AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients

Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients

Méthodes de conception inspirées du vivant

Un jardin, un verger ou une ferme peut être considéré comme une simple surface sur laquelle on installe des plantes.

Mais cette approche atteint rapidement ses limites.

Une plante ne vit pas indépendamment de son environnement.

Elle dépend du sol, de l’eau, de la lumière, de la température, du vent, des microorganismes, des autres végétaux et des animaux.

De même, un verger n’est pas simplement une collection d’arbres fruitiers.

Une ferme n’est pas seulement un ensemble de parcelles cultivées.

Un territoire agricole constitue un système de flux dans lequel circulent :

  • l’eau ;
  • l’énergie ;
  • le carbone ;
  • les nutriments ;
  • la biomasse ;
  • les organismes vivants ;
  • la chaleur ;
  • l’information.

La conception résiliente consiste donc à ne plus juxtaposer des éléments, mais à concevoir leurs interactions.

La question fondamentale devient :

Comment concevoir un système productif capable de fonctionner avec moins de ressources, de mieux absorber les événements extrêmes et de continuer à évoluer lorsque le climat change ?

C’est précisément l’objet de ce Tome 9.


1. Changer de paradigme

La conception traditionnelle cherche souvent à répondre à une question simple :

Où placer les éléments ?

La conception agroclimatique pose une question plus large :

Comment organiser les flux et les interactions pour que les éléments s’entraident ?

Cette différence est fondamentale.


2. Du plan au système

Un plan classique représente :

  • arbres ;
  • bâtiments ;
  • chemins ;
  • clôtures ;
  • bassins.

Un plan agroclimatique représente également :

  • circulation de l’eau ;
  • trajectoires du soleil ;
  • vents dominants ;
  • zones d’ombre ;
  • flux thermiques ;
  • déplacements des animaux ;
  • circulation de la biomasse.

Le plan devient donc un modèle fonctionnel.


3. Observer avant de concevoir

La première règle de conception est simple :

Ne jamais commencer par planter.

Il faut d’abord observer.


4. Lire le terrain

L’analyse initiale doit comprendre :

  • topographie ;
  • pente ;
  • orientation ;
  • altitude ;
  • exposition ;
  • nature du sol ;
  • profondeur du sol ;
  • hydrologie ;
  • végétation existante ;
  • vents ;
  • rayonnement ;
  • températures.

5. Lire les traces du paysage

Le terrain raconte son histoire.

On peut observer :

  • zones où l’eau s’accumule ;
  • zones d’érosion ;
  • végétation spontanée ;
  • arbres dépérissants ;
  • traces d’ancien écoulement ;
  • différences de croissance.

Ces indices constituent une première forme de diagnostic écologique.


6. Cartographier avant d’aménager

Le terrain doit être transformé en carte fonctionnelle.

On peut représenter :

  • zones sèches ;
  • zones humides ;
  • zones exposées ;
  • zones protégées ;
  • zones productives ;
  • zones à restaurer.

7. Les flux comme première architecture

Avant de positionner les végétaux, il faut comprendre les flux.

Flux hydrologiques

Où arrive l’eau ?

Où ruisselle-t-elle ?

Où s’infiltre-t-elle ?

Où s’accumule-t-elle ?

Flux énergétiques

Où arrive le soleil ?

Où se crée de la chaleur ?

Où peut-elle être stockée ?

Flux atmosphériques

D’où vient le vent ?

Où accélère-t-il ?

Où peut-on créer une zone protégée ?

Flux biologiques

Comment se déplacent :

  • pollinisateurs ;
  • oiseaux ;
  • petits mammifères ;
  • auxiliaires ?

8. Concevoir à partir de l’eau

Dans de nombreux systèmes agroclimatiques, l’eau constitue le premier facteur limitant.

La conception doit donc commencer par :

ralentir

répartir

infiltrer

stocker

redistribuer.


9. L’eau ne doit pas être uniquement évacuée

Dans un système conventionnel, l’objectif peut être de faire disparaître rapidement l’eau de pluie.

Dans un système résilient, l’objectif est souvent différent :

conserver autant que possible l’eau utile dans le système sans créer de risques d’engorgement ou d’érosion.


10. Concevoir le relief

Le relief peut devenir un outil hydraulique.

On peut utiliser :

  • courbes de niveau ;
  • banquettes ;
  • terrasses ;
  • noues ;
  • fossés végétalisés ;
  • mares ;
  • talus.

11. Le principe de cascade

L’eau peut être organisée en succession :

toiture

cuve

trop-plein

mare

noue

zone humide

infiltration.

Chaque étape ralentit et valorise une partie du flux.


12. Concevoir le sol comme un réservoir

Un sol résilient ne doit pas uniquement supporter les plantes.

Il doit également :

  • infiltrer ;
  • stocker ;
  • redistribuer l’eau ;
  • permettre l’enracinement.

13. Restaurer avant d’irriguer

Lorsqu’un sol est compacté ou fortement dégradé, augmenter l’irrigation peut masquer le problème sans le résoudre.

La priorité peut être :

structure

matière organique

activité biologique

infiltration

réserve utile.


14. Le sol vivant comme infrastructure

Dans la conception Omakëya™, le sol peut être considéré comme une véritable infrastructure.

Il constitue :

  • un réservoir ;
  • un filtre ;
  • un support mécanique ;
  • un habitat biologique ;
  • une réserve nutritive.

15. Concevoir la profondeur

Tous les sols ne permettent pas la même profondeur racinaire.

Il faut rechercher :

  • profondeur exploitable ;
  • horizons compactés ;
  • roche ;
  • nappe ;
  • zones hydromorphes.

16. Concevoir les racines

Le système racinaire devient une dimension fondamentale de la conception.

Il faut rechercher une complémentarité entre :

  • racines superficielles ;
  • racines intermédiaires ;
  • racines profondes.

17. Concevoir les strates

Un écosystème productif peut être organisé verticalement :

canopée

sous-canopée

arbustes

herbacées

couvre-sol

racines.

Chaque strate intercepte et utilise une partie des ressources.


18. L’architecture verticale

La verticalité permet de produire davantage de fonctions sur une même surface.

Elle peut permettre :

  • production ;
  • ombrage ;
  • protection ;
  • habitat ;
  • stockage de carbone.

19. Mais la densité n’est pas toujours meilleure

Une densité excessive peut provoquer :

  • compétition hydrique ;
  • manque de lumière ;
  • humidité excessive ;
  • maladies ;
  • difficulté d’entretien.

La conception doit rechercher une densité fonctionnelle, pas une densité maximale.


20. Concevoir les microclimats

Le microclimat constitue l’une des principales variables de conception.

Il peut être influencé par :

  • arbres ;
  • haies ;
  • murs ;
  • eau ;
  • relief ;
  • végétation.

21. Produire de l’ombre

L’ombre peut réduire :

  • température du sol ;
  • évaporation ;
  • température des plantes.

Mais elle réduit également le rayonnement disponible.

La conception doit donc rechercher le bon compromis.


22. Produire de la fraîcheur

La fraîcheur peut être générée par :

  • ombrage ;
  • évapotranspiration ;
  • eau ;
  • ventilation adaptée.

23. Les arbres comme machines climatiques

Un arbre :

  • intercepte le rayonnement ;
  • transpire ;
  • ralentit le vent ;
  • crée de l’ombre ;
  • stocke du carbone ;
  • modifie les échanges thermiques.

Il devient donc un élément de génie climatique végétal.


24. Les haies comme équipements agroclimatiques

Une haie peut fonctionner simultanément comme :

  • brise-vent ;
  • corridor écologique ;
  • filtre ;
  • habitat ;
  • production de biomasse.

25. Attention au brise-vent fermé

Une haie totalement imperméable peut provoquer des turbulences.

Une structure semi-perméable est souvent plus intéressante pour réduire progressivement la vitesse du vent.


26. Concevoir les vents

Il faut distinguer :

  • vent dominant ;
  • vents secondaires ;
  • vents froids ;
  • vents chauds ;
  • vents desséchants.

27. Les corridors de ventilation

Dans certains contextes chauds, protéger totalement le terrain du vent peut être contre-productif.

Il peut être nécessaire de conserver des corridors permettant :

  • évacuation de la chaleur ;
  • renouvellement de l’air ;
  • réduction de l’humidité excessive.

28. Le soleil comme infrastructure énergétique

Le soleil doit être cartographié selon :

  • saison ;
  • heure ;
  • hauteur solaire ;
  • orientation.

29. Concevoir l’ombre saisonnière

Un arbre peut être utilisé pour :

  • protéger une culture en été ;
  • laisser passer le soleil en hiver.

La conception doit donc intégrer la dynamique annuelle de la canopée.


30. Concevoir avec la biomasse

La biomasse produite sur place peut devenir une ressource :

  • paillage ;
  • compost ;
  • BRF ;
  • bois ;
  • matière organique.

31. Fermer les cycles

L’un des principes fondamentaux consiste à transformer :

déchet

en

ressource.


32. Les cycles de nutriments

Les flux d’azote, de phosphore, de potassium et de carbone doivent être considérés dans la conception.


33. Concevoir la fertilité

La fertilité ne doit pas dépendre uniquement d’apports extérieurs.

Il faut rechercher :

  • matière organique ;
  • couverture du sol ;
  • recyclage ;
  • légumineuses ;
  • activité biologique.

34. Les plantes fixatrices d’azote

Certaines espèces peuvent contribuer aux flux d’azote.

Mais leur intérêt doit être évalué dans le système réel, notamment en fonction :

  • de la biomasse produite ;
  • des symbioses ;
  • des prélèvements ;
  • de la restitution.

35. Les animaux dans la conception

Un système agricole résilient peut intégrer :

  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • petits mammifères ;
  • volailles ;
  • herbivores.

Chaque groupe peut participer à certaines fonctions.


36. Les animaux comme fonctions

On peut raisonner en termes de fonctions :

poules

→ consommation de certains déchets + production d’œufs + fumier.

abeilles et pollinisateurs

→ pollinisation.

prédateurs

→ régulation biologique.


37. Concevoir les habitats

Il faut prévoir :

  • refuges ;
  • cavités ;
  • zones fleuries ;
  • points d’eau ;
  • haies ;
  • bois mort lorsque pertinent.

38. Biodiversité fonctionnelle

La biodiversité n’est pas uniquement une collection d’espèces.

Il faut également rechercher une diversité de fonctions écologiques.


39. Associations végétales

La conception doit rechercher des complémentarités :

  • racinaires ;
  • lumineuses ;
  • hydriques ;
  • nutritionnelles ;
  • temporelles.

40. Compagnonnage : dépasser les recettes

Le compagnonnage doit être abordé avec prudence.

Certaines associations sont bien documentées.

D’autres relèvent davantage de traditions horticoles que de résultats scientifiques robustes.

La conception Omakëya™ doit distinguer :

connaissance démontrée

de

hypothèse

et de

pratique empirique.


41. Mycorhization

Les symbioses mycorhiziennes peuvent être intégrées à la réflexion sur la conception du sol et des associations végétales.


42. Concevoir les successions

Un système peut être conçu pour évoluer dans le temps.

Il ne faut pas uniquement demander :

« Que planter aujourd’hui ? »

mais :

« Que doit devenir ce système dans 5, 20, 50 et 100 ans ? »


43. La succession écologique

La conception peut accompagner :

  • installation ;
  • croissance ;
  • maturation ;
  • renouvellement.

44. Concevoir dès le départ le vieillissement

Un arbre grandit.

Son ombre augmente.

Son système racinaire s’étend.

Ses besoins changent.

La conception doit donc intégrer son évolution.


45. Le jardin dynamique

Un jardin résilient n’est pas figé.

Les espèces peuvent être :

  • remplacées ;
  • déplacées ;
  • taillées ;
  • multipliées ;
  • sélectionnées.

46. Le verger dynamique

Un verger doit anticiper :

  • mortalité ;
  • renouvellement ;
  • évolution climatique ;
  • évolution des maladies ;
  • évolution des besoins hydriques.

47. Le principe de redondance

Une fonction importante ne devrait pas dépendre d’une seule espèce.

Exemple :

si trois espèces assurent une partie de la pollinisation, la disparition de l’une d’elles ne détruit pas nécessairement la fonction.


48. La diversité comme assurance

La diversité peut réduire certains risques :

  • climatiques ;
  • biologiques ;
  • économiques.

49. La modularité

Le système peut être organisé en modules :

  • potager ;
  • verger ;
  • forêt-jardin ;
  • mare ;
  • serre ;
  • zone humide ;
  • compostage.

50. Pourquoi modulariser ?

Un module peut évoluer sans nécessiter la transformation complète du système.


51. Les interfaces entre modules

Les interfaces sont particulièrement importantes.

Exemples :

mare ↔ verger

haie ↔ culture

compost ↔ potager

forêt ↔ prairie.


52. Les interfaces comme zones productives

Les écotones présentent souvent une diversité élevée.

La conception doit donc exploiter intelligemment les transitions.


53. Concevoir les chemins

Les chemins ne sont pas uniquement des espaces de circulation.

Ils peuvent également :

  • canaliser l’eau ;
  • faciliter l’entretien ;
  • créer des lisières ;
  • servir de corridors.

54. Concevoir les accès

Un système très écologique mais impossible à entretenir finit souvent par perdre sa fonctionnalité.

Il faut donc intégrer :

  • circulation ;
  • récolte ;
  • taille ;
  • accès aux équipements.

55. Concevoir pour l’entretien

La résilience ne signifie pas nécessairement « zéro entretien ».

Elle signifie plutôt :

obtenir le maximum de fonctions avec un niveau d’entretien compatible avec les ressources disponibles.


56. Concevoir les interventions

Chaque intervention doit avoir plusieurs fonctions lorsque possible.

Exemple :

une taille peut fournir simultanément :

  • gestion de l’arbre ;
  • bois ;
  • BRF ;
  • lumière ;
  • biomasse.

57. Concevoir les bâtiments

Les bâtiments agricoles peuvent participer au système :

  • récupération d’eau ;
  • production solaire ;
  • stockage ;
  • ombrage ;
  • protection climatique.

58. Architecture bioclimatique agricole

Une serre, un atelier ou une grange peut être conçu pour exploiter :

  • inertie ;
  • ventilation naturelle ;
  • orientation ;
  • ombrage ;
  • récupération d’eau.

59. Le bâtiment comme infrastructure écologique

La frontière entre bâtiment et écosystème devient plus perméable.


60. Concevoir les serres

La serre peut être considérée comme un système climatique contrôlé.

Elle peut exploiter :

  • rayonnement solaire ;
  • stockage thermique ;
  • ventilation ;
  • humidité ;
  • récupération de chaleur.

61. Coupler serre et extérieur

Les flux de :

  • chaleur ;
  • eau ;
  • CO₂ ;
  • biomasse

peuvent être partiellement intégrés au système global.


62. Concevoir l’énergie

Le système peut intégrer :

  • solaire ;
  • biomasse ;
  • stockage ;
  • récupération de chaleur.

63. Sobriété énergétique

La meilleure énergie reste souvent celle dont le besoin a été évité.

Avant d’installer un équipement actif, il faut rechercher les solutions :

  • orientation ;
  • ombre ;
  • ventilation ;
  • isolation ;
  • inertie ;
  • végétation.

64. Biomimétisme

Le vivant peut fournir des principes de conception.

Mais il faut éviter une interprétation superficielle.

Le biomimétisme consiste à rechercher des principes fonctionnels, pas simplement à copier des formes biologiques.


65. Exemples de principes biologiques

Le vivant utilise :

  • diversité ;
  • redondance ;
  • modularité ;
  • adaptation ;
  • boucles de rétroaction ;
  • recyclage.

Ces principes peuvent inspirer la conception.


66. La diversité

Un écosystème ne mise pas tout sur une seule solution.


67. La redondance

Plusieurs organismes peuvent remplir des fonctions partiellement similaires.


68. La modularité

Les systèmes biologiques sont organisés en structures interconnectées mais relativement autonomes.


69. Les boucles de rétroaction

Une modification du système peut produire une réponse qui influence ensuite le système lui-même.


70. L’adaptation

Le vivant évolue continuellement avec son environnement.


71. Concevoir pour l’incertitude

Le climat de 2100 ne peut pas être connu avec une précision parfaite.

Il faut donc éviter de concevoir uniquement pour une valeur moyenne.


72. Concevoir avec plusieurs scénarios

Le système doit être testé face à :

  • sécheresse ;
  • canicule ;
  • hiver froid ;
  • pluie extrême ;
  • vent ;
  • incendie.

73. Les scénarios climatiques

On peut définir :

Scénario humide

Pluies relativement abondantes mais événements extrêmes.

Scénario chaud et sec

Fort déficit hydrique.

Scénario chaud et humide

Forte pression sanitaire et végétative.

Scénario extrême

Succession de plusieurs perturbations.


74. Le test de résistance

Un système doit être soumis virtuellement à plusieurs perturbations.


75. Le test de redondance

Que se passe-t-il si :

  • une espèce disparaît ?
  • une mare s’assèche ?
  • une haie meurt ?
  • une culture échoue ?

76. Le test de dépendance

Que se passe-t-il si :

  • l’irrigation tombe en panne ?
  • l’électricité est interrompue ?
  • une ressource extérieure devient indisponible ?

77. Le test de récupération

Après une perturbation :

Combien de temps faut-il au système pour retrouver un fonctionnement acceptable ?


78. Le temps comme dimension de conception

Il faut donc concevoir selon plusieurs horizons :

jour

saison

année

décennie

siècle.


79. L’échelle spatiale

Il faut également concevoir à plusieurs échelles :

plante

parcelle

jardin

ferme

bassin versant

territoire.


80. Les emboîtements

Chaque échelle influence les autres.

Un arbre influence son voisin.

Une haie influence une parcelle.

Une parcelle influence le ruissellement.

Le bassin versant influence la ferme.


81. Concevoir en réseau

Le système devient un réseau d’éléments reliés.


82. Les nœuds

Quelques éléments peuvent jouer des rôles particulièrement importants :

  • mare ;
  • grand arbre ;
  • haie ;
  • bâtiment ;
  • bassin ;
  • zone humide.

83. Les connexions

Les connexions transportent :

  • eau ;
  • matière ;
  • énergie ;
  • organismes.

84. Le réseau hydrologique

On peut concevoir un réseau :

toitures

cuves

mares

noues

sol

nappes.


85. Le réseau biologique

Un autre réseau relie :

haies

bosquets

prairies

forêts

zones humides.


86. Le réseau de biomasse

Les flux peuvent suivre :

taille

BRF

sol

plantes

biomasse

taille.


87. Le réseau alimentaire

Il peut relier :

production

animaux

humains

déchets organiques

sol

production.


88. Concevoir les boucles

Plus les cycles sont fermés localement, moins certaines ressources doivent être importées.

Mais aucun système agricole réel n’est parfaitement fermé.

Il faut donc parler de fermeture partielle des cycles.


89. Mesurer avant et après

Toute conception sérieuse doit permettre une comparaison.

Avant :

  • sol ;
  • eau ;
  • température ;
  • biodiversité ;
  • production.

Après :

  • mêmes indicateurs.

90. Les indicateurs de conception

On peut suivre :

Hydrologie

  • infiltration ;
  • ruissellement ;
  • stockage.

Sol

  • matière organique ;
  • structure ;
  • humidité.

Végétation

  • croissance ;
  • mortalité ;
  • production.

Biodiversité

  • espèces ;
  • pollinisateurs ;
  • auxiliaires.

Économie

  • coûts ;
  • rendement ;
  • temps d’entretien.

91. Le tableau de bord

Chaque jardin, verger ou ferme peut progressivement disposer d’un tableau de bord.


92. L’IA dans la conception

L’intelligence artificielle peut intervenir après la collecte des données.

Elle peut :

  • analyser ;
  • comparer ;
  • simuler ;
  • proposer.

93. Optimisation des implantations

Elle peut rechercher l’emplacement optimal :

  • des arbres ;
  • des haies ;
  • des mares ;
  • des cultures.

94. Optimisation hydrologique

Elle peut comparer différents réseaux de :

  • noues ;
  • bassins ;
  • mares ;
  • zones d’infiltration.

95. Optimisation végétale

Elle peut rechercher des associations selon :

  • eau ;
  • lumière ;
  • sol ;
  • climat ;
  • biodiversité.

96. Le jumeau numérique

Le projet peut être représenté avant sa réalisation.

On peut tester virtuellement :

  • plantation ;
  • ombrage ;
  • ruissellement ;
  • évolution des arbres.

97. Concevoir avant de construire

Cette approche permet de comparer plusieurs variantes avant d’engager des travaux.


98. Le principe de réversibilité

Lorsqu’une décision est incertaine, il est préférable, lorsque possible, de privilégier une solution facilement modifiable.


99. Le principe de progressivité

Il vaut souvent mieux :

tester

mesurer

corriger

déployer.


100. Concevoir comme le vivant

La conception inspirée du vivant ne signifie pas reproduire artificiellement un écosystème naturel.

Elle consiste à reprendre certains principes fondamentaux :

diversifier, connecter, recycler, stocker, répartir, redonder, observer et s’adapter.


101. La méthode Omakëya™ de conception

Une méthode générale peut être structurée en douze étapes :

1. Observer

Comprendre le terrain.

2. Mesurer

Quantifier les variables importantes.

3. Cartographier

Représenter les contraintes et les ressources.

4. Diagnostiquer

Identifier les dysfonctionnements.

5. Comprendre les flux

Eau, énergie, matière, biodiversité.

6. Définir les fonctions

Production, protection, stockage, biodiversité.

7. Concevoir

Organiser les éléments.

8. Dimensionner

Calculer volumes, surfaces, distances et capacités.

9. Simuler

Tester différents scénarios.

10. Construire

Réaliser progressivement.

11. Mesurer

Comparer les résultats.

12. Adapter

Modifier le système au fil du temps.


102. La matrice fonctions × éléments

Une méthode particulièrement puissante consiste à ne plus demander :

« Quel élément dois-je installer ? »

mais :

« Quelles fonctions dois-je assurer et quels éléments peuvent les assurer ? »

Par exemple :

FonctionArbreHaieMareSol vivantBâtiment
Ombrage
Stockage d’eauindirectindirect
Biodiversité
Carbone
Production alimentaire✓*
Brise-vent

*Selon la conception et les usages.

Cette approche permet de rechercher les éléments multifonctionnels.


103. Multifonctionnalité

Un bon élément de conception peut assurer plusieurs fonctions simultanément.

Un arbre peut :

  • produire ;
  • ombrager ;
  • stocker du carbone ;
  • abriter la biodiversité ;
  • ralentir le vent.

104. Mais attention à la multifonctionnalité excessive

Un système où chaque élément doit tout faire peut devenir difficile à gérer.

Il faut conserver une hiérarchie des fonctions.


105. Fonction primaire et fonctions secondaires

Chaque élément doit avoir :

fonction principale

fonctions complémentaires.


106. La hiérarchie des priorités

Pour une ferme donnée :

  1. sécurité hydrique ;
  2. production alimentaire ;
  3. protection du sol ;
  4. biodiversité ;
  5. stockage carbone ;
  6. confort ;
  7. esthétique.

La hiérarchie doit évidemment être adaptée au projet.


107. Concevoir avec les contraintes

Une bonne conception ne cherche pas à supprimer toutes les contraintes.

Elle cherche à les transformer.


108. La contrainte hydrique

Une faible disponibilité en eau peut conduire à sélectionner :

  • espèces adaptées ;
  • densités adaptées ;
  • paillage ;
  • stockage ;
  • irrigation ciblée.

109. La contrainte thermique

Une forte chaleur peut conduire à :

  • ombrage ;
  • végétation ;
  • eau ;
  • ventilation ;
  • adaptation variétale.

110. La contrainte du vent

Elle peut conduire à :

  • haies ;
  • bâtiments ;
  • relief ;
  • organisation spatiale.

111. La contrainte du sol

Elle peut conduire à :

  • restauration ;
  • choix d’espèces ;
  • modification de structure ;
  • adaptation des cultures.

112. Concevoir avec les contraintes plutôt que contre elles

C’est l’un des principes fondamentaux du design inspiré du vivant.


113. Le coût global

La conception doit intégrer :

  • investissement initial ;
  • fonctionnement ;
  • entretien ;
  • renouvellement ;
  • risques.

114. Le coût de l’inaction

Il faut également estimer le coût potentiel de ne rien modifier :

  • pertes agricoles ;
  • mortalité des arbres ;
  • irrigation accrue ;
  • érosion ;
  • dégâts climatiques.

115. Le retour sur investissement écologique

Certaines infrastructures naturelles peuvent produire plusieurs bénéfices simultanément.

Il faut donc raisonner en coût global du système, plutôt qu’en coût isolé de chaque élément.


116. Concevoir pour 5 ans

La première phase doit permettre l’installation du système.


117. Concevoir pour 20 ans

Les arbres commencent à modifier fortement le microclimat.


118. Concevoir pour 50 ans

La structure écologique devient mature.


119. Concevoir pour 100 ans

Le système doit être capable de continuer à évoluer avec le climat.


120. Concevoir un système plutôt qu’un jardin

La grande rupture méthodologique proposée par ce Tome 9 est de considérer le jardin, le verger et la ferme non comme des surfaces à aménager, mais comme des systèmes fonctionnels à concevoir.

Le concepteur ne choisit plus simplement :

  • un arbre ;
  • une haie ;
  • une mare ;
  • une culture.

Il construit des relations entre eux.

L’eau doit rencontrer le sol.

Le sol doit rencontrer les racines.

Les racines doivent rencontrer les microorganismes.

Les arbres doivent interagir avec les cultures.

Les haies doivent interagir avec le vent et la biodiversité.

Les mares doivent interagir avec l’hydrologie et les habitats.

Les bâtiments doivent interagir avec l’eau et l’énergie.

Les animaux doivent participer aux cycles biologiques.

Et l’ensemble doit évoluer dans le temps.

La conception résiliente devient ainsi une forme de génie des écosystèmes productifs.

Elle associe :

observation

diagnostic

flux

fonctions

architecture

dimensionnement

simulation

construction

mesure

adaptation.

Le principe fondamental peut finalement être résumé ainsi :

Ne pas chercher à construire un système qui résiste à tout changement, mais construire un système capable de changer sans perdre ses fonctions essentielles.

C’est cette différence qui sépare un simple aménagement d’un véritable écosystème résilient.

Et c’est elle qui permettra, dans les chapitres suivants, de passer de la méthode générale à la conception détaillée des jardins climatiques, vergers résilients, fermes agroécologiques, systèmes agroforestiers, forêts-jardins et territoires productifs du XXIᵉ siècle.