
RESTAURER UN SOL DÉGRADÉ : Diagnostiquer, réparer, reconstruire et piloter un sol vivant : protocoles, calendrier et indicateurs
Restaurer un sol dégradé ne consiste pas simplement à ajouter du compost ou à planter quelques végétaux.
Un sol dégradé est un système dont une ou plusieurs fonctions ont été altérées :
- fonction physique ;
- fonction hydrologique ;
- fonction chimique ;
- fonction biologique ;
- fonction racinaire ;
- fonction de stockage du carbone ;
- fonction de régulation thermique.
La restauration doit donc chercher à reconstruire progressivement les fonctions du sol, et non seulement son apparence.
La logique générale du Tome 7 peut être résumée ainsi : Diagnostiquer→proteˊger→reˊhydrater→deˊcompacter→reconstruire→reveˊgeˊtaliser→mesurer→adapter
1. Qu’est-ce qu’un sol dégradé ?
Un sol peut être considéré comme dégradé lorsqu’une ou plusieurs de ses fonctions essentielles sont durablement réduites.
Dégradation physique
- compactage ;
- perte de structure ;
- battance ;
- diminution de porosité ;
- érosion.
Dégradation hydrologique
- infiltration faible ;
- ruissellement important ;
- drainage excessif ;
- stagnation ;
- faible stockage de l’eau.
Dégradation chimique
- acidification ;
- salinisation ;
- sodisation ;
- déséquilibre nutritif ;
- contamination.
Dégradation biologique
- faible biomasse microbienne ;
- diminution de la diversité ;
- faible activité fongique ;
- disparition des lombrics ;
- réduction de la rhizosphère.
Dégradation organique
- perte de carbone ;
- diminution de la matière organique ;
- faible production de biomasse ;
- diminution de la stabilité des agrégats.
2. Première règle : ne pas restaurer avant d’avoir diagnostiqué
Une erreur fréquente consiste à appliquer directement :
« beaucoup de compost + beaucoup de plantes ».
Cela peut être totalement inadapté.
Un sol peut être :
- pauvre mais bien structuré ;
- riche mais compacté ;
- très organique mais hydromorphe ;
- argileux et salin ;
- sableux et extrêmement drainant ;
- érodé ;
- chimiquement contaminé.
Le protocole doit donc commencer par : DIAGNOSTIC
3. Le diagnostic initial
Le diagnostic doit être réalisé à plusieurs échelles.
Échelle du paysage
- pente ;
- exposition ;
- ruissellement ;
- hydrologie ;
- végétation environnante.
Échelle de la parcelle
- zones compactées ;
- zones érodées ;
- zones humides ;
- zones sèches ;
- circulation.
Échelle du profil
- horizons ;
- racines ;
- porosité ;
- structure ;
- profondeur.
Échelle biologique
- vers ;
- arthropodes ;
- champignons ;
- racines ;
- végétation spontanée.
4. Cartographier avant d’intervenir
Une première carte peut distinguer :
┌──────────┬──────────┬──────────┐
│ bonne │ moyenne │ dégradée │
│ zone │ zone │ │
├──────────┼──────────┼──────────┤
│ compacte │ bonne │ érodée │
│ │ │ │
├──────────┼──────────┼──────────┤
│ humide │ humide │ sèche │
│ │ │ │
└──────────┴──────────┴──────────┘
Il faut éviter de traiter uniformément une parcelle qui présente plusieurs fonctionnements.
5. Les analyses initiales
Le niveau d’analyse dépend de l’objectif.
Niveau simple
- observation ;
- test à la bêche ;
- infiltration ;
- pH ;
- texture ;
- observation biologique.
Niveau intermédiaire
- matière organique ;
- CEC ;
- densité apparente ;
- résistance à la pénétration ;
- conductivité hydraulique ;
- analyse nutritive.
Niveau avancé
- carbone organique total ;
- fractionnement du carbone ;
- biomasse microbienne ;
- respiration du sol ;
- stabilité des agrégats ;
- métaux ;
- salinité ;
- analyses hydrologiques.
6. Définir l’état initial
Avant toute intervention, constituer une fiche :
| Paramètre | État initial |
|---|---|
| pH | à mesurer |
| MO | à mesurer |
| carbone organique | à mesurer |
| densité apparente | à mesurer |
| infiltration | à mesurer |
| résistance pénétration | à mesurer |
| couverture végétale | à mesurer |
| sol nu | à mesurer |
| profondeur racinaire | à mesurer |
| vers | à mesurer |
| salinité | si nécessaire |
| érosion | à mesurer |
Cette fiche devient la référence zéro.
7. Classer le niveau de dégradation
Une classification opérationnelle peut être utilisée.
Niveau 0 — fonctionnel
Sol vivant et fonctionnel.
→ conservation.
Niveau 1 — légèrement dégradé
Quelques fonctions perturbées.
→ restauration douce.
Niveau 2 — dégradé
Plusieurs fonctions altérées.
→ restauration active.
Niveau 3 — fortement dégradé
Structure et fonctionnement très perturbés.
→ restauration lourde et planifiée.
Niveau 4 — sol profondément détruit
Horizon superficiel perdu, pollution ou salinisation sévère, etc.
→ ingénierie spécifique.
8. PROTOCOLE 1 — PROTÉGER
La première action n’est généralement pas d’ajouter quelque chose.
C’est de stopper la dégradation.
Limiter :
- trafic ;
- piétinement ;
- sol nu ;
- travail excessif ;
- ruissellement ;
- érosion ;
- pâturage excessif.
Principe : arreˆter la deˊgradation avant de restaurer
9. Protéger contre le compactage
Créer :
- chemins permanents ;
- zones de circulation ;
- accès techniques ;
- zones animales dédiées.
Ne pas faire circuler les engins inutilement sur les zones restaurées.
10. Protéger contre l’érosion
Solutions possibles :
- mulch ;
- couverture végétale ;
- bandes enherbées ;
- fascines ;
- haies ;
- courbes de niveau ;
- ralentissement des écoulements.
La priorité est de maintenir la terre en place.
11. PROTOCOLE 2 — COUVRIR LE SOL
Un sol nu est vulnérable.
La couverture peut être :
Vivante
- herbes ;
- couverts ;
- légumineuses ;
- plantes compagnes.
Morte
- feuilles ;
- paille ;
- BRF ;
- résidus végétaux ;
- mulch.
12. Le choix du mulch
Il n’existe pas un mulch universel.
Il faut considérer :
- C/N ;
- vitesse de décomposition ;
- disponibilité ;
- épaisseur ;
- humidité ;
- risque de faim d’azote ;
- acidification éventuelle ;
- présence de graines ;
- contamination éventuelle.
13. Le BRF
Le bois raméal fragmenté peut être utilisé comme source de matière organique carbonée.
Il peut contribuer à :
- protéger le sol ;
- favoriser certains processus biologiques ;
- augmenter progressivement les apports carbonés.
Mais son utilisation doit être raisonnée selon :
- type de sol ;
- épaisseur ;
- maturité ;
- climat ;
- culture.
14. PROTOCOLE 3 — RÉTABLIR L’EAU
Un sol dégradé doit souvent être réhabilité hydrologiquement.
Il faut analyser : pluie→ruissellement→infiltration→stockage→eˊvapotranspiration
15. Identifier le problème hydrologique
Cas A
L’eau n’entre pas.
→ compaction / battance.
Cas B
L’eau entre mais disparaît immédiatement.
→ sol très drainant / faible réserve.
Cas C
L’eau reste en surface.
→ faible conductivité / nappe / horizon imperméable.
Cas D
L’eau arrive brutalement.
→ problème de bassin versant.
Chaque cas nécessite un protocole différent.
16. Restaurer l’infiltration
Les leviers peuvent être :
- décompactage raisonné ;
- racines ;
- matière organique ;
- activité biologique ;
- réduction du trafic ;
- couverture.
L’objectif n’est pas simplement d’augmenter l’infiltration maximale.
Il faut obtenir une infiltration compatible avec le stockage et les besoins du système.
17. PROTOCOLE 4 — DÉCOMPACTER
Le décompactage doit être adapté à la profondeur.
0–10 cm
Possible restauration biologique rapide.
10–30 cm
Racines + biologie + éventuellement intervention mécanique.
>30 cm
Diagnostic approfondi indispensable.
18. Décompactage mécanique
Il peut être nécessaire lorsque :
- une semelle est fortement constituée ;
- les racines ne peuvent pas pénétrer ;
- l’infiltration est très faible.
Mais il faut éviter :
décompacter puis recompacter.
Avant intervention :
- déterminer la profondeur ;
- mesurer l’humidité ;
- identifier la cause.
19. Décompactage biologique
Les plantes peuvent fonctionner comme des outils biologiques.
Certaines espèces développent :
- pivots ;
- racines fasciculées ;
- racines profondes ;
- forte biomasse racinaire.
Elles créent progressivement des biopores.
20. PROTOCOLE 5 — RECONSTRUIRE LES AGRÉGATS
Les agrégats sont essentiels au fonctionnement du sol.
Ils associent :
- particules minérales ;
- matière organique ;
- racines ;
- microorganismes ;
- champignons.
La restauration vise donc à recréer une structure stable.
21. Matière organique
Les apports possibles comprennent :
- compost ;
- fumier ;
- résidus ;
- feuilles ;
- BRF ;
- racines ;
- engrais verts.
Mais le choix dépend du diagnostic.
22. Le compost
Le compost peut apporter :
- matière organique stabilisée ;
- éléments minéraux ;
- microorganismes ;
- structure.
Mais il faut éviter de considérer le compost comme un « médicament universel ».
Un sol salin, hydromorphe ou contaminé ne sera pas nécessairement amélioré par des apports importants de compost.
23. Plusieurs composts selon les flux
Dans une approche Omakëya™, il peut être pertinent de séparer les flux organiques.
Par exemple :
Compost des déjections et litières animales
Compost BRF / bois et matières carbonées
Compost des déchets végétaux
Compost spécifique aux matières nécessitant un traitement séparé
Cette séparation permet de mieux contrôler :
- C/N ;
- humidité ;
- maturité ;
- contaminants ;
- usages finaux.
24. Les feuilles de noyer
Les feuilles de noyer peuvent être compostées ou utilisées dans des systèmes de décomposition adaptés.
Il faut éviter de considérer automatiquement toute feuille comme équivalente à une autre.
La composition chimique, la maturité et l’usage final doivent être pris en compte.
L’objectif est de produire un amendement stable et correctement décomposé, plutôt que d’épandre directement de grandes quantités de matière insuffisamment transformée.
25. PROTOCOLE 6 — RECONSTRUIRE LA VIE DU SOL
Une restauration biologique efficace cherche à recréer :
matière organique
↓
bactéries
↓
champignons
↓
protozoaires
↓
nématodes
↓
microarthropodes
↓
lombrics
↓
racines
Il s’agit d’un réseau trophique, pas d’une simple liste d’organismes.
26. Favoriser les bactéries
Les bactéries ont besoin notamment :
- carbone ;
- eau ;
- température adaptée ;
- oxygène selon les groupes.
Leur développement est favorisé par un sol biologiquement actif et suffisamment alimenté en carbone.
27. Favoriser les champignons
Les champignons sont particulièrement importants dans :
- décomposition ;
- agrégation ;
- symbioses ;
- exploration du sol.
Les pratiques favorables comprennent généralement :
- limitation des perturbations ;
- couverture ;
- diversité végétale ;
- continuité racinaire.
28. Les mycorhizes
Les associations mycorhiziennes peuvent contribuer à :
- acquisition du phosphore ;
- exploration du sol ;
- échanges hydriques ;
- tolérance à certains stress.
La meilleure stratégie n’est cependant pas nécessairement d’acheter des inoculants.
Il faut d’abord créer un environnement favorable aux symbioses déjà présentes ou naturellement réintroduites.
29. Les lombrics
Les lombrics peuvent être suivis comme bioindicateurs.
On peut mesurer :
- nombre ;
- biomasse ;
- diversité fonctionnelle ;
- présence de galeries.
Leur présence est généralement favorisée par :
- matière organique ;
- humidité ;
- absence de perturbations excessives.
30. PROTOCOLE 7 — RECONSTRUIRE LES RACINES
La restauration biologique passe par la végétation.
Le système racinaire doit être considéré comme une infrastructure souterraine.
Il produit :
- carbone ;
- exsudats ;
- biopores ;
- agrégats ;
- interactions mycorhiziennes.
31. Couverture permanente
Lorsque le contexte le permet : racines vivantes>sol nu
La présence de racines pendant une plus grande partie de l’année permet de maintenir une activité biologique continue.
32. Diversité des systèmes racinaires
Une combinaison peut associer :
- racines superficielles ;
- racines intermédiaires ;
- racines profondes.
On obtient alors une architecture verticale :
surface
────────────────
████ racines fines
│
\ │ /
\│/
│
│
/ \
/ \
──────────────
Cette architecture améliore la complémentarité des fonctions.
33. PROTOCOLE 8 — RESTAURER LE CARBONE
Le carbone du sol constitue un indicateur majeur.
Il faut distinguer :
- carbone total ;
- carbone organique ;
- carbone particulaire ;
- carbone associé aux minéraux.
Tous ne présentent pas la même stabilité.
34. Ne pas rechercher uniquement « beaucoup de carbone »
L’objectif est de reconstruire : carbone+structure+stabiliteˊ+fonction
Un stock important mais rapidement minéralisable ne possède pas la même valeur fonctionnelle qu’une fraction durablement stabilisée.
35. PROTOCOLE 9 — RESTAURER LA FERTILITÉ
La fertilité doit être abordée selon trois dimensions.
Fertilité physique
- structure ;
- porosité ;
- profondeur ;
- infiltration.
Fertilité chimique
- pH ;
- CEC ;
- nutriments.
Fertilité biologique
- microorganismes ;
- champignons ;
- vers ;
- rhizosphère.
36. Ne pas confondre fertilité et fertilisation
Ajouter de l’azote n’est pas nécessairement restaurer un sol.
La restauration cherche à recréer la capacité du sol à recycler et fournir lui-même les nutriments.
37. PROTOCOLE 10 — RESTAURER LA BIODIVERSITÉ VÉGÉTALE
La diversité doit être adaptée :
- au climat ;
- au sol ;
- à l’eau ;
- au système de production.
On peut associer :
- plantes pionnières ;
- couvre-sols ;
- herbacées ;
- arbustes ;
- arbres.
38. Espèces pionnières
Les espèces pionnières peuvent être utiles sur les sols fortement dégradés parce qu’elles tolèrent :
- faible fertilité ;
- sécheresse ;
- forte exposition ;
- perturbation.
Mais elles ne doivent pas être utilisées automatiquement partout.
39. Succession écologique
Une restauration peut suivre une trajectoire : sol nu→pionnieˋres→couverture→arbustes→systeˋme mature
La trajectoire réelle dépend du climat et de l’écosystème de référence.
40. Le principe de référence écologique
Avant de restaurer un sol, il faut demander :
Quel type de sol et d’écosystème cherche-t-on réellement à reconstruire ?
Une restauration dans :
- une prairie sèche ;
- une forêt méditerranéenne ;
- une oasis ;
- un verger ;
- une zone humide ;
ne suit évidemment pas le même protocole.
41. PROTOCOLE 11 — RESTAURATION HYDROLOGIQUE
La restauration doit intégrer l’ensemble du système :
AMONT
↓
ruissellement
↓
noue
↓
mare
↓
infiltration
↓
sol
↓
nappe
↓
source / rivière
Chaque ouvrage doit être dimensionné selon le bassin contributif.
42. Les mares
Une mare peut :
- stocker temporairement l’eau ;
- soutenir la biodiversité ;
- réduire certains écoulements ;
- constituer un réservoir écologique.
Mais elle doit être conçue avec :
- bassin versant ;
- géologie ;
- infiltration ;
- sécurité de débordement ;
- qualité de l’eau.
43. Les noues
Les noues peuvent :
- ralentir ;
- répartir ;
- infiltrer ;
- filtrer.
Elles sont particulièrement intéressantes dans les systèmes où l’eau arrive de manière concentrée.
44. PROTOCOLE 12 — RÉDUIRE LE RUissellement
Le principe est : R↓
par :
- augmentation de couverture ;
- restauration de la structure ;
- obstacles végétaux ;
- courbes de niveau ;
- infiltration ;
- stockage temporaire.
45. PROTOCOLE 13 — RESTAURATION DES SOLS SALINS
Un sol salin nécessite un protocole spécifique.
Il faut diagnostiquer :
- conductivité électrique ;
- sodium échangeable ;
- qualité de l’eau ;
- drainage ;
- profondeur de nappe.
L’objectif peut être : lessivage controˆleˊ+drainage+gestion de l’irrigation
mais uniquement lorsque le bilan hydrologique le permet.
46. PROTOCOLE 14 — SOLS ACIDES
Selon le diagnostic, on peut envisager :
- chaulage ;
- amendements appropriés ;
- gestion de la matière organique.
Mais le pH cible dépend du système.
Il ne faut pas chercher systématiquement à atteindre une valeur universelle.
47. PROTOCOLE 15 — SOLS HYDROMORPHES
Un sol saturé ne doit pas être « drainé » automatiquement.
Il faut déterminer si l’humidité est :
- naturelle ;
- temporaire ;
- permanente ;
- écologiquement souhaitable.
Dans certains cas, la meilleure restauration consiste à restaurer la zone humide, pas à l’assécher.
48. Calendrier général de restauration
La restauration doit être pensée sur plusieurs années.
ANNÉE 0
Diagnostic
↓
ANNÉE 1
Protection
↓
ANNÉES 1–2
Structure + eau
↓
ANNÉES 2–5
Biologie + racines
↓
ANNÉES 5–10
Stabilisation
↓
10–20 ans
Maturation
Les vitesses réelles dépendent énormément du climat, du type de sol et du niveau de dégradation.
49. CALENDRIER — PHASE 0
Avant travaux
Durée indicative :
1 à 3 mois
Réaliser :
- cartographie ;
- analyses ;
- tests hydrologiques ;
- profil pédologique ;
- diagnostic biologique ;
- historique des usages.
50. CALENDRIER — PHASE 1
0–3 mois
Priorités :
- arrêter le trafic ;
- protéger contre l’érosion ;
- couvrir le sol ;
- sécuriser les écoulements ;
- supprimer les causes de dégradation.
Aucune restauration durable ne peut réussir si la dégradation continue.
51. CALENDRIER — PHASE 2
3–12 mois
Actions possibles :
- décompactage raisonné ;
- implantation de couverts ;
- paillage ;
- restauration hydrologique ;
- apports organiques adaptés.
Premiers indicateurs :
- infiltration ;
- couverture ;
- structure ;
- humidité.
52. CALENDRIER — ANNÉE 2
Objectifs :
- augmenter la biomasse ;
- développer les racines ;
- augmenter la diversité ;
- reconstruire les agrégats ;
- stabiliser les flux d’eau.
C’est généralement une phase de construction biologique.
53. CALENDRIER — ANNÉES 3 À 5
On commence à observer :
- amélioration de la structure ;
- augmentation de la vie du sol ;
- meilleure infiltration ;
- meilleure couverture ;
- progression des racines.
Les mesures doivent être comparées à l’état initial.
54. CALENDRIER — ANNÉES 5 À 10
La priorité devient :
- maintien ;
- diversification ;
- autonomie ;
- réduction des intrants ;
- adaptation au climat.
L’écosystème commence à fonctionner davantage par ses propres boucles biologiques.
55. CALENDRIER — 10 À 20 ANS
Dans les projets ambitieux :
- constitution progressive d’horizons organiques ;
- augmentation de la profondeur fonctionnelle ;
- développement de la végétation ;
- diversification biologique ;
- stabilisation hydrologique.
La restauration d’un sol profond est un projet de long terme.
56. CALENDRIER SAISONNIER
Le calendrier annuel doit également être adapté aux saisons.
Automne
- implantation des couverts ;
- plantation ;
- paillage ;
- restauration hydrologique.
Hiver
- observation du ruissellement ;
- infiltration ;
- érosion ;
- suivi des ouvrages.
Printemps
- développement végétal ;
- racines ;
- activité biologique.
Été
- stress hydrique ;
- couverture ;
- température ;
- évapotranspiration.
57. Après chaque événement climatique majeur
Un événement exceptionnel devient une opportunité de diagnostic.
Après :
pluie intense
Observer :
- ruissellement ;
- ravines ;
- dépôts ;
- infiltration.
canicule
Observer :
- flétrissement ;
- température du sol ;
- couverture ;
- humidité.
sécheresse
Observer :
- profondeur d’humidité ;
- mortalité ;
- enracinement.
58. LES INDICATEURS PHYSIQUES
Les indicateurs prioritaires comprennent :
Densité apparente
ρb=VMs
Porosité
n=1−ρsρb
Résistance à la pénétration
Rp
Infiltration
I=AΔtΔV
Ces mesures permettent de suivre la reconstruction physique.
59. INDICATEURS HYDROLOGIQUES
Suivre :
- infiltration ;
- ruissellement ;
- humidité ;
- réserve utile ;
- profondeur de nappe ;
- drainage ;
- temps de ressuyage.
Un indicateur particulièrement intéressant est : PI
la fraction de la pluie infiltrant effectivement dans le sol, dans les limites du protocole de mesure.
60. INDICATEURS CHIMIQUES
Suivre :
- pH ;
- CEC ;
- carbone organique ;
- azote ;
- phosphore ;
- potassium ;
- calcium ;
- magnésium ;
- salinité ;
- sodium.
Mais il faut éviter de multiplier les analyses sans objectif.
Chaque indicateur doit répondre à une question.
61. INDICATEURS BIOLOGIQUES
Exemples :
- nombre de lombrics ;
- biomasse lombricienne ;
- diversité végétale ;
- couverture ;
- biomasse racinaire ;
- respiration du sol ;
- biomasse microbienne ;
- présence de mycorhizes.
62. Indicateurs de structure
On peut suivre :
- stabilité des agrégats ;
- présence de croûte ;
- fissuration ;
- profondeur d’enracinement ;
- porosité visible ;
- galeries.
La simple observation photographique répétée peut devenir un outil très puissant.
63. Indicateurs fonctionnels
Ce sont souvent les plus intéressants.
Plutôt que :
« combien de carbone avons-nous ajouté ? »
demander :
« que fait maintenant le sol ? »
Par exemple :
- infiltre-t-il mieux ?
- conserve-t-il mieux l’eau ?
- produit-il plus de biomasse ?
- les racines descendent-elles plus profondément ?
- résiste-t-il mieux aux pluies ?
- résiste-t-il mieux aux sécheresses ?
64. Indicateurs végétaux
Suivre : couverture veˊgeˊtale biomasse diversiteˊ profondeur racinaire survie estivale
Le dernier indicateur est particulièrement intéressant dans une approche agroclimatique.
65. Indicateurs de résilience
On peut mesurer la réponse du sol à un événement climatique.
Par exemple, après une pluie intense : Tr=temps neˊcessaire pour retrouver l’eˊtat normal
Après une sécheresse : Rs=performance avant seˊcheresseperformance apreˋs seˊcheresse
Ces indices doivent être définis précisément selon la variable étudiée.
66. Indicateur majeur : profondeur d’enracinement
Un sol restauré doit progressivement permettre aux plantes d’explorer davantage le profil.
Exemple :
| Année | Profondeur moyenne |
|---|---|
| 0 | 15 cm |
| 1 | 20 cm |
| 3 | 35 cm |
| 5 | 50 cm |
| 10 | 70 cm |
Ces valeurs sont uniquement illustratives : la profondeur cible dépend entièrement du sol et des espèces.
67. Indicateur majeur : infiltration
Exemple illustratif :
| Année | Infiltration |
|---|---|
| 0 | 8 mm/h |
| 1 | 15 mm/h |
| 3 | 28 mm/h |
| 5 | 40 mm/h |
| 10 | 50 mm/h |
L’objectif n’est pas nécessairement d’obtenir la valeur maximale, mais une infiltration cohérente avec le fonctionnement hydrologique du site.
68. Indicateur majeur : carbone
Exemple :
| Année | C organique |
|---|---|
| 0 | 0,9 % |
| 3 | 1,2 % |
| 5 | 1,5 % |
| 10 | 1,8 % |
Là encore, ces chiffres sont un exemple de trajectoire, pas une valeur normative.
69. Indicateur majeur : couverture
Une trajectoire pourrait être : 50%→75%→90%→95%
avec un objectif de couverture élevée toute l’année lorsque le système écologique et agricole le permettent.
70. Tableau de bord global
| Domaine | Indicateur | Fréquence |
|---|---|---|
| physique | densité | 1–3 ans |
| physique | pénétrométrie | annuel |
| hydrologie | infiltration | saisonnier |
| hydrologie | ruissellement | événements |
| chimie | pH | 1–3 ans |
| chimie | carbone | 2–5 ans |
| biologie | lombrics | annuel |
| biologie | couverture | mensuel/saisonnier |
| végétation | biomasse | saisonnier |
| racines | profondeur | annuel |
| érosion | sédiments | événements |
| climat | température | continu |
| humidité | humidité sol | continu |
71. Le système de suivi Omakëya™
Une architecture complète peut être :
CLIMAT
↓
CAPTEURS
↓
DONNÉES
↓
ANALYSE
↓
DIAGNOSTIC
↓
ACTION
↓
MESURE
↓
COMPARAISON
↓
CORRECTION
↺
On retrouve ainsi le principe : mesurer→agir→mesurer→ameˊliorer
72. Photographie standardisée
Un outil extrêmement simple consiste à photographier chaque année :
- exactement le même endroit ;
- même angle ;
- même focale si possible ;
- même période ;
- même hauteur.
On peut alors suivre visuellement :
- couverture ;
- structure ;
- végétation ;
- érosion ;
- évolution des surfaces nues.
73. Cartographie temporelle
Avec un SIG :
ANNÉE 0
████████████
██████░░░░░░
ANNÉE 5
████████████
██████████░░
ANNÉE 10
████████████
████████████
On peut visualiser l’évolution des zones restaurées.
74. Tester plutôt que supposer
Sur une grande surface, il est souvent préférable de créer des parcelles expérimentales :
Témoin
Aucune modification majeure.
Traitement A
Paillage.
Traitement B
Couverts.
Traitement C
Compost + couvert.
Traitement D
Compost + couvert + décompactage.
On peut alors comparer objectivement les résultats.
75. Approche expérimentale
Le dispositif doit idéalement comporter :
- répétitions ;
- témoins ;
- mesures initiales ;
- mêmes périodes de mesure ;
- mêmes méthodes.
Cela permet de distinguer : effet du traitement
de : variation climatique naturelle.
76. Éviter le piège de l’année exceptionnelle
Une année très humide peut donner l’impression que le sol est restauré.
Une année très sèche peut donner l’impression inverse.
Il faut donc analyser des séries pluriannuelles. 1 anneˊe=1 tendance
77. Le temps de restauration
Tous les paramètres n’évoluent pas à la même vitesse.
Rapide
- couverture ;
- infiltration superficielle ;
- température de surface.
Moyen terme
- agrégation ;
- biomasse biologique ;
- enracinement.
Long terme
- carbone stable ;
- horizons ;
- structure profonde ;
- succession écologique.
78. Les erreurs classiques
Erreur 1
Ajouter énormément de compost.
Erreur 2
Décompacter sans supprimer la cause.
Erreur 3
Planter sans traiter l’hydrologie.
Erreur 4
Irriguer excessivement.
Erreur 5
Utiliser une seule espèce.
Erreur 6
Mesurer uniquement le pH.
Erreur 7
Ne pas établir d’état initial.
Erreur 8
Ne pas comparer avec un témoin.
Erreur 9
Chercher des résultats en six mois sur un sol profondément détruit.
Erreur 10
Restaurer sans penser au climat futur.
79. Restaurer pour le climat futur
La restauration doit être conçue pour :
- températures plus élevées ;
- périodes sèches plus longues ;
- pluies potentiellement plus intenses ;
- nouvelles pressions biologiques.
Il faut donc sélectionner des systèmes résilients, pas simplement reproduire exactement l’état passé.
80. La restauration comme projet d’ingénierie
Un projet complet peut suivre : Diagnostic→Objectifs→Conception→Dimensionnement→Reˊalisation→Suivi→Ameˊlioration
C’est exactement la logique générale de la méthode Omakëya™.
81. Exemple : sol compacté de jardin
État initial
- sol nu ;
- forte circulation ;
- infiltration faible ;
- racines superficielles.
Intervention
- supprimer le trafic ;
- créer un chemin ;
- décompacter si nécessaire ;
- implanter un couvert ;
- apporter une matière organique adaptée ;
- pailler ;
- suivre l’infiltration.
Résultat recherché
porositeˊ↑ racines↑ infiltration↑ ruissellement↓
82. Exemple : sol agricole érodé
Priorités :
- couverture permanente ;
- réduction du ruissellement ;
- travail suivant les courbes de niveau lorsque pertinent ;
- augmentation des racines ;
- restauration de la matière organique ;
- bandes végétales ;
- suivi des exportations de sédiments.
83. Exemple : sol très sec et pauvre
Priorités :
- couverture ;
- récupération de l’eau ;
- augmentation de l’infiltration ;
- plantes adaptées ;
- matière organique ;
- racines ;
- diversification progressive.
La priorité n’est pas nécessairement de fertiliser massivement.
84. Exemple : sol salin
Priorités :
- analyse de l’eau ;
- analyse du sol ;
- diagnostic de nappe ;
- drainage éventuel ;
- gestion de l’irrigation ;
- plantes tolérantes ;
- suivi de la conductivité électrique.
85. Exemple : sol après incendie
Priorités :
- limiter le ruissellement ;
- protéger la surface ;
- piéger les sédiments ;
- éviter le compactage ;
- favoriser la régénération ;
- surveiller les premières pluies intenses.
La priorité est souvent de conserver le peu de sol encore présent.
86. Exemple : restauration sur dix ans
ANNÉE 0
Diagnostic complet
↓
ANNÉE 1
Protection + eau
↓
ANNÉE 2
Racines + matière organique
↓
ANNÉE 3
Biodiversité
↓
ANNÉE 5
Structure améliorée
↓
ANNÉE 10
Système autonome
87. Critères de réussite
Un sol restauré n’est pas seulement un sol plus sombre.
Les vrais critères sont :
Eau
- infiltration améliorée ;
- stockage accru ;
- ruissellement réduit.
Physique
- structure stable ;
- racines profondes ;
- compaction réduite.
Biologie
- réseau trophique actif ;
- lombrics ;
- champignons ;
- diversité.
Chimie
- équilibre nutritif ;
- pH adapté ;
- carbone augmenté lorsque pertinent.
Écologie
- couverture ;
- diversité ;
- résilience.
88. Indicateur ultime : autonomie
À long terme, l’objectif est de réduire la dépendance aux interventions extérieures.
Par exemple : autonomie hydrologique↑ autonomie biologique↑ fertiliteˊ interne↑ besoin d’intervention↓
89. La trajectoire idéale
Un sol restauré doit progressivement passer de :
SOL DÉGRADÉ
│
├── faible infiltration
├── faible biodiversité
├── sol nu
├── compactage
└── faible fertilité
à :
SOL VIVANT
│
├── forte fonctionnalité hydrologique
├── structure stable
├── racines profondes
├── biodiversité
├── carbone
├── couverture permanente
└── résilience climatique
90. Restaurer un sol dégradé est un processus, pas une intervention ponctuelle.
La bonne stratégie consiste à reconstruire progressivement les interactions : eau↔structure↔racines↔microbiologie↔carbone↔fertiliteˊ
Le protocole Omakëya™ peut ainsi être résumé en dix étapes :
- Diagnostiquer
- Arrêter la dégradation
- Protéger le sol
- Restaurer l’hydrologie
- Corriger le compactage
- Reconstituer la matière organique
- Réintroduire les racines
- Restaurer la biodiversité
- Mesurer
- Adapter en continu
La réussite ne se mesure donc pas uniquement à la quantité de matière organique ajoutée ou au nombre d’arbres plantés.
Elle se mesure à une question beaucoup plus fondamentale :
Le sol est-il redevenu capable de fonctionner, de se régénérer et de résister aux épisodes climatiques futurs avec de moins en moins d’interventions humaines ?
C’est cette transition, d’un sol que l’on entretient artificiellement vers un sol qui retrouve progressivement sa propre capacité de fonctionnement, qui constitue l’un des objectifs centraux de l’hydrologie régénérative et de l’ingénierie écologique Omakëya™.
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- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.