
Fermes climatiques
Concevoir des systèmes agricoles capables de produire dans le climat de demain
La ferme traditionnelle est généralement conçue autour d’un objectif principal :
produire dans les conditions climatiques actuelles.
La ferme climatique pose une question différente :
comment produire durablement lorsque les conditions climatiques, hydrologiques, biologiques et économiques vont continuer à évoluer ?
Cette différence transforme profondément la conception agricole.
Une ferme climatique ne consiste pas simplement à choisir des cultures plus résistantes à la sécheresse.
Elle cherche à construire un agroécosystème résilient, capable de :
- produire de l’alimentation ;
- économiser l’eau ;
- protéger le sol ;
- stocker du carbone ;
- réguler son microclimat ;
- maintenir la biodiversité ;
- absorber les pluies extrêmes ;
- résister aux sécheresses ;
- limiter les dégâts liés aux canicules ;
- réduire sa dépendance aux intrants ;
- évoluer avec le climat.
La ferme devient ainsi une infrastructure écologique productive.
1. Changer d’échelle
Le jardin climatique travaille principalement à l’échelle de quelques centaines ou milliers de mètres carrés.
Le verger climatique travaille autour de l’arbre, du sol et de la production fruitière.
La ferme climatique intègre simultanément :
- parcelles ;
- prairies ;
- vergers ;
- haies ;
- forêts ;
- mares ;
- bassins ;
- bâtiments ;
- chemins ;
- animaux ;
- cultures ;
- zones naturelles.
Elle devient un véritable territoire agroclimatique.
2. La ferme comme système
Une ferme peut être représentée comme un ensemble de flux :
énergie
eau
carbone
nutriments
biomasse
animaux
matière organique
information.
L’objectif est de réduire les pertes inutiles et de favoriser les boucles internes.
3. Le climat futur comme condition de conception
Une ferme construite aujourd’hui peut fonctionner pendant plusieurs décennies.
Il faut donc intégrer :
- températures futures ;
- pluviométrie ;
- sécheresses ;
- événements extrêmes ;
- évolution des gels ;
- évolution des vents ;
- évolution des maladies ;
- évolution des ravageurs.
La ferme doit être conçue non pas pour un climat fixe, mais pour une trajectoire climatique.
4. Concevoir pour plusieurs futurs
Il est dangereux de concevoir une ferme sur une seule projection climatique.
Il est préférable de travailler avec plusieurs scénarios :
Scénario favorable
adaptation relativement modérée.
Scénario intermédiaire
augmentation importante des contraintes.
Scénario sévère
forte augmentation des sécheresses, chaleurs et événements extrêmes.
La ferme robuste est celle qui reste fonctionnelle dans plusieurs scénarios.
5. Le diagnostic initial
Avant toute transformation, il faut analyser :
- climat ;
- topographie ;
- géologie ;
- pédologie ;
- hydrologie ;
- végétation ;
- biodiversité ;
- vent ;
- rayonnement ;
- infrastructures ;
- historique agricole.
Le diagnostic devient la base de la conception.
6. Lire le relief
La topographie détermine en partie :
- ruissellement ;
- accumulation d’eau ;
- érosion ;
- accumulation d’air froid ;
- exposition solaire ;
- circulation du vent.
Deux parcelles voisines peuvent donc posséder des comportements agroclimatiques très différents.
7. Cartographier l’eau
La ferme doit être étudiée comme un bassin versant miniature.
Il faut identifier :
- points hauts ;
- points bas ;
- chemins préférentiels de l’eau ;
- zones d’infiltration ;
- zones humides ;
- fossés ;
- mares ;
- sources ;
- nappes potentielles.
8. Le principe fondamental
Une ferme climatique cherche à appliquer une séquence simple :
ralentir → infiltrer → stocker → redistribuer → utiliser → restituer.
L’eau ne doit plus être considérée uniquement comme une ressource à pomper.
Elle devient un élément structurant du paysage.
9. Les sols comme infrastructure hydraulique
Le sol peut fonctionner comme :
- réservoir ;
- filtre ;
- zone d’infiltration ;
- habitat biologique ;
- support racinaire.
Un sol dégradé transforme rapidement une pluie intense en ruissellement.
Un sol structuré peut retenir une partie beaucoup plus importante de cette eau.
10. Décompacter avant d’irriguer
Une partie des problèmes hydriques agricoles provient de la structure du sol.
La compaction peut réduire :
- infiltration ;
- enracinement ;
- circulation de l’air ;
- stockage de l’eau.
La restauration structurale peut donc constituer une véritable infrastructure hydraulique.
11. Matière organique et eau
La matière organique participe à la stabilité des agrégats et au fonctionnement biologique du sol.
Elle contribue indirectement à améliorer :
- infiltration ;
- structure ;
- rétention ;
- activité biologique.
Mais il faut éviter les simplifications : l’effet dépend fortement de la texture du sol, de sa minéralogie, du climat et des pratiques.
12. Couvrir le sol
Le sol nu constitue une vulnérabilité.
Une couverture végétale ou organique peut limiter :
- érosion ;
- échauffement ;
- évaporation ;
- battance.
La couverture devient une forme de protection climatique.
13. Les racines comme infrastructure
Les racines :
- stabilisent le sol ;
- créent des biopores ;
- explorent le profil ;
- absorbent l’eau ;
- recyclent les nutriments.
Une ferme climatique doit donc également être pensée sous la surface.
14. Diversifier les profondeurs racinaires
Un système associant :
- racines superficielles ;
- racines intermédiaires ;
- racines profondes
peut exploiter différents horizons du sol.
Cette complémentarité est particulièrement intéressante dans les systèmes agroforestiers.
15. Les cultures du futur
Le choix des cultures doit intégrer :
- résistance à la sécheresse ;
- tolérance aux fortes températures ;
- durée du cycle ;
- besoin en eau ;
- sensibilité aux gels ;
- résistance aux maladies ;
- rendement ;
- valeur alimentaire.
Il faut également considérer la diversité génétique disponible.
16. Ne pas rechercher une seule culture miracle
Une variété extrêmement résistante peut devenir vulnérable à un autre facteur.
Une ferme climatique doit donc éviter la dépendance à un seul génotype.
La diversité constitue une assurance.
17. Diversité des espèces
Une ferme peut associer :
- céréales ;
- légumineuses ;
- oléagineux ;
- légumes ;
- tubercules ;
- fruitiers ;
- arbres à noix ;
- plantes fourragères.
La diversification répartit les risques.
18. Diversité des variétés
Pour une même culture, plusieurs variétés peuvent être utilisées.
On peut différencier :
- précoces ;
- intermédiaires ;
- tardives ;
- résistantes à la sécheresse ;
- résistantes aux maladies.
19. Étaler les cycles
Une ferme peut réduire certains risques en répartissant les périodes critiques.
L’objectif est d’éviter qu’un seul épisode climatique touche simultanément toutes les productions.
20. Les cultures associées
Associer plusieurs cultures peut améliorer :
- occupation de l’espace ;
- utilisation de la lumière ;
- exploration racinaire ;
- couverture du sol.
Les associations doivent toutefois être évaluées localement, car la concurrence entre espèces peut également augmenter.
21. Légumineuses
Les légumineuses peuvent jouer plusieurs rôles :
- alimentation ;
- couverture ;
- fixation biologique de l’azote ;
- diversification des rotations.
Elles deviennent importantes dans les systèmes cherchant à réduire la dépendance à l’azote minéral.
22. Agroforesterie
L’arbre peut apporter :
- ombre ;
- biomasse ;
- bois ;
- fruits ;
- habitat ;
- protection contre le vent ;
- stockage de carbone.
Mais l’arbre consomme également de l’eau.
L’agroforesterie doit donc être dimensionnée, et non simplement généralisée.
23. Les haies climatiques
Les haies peuvent constituer des infrastructures multifonctionnelles.
Elles peuvent :
- ralentir le vent ;
- réduire l’érosion éolienne ;
- créer des habitats ;
- fournir du nectar ;
- produire de la biomasse ;
- structurer les écoulements.
24. La ferme en mosaïque
Une ferme climatique peut être organisée comme une mosaïque :
cultures
prairies
vergers
haies
mares
bosquets
zones humides
forêt.
La mosaïque réduit la vulnérabilité du système.
25. Les mares agricoles
Les mares peuvent assurer simultanément :
- stockage temporaire ;
- habitat ;
- biodiversité ;
- tampon hydraulique.
Elles peuvent devenir des éléments essentiels du réseau hydrologique de la ferme.
26. Bassins et retenues
Les bassins peuvent permettre de stocker temporairement ou durablement une partie des eaux disponibles.
Mais leur dimensionnement doit tenir compte :
- du bassin versant ;
- des pluies extrêmes ;
- des besoins ;
- de l’évaporation ;
- des pertes ;
- de la sécurité hydraulique.
27. Noues et fossés végétalisés
Les noues permettent de ralentir et distribuer les eaux de ruissellement.
Elles peuvent connecter :
parcelle → noue → mare → zone humide → sol profond.
Le paysage devient un réseau hydraulique.
28. Terrasses et banquettes
Dans les zones pentues, les ouvrages végétalisés peuvent :
- ralentir l’eau ;
- limiter l’érosion ;
- favoriser l’infiltration ;
- conserver les particules fines.
Ils doivent cependant être dimensionnés selon la géométrie du terrain et les pluies extrêmes.
29. Gestion des pluies extrêmes
La ferme climatique doit être capable de gérer deux situations opposées :
trop peu d’eau
et
trop d’eau.
C’est une différence majeure avec certaines stratégies traditionnelles uniquement centrées sur l’irrigation.
30. Le drainage raisonné
L’objectif n’est pas toujours d’évacuer l’eau le plus rapidement possible.
Un drainage excessif peut diminuer la réserve hydrique.
Il faut distinguer :
- excès temporaire ;
- engorgement durable ;
- nappe ;
- drainage utile ;
- drainage destructeur.
31. Les zones humides agricoles
Certaines zones peuvent être volontairement maintenues plus humides.
Elles peuvent jouer un rôle dans :
- biodiversité ;
- filtration ;
- stockage ;
- régulation hydrologique.
32. Le microclimat agricole
La ferme peut modifier son propre microclimat grâce à :
- arbres ;
- haies ;
- plans d’eau ;
- relief ;
- couverture végétale ;
- bâtiments.
La conception devient une forme de génie agroclimatique.
33. Réduire la température des cultures
L’objectif peut être de réduire :
- température foliaire ;
- température du sol ;
- rayonnement direct.
Les stratégies incluent :
- ombrage ;
- canopée ;
- irrigation ciblée ;
- couverture ;
- ventilation.
34. L’ombrage
L’ombrage peut réduire le stress thermique.
Mais il réduit également le rayonnement disponible pour la photosynthèse.
Il faut donc rechercher un ombrage dynamique et proportionné, plutôt qu’une couverture maximale.
35. L’eau comme climatiseur naturel
L’évapotranspiration peut dissiper une partie de l’énergie sous forme de chaleur latente.
Une végétation correctement alimentée en eau peut donc contribuer au refroidissement local.
Mais cette fonction consomme de l’eau.
Il faut donc considérer simultanément :
refroidissement
et
consommation hydrique.
36. Les systèmes d’irrigation
La ferme climatique peut utiliser :
- goutte-à-goutte ;
- micro-irrigation ;
- irrigation localisée ;
- sondes d’humidité ;
- pilotage automatisé.
Le principe est :
apporter l’eau lorsque la plante en a réellement besoin.
37. Irriguer le sol plutôt que le feuillage
Dans de nombreuses situations, l’irrigation ciblée du système racinaire permet de réduire certaines pertes.
Mais la stratégie dépend :
- de la culture ;
- du climat ;
- du stade ;
- de la technique.
38. L’irrigation de survie
Dans certains systèmes, l’objectif peut être de maintenir les plantes vivantes pendant une période extrême plutôt que de maximiser leur croissance.
Cette distinction devient importante dans les climats fortement variables.
39. Le pilotage par le bilan hydrique
La décision d’irrigation devrait idéalement intégrer :
- pluie ;
- réserve du sol ;
- évapotranspiration ;
- profondeur racinaire ;
- stade de culture ;
- prévisions météorologiques.
On passe de l’irrigation calendaire à l’irrigation pilotée.
40. L’évapotranspiration
L’évapotranspiration constitue une variable fondamentale.
Elle dépend notamment :
- rayonnement ;
- température ;
- vent ;
- humidité ;
- caractéristiques de la culture.
La méthode de Penman-Monteith permet d’estimer l’évapotranspiration de référence dans de nombreux contextes.
41. Le coefficient cultural
L’évapotranspiration de la culture peut être estimée à partir de l’évapotranspiration de référence et d’un coefficient cultural adapté au stade et à la culture.
Cela permet de mieux dimensionner les apports.
42. Les animaux
Une ferme climatique peut intégrer :
- volailles ;
- ovins ;
- caprins ;
- bovins ;
- porcins ;
- équins.
Les animaux transforment :
- biomasse ;
- pâturage ;
- résidus ;
- fumier.
43. Le pâturage tournant
Un pâturage bien piloté peut permettre de gérer :
- couverture du sol ;
- biomasse ;
- fertilité ;
- alimentation.
Mais le surpâturage peut au contraire dégrader rapidement le sol.
44. Les animaux comme outil écologique
Dans certains systèmes, les animaux peuvent participer au fonctionnement du paysage :
pâturage
→ consommation de biomasse
→ restitution de nutriments
→ croissance végétale
→ stockage de carbone.
Le système doit rester équilibré.
45. Les arbres fourragers
Certaines espèces ligneuses peuvent fournir :
- fourrage ;
- ombre ;
- biomasse ;
- habitat.
Elles peuvent devenir des éléments structurants des systèmes agroforestiers.
46. L’autonomie alimentaire
Une ferme climatique peut chercher à produire une part importante de :
- alimentation humaine ;
- fourrages ;
- semences ;
- biomasse.
Cela réduit certaines dépendances extérieures.
47. L’autonomie semencière
Conserver et sélectionner localement des semences peut permettre d’accumuler progressivement des caractères adaptés au territoire.
Le système devient évolutif.
48. Sélectionner sur le terrain
Les individus qui résistent le mieux à :
- sécheresse ;
- chaleur ;
- maladies ;
peuvent être identifiés.
Ils peuvent ensuite participer à de nouvelles générations de sélection, dans le respect des règles applicables aux semences et variétés.
49. La ferme comme laboratoire évolutif
La ferme peut devenir un dispositif permanent d’apprentissage :
tester
→ mesurer
→ sélectionner
→ multiplier
→ retester.
Cette boucle peut fonctionner pendant plusieurs décennies.
50. La biodiversité fonctionnelle
La biodiversité n’est pas seulement une valeur esthétique.
Elle peut contribuer à :
- pollinisation ;
- régulation biologique ;
- fertilité ;
- décomposition ;
- structure du sol.
51. Les corridors écologiques
Les haies, fossés, bandes enherbées, bosquets et mares peuvent constituer un réseau écologique.
La ferme devient alors un maillon du paysage régional.
52. Les pollinisateurs
Les productions dépendantes de la pollinisation doivent disposer de ressources florales suffisamment diversifiées.
Il faut notamment considérer les périodes où aucune culture commerciale ne fleurit.
53. Les ravageurs
La stratégie climatique ne doit pas reposer uniquement sur les traitements.
Elle peut associer :
- diversité ;
- auxiliaires ;
- rotation ;
- habitats ;
- surveillance.
54. Les maladies
Le climat peut modifier les cycles des maladies.
Il faut donc intégrer :
- ventilation ;
- densité ;
- humidité ;
- résistance variétale ;
- rotation.
55. La rotation des cultures
La rotation permet de modifier :
- occupation du sol ;
- cycle des maladies ;
- pression de certaines adventices ;
- besoins nutritifs.
Elle constitue un outil de résilience.
56. Les couverts végétaux
Les couverts peuvent :
- protéger le sol ;
- produire de la biomasse ;
- recycler des nutriments ;
- limiter certaines érosions.
Mais leur consommation d’eau doit être intégrée dans le bilan hydrique.
57. Le paradoxe du couvert
Un couvert peut économiser l’eau en protégeant le sol.
Mais il peut aussi consommer de l’eau lorsqu’il est vivant.
La bonne stratégie dépend donc du climat et de la période.
58. Agriculture de conservation
Certaines pratiques peuvent chercher à réduire :
- travail du sol ;
- perturbation ;
- érosion.
Mais aucune technique ne doit être considérée comme universelle.
Le contexte pédoclimatique reste déterminant.
59. Réduire le travail du sol
La réduction du travail du sol peut contribuer à préserver certaines structures et communautés biologiques.
Elle doit cependant être évaluée en fonction :
- de la compaction ;
- des adventices ;
- du type de sol ;
- du matériel ;
- du climat.
60. La ferme sans sol nu
L’objectif général peut être de réduire les périodes où le sol reste totalement exposé.
La couverture devient une protection contre les extrêmes.
61. Le stockage du carbone
Le carbone peut être stocké dans :
- biomasse ;
- racines ;
- bois ;
- sol.
Mais le bilan doit considérer les émissions liées aux pratiques agricoles.
62. Le carbone comme co-bénéfice
Une stratégie ne doit pas être adoptée uniquement parce qu’elle stocke du carbone.
Elle doit également améliorer :
- fertilité ;
- eau ;
- biodiversité ;
- productivité ;
- résilience.
63. L’énergie
Une ferme climatique doit également analyser son bilan énergétique.
Consommations :
- tracteurs ;
- pompes ;
- séchage ;
- chauffage ;
- refroidissement ;
- transformation.
Production potentielle :
- photovoltaïque ;
- biomasse ;
- méthanisation selon les conditions ;
- autres sources renouvelables.
64. L’eau et l’énergie
Le couple eau-énergie devient stratégique.
Pomper davantage d’eau signifie généralement consommer davantage d’énergie.
Réduire les besoins hydriques peut donc également réduire les besoins énergétiques.
65. Les bâtiments agricoles
Les bâtiments doivent être intégrés au système climatique.
Ils peuvent utiliser :
- ventilation naturelle ;
- inertie thermique ;
- ombrage ;
- isolation ;
- récupération des eaux de pluie ;
- production photovoltaïque.
66. Les bâtiments comme infrastructures climatiques
Une toiture peut devenir :
- surface de collecte d’eau ;
- support photovoltaïque ;
- zone d’ombrage.
Les bâtiments participent alors au fonctionnement global de la ferme.
67. L’eau de pluie des toitures
Les surfaces bâties peuvent capter une quantité importante d’eau.
Cette eau peut, selon les usages et réglementations :
- être stockée ;
- être infiltrée ;
- alimenter certains usages agricoles adaptés.
68. Le réseau hydraulique de la ferme
On peut imaginer :
toitures
→ cuves
→ bassins
→ mares
→ noues
→ sols
→ cultures
→ évapotranspiration
→ atmosphère.
La ferme devient un circuit hydrologique partiellement piloté.
69. Les eaux usées
Certaines eaux peuvent éventuellement être valorisées après traitement adapté.
Mais les risques sanitaires, réglementaires et environnementaux doivent être maîtrisés.
70. Ferme et bassin versant
Une ferme n’est pas isolée.
Ses pratiques influencent :
- ruissellement ;
- qualité de l’eau ;
- sédiments ;
- biodiversité.
Elle doit donc être pensée à l’échelle du bassin versant.
71. La ferme éponge
Une ferme éponge cherche à conserver une partie importante de l’eau sur son territoire.
Elle combine :
- sols structurés ;
- couverture ;
- haies ;
- mares ;
- noues ;
- zones humides ;
- bassins.
72. La ferme coupe-feu
Dans certaines régions, la ferme peut également participer à la prévention des incendies grâce à :
- zones pâturées ;
- coupures de combustible ;
- mosaïque paysagère ;
- gestion de la biomasse ;
- accès pour les secours.
73. Le risque incendie
Les plantations doivent être analysées selon :
- inflammabilité ;
- continuité verticale ;
- continuité horizontale ;
- teneur en eau ;
- entretien.
La résilience climatique comprend la résistance au feu.
74. La ferme face aux vents extrêmes
Les haies et structures végétales peuvent réduire l’exposition.
Mais elles doivent être conçues pour éviter :
- turbulences excessives ;
- effet de couloir ;
- concurrence hydrique.
75. Le paysage comme machine climatique
Une ferme climatique peut être vue comme une immense machine biologique.
Elle transforme :
rayonnement solaire
→ biomasse
→ alimentation
→ matière organique
→ stockage de carbone
→ eau transpirée
→ microclimat.
76. Les sept fonctions fondamentales
Une ferme climatique devrait idéalement assurer simultanément :
- produire ;
- infiltrer ;
- stocker ;
- protéger ;
- recycler ;
- biodiversifier ;
- s’adapter.
77. La ferme multi-échelle
Il faut penser simultanément :
parcelle
→ exploitation
→ bassin versant
→ territoire.
Une solution efficace à l’échelle d’une parcelle peut devenir problématique à l’échelle du bassin versant.
78. La ferme comme réseau
Chaque élément peut remplir plusieurs fonctions.
Haie
vent + biodiversité + biomasse + carbone.
Mare
eau + biodiversité + tampon hydraulique.
Arbre
production + ombre + carbone + habitat.
Sol vivant
eau + fertilité + carbone + racines.
La multifonctionnalité devient un principe de conception.
79. La redondance
Une fonction essentielle ne devrait pas dépendre d’un seul élément.
Par exemple :
eau
→ cuves + mares + sol + bassin + infiltration.
Cette redondance augmente la robustesse.
80. Le principe du portefeuille
La ferme climatique peut être conçue comme un portefeuille de productions :
- céréales ;
- légumineuses ;
- fruits ;
- légumes ;
- élevage ;
- bois ;
- semences.
La défaillance d’une production ne doit pas nécessairement entraîner l’effondrement du système.
81. Les cultures de secours
Certaines cultures peuvent avoir une fonction de sécurité.
Elles peuvent être moins rentables dans une année normale mais devenir précieuses lors d’un événement climatique.
82. La diversification temporelle
Il faut diversifier non seulement l’espace mais également le temps :
- cultures d’hiver ;
- cultures de printemps ;
- cultures d’été ;
- cultures pérennes.
83. La diversification spatiale
Une même culture peut être implantée dans plusieurs microclimats.
Ainsi, un événement localisé peut ne pas détruire toute la production.
84. La ferme adaptative
Une ferme climatique ne doit pas être figée.
Elle doit pouvoir modifier progressivement :
- espèces ;
- variétés ;
- rotations ;
- irrigation ;
- densités ;
- structures agroforestières.
85. La ferme 2030
À court terme :
- diagnostic ;
- restauration des sols ;
- amélioration de l’efficience hydrique ;
- diversification.
86. La ferme 2050
À moyen terme :
- nouvelles variétés ;
- nouvelles cultures ;
- agroforesterie renforcée ;
- systèmes hydrauliques développés ;
- adaptation des calendriers.
87. La ferme 2080
À cet horizon :
- certaines cultures actuelles peuvent devenir marginales ;
- de nouvelles espèces peuvent devenir intéressantes ;
- les systèmes pérennes seront particulièrement déterminants.
88. La ferme 2100
L’objectif n’est plus de prévoir précisément ce qui poussera.
Il faut construire un système capable de changer rapidement lorsque les conditions changent.
89. Le jumeau numérique agricole
Le modèle numérique peut intégrer :
- sol ;
- relief ;
- eau ;
- climat ;
- cultures ;
- arbres ;
- animaux ;
- bâtiments.
Il peut simuler différents scénarios.
90. Les capteurs
Une ferme intelligente peut mesurer :
- humidité du sol ;
- température ;
- humidité atmosphérique ;
- rayonnement ;
- pluie ;
- vent ;
- niveau des bassins.
91. Les données végétales
On peut également suivre :
- croissance ;
- phénologie ;
- rendement ;
- stress ;
- maladies.
La ferme devient progressivement un observatoire climatique.
92. L’intelligence artificielle
L’IA peut aider à croiser :
climat + sol + eau + cultures + rendement + historique.
Elle peut identifier des tendances impossibles à détecter facilement à l’échelle humaine.
93. Pilotage prédictif
À terme, le système pourrait anticiper :
- sécheresse ;
- gel ;
- canicule ;
- pluies extrêmes.
Et proposer :
- irrigation ;
- ombrage ;
- récolte anticipée ;
- protection.
94. Les limites de l’IA
L’IA ne remplace pas :
- agronomie ;
- observation ;
- expérience ;
- connaissance du terrain.
Elle doit être considérée comme un outil d’aide à la décision.
95. La mémoire de la ferme
Chaque année apporte des informations.
La ferme accumule :
- rendements ;
- mortalités ;
- maladies ;
- pluies ;
- sécheresses ;
- températures.
Cette mémoire devient un capital stratégique.
96. La sélection naturelle agricole
Les individus qui survivent aux conditions difficiles deviennent des candidats intéressants pour les générations suivantes.
La ferme peut donc participer à une forme de sélection locale, à condition d’être conduite avec rigueur.
97. Les anciennes variétés
Les variétés traditionnelles constituent des réservoirs de diversité.
Elles peuvent présenter :
- rusticité ;
- résistance ;
- adaptation locale.
Elles doivent être conservées parallèlement aux nouvelles sélections.
98. La ferme conservatoire
Une partie de l’exploitation peut être consacrée à la conservation de :
- variétés ;
- semences ;
- arbres ;
- espèces fourragères.
La ferme devient également une réserve génétique.
99. L’économie de la ferme climatique
La résilience doit être économiquement viable.
Il faut analyser :
- investissement ;
- rendement ;
- coût de l’eau ;
- énergie ;
- maintenance ;
- main-d’œuvre ;
- risques.
100. Le coût de l’inaction
Il faut également comparer le coût des adaptations avec celui des dommages potentiels :
- perte de récolte ;
- mortalité des arbres ;
- érosion ;
- dégradation du sol ;
- manque d’eau.
L’adaptation devient alors un investissement plutôt qu’une dépense.
101. Les indicateurs de performance
Une ferme climatique peut suivre :
- tonnes produites ;
- valeur produite ;
- litres d’eau utilisés ;
- production par m³ d’eau ;
- matière organique ;
- carbone du sol ;
- biodiversité ;
- stabilité des rendements.
102. L’indicateur le plus important : la stabilité
Une ferme qui produit énormément certaines années mais très peu lors des sécheresses peut être plus fragile qu’une ferme produisant légèrement moins mais régulièrement.
La résilience devient donc un indicateur économique.
103. Le rendement hydrique
Un indicateur particulièrement utile est :
production obtenue / volume d’eau consommé.
Il permet de comparer différentes stratégies.
104. La résilience systémique
La ferme climatique doit être évaluée selon sa capacité à :
- absorber un choc ;
- continuer à fonctionner ;
- récupérer ;
- évoluer.
Il faut distinguer :
résistance
récupération
adaptation.
105. Le principe Omakëya™
Dans la Vision Omakëya™, la ferme climatique ne cherche pas à lutter contre le climat.
Elle cherche à travailler avec lui.
Elle utilise :
- le relief ;
- l’eau ;
- les arbres ;
- le sol ;
- la biodiversité ;
- les microclimats ;
- la génétique.
106. La ferme devient une infrastructure écologique
Elle n’est plus simplement :
un terrain destiné à produire des tonnes.
Elle devient :
une infrastructure écologique capable de produire tout en régulant une partie de son environnement.
107. Une ferme comme une petite infrastructure climatique
Une ferme bien conçue peut simultanément :
- ralentir l’eau ;
- infiltrer ;
- stocker du carbone ;
- produire de la biomasse ;
- refroidir localement ;
- protéger les sols ;
- accueillir la biodiversité.
108. Concevoir pour l’incertitude
Le futur climatique est incertain.
La bonne stratégie consiste donc à rechercher :
flexibilité + diversité + redondance + capacité d’apprentissage.
109. La ferme qui peut changer
Une ferme conçue pour 2100 doit pouvoir remplacer progressivement :
- une culture ;
- une variété ;
- une espèce ;
- un mode d’irrigation ;
- une structure végétale.
L’infrastructure doit être évolutive.
110. La ferme climatique est un système adaptatif
La ferme climatique du XXIe siècle ne sera pas simplement une exploitation agricole équipée de capteurs.
Elle sera un écosystème productif conçu comme une infrastructure résiliente.
Elle associera :
sol vivant
eau stockée
diversité végétale
agroforesterie
animaux
biodiversité
microclimats
énergie renouvelable
données
sélection génétique
adaptation permanente.
Son objectif ne sera pas seulement de produire davantage.
Il sera de continuer à produire malgré les changements.
La ferme de demain devra donc être capable de perdre une récolte sans perdre son système, de subir une sécheresse sans perdre son sol, de connaître une canicule sans perdre toute sa végétation, et de remplacer progressivement certaines espèces lorsque le climat les rendra moins adaptées.
La ferme climatique devient ainsi :
une ferme qui produit de la nourriture, mais également de l’eau stockée, du sol fertile, de la biodiversité, du carbone, des microclimats et surtout de la capacité d’adaptation.
Dans la Vision Omakëya™, elle constitue l’une des formes les plus abouties de l’ingénierie des écosystèmes résilients.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.