AGROCLIMATOLOGIE : Pourquoi les plantes changent-elles ?

Pourquoi les plantes changent-elles ?

Ce chapitre doit poser le cadre évolutif du Tome 8 : les plantes que nous observerons en 2050 ou 2100 ne seront pas nécessairement les mêmes que celles d’aujourd’hui, et surtout, une population végétale peut changer de composition, de distribution et de caractéristiques sans que « l’espèce » elle-même se transforme immédiatement.

Il faut distinguer évolution génétique, migration, extinction locale, sélection naturelle et plasticité écologique.

1. L’évolution du climat

1.1 Le climat n’a jamais été stable

  • alternances glaciaires et interglaciaires ;
  • périodes chaudes ;
  • périodes froides ;
  • variations des précipitations ;
  • déplacement des zones climatiques ;
  • modification des saisons.

1.2 Les plantes ont toujours vécu dans un climat changeant

  • adaptation progressive ;
  • déplacement des populations ;
  • disparition locale ;
  • recolonisation ;
  • diversification.

1.3 Le changement climatique actuel

Étudier :

  • augmentation des températures ;
  • modification des précipitations ;
  • sécheresses ;
  • canicules ;
  • événements extrêmes ;
  • modification de la saison de végétation ;
  • déplacement des zones de gel ;
  • modification de l’humidité atmosphérique.

1.4 La question fondamentale

Le climat change-t-il plus vite que les plantes ne peuvent s’adapter ou migrer ?

C’est l’une des questions centrales du Tome 8.


2. Les grandes extinctions

Les plantes ont traversé plusieurs crises biologiques majeures.

2.1 Les grandes crises de l’histoire de la Terre

  • extinction Ordovicien–Silurien ;
  • extinction Dévonien ;
  • extinction Permien–Trias ;
  • extinction Trias–Jurassique ;
  • extinction Crétacé–Paléogène.

2.2 Pourquoi les plantes disparaissent-elles ?

  • changement climatique ;
  • sécheresse ;
  • glaciation ;
  • réchauffement ;
  • volcanisme ;
  • modification des océans ;
  • disparition des partenaires biologiques ;
  • compétition ;
  • perturbation des cycles biogéochimiques.

2.3 Extinction globale et extinction locale

Une espèce peut :

  • disparaître complètement ;
  • disparaître d’une région ;
  • survivre dans des refuges ;
  • recoloniser ultérieurement.

Cette distinction sera importante pour comprendre les migrations végétales.

2.4 Les refuges climatiques

Certains territoires permettent à des populations de survivre pendant une crise :

  • vallées ;
  • versants exposés différemment ;
  • zones humides ;
  • montagnes ;
  • sols particuliers ;
  • microclimats.

Cela fait directement le lien avec la création de microclimats Omakëya™.


3. Les adaptations naturelles

Une plante ne « décide » évidemment pas de s’adapter.

Les populations contiennent naturellement une variabilité génétique.

Certaines caractéristiques peuvent être :

  • avantageuses ;
  • neutres ;
  • défavorables.

Lorsque l’environnement change, les caractéristiques avantageuses peuvent devenir davantage représentées dans les générations suivantes.

Exemples

Une population peut présenter des différences concernant :

  • profondeur racinaire ;
  • fermeture stomatique ;
  • taille des feuilles ;
  • épaisseur des feuilles ;
  • période de floraison ;
  • tolérance à la chaleur ;
  • tolérance au gel ;
  • efficacité hydraulique ;
  • résistance aux maladies.

4. La sélection naturelle

La sélection naturelle agit sur les différences entre individus.

Le mécanisme peut être présenté simplement :

variation → environnement → survie/reproduction différentielle → modification des fréquences génétiques → évolution de la population

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4.1 Attention à une confusion fondamentale

La sélection naturelle ne transforme pas directement un individu.

Un arbre ne devient pas génétiquement résistant à la sécheresse parce qu’il a subi une sécheresse.

En revanche :

si une population possède une variabilité génétique de résistance à la sécheresse, les individus mieux adaptés peuvent laisser davantage de descendants.

Au fil des générations, la fréquence des caractères associés à cette résistance peut augmenter.


5. L’adaptation n’est pas la même chose que l’acclimatation

Cette distinction doit absolument être développée.

Adaptation

Modification héréditaire d’une population sur plusieurs générations.

Acclimatation

Modification physiologique ou phénotypique d’un individu face à son environnement.

Par exemple, une plante peut :

  • réduire temporairement ses stomates ;
  • modifier son allocation racinaire ;
  • réduire sa croissance ;
  • modifier sa teneur en composés protecteurs.

Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle a évolué génétiquement.


6. La plasticité écologique

La plasticité permet à une même plante de fonctionner différemment selon les conditions.

6.1 Plasticité morphologique

  • feuilles ;
  • racines ;
  • hauteur ;
  • architecture.

6.2 Plasticité physiologique

  • stomates ;
  • photosynthèse ;
  • respiration ;
  • transpiration ;
  • utilisation de l’eau.

6.3 Plasticité phénologique

  • débourrement ;
  • floraison ;
  • fructification ;
  • dormance.

6.4 Plasticité racinaire

  • profondeur ;
  • densité ;
  • exploration horizontale ;
  • croissance des racines fines.

7. Une plante peut donc « changer » sans évoluer génétiquement

C’est un point particulièrement important.

Une même population peut présenter :

même génome global → phénotypes différents

selon :

  • température ;
  • eau ;
  • lumière ;
  • nutrition ;
  • CO₂ ;
  • compétition.

Il faudra donc introduire la notion de :

phénotype = interaction entre génotype et environnement.


8. Les migrations végétales

Lorsque le climat se déplace, les plantes peuvent également déplacer leurs populations.

8.1 Migration vers le nord

Avec le réchauffement :

  • certaines espèces remontent en latitude.

8.2 Migration en altitude

Les espèces peuvent également monter :

  • vers des altitudes supérieures ;
  • vers des zones plus fraîches.

8.3 Migration vers des zones plus humides

Une espèce peut rechercher :

  • davantage d’eau ;
  • davantage d’humidité atmosphérique ;
  • des températures moins extrêmes.

8.4 Limitation par la vitesse de migration

Une question essentielle :

Une plante peut-elle se déplacer suffisamment rapidement pour suivre son climat ?

La réponse dépend notamment :

  • de la dispersion des graines ;
  • de la longévité ;
  • de l’âge de reproduction ;
  • des barrières géographiques ;
  • de la fragmentation des habitats ;
  • de la vitesse du changement climatique.

9. La migration n’est pas seulement une question de distance

Une graine peut parcourir plusieurs kilomètres.

Mais cela ne signifie pas qu’elle puisse coloniser durablement un nouveau territoire.

Il faut :

  1. arriver ;
  2. germer ;
  3. survivre ;
  4. atteindre la maturité ;
  5. se reproduire ;
  6. trouver des partenaires ;
  7. établir une population ;
  8. persister.

10. Les migrations assistées

Lorsque la migration naturelle est trop lente, l’être humain peut intervenir.

Principe

Déplacer volontairement :

  • graines ;
  • plants ;
  • populations ;
  • provenances.

vers des territoires où les conditions futures pourraient devenir favorables.

Mais avec des risques

  • espèces invasives ;
  • maladies ;
  • parasites ;
  • hybridation ;
  • perturbation des communautés locales ;
  • disparition de populations locales.

La migration assistée doit donc être traitée comme un outil d’ingénierie écologique sous contraintes, et non comme une solution automatique.


11. Les populations locales : une richesse génétique majeure

Une même espèce peut être constituée de populations adaptées à des environnements très différents.

Par exemple :

une espèce présente dans une région sèche et une région humide peut contenir des populations présentant des caractéristiques physiologiques différentes.

Il faut donc distinguer :

espèce → population → provenance → écotype → cultivar → individu.

Cette hiérarchie sera essentielle pour les futurs chapitres consacrés aux semences et à la sélection végétale.


12. Les changements de composition des écosystèmes

Un écosystème peut changer sans qu’une seule espèce « évolue ».

Par exemple :

espèce A ↓

espèce B →

espèce C ↑

espèce D arrive

espèce E disparaît

La communauté végétale se transforme alors par :

  • extinction locale ;
  • migration ;
  • compétition ;
  • reproduction différentielle ;
  • introduction ;
  • changement des conditions abiotiques.

C’est une notion fondamentale pour comprendre les paysages de 2100.


13. Le climat sélectionne aussi indirectement

Le changement climatique agit simultanément sur :

  • eau ;
  • sol ;
  • maladies ;
  • insectes ;
  • champignons ;
  • pollinisateurs ;
  • herbivores ;
  • compétition végétale.

Ainsi, une plante peut être parfaitement tolérante à la chaleur mais devenir vulnérable parce que :

son pollinisateur disparaît.

Ou parce que :

son principal ravageur devient beaucoup plus abondant.

L’adaptation doit donc être pensée au niveau du système écologique.


14. Les cascades évolutives

Un changement climatique peut provoquer :

réchauffement

modification de la floraison

désynchronisation avec les pollinisateurs

baisse de reproduction

modification de la composition génétique

transformation de la population

Cela montre pourquoi l’écophysiologie seule ne suffit pas.


15. Les vitesses d’évolution

Toutes les plantes n’évoluent pas à la même vitesse.

Espèces annuelles

  • générations rapides ;
  • potentiel d’évolution relativement rapide.

Arbustes

  • intermédiaire.

Arbres longévifs

  • générations lentes ;
  • mais forte plasticité et parfois importante diversité génétique.

Un arbre de 200 ans ne peut pas attendre plusieurs générations comme une plante annuelle.

Cela crée un problème majeur :

les espèces longévives peuvent être particulièrement exposées à un changement climatique rapide.


16. Le rôle de la banque de graines

Le sol peut conserver des graines pendant :

  • quelques mois ;
  • plusieurs années ;
  • parfois beaucoup plus longtemps selon les espèces et les conditions.

La banque de graines constitue donc une sorte de :

mémoire génétique du paysage.

Lorsqu’une perturbation survient, certaines espèces peuvent réapparaître.


17. Le rôle des refuges

Les refuges climatiques peuvent conserver :

  • des espèces ;
  • des populations ;
  • des génotypes ;
  • des adaptations particulières.

Ils peuvent devenir des réservoirs génétiques pour la recolonisation future.


18. Du changement d’espèce au changement de communauté

Le changement climatique peut donc produire plusieurs trajectoires :

Trajectoire A

L’espèce reste et s’acclimate.

Trajectoire B

La population évolue.

Trajectoire C

La population migre.

Trajectoire D

Une autre population de la même espèce arrive.

Trajectoire E

Une nouvelle espèce colonise.

Trajectoire F

L’espèce disparaît localement.

Trajectoire G

L’écosystème se recompose complètement.


19. Une nouvelle notion : le « capital évolutif »

Pour Omakëya™, on pourrait introduire la notion de capital évolutif d’un écosystème.

Il dépend notamment de :

  • diversité génétique ;
  • diversité spécifique ;
  • diversité fonctionnelle ;
  • populations locales ;
  • banque de graines ;
  • connectivité écologique ;
  • capacité de migration ;
  • diversité des habitats.

Un système très diversifié dispose potentiellement de davantage de solutions face à un changement environnemental.


20. Le jardin comme laboratoire d’évolution

Un jardin résilient ne doit donc pas seulement sélectionner une liste d’espèces.

Il peut maintenir :

  • plusieurs variétés ;
  • plusieurs provenances ;
  • plusieurs espèces ;
  • plusieurs stratégies hydriques ;
  • plusieurs architectures racinaires ;
  • plusieurs périodes de floraison.

Ainsi, le système possède davantage de redondance et de diversité face à l’incertitude climatique.


21. La Vision Omakëya™

Cette réflexion conduit à un principe majeur du Tome 8 :

Nous ne devons pas seulement choisir les plantes capables de supporter le climat de 2100 ; nous devons construire des communautés végétales capables d’évoluer avec lui.

Cela change complètement la manière de concevoir :

  • un jardin ;
  • un verger ;
  • une forêt-jardin ;
  • une ferme ;
  • une agroforêt ;
  • un parc ;
  • un territoire.

Le modèle n’est plus :

planter → entretenir → conserver.

Il devient :

observer → sélectionner → associer → mesurer → laisser évoluer → corriger → renouveler.

Et cette logique prépare directement le chapitre suivant : comment mesurer la capacité d’une plante à faire face au climat futur, en distinguant ses limites physiologiques, sa plasticité, sa diversité génétique, sa capacité de migration et sa capacité d’adaptation.