
OBSERVER AVANT D’AGIR
Le premier principe de la méthode Omakëya™
Toute conception sérieuse commence par une observation.
Avant de planter un arbre, il faut comprendre pourquoi cet arbre pourrait être utile.
Avant de creuser une mare, il faut comprendre comment l’eau circule.
Avant de modifier un sol, il faut comprendre sa structure, son origine et son fonctionnement.
Avant d’introduire une nouvelle espèce, il faut comprendre les communautés végétales déjà présentes.
Avant de transformer un espace, il faut comprendre comment les humains l’utilisent.
La première compétence du concepteur d’écosystèmes n’est donc pas de dessiner.
C’est de regarder.
Et regarder véritablement signifie :
observer → mesurer → comparer → interpréter → comprendre.
1. Pourquoi observer avant d’agir ?
Un terrain n’est jamais vide.
Même une parcelle apparemment nue possède :
- une histoire climatique ;
- une topographie ;
- une géologie ;
- un sol ;
- une hydrologie ;
- une végétation ;
- une faune ;
- des microorganismes ;
- des flux d’énergie ;
- des usages humains.
Certaines informations sont immédiatement visibles.
D’autres sont invisibles.
La température du sol, par exemple, varie selon :
- l’exposition ;
- l’humidité ;
- la couverture végétale ;
- la texture ;
- la couleur ;
- l’ombrage.
De même, deux endroits séparés de quelques dizaines de mètres peuvent présenter des conditions radicalement différentes.
La méthode Omakëya™ commence donc par une règle fondamentale :
Ne jamais modifier profondément un système que l’on n’a pas suffisamment observé.
2. Observer le climat
Le climat constitue la première infrastructure invisible du site.
Il faut rechercher :
- températures ;
- précipitations ;
- humidité ;
- vent ;
- rayonnement solaire ;
- durée d’ensoleillement ;
- gel ;
- brouillard ;
- rosée ;
- épisodes de sécheresse ;
- canicules ;
- pluies extrêmes.
Mais les données météorologiques générales ne suffisent pas.
Il faut également rechercher le microclimat réel du site.
2.1 Cartographier les températures
Une première campagne peut mesurer les températures en plusieurs points :
| Zone | Mesure |
|---|---|
| Plein soleil | °C |
| Ombre | °C |
| Sous arbre | °C |
| Sol nu | °C |
| Sol végétalisé | °C |
| Près d’un mur | °C |
| Dépression | °C |
| Sommet | °C |
| Zone humide | °C |
L’objectif est de mettre en évidence les gradients thermiques.
Un même jardin peut ainsi contenir :
- une zone chaude ;
- une zone fraîche ;
- une zone sèche ;
- une zone humide ;
- une zone ventilée ;
- une zone protégée.
Le projet doit exploiter ces différences plutôt que chercher à les supprimer.
3. Observer le rayonnement solaire
Le soleil constitue la principale source d’énergie du système.
Il faut identifier :
- orientation ;
- exposition ;
- durée d’ensoleillement ;
- ombres portées ;
- masques topographiques ;
- bâtiments ;
- arbres existants ;
- évolution saisonnière de l’ombre.
Une zone exposée plein sud ne possède pas le même potentiel qu’une zone orientée nord.
Mais surtout, l’ensoleillement évolue dans le temps.
Un arbre de 3 m n’est pas un arbre de 15 m.
La cartographie solaire doit donc être dynamique.
4. Observer les vents
Le vent constitue un flux majeur.
Il peut :
- refroidir ;
- assécher ;
- augmenter l’évapotranspiration ;
- transporter des graines ;
- transporter du pollen ;
- favoriser certains ravageurs ;
- disperser des maladies ;
- améliorer la ventilation.
Il faut donc identifier :
Vents dominants
Direction et fréquence.
Vents secondaires
Variations saisonnières.
Obstacles
- bâtiments ;
- haies ;
- arbres ;
- reliefs ;
- murs.
Accélérations
Passages étroits, ruptures de relief, effets Venturi.
Zones protégées
Cours, bosquets, haies épaisses, dépressions.
5. Observer le relief
Le relief commande une partie importante du fonctionnement du site.
Observer :
- altitude ;
- pente ;
- orientation ;
- ruptures de pente ;
- talwegs ;
- crêtes ;
- dépressions ;
- terrasses naturelles ;
- zones d’accumulation.
Une pente faible peut déjà modifier fortement :
- le ruissellement ;
- l’érosion ;
- l’infiltration ;
- la distribution de l’humidité.
Une dépression peut devenir naturellement :
- une zone humide ;
- une mare temporaire ;
- une zone fraîche ;
- une réserve potentielle.
6. Lire le terrain comme une carte hydrologique
Après une pluie importante, il faut observer :
où l’eau arrive ?
où s’accumule-t-elle ?
où s’écoule-t-elle ?
où disparaît-elle ?
où érode-t-elle le sol ?
où s’infiltre-t-elle ?
Une simple observation après pluie peut révéler des informations qu’une photographie aérienne ne montre pas nécessairement.
7. Observer l’eau
L’eau doit être étudiée sous toutes ses formes.
Eau atmosphérique
- pluie ;
- neige ;
- brouillard ;
- rosée.
Eau superficielle
- ruissellement ;
- mares ;
- fossés ;
- ruisseaux ;
- bassins.
Eau du sol
- humidité ;
- infiltration ;
- réserve utile ;
- drainage.
Eau souterraine
- nappe ;
- source ;
- résurgence ;
- zone saturée.
7.1 Observer après différents événements
Une véritable campagne d’observation devrait idéalement couvrir :
Après une pluie faible
→ comportement superficiel.
Après une pluie intense
→ ruissellement et débordements.
Après plusieurs jours secs
→ vitesse d’assèchement.
Après une longue sécheresse
→ profondeur réelle de la réserve en eau.
Pendant une canicule
→ zones de stress thermique et hydrique.
Le fonctionnement hydrologique devient alors beaucoup plus lisible.
8. Observer le sol
Le sol est une infrastructure vivante.
Avant toute plantation importante, observer :
- couleur ;
- texture ;
- structure ;
- profondeur ;
- cailloux ;
- horizons ;
- compaction ;
- drainage ;
- matière organique ;
- activité biologique.
Il faut également rechercher les différences spatiales.
Un terrain peut présenter :
ZONE A
sol profond
bonne infiltration
↓
ZONE B
sol compacté
faible infiltration
↓
ZONE C
sol humide
nappe temporaire
↓
ZONE D
sol superficiel
forte sécheresse
Une plantation uniforme serait alors une erreur de conception.
9. Observer les végétaux
La végétation existante est une mémoire biologique du site.
Elle renseigne sur :
- humidité ;
- acidité ;
- fertilité ;
- drainage ;
- exposition ;
- perturbations ;
- historique de gestion.
Il faut inventorier :
Arbres
- espèces ;
- diamètre ;
- hauteur ;
- âge estimé ;
- état sanitaire ;
- architecture.
Arbustes
- espèces ;
- densité ;
- régénération.
Herbacées
- espèces dominantes ;
- diversité ;
- plantes indicatrices.
Plantes spontanées
Elles sont particulièrement intéressantes.
Une plante qui apparaît spontanément sur un terrain fournit parfois une information écologique plus pertinente qu’une analyse superficielle du paysage.
10. Observer la structure de la végétation
Il ne suffit pas de compter les espèces.
Il faut également observer les strates.
CANOPÉE
─────────────────
ARBRES
─────────────────
ARBUSTES
─────────────────
HERBACÉES
─────────────────
LITIÈRE
─────────────────
SOL
─────────────────
RACINES
Plusieurs strates permettent potentiellement de multiplier les fonctions :
- capture solaire ;
- habitat ;
- production ;
- protection du sol ;
- stockage de carbone ;
- infiltration ;
- microclimats.
11. Observer les animaux
Un écosystème ne se résume jamais aux plantes.
Il faut rechercher :
Insectes
- abeilles ;
- syrphes ;
- papillons ;
- coléoptères ;
- carabes ;
- auxiliaires ;
- ravageurs.
Oiseaux
- espèces présentes ;
- sites de nidification ;
- ressources alimentaires.
Mammifères
- traces ;
- terriers ;
- passages.
Amphibiens
- mares ;
- zones humides ;
- migrations.
Reptiles
- zones ensoleillées ;
- pierres ;
- lisières ;
- refuges.
Décomposeurs
- vers de terre ;
- cloportes ;
- collemboles ;
- myriapodes.
12. Observer les interactions
La question devient alors plus intéressante :
Qui dépend de qui ?
Observer :
- pollinisation ;
- prédation ;
- herbivorie ;
- décomposition ;
- symbioses ;
- compétition ;
- facilitation.
Un arbre peut fournir :
- nectar ;
- pollen ;
- fruits ;
- abri ;
- ombre ;
- matière organique.
En retour, les organismes associés peuvent contribuer à :
- pollinisation ;
- protection biologique ;
- recyclage des nutriments ;
- dispersion des graines.
L’écosystème doit donc être analysé comme un réseau d’interactions, pas comme une simple liste d’espèces.
13. Observer les usages humains
C’est un élément fondamental de la méthode.
Un espace écologique qui empêche les usages nécessaires n’est pas nécessairement un bon projet.
Il faut observer :
- passages ;
- accès ;
- stationnements ;
- zones de repos ;
- jeux ;
- activités ;
- production ;
- stockage ;
- entretien ;
- circulation des machines ;
- accès aux réseaux.
Il faut également observer les usages informels.
Un chemin visible dans une pelouse révèle souvent un besoin réel.
14. Cartographier les usages
Une carte peut distinguer :
| Usage | Intensité | Contraintes |
|---|---|---|
| Passage | Forte | accessibilité |
| Repos | Moyenne | ombre |
| Production | Forte | accès |
| Biodiversité | Variable | tranquillité |
| Entretien | Faible à moyenne | circulation |
| Eau | Technique | sécurité |
| Stockage | Variable | logistique |
Cette cartographie permettra ensuite de superposer :
usages humains + climat + eau + sol + biodiversité.
15. Observer les contraintes existantes
Avant de concevoir, il faut également identifier :
- réseaux enterrés ;
- canalisations ;
- câbles ;
- bâtiments ;
- fondations ;
- clôtures ;
- servitudes ;
- accès pompiers ;
- zones de sécurité ;
- réglementations ;
- contraintes patrimoniales ;
- risques naturels.
L’écologie ne dispense jamais de l’ingénierie classique.
Elle doit s’y intégrer.
16. Le carnet d’observation Omakëya™
Chaque projet devrait commencer par un carnet de terrain.
Fiche minimale
Date
Heure
Météo
Température
Humidité
Vent
État du sol
État de la végétation
Présence animale
État hydrologique
Usages observés
Anomalies
Photographies
Commentaires
Le carnet permet de construire progressivement une véritable mémoire du site.
17. Observer plusieurs fois
Une seule visite est rarement suffisante.
Un écosystème est dynamique.
Il faut idéalement observer :
- matin ;
- midi ;
- soir ;
- été ;
- automne ;
- hiver ;
- printemps ;
- après pluie ;
- après sécheresse ;
- pendant une période chaude ;
- pendant une période froide.
On passe alors d’une photographie à un film du fonctionnement du site.
18. L’observation temporelle
La dimension temporelle est essentielle.
On peut représenter le site comme : S(x,y,z,t)
où :
- x,y,z représentent l’espace ;
- t représente le temps.
Le site n’est donc plus simplement une surface.
Il devient un système spatio-temporel.
19. De l’observation à la donnée
L’observation qualitative constitue la première étape.
Elle peut ensuite être complétée par des mesures :
| Observation | Mesure possible |
|---|---|
| Zone chaude | température |
| Zone humide | humidité du sol |
| Vent | anémométrie |
| Eau stagnante | niveau |
| Sol compact | pénétrométrie |
| Ombre | rayonnement/PAR |
| Croissance | hauteur/diamètre |
| Biodiversité | inventaires |
| Production | masse récoltée |
La méthode Omakëya™ associe donc :
observation humaine + instrumentation + données numériques.
20. La cartographie initiale
À l’issue de cette phase, le site peut être représenté par plusieurs couches SIG :
CLIMAT
+
TOPOGRAPHIE
+
HYDROLOGIE
+
SOL
+
VÉGÉTATION
+
FAUNE
+
USAGES
+
RÉSEAUX
+
CONTRAINTES
Ces couches constituent le modèle initial du site.
21. Le diagnostic ne doit pas précéder l’observation
La distinction est importante.
Observation
« Cette zone reste humide après la pluie. »
Mesure
« L’humidité volumique du sol reste supérieure à X % pendant plusieurs jours. »
Diagnostic
« Cette zone possède une capacité de stockage hydrique supérieure au reste de la parcelle. »
Conception
« Cette zone pourrait accueillir une mare, une zone humide ou une végétation adaptée. »
On ne saute donc pas directement de l’impression à la solution.
22. La chaîne Omakëya™
Le principe peut être résumé ainsi :
OBSERVATION
↓
MESURE
↓
DONNÉES
↓
ANALYSE
↓
DIAGNOSTIC
↓
CONCEPTION
↓
DIMENSIONNEMENT
↓
RÉALISATION
↓
PILOTAGE
↓
APPRENTISSAGE
L’observation est donc la première boucle d’intelligence du projet.
23. La règle des trois regards
Pour chaque site, la Vision Omakëya™ propose de croiser trois regards.
Regard 1 — Le regard humain
Que voit-on ?
Que ressent-on ?
Comment le lieu est-il utilisé ?
Regard 2 — Le regard scientifique
Quels sont :
- les flux ;
- les mécanismes ;
- les contraintes ;
- les gradients ?
Regard 3 — Le regard systémique
Comment les éléments interagissent-ils ?
C’est la combinaison des trois qui permet de passer d’un simple terrain à un écosystème compréhensible.
24. La grande question
Après plusieurs heures ou plusieurs jours d’observation, une question doit émerger :
Qu’est-ce que le site essaie déjà de faire ?
L’eau cherche son chemin.
La végétation colonise les zones favorables.
Les animaux utilisent les corridors disponibles.
Le sol stocke ou évacue l’eau.
Le vent contourne ou traverse les obstacles.
Le soleil chauffe certaines zones et en laisse d’autres dans l’ombre.
La nature fournit déjà une partie des réponses.
Le rôle du concepteur n’est pas nécessairement de lutter contre ces processus.
Il consiste souvent à les comprendre, puis à les amplifier, les orienter ou les compléter.
25. Observer, c’est déjà concevoir
La première étape d’un projet Omakëya™ n’est donc ni la plantation, ni le terrassement, ni le dessin d’un plan.
Elle commence par une période d’écoute du territoire.
Observer le climat.
Observer le relief.
Observer l’eau.
Observer le sol.
Observer les végétaux.
Observer les animaux.
Observer les humains.
Puis croiser toutes ces informations.
Car un écosystème n’est pas constitué de composants indépendants.
Il est constitué de relations.
Et c’est précisément en observant ces relations que l’on commence à comprendre ce que le futur projet pourra devenir.
Observer avant d’agir.
Mesurer avant de modifier.
Comprendre avant de concevoir.
C’est le premier geste de l’ingénierie des écosystèmes Omakëya™.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
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- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
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- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
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- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.