AGROCLIMATOLOGIE : INDICATEURS DE SANTÉ DES SOLS : Tests, observations, bioindicateurs et tableaux de bord : mesurer l’état réel d’un sol vivant et suivre son évolution

INDICATEURS DE SANTÉ DES SOLS : Tests, observations, bioindicateurs et tableaux de bord : mesurer l’état réel d’un sol vivant et suivre son évolution

Un sol vivant ne peut pas être évalué avec un seul chiffre.

Le pH ne suffit pas.
La matière organique ne suffit pas.
Le nombre de vers ne suffit pas.
La CEC ne suffit pas.
L’infiltration ne suffit pas.

La santé d’un sol résulte de l’interaction entre ses dimensions :

  • physique ;
  • chimique ;
  • biologique ;
  • hydrologique ;
  • écologique.

L’objectif de ce chapitre est donc de passer d’une simple analyse ponctuelle à un véritable système de diagnostic et de pilotage.

Dans la méthode Omakëya™, l’indicateur n’est pas seulement destiné à constater :

« Comment va le sol aujourd’hui ? »

Il doit surtout permettre de répondre :

« Dans quelle direction évolue-t-il, pourquoi, et quelle intervention faut-il éventuellement modifier ? »


1. Qu’est-ce qu’un indicateur de santé du sol ?

Un indicateur est une mesure ou une observation permettant de renseigner sur une fonction ou un état du sol.

Il peut être :

  • physique ;
  • chimique ;
  • biologique ;
  • hydrologique ;
  • végétal ;
  • écologique.

Un bon indicateur doit idéalement être :

  • mesurable ;
  • reproductible ;
  • interprétable ;
  • suffisamment sensible à l’évolution ;
  • adapté au contexte.

2. Santé du sol ≠ fertilité du sol

Il faut distinguer plusieurs notions.

Fertilité

Capacité à fournir des conditions favorables à la croissance des plantes.

Santé du sol

Capacité du sol à maintenir durablement ses fonctions.

Qualité du sol

Concept plus large, dépendant de l’usage et des objectifs.

Un sol peut être très productif à court terme tout en présentant une dégradation physique ou biologique à long terme.


3. Les grandes fonctions à suivre

Un tableau de bord Omakëya™ peut suivre au minimum :

FonctionQuestion
StructureLe sol conserve-t-il son architecture ?
InfiltrationL’eau pénètre-t-elle correctement ?
StockageLe sol retient-il suffisamment d’eau ?
AérationLes racines disposent-elles d’oxygène ?
Fertilité chimiqueLes nutriments sont-ils disponibles ?
BiologieLe réseau vivant fonctionne-t-il ?
CarboneLe stock organique évolue-t-il ?
ÉrosionLe sol est-il conservé ?
RacinesLes plantes explorent-elles le profil ?
RésilienceLe système récupère-t-il après un stress ?

4. Les quatre niveaux d’observation

La méthode peut être organisée en quatre niveaux :

NIVEAU 1OBSERVATION      ↓NIVEAU 2TESTS SIMPLES      ↓NIVEAU 3MESURES      ↓NIVEAU 4ANALYSES LABORATOIRE

On ne commence donc pas nécessairement par une analyse coûteuse.


5. Niveau 1 — Observer

Avant toute mesure :

regarder le sol.

Observer :

  • couleur ;
  • structure ;
  • couverture ;
  • fissures ;
  • croûtes ;
  • racines ;
  • vers ;
  • champignons ;
  • odeur ;
  • humidité ;
  • traces de ruissellement ;
  • zones compactées.

Cette première observation permet souvent de détecter les problèmes évidents.


6. La couleur

La couleur fournit des indications sur :

  • matière organique ;
  • hydromorphie ;
  • oxydation ;
  • drainage ;
  • nature minérale.

Mais elle doit être interprétée dans le contexte du profil pédologique.

Une couleur sombre ne signifie pas automatiquement « sol très fertile ».


7. L’odeur

Un sol biologiquement actif possède généralement une odeur de terre caractéristique.

Une odeur :

  • putride ;
  • sulfureuse ;
  • anaérobie

peut signaler des conditions particulières d’oxygénation ou d’engorgement.

L’odorat constitue un indicateur qualitatif intéressant, mais non quantitatif.


8. La structure à la bêche

Le test à la bêche est l’un des meilleurs outils de diagnostic de terrain.

On prélève un bloc de sol et on observe :

  • facilité de fragmentation ;
  • taille des agrégats ;
  • présence de pores ;
  • racines ;
  • galeries ;
  • compaction ;
  • transitions entre horizons.

9. Le test de pénétration

Enfoncer une tige ou une sonde permet de détecter des variations de résistance.

Une zone très résistante peut révéler :

  • compaction ;
  • semelle ;
  • couche sèche ;
  • changement de texture.

Mais il faut tenir compte de l’humidité du sol.


10. Le test du couteau ou de la bêche

On peut comparer plusieurs profondeurs :

0 cm ───────── surface       facile10 cm ────────       facile20 cm ────────       résistance ↑30 cm ────────       très dur

Une rupture nette peut révéler une couche compactée.


11. Observer les racines

Les racines constituent des bioindicateurs extrêmement puissants.

Observer :

  • profondeur ;
  • densité ;
  • diamètre ;
  • ramification ;
  • direction ;
  • déformations ;
  • racines mortes ;
  • zones sans racines.

12. Une racine déformée raconte l’histoire du sol

Une racine qui :

  • bifurque brutalement ;
  • s’étale horizontalement ;
  • contourne une couche dense ;
  • reste superficielle

peut révéler une contrainte physique.

Le système racinaire devient ainsi une véritable sonde biologique du sol.


13. Les vers de terre

Les vers constituent l’un des bioindicateurs les plus connus.

On peut suivre :

  • nombre ;
  • biomasse ;
  • diversité fonctionnelle ;
  • présence de galeries ;
  • turricules.

Mais leur absence ou leur faible abondance doit toujours être interprétée selon :

  • saison ;
  • humidité ;
  • texture ;
  • usage du sol.

14. Les différentes catégories de vers

Observer la proportion approximative entre :

  • épigés ;
  • endogés ;
  • anéciques

peut apporter davantage d’information qu’un simple comptage.

Cela permet d’évaluer plusieurs fonctions :

  • fragmentation ;
  • mélange ;
  • galeries verticales ;
  • transformation de la litière.

15. Les champignons

Observer la présence de mycélium peut fournir une indication qualitative de l’activité fongique.

On peut rechercher :

  • filaments blancs ;
  • réseaux mycéliens ;
  • décomposition ligneuse ;
  • fructifications.

Mais la présence visible de champignons ne permet pas à elle seule de conclure à la « bonne santé » du sol.


16. Les mycorhizes

Les mycorhizes sont beaucoup plus difficiles à observer directement.

Des analyses spécifiques peuvent mesurer :

  • colonisation racinaire ;
  • densité d’hyphes ;
  • diversité des communautés.

Dans un système agricole ou jardinier, leur suivi peut être particulièrement intéressant lorsque la stratégie repose sur :

  • plantes pérennes ;
  • arbres ;
  • agroforesterie ;
  • sols peu perturbés.

17. Les microarthropodes

Les :

  • collemboles ;
  • acariens ;
  • autres microarthropodes

constituent des indicateurs de l’activité du réseau trophique.

Ils peuvent être étudiés par :

  • extraction ;
  • pièges ;
  • prélèvements de sol.

Ces analyses sont plus adaptées aux suivis scientifiques qu’au jardin familial courant.


18. Les nématodes

Les nématodes peuvent être classés selon leur rôle trophique :

  • bactérivores ;
  • fongivores ;
  • phytoparasites ;
  • prédateurs.

Leur diversité peut fournir des informations sur la complexité du réseau trophique.


19. La respiration du sol

La respiration du sol mesure indirectement l’activité biologique à travers les échanges de CO₂.

Elle renseigne notamment sur :

  • activité microbienne ;
  • décomposition ;
  • dynamique du carbone.

Mais :

une respiration élevée ne signifie pas nécessairement que le sol est « meilleur ».

Elle peut également correspondre à une décomposition rapide d’un stock de carbone.

L’interprétation doit donc être associée à d’autres indicateurs.


20. La biomasse microbienne

La biomasse microbienne représente une fraction active du carbone vivant du sol.

Elle peut être mesurée en laboratoire.

Elle permet notamment de suivre :

  • évolution biologique ;
  • effet d’un changement de pratique ;
  • dynamique de la matière organique.

21. Les enzymes du sol

Certaines analyses mesurent l’activité d’enzymes liées aux cycles :

  • carbone ;
  • azote ;
  • phosphore.

Elles permettent d’approcher les fonctions biologiques, plutôt que simplement la présence d’organismes.

C’est une évolution importante du diagnostic :

passer de « qui est présent ? » à « que fait le système ? ».


22. La couverture du sol

Un indicateur très simple :taux de couverture=surface totalesurface couverte​×100​

On peut suivre :

  • végétation ;
  • paillage ;
  • litière ;
  • sol nu.

23. Le sol nu

Le pourcentage de sol nu est particulièrement intéressant dans un contexte agroclimatique.

Une augmentation du sol nu peut signifier :

  • évaporation accrue ;
  • échauffement ;
  • érosion ;
  • réduction de l’activité biologique superficielle.

Le suivi peut donc être saisonnier.


24. Test d’infiltration

Un indicateur extrêmement utile.

Mesurer :i=AΔtΔV​​

où :

  • i = vitesse moyenne d’infiltration ;
  • ΔV = volume infiltré ;
  • A = surface ;
  • Δt = durée.

On peut comparer :

  • sol nu ;
  • sol couvert ;
  • sous arbre ;
  • potager ;
  • prairie.

25. Courbe d’infiltration

Au lieu de conserver uniquement une valeur :

vitessed'infiltration↑│\│ \│  \│   \____│        \____└────────────────→ temps

Il est préférable de conserver la courbe complète.

Elle fournit davantage d’information sur le fonctionnement hydrologique.


26. Stabilité des agrégats

Un test simple consiste à immerger délicatement des agrégats.

On observe :

  • désagrégation immédiate ;
  • désagrégation progressive ;
  • stabilité.

Une analyse plus précise peut déterminer la distribution des agrégats stables à l’eau.


27. Densité apparente

La densité apparente constitue un indicateur important de l’état physique :ρb​=VMsec​​​

Une augmentation persistante peut signaler une compaction.


28. Résistance à la pénétration

Le pénétromètre permet de suivre :

  • profondeur de compaction ;
  • résistance mécanique ;
  • évolution après restauration.

Il est particulièrement intéressant lorsqu’il est associé à :

  • humidité ;
  • densité apparente ;
  • observation des racines.

29. Le pH

Le pH constitue un indicateur chimique de base.

Il permet de suivre :

  • acidification ;
  • alcalinisation ;
  • évolution après amendement.

Il doit être mesuré avec une méthode constante.


30. La CEC

La CEC renseigne sur la capacité d’échange cationique.

Elle est particulièrement utile pour comprendre :

  • rétention des cations ;
  • potentiel de stockage ;
  • comportement chimique du sol.

Mais elle évolue généralement plus lentement que le pH.


31. Matière organique et carbone organique

Le suivi du carbone organique constitue un indicateur majeur.

On peut mesurer :

  • carbone organique ;
  • matière organique ;
  • éventuellement fractions particulières.

Mais il faut conserver :

  • profondeur ;
  • méthode ;
  • date ;
  • localisation.

Sinon les comparaisons deviennent difficiles.


32. Le carbone n’est pas qu’un stock

Il faut suivre simultanément :

Stock

Combien de carbone est présent ?

Flux

Combien entre ?

Flux sortant

Combien est perdu ?

Transformation

Quelle fraction est rapidement décomposable ?

Cette distinction sera essentielle dans les chapitres consacrés au carbone.


33. La réserve utile

Pour la résilience climatique :RU=(θCC​−θPF​)Z​

constitue un indicateur fondamental.

On peut ensuite comparer :

  • réserve théorique ;
  • réserve réellement accessible aux racines ;
  • profondeur d’enracinement.

34. L’humidité du sol

Les sondes permettent de suivre :

  • humidité volumique ;
  • potentiel hydrique selon les capteurs ;
  • évolution temporelle.

L’intérêt principal apparaît lorsqu’on réalise une série temporelle.


35. Exemple de série temporelle

Humidité↑│██████│███████│   █████│      ████│         ██└────────────────→ temps   pluie       sécheresse

On peut ainsi observer :

  • vitesse de recharge ;
  • vitesse de dessiccation ;
  • profondeur de recharge ;
  • effet du paillage ;
  • effet des arbres.

36. Température du sol

La température influence :

  • activité microbienne ;
  • germination ;
  • croissance racinaire ;
  • évaporation ;
  • minéralisation.

On peut suivre :

  • température à 5 cm ;
  • 20 cm ;
  • éventuellement plus profond.

Le gradient vertical est particulièrement intéressant.


37. Indicateurs hydrologiques

Pour un sol intégré à un système Omakëya™, suivre :

  • pluie ;
  • ruissellement ;
  • infiltration ;
  • humidité ;
  • drainage ;
  • stockage.

Cela permet de relier directement santé du sol et cycle de l’eau.


38. Indicateurs biologiques

On peut construire un tableau :

IndicateurNiveau
Versfaible / moyen / élevé
Racinesfaible / moyen / élevé
Mycéliumfaible / moyen / élevé
Couverture%
Décompositionfaible / moyenne / rapide
Respirationmesure
Biomasse microbienneanalyse
Diversitéindice

39. Indicateurs physiques

IndicateurMesure
Densité apparenteg/cm³
Porosité%
Infiltrationmm/h
RésistanceMPa
Stabilité agrégats%
Profondeur racinairecm
Couverture%

40. Indicateurs chimiques

IndicateurMesure
pHunité pH
CECcmolc/kg
Carbone organiqueg/kg ou %
Nselon méthode
Pselon méthode
Kselon méthode
Caselon méthode
Mgselon méthode
Conductivité électriquedS/m

41. Le tableau de bord Omakëya™

On peut construire un tableau de bord synthétique :

DomaineKPIÉtatTendanceAction
Physiqueinfiltration🟢maintenir
Physiquecompaction🟠réduire passages
Biologiquevers🟢maintenir
Biologiquecouverture🟢maintenir
ChimiquepH🟢surveiller
CarboneC organique🟠poursuivre
Hydrologiehumidité🟢maintenir

Les couleurs ne doivent toutefois être définies qu’après avoir établi des seuils adaptés au contexte.


42. Attention aux seuils universels

Il est tentant de définir :

  • vert = bon ;
  • orange = moyen ;
  • rouge = mauvais.

Mais un seuil pertinent pour :

  • une vigne ;

peut être différent de celui d’une :

  • prairie ;
  • forêt ;
  • culture maraîchère ;
  • forêt-jardin.

Le tableau de bord doit donc être contextualisé.


43. Les indicateurs absolus et relatifs

Deux types d’indicateurs peuvent être utilisés.

Absolu

Exemple :

infiltration = 35 mm/h.

Relatif

Exemple :

infiltration +40 % depuis le diagnostic initial.

Le second est souvent particulièrement intéressant pour mesurer une trajectoire de restauration.


44. Mesurer la tendance

Un indicateur isolé est une photographie.

Une série temporelle devient un outil de pilotage.

On peut calculer :tendance=t2​−t1​Xt2​​−Xt1​​​

Cela permet de savoir si le système :

  • s’améliore ;
  • stagne ;
  • se dégrade.

45. Le principe de référence

Avant de restaurer :

mesurer l’état initial.

C’est le T0.

Puis :

  • T+1 an ;
  • T+3 ans ;
  • T+5 ans ;
  • T+10 ans.

Pour certains paramètres lents :

  • T+20 ans ;
  • T+50 ans.

46. Tous les indicateurs ne doivent pas être mesurés à la même fréquence

Pluie

→ quotidien / horaire.

Humidité

→ horaire.

Température

→ horaire.

Infiltration

→ plusieurs fois par an.

Vers

→ saisonnier.

pH

→ annuel à pluriannuel selon objectif.

C organique

→ plusieurs années.

Structure

→ annuel ou après intervention majeure.

C’est essentiel pour éviter un système de suivi inutilement lourd.


47. Tableau de fréquence

IndicateurFréquence indicative
pluiecontinue
températurecontinue
humiditécontinue
couverturemensuelle/saisonnière
infiltrationsaisonnière
verssaisonnière
racinesannuelle
structureannuelle
pH1–3 ans
CEC2–5 ans
carbone2–5 ans
analyses biologiques pousséesselon projet

Ces fréquences doivent être adaptées à l’objectif et au budget.


48. Le système de notation

On peut créer un indice composite.

Par exemple :ISI=wP​P+wC​C+wB​B+wH​H

avec :

  • P = score physique ;
  • C = score chimique ;
  • B = score biologique ;
  • H = score hydrologique ;
  • wi​ = poids.

Mais cet indice ne doit jamais masquer les données brutes.


49. Le risque des indices composites

Un score unique de :

78/100

est séduisant.

Mais il peut cacher :

  • excellente structure ;
  • très mauvaise chimie ;
  • biodiversité exceptionnelle ;
  • hydrologie médiocre.

Le tableau de bord doit donc toujours présenter :

le score global + les indicateurs élémentaires.


50. Un radar de santé du sol

On peut représenter :

             BIOLOGIE                ▲                │      STRUCTURE │ CHIMIE           ◄────┼────►                │                ▼             EAU

Chaque axe représente une fonction.

Cela permet de visualiser immédiatement les déséquilibres.


51. Le concept de « signature » du sol

Chaque parcelle peut posséder une signature :

Texture        ████████Structure      ██████Biologie       █████████Chimie         █████Hydrologie     ███████Carbone        ██████

Cette signature peut être comparée :

  • dans le temps ;
  • entre parcelles ;
  • avant/après travaux ;
  • entre pratiques.

52. Comparer des zones témoins

Une excellente méthode consiste à conserver une zone témoin.

Exemple :

PARCELLE Agestion Omakëya™PARCELLE Bgestion conventionnelle        ↓comparaison sur 5 ans

Cela permet de mieux distinguer :

  • effet de la pratique ;
  • effet météorologique ;
  • variabilité naturelle.

53. Les transects

Pour un terrain hétérogène, il est préférable de mesurer selon un transect.

Par exemple :

haut de pente     ●     │     ●     │     ●     │     ●bas de pente

On peut alors suivre :

  • humidité ;
  • texture ;
  • infiltration ;
  • structure ;
  • carbone.

54. Cartographie SIG

À l’échelle d’un jardin ou d’une exploitation, les données peuvent être géoréférencées.

On peut produire des cartes :

  • compaction ;
  • infiltration ;
  • pH ;
  • carbone ;
  • humidité ;
  • biodiversité.

Le sol cesse alors d’être une moyenne unique.

Il devient une mosaïque fonctionnelle.


55. Capteurs et IoT

Un système moderne peut intégrer :

  • pluviomètre ;
  • sondes d’humidité ;
  • sondes de température ;
  • conductivité ;
  • stations météo ;
  • capteurs de niveau.

Les données peuvent être centralisées dans un tableau de bord.


56. Vers le jumeau numérique du sol

À terme, les données peuvent alimenter un modèle numérique :

TERRAIN RÉEL     ↓CAPTEURS     ↓BASE DE DONNÉES     ↓MODÈLE DU SOL     ↓SIMULATION     ↓PRÉVISION     ↓DÉCISION     ↓ACTION     ↺

C’est une évolution naturelle vers les futurs chapitres consacrés à l’IA et au pilotage agroclimatique.


57. Les bioindicateurs comme capteurs vivants

Un vers est un capteur.

Une racine est un capteur.

Une plante est un capteur.

Une communauté microbienne est un capteur.

Ils intègrent spontanément :

  • température ;
  • humidité ;
  • chimie ;
  • structure ;
  • nourriture ;
  • perturbations.

Ils peuvent donc fournir une information que certains capteurs électroniques ne peuvent pas fournir directement.


58. Vers un réseau de bioindication

On peut construire :

VERS ─────────────┐                  │RACINES ──────────┤                  │MYCORHIZES ───────┤                  ↓MICROORGANISMES ──┤                  │PLANTES ──────────┤                  ↓          DIAGNOSTIC GLOBAL

La combinaison de plusieurs bioindicateurs est beaucoup plus robuste qu’un seul indicateur.


59. L’indicateur ultime : la résilience

Un sol sain ne doit pas seulement être performant dans des conditions normales.

Il doit être capable de récupérer après une perturbation.

On peut suivre :

  • temps de récupération après sécheresse ;
  • récupération après pluie intense ;
  • reprise biologique ;
  • récupération de l’humidité ;
  • retour de l’activité racinaire.

60. Mesurer la résilience

On peut définir un indicateur simple :Rt​=tretour aˋ l’eˊtat fonctionnel​​

Plus le temps de récupération est court, plus la résilience peut être considérée comme élevée — à condition de définir précisément ce qu’est « l’état fonctionnel ».


61. Résistance ≠ résilience

Deux notions doivent être distinguées.

Résistance

Capacité à ne pas beaucoup changer pendant une perturbation.

Résilience

Capacité à retrouver un fonctionnement après la perturbation.

Un sol peut être :

  • très résistant ;
  • peu résilient ;

ou l’inverse.


62. Le tableau de bord idéal

Pour Omakëya™, le tableau de bord pourrait comporter six grands domaines :

1. Eau

  • pluie ;
  • infiltration ;
  • humidité ;
  • réserve.

2. Physique

  • compaction ;
  • structure ;
  • porosité ;
  • racines.

3. Chimie

  • pH ;
  • CEC ;
  • nutriments ;
  • salinité.

4. Biologie

  • vers ;
  • champignons ;
  • respiration ;
  • biodiversité.

5. Carbone

  • stock ;
  • matière organique ;
  • flux.

6. Résilience

  • récupération après stress ;
  • stabilité ;
  • production.

63. Le tableau de bord temporel

La vraie puissance apparaît lorsqu’on affiche :

           T0    T1    T2    T3    T4    T5Infiltration ↓    →     ↑     ↑     ↑     ↑Carbone      →    →     ↑     ↑     ↑     ↑Vers         ↓    →     ↑     ↑     ↑     ↑Compaction   ↑    ↓     ↓     ↓     ↓     ↓Humidité     ↓    →     ↑     ↑     ↑     ↑

On ne mesure alors plus seulement l’état du sol.

On mesure sa trajectoire.


64. Les trois niveaux du tableau de bord Omakëya™

Niveau 1 — Jardinier

Quelques observations :

  • couverture ;
  • vers ;
  • racines ;
  • infiltration ;
  • structure.

Niveau 2 — Technicien

Ajout :

  • pH ;
  • densité ;
  • pénétromètre ;
  • humidité ;
  • analyses de sol.

Niveau 3 — Bureau d’études

Ajout :

  • cartographie SIG ;
  • séries temporelles ;
  • flux hydrologiques ;
  • carbone ;
  • microbiologie ;
  • modélisation ;
  • télédétection ;
  • IA.

65. Le principe fondamental

Il ne faut pas mesurer tout ce qui est mesurable.

Il faut mesurer ce qui permet de prendre une décision.

Chaque indicateur doit donc répondre à trois questions :

  1. Que mesure-t-il ?
  2. Pourquoi le mesure-t-on ?
  3. Quelle décision prendra-t-on si sa valeur évolue ?

66. La boucle de pilotage

MESURER   ↓INTERPRÉTER   ↓DIAGNOSTIQUER   ↓DÉCIDER   ↓AGIR   ↓MESURER À NOUVEAU   ↺

C’est la transition entre observation et pilotage.


67. Le modèle Omakëya™

Le système complet peut être représenté ainsi :

                    OBSERVATION                         ↓                     DIAGNOSTIC                         ↓       ┌─────────────────┼─────────────────┐       ↓                 ↓                 ↓    PHYSIQUE          CHIMIQUE          BIOLOGIQUE       │                 │                 │       └─────────────────┼─────────────────┘                         ↓                     HYDROLOGIE                         ↓                     INDICATEURS                         ↓                   TABLEAU DE BORD                         ↓                      DÉCISION                         ↓                       ACTION                         ↓                   AMÉLIORATION                         ↺

68. Mesurer pour apprendre, piloter pour régénérer

La santé d’un sol ne se résume jamais à une analyse de laboratoire.

Le sol doit être observé, mesuré et interprété comme un système vivant.

La bêche révèle sa structure.

Les racines révèlent ses contraintes.

Les vers révèlent certaines fonctions biologiques.

L’infiltration révèle une partie de son fonctionnement hydrologique.

Le pH et la CEC révèlent une partie de sa chimie.

Les analyses biologiques permettent d’aller plus loin.

Les capteurs permettent de suivre les dynamiques.

Le SIG permet de spatialiser.

Le tableau de bord permet de comparer.

Et l’historique permet finalement de déterminer si le système se régénère réellement.

Le principe directeur du Tome 7 peut donc être formulé ainsi :Observer→Mesurer→Comprendre→Agir→Mesurer→Ameˊliorer​

L’indicateur n’est donc pas la finalité.

C’est le lien entre la connaissance scientifique du sol et son pilotage dans le temps.

Et c’est cette logique qui permettra ensuite, dans les tomes consacrés à l’ingénierie des écosystèmes, aux outils numériques et à l’intelligence artificielle, de transformer le sol vivant en un système observable, modélisable et pilotable sans perdre sa capacité d’autorégulation naturelle.