaleur.

Une mare

eau + faune + biodiversité + stockage + carbone + microclimat.

Un arbre

soleil + carbone + eau + chaleur + biomasse + biodiversité.

Un chemin

humain + matériel + secours + hydrologie.

Une toiture

eau + énergie + protection climatique + surface technique.

Le design consiste donc à rechercher les éléments à haute densité fonctionnelle.


44. Les flux et les conflits

Plusieurs flux peuvent cependant entrer en conflit.

Par exemple :

Eau vs agriculture

Une culture peut consommer une ressource qui serait nécessaire ailleurs.

Arbre vs lumière

Un arbre peut améliorer le microclimat mais réduire le rayonnement disponible.

Faune vs production

Certains animaux peuvent être auxiliaires, d’autres consommateurs de récoltes.

Biomasse vs incendie

La biomasse peut être une ressource tout en constituant une charge combustible.

Accès vs biodiversité

Un chemin peut fragmenter un habitat.

Le design doit donc rechercher un optimum systémique, et non maximiser chaque flux séparément.


45. Les flux et les scénarios climatiques

Le système doit également être testé dans plusieurs conditions.

Année humide

Que devient l’eau excédentaire ?

Année sèche

Quelle ressource reste disponible ?

Canicule

Comment circule la chaleur ?

Tempête

Que deviennent les flux de vent ?

Incendie

Comment évoluent les flux de chaleur et de combustible ?

Hiver froid

Où circule l’air froid ?

Cette approche permet d’évaluer la robustesse du système.


46. Vers un modèle dynamique du terrain

Lorsque les zones, secteurs et flux sont réunis, le terrain peut être représenté comme un véritable système dynamique.

On dispose alors de :

Zones

→ intensité et fonctions.

Secteurs

→ influences directionnelles.

Flux

→ circulations.

Stocks

→ eau, carbone, biomasse, énergie, matière.

Boucles

→ transformations et recyclages.

Temps

→ évolution du système.

Cette représentation constitue l’une des bases du jumeau numérique agroclimatique.


47. Le modèle Omakëya™ complet

La méthode peut désormais être représentée ainsi :

1. Diagnostic

Comprendre le site.

2. Zones

Organiser l’intensité des usages.

3. Secteurs

Identifier les influences.

4. Flux

Organiser les circulations.

5. Stocks

Organiser les réserves.

6. Boucles

Recycler les ressources.

7. Temps

Prévoir l’évolution.

8. Pilotage

Mesurer, apprendre et corriger.

Cette architecture constitue progressivement une véritable méthode de conception agroclimatique.


48. Tableau de synthèse des grands flux

FluxOrigineCirculationTransformationStockage possible
Humainhabitationcheminstravail
Animalhabitats/élevagescorridors/parcoursalimentation/reproduction
Matérielextérieur/productioncheminstransformationhangar/stock
Biologiqueécosystèmecorridorspollinisation/reproduction/décompositionbanques vivantes
Énergétiquesoleil/vent/biomasseréseaux/flux thermiqueschaleur/électricité/biomassebatteries/bois/sol
Hydrologiquepluie/nappessurface/sol/réseauxinfiltration/évaporationmares/citernes/sol
Carboneatmosphère/solvégétation/réseaux biologiquesphotosynthèse/décompositionbois/sol/matière organique

49. Une nouvelle manière de dessiner

Le plan final ne devrait donc plus être uniquement un dessin de surfaces.

Il devrait comporter plusieurs couches :

Couche 1 — Relief

Couche 2 — Eau

Couche 3 — Soleil

Couche 4 — Vent

Couche 5 — Zones

Couche 6 — Secteurs

Couche 7 — Flux humains

Couche 8 — Flux animaux et biologiques

Couche 9 — Flux matériels

Couche 10 — Flux énergétiques

Couche 11 — Flux de carbone

Couche 12 — Stocks

Couche 13 — Boucles

Couche 14 — Évolution temporelle

Le plan devient alors une véritable carte fonctionnelle du territoire.


50. Un jardin, un verger ou une ferme n’est pas une juxtaposition d’objets.

C’est un système traversé par des flux.

Les personnes se déplacent.

Les animaux circulent.

Les matériaux entrent et sortent.

Les organismes échangent pollen, graines, matière et nutriments.

L’énergie arrive, se transforme et se dissipe.

L’eau circule, s’infiltre, se stocke et retourne à l’atmosphère.

Le carbone passe continuellement entre atmosphère, végétation, sol et organismes.

Le design agroclimatique consiste à rendre ces flux visibles, puis à les organiser.

Les grands principes peuvent être résumés ainsi :

Les zones organisent les usages.

Les secteurs organisent les influences.

Les flux organisent les circulations.

Les stocks organisent les réserves.

Les boucles organisent les transformations.

Le temps organise l’évolution.

Un système performant n’est donc pas nécessairement celui qui produit le plus.

C’est celui qui utilise intelligemment ce qui entre, limite les pertes, raccourcit les flux importants, transforme ses déchets en ressources, stocke lorsque cela est utile et conserve suffisamment de redondance pour continuer à fonctionner lorsque les conditions changent.

La Vision Omakëya™ peut ainsi être résumée par une ambition :

faire circuler les ressources plutôt que les gaspiller,

faire travailler les éléments ensemble plutôt que séparément,

et transformer le terrain en un système capable de produire, stocker, recycler, protéger et évoluer.

Le chapitre suivant peut maintenant franchir une étape décisive : « Le plan masse agroclimatique ». Il s’agira de déterminer dans quel ordre dessiner concrètement le projet, en partant du relief et de l’eau, puis des accès, des bâtiments, des secteurs, des zones, des infrastructures végétales et enfin des cultures et espèces. C’est à ce stade que la méthode devient véritablement opérationnelle.