
1. La parole comme force créatrice
Dans toutes les traditions anciennes, la parole n’est jamais un simple moyen de communication. Elle est un acte fondateur. Nommer, c’est faire exister. Dire, c’est orienter. Répéter, c’est inscrire dans la matière psychique.
Chez les Toltèques, la parole est considérée comme un outil de création ou d’auto-sabotage. Elle peut édifier une identité cohérente ou fragmenter l’individu de l’intérieur. Elle peut aligner ou désaligner. Elle peut libérer ou enfermer.
La modernité a vidé la parole de son poids symbolique. Elle l’a rendue abondante, rapide, jetable. Pourtant, jamais la parole n’a été aussi structurante qu’aujourd’hui.
À l’ère numérique, la parole est omniprésente :
- publications sur les réseaux sociaux,
- commentaires publics et privés,
- emails professionnels,
- messages instantanés,
- prompts adressés aux intelligences artificielles,
- données textuelles servant à entraîner les modèles.
Chaque mot laisse une trace.
Chaque formulation participe à un écosystème informationnel.
Chaque phrase est une semence.
Comme dans un sol vivant, certaines semences enrichissent, d’autres appauvrissent. Certaines favorisent la coopération, d’autres installent la défiance. Certaines clarifient, d’autres brouillent.
L’individu moderne parle beaucoup, mais sans conscience du pouvoir cumulatif de sa parole. Il sous-estime son impact sur son propre esprit, sur celui des autres, et désormais sur les systèmes intelligents qu’il nourrit.
« Une parole répétée devient une architecture intérieure. »
2. Parole humaine et langage algorithmique
L’intelligence artificielle n’invente pas ex nihilo.
Elle apprend à partir de nos mots, de nos formulations, de nos intentions explicites ou implicites. Elle est le miroir statistique de notre langage collectif.
Une parole confuse entraîne des systèmes confus.
Une parole agressive entraîne des systèmes agressifs.
Une parole manipulatrice entraîne des outils manipulateurs.
Le problème n’est donc pas que les IA “dérapent”.
Le problème est qu’elles apprennent exactement ce que nous leur donnons.
Être impeccable avec sa parole aujourd’hui ne relève plus uniquement de l’éthique personnelle. C’est devenu un enjeu civilisationnel.
Cela signifie concrètement :
- ne pas mentir pour obtenir un avantage immédiat,
- ne pas se dévaloriser intérieurement par un dialogue interne destructeur,
- ne pas propager la peur, la haine ou l’indignation mécanique,
- ne pas utiliser le langage comme une arme de domination ou de manipulation,
- employer les mots comme des instruments de clarté, de précision et de responsabilité.
La parole intérieure est la première frontière.
Celui qui se répète qu’il est impuissant finit par le devenir.
Celui qui se parle avec rigueur et respect construit une base solide.
La parole extérieure est la seconde frontière.
Elle structure les relations, les organisations, les communautés, et désormais les systèmes intelligents.
Celui qui maîtrise sa parole maîtrise son futur, car il agit simultanément sur :
- son identité intérieure,
- son environnement relationnel,
- les systèmes numériques qu’il alimente.
« Dans un monde où les mots entraînent les machines, parler sans conscience revient à programmer son propre conditionnement. »
3. La parole comme acte écologique
Un botaniste sait qu’un sol surexploité s’épuise.
Un écologue sait qu’un milieu saturé de toxines se dégrade.
Il en va de même pour l’espace informationnel.
La pollution verbale — insultes, approximations, exagérations, discours anxiogènes — agit comme une pollution invisible. Elle fatigue les esprits, rigidifie les positions, radicalise les perceptions.
À l’inverse, une parole impeccable agit comme une régénération :
- elle clarifie au lieu de saturer,
- elle relie au lieu de diviser,
- elle stabilise au lieu d’exciter.
Être impeccable avec sa parole n’implique pas d’être tiède ou consensuel. Cela implique d’être juste, aligné, responsable. Dire la vérité, mais sans violence. Être ferme, mais sans haine. Être critique, mais sans mépris.
Dans un monde algorithmique, la parole consciente devient un acte écologique.
« Chaque mot est une graine : certains nourrissent le vivant, d’autres stérilisent le sol. »
4. De l’exécutant verbal au chef d’orchestre conscient
Celui qui parle sans conscience réagit.
Celui qui parle avec conscience oriente.
Le premier accord n’est pas un appel à se censurer, mais à reprendre la maîtrise du langage. À ne plus laisser les émotions brutes, les peurs collectives ou les injonctions sociales dicter les mots.
À l’ère de l’IA, celui qui soigne sa parole :
- structure sa pensée,
- renforce son autonomie intérieure,
- influence positivement les systèmes qu’il utilise,
- se positionne comme chef d’orchestre plutôt que simple exécutant.
Ce premier accord pose la base.
Sans lui, les autres deviennent instables.
Avec lui, l’architecture intérieure commence à se consolider.
« Celui qui soigne ses mots construit un futur habitable. »
Transition vers le deuxième accord
Une fois la parole clarifiée, un autre piège demeure : la projection.
Même avec une parole juste, l’individu peut rester prisonnier du regard des autres, des réactions externes, des jugements projetés.
C’est là qu’intervient le deuxième accord :
Quoi qu’il arrive, n’en fais pas une affaire personnelle.
- Vers l’humain augmenté… de conscience / Quand la technologie amplifie ce que l’on cultive intérieurement
- Cinquième Accord Toltèque : Sois sceptique, mais apprends à écouter / L’art de discerner dans un monde saturé d’informations et d’IA
- Quatrième Accord Toltèque : Fais toujours de ton mieux /L’excellence vivante à l’ère de la performance artificielle
- Troisième Accord Toltèque : Ne fais pas de suppositions / Penser clair dans un monde saturé de données, d’algorithmes et d’illusions
- Ne plus tout prendre personnellement : l’accord de souveraineté intérieure à l’ère des réseaux et de l’IA
- Premier accord — Que ta parole soit impeccable
- Le monde actuel : une crise de sens plus qu’une crise technologique
- Les Accords Toltèques comme boussole intérieure à l’ère de l’IA, de la révolution numérique et de l’accélération du monde