
LA DÉSERTIFICATION Comprendre, diagnostiquer, prévenir et inverser la dégradation des terres : de la lutte contre la désertification à la restauration des territoires résilients
La désertification est l’un des phénomènes les plus complexes étudiés par l’agroclimatologie, parce qu’elle se situe à l’intersection du climat, de l’eau, des sols, de la végétation, de l’agriculture, de l’élevage, de l’économie et des sociétés humaines.
Elle ne signifie pas simplement que « le désert avance ».
Une région peut se désertifier sans devenir un désert au sens géographique du terme.
La désertification correspond plutôt à une dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches, résultant de l’interaction entre variations climatiques et activités humaines.
Le phénomène peut affecter :
- la fertilité des sols ;
- la couverture végétale ;
- la biodiversité ;
- les réserves en eau ;
- le stockage du carbone ;
- les productions agricoles ;
- les pâturages ;
- les forêts ;
- les populations rurales.
L’enjeu du Tome 7 est donc essentiel :
restaurer le fonctionnement du sol et du cycle de l’eau avant que les boucles de dégradation ne deviennent difficiles à inverser.
1. Désertification, désert et sécheresse : trois notions différentes
Ces trois termes sont souvent confondus.
Désert
Un désert est un système climatique et biogéographique caractérisé par une très faible disponibilité en eau.
Sécheresse
La sécheresse est une anomalie temporaire ou saisonnière du bilan hydrique.
Désertification
La désertification est un processus de dégradation durable des terres, particulièrement dans les régions sèches.
On peut donc avoir :seˊcheresse=deˊsertification
mais :seˊcheresses reˊpeˊteˊes+mauvaise gestion→risque accru de deˊsertification
2. La définition scientifique
La définition internationale de référence associe la désertification à la dégradation des terres dans les zones arides, semi-arides et subhumides sèches résultant de différents facteurs, notamment les variations climatiques et les activités humaines.
Cette définition est importante car elle exclut une interprétation simpliste :
la désertification n’est pas uniquement causée par le changement climatique.
Elle résulte d’une interaction entre pressions climatiques et pressions anthropiques.
3. La dégradation des terres
La désertification peut entraîner :
- perte de matière organique ;
- diminution de la fertilité ;
- diminution de la couverture végétale ;
- érosion ;
- salinisation ;
- compactage ;
- perte de biodiversité ;
- diminution de l’infiltration ;
- diminution de la réserve utile.
On peut représenter une boucle classique :
végétation ↓
↓
sol nu ↑
↓
infiltration ↓
↓
ruissellement ↑
↓
érosion ↑
↓
fertilité ↓
↓
végétation ↓
Il s’agit d’une boucle de rétroaction positive de dégradation.
4. Le bilan hydrique
Au cœur de la désertification se trouve le bilan entre les entrées et sorties d’eau.
On peut simplifier :P=ET+R+D+ΔS
avec :
- P = précipitations ;
- ET = évapotranspiration ;
- R = ruissellement ;
- D = drainage profond ;
- ΔS = variation du stockage.
Dans les régions sèches, les marges hydriques sont faibles.
Une petite modification de l’un de ces termes peut avoir de grandes conséquences écologiques.
5. Le rôle du sol
Un sol sain agit comme une infrastructure de stockage.
Il peut :
- recevoir l’eau ;
- l’infiltrer ;
- la stocker ;
- la redistribuer ;
- la restituer progressivement aux plantes.
Un sol dégradé fait souvent l’inverse :infiltration↓→ruissellement↑→eˊvaporation et eˊrosion↑
La désertification devient alors également un problème hydrologique.
6. Le rôle de la matière organique
La matière organique contribue notamment à :
- l’agrégation ;
- la rétention d’eau ;
- l’activité biologique ;
- la capacité d’échange ;
- la stabilité structurale.
Lorsque la matière organique diminue :MO↓→structure↓→infiltration↓
La perte de carbone organique peut donc renforcer la vulnérabilité aux sécheresses.
7. Le rôle de la végétation
La végétation agit comme une infrastructure biologique.
Elle :
- protège le sol ;
- intercepte les pluies ;
- réduit le vent ;
- fixe le carbone ;
- produit de la matière organique ;
- améliore la structure ;
- crée des biopores ;
- favorise l’infiltration.
La disparition de la couverture végétale peut donc déclencher une cascade de dégradations.
8. Les principales causes
La désertification est multifactorielle.
Parmi les facteurs importants :
Climatiques
- sécheresses ;
- hausse des températures ;
- changement des précipitations ;
- événements extrêmes ;
- augmentation de la demande évaporative.
Anthropiques
- surpâturage ;
- déforestation ;
- agriculture inadaptée ;
- irrigation mal maîtrisée ;
- prélèvements excessifs d’eau ;
- artificialisation ;
- exploitation excessive des ressources ;
- incendies répétés.
9. Le surpâturage
Le pâturage peut devenir problématique lorsque la pression animale dépasse la capacité de renouvellement de la végétation.
On peut avoir :pression de paˆturage>capaciteˊ de reˊgeˊneˊration
Conséquences :
- diminution du couvert ;
- sol nu ;
- compactage ;
- sélection de certaines espèces ;
- érosion.
10. Le piétinement
Le bétail peut également provoquer :
- compactage ;
- destruction des plantules ;
- dégradation des berges ;
- concentration autour des points d’eau.
Le problème n’est donc pas nécessairement l’élevage lui-même.
C’est souvent le mode de gestion spatial et temporel du pâturage qui détermine le risque.
11. Le pâturage tournant
Une stratégie consiste à organiser :
- périodes de pâturage ;
- périodes de repos ;
- charge animale ;
- durée d’utilisation ;
- déplacement des animaux.
L’objectif est de permettre aux plantes de reconstituer leur biomasse et leur système racinaire.
12. Déforestation
La disparition du couvert arboré peut modifier :
- interception des pluies ;
- évapotranspiration ;
- infiltration ;
- microclimat ;
- carbone ;
- biodiversité.
Mais il faut éviter une vision simpliste selon laquelle toute forêt serait nécessairement adaptée à toute région sèche.
La restauration doit respecter :
- climat ;
- sol ;
- disponibilité en eau ;
- espèces locales ;
- fonctionnement historique des écosystèmes.
13. Agriculture et désertification
Certaines pratiques peuvent augmenter le risque :
- travail intensif du sol ;
- sol nu ;
- monoculture ;
- faible restitution organique ;
- culture sur fortes pentes ;
- irrigation excessive ;
- absence de couverture.
À l’inverse, certaines pratiques peuvent renforcer la résilience :
- couverture permanente ;
- agroforesterie ;
- diversification ;
- cultures associées ;
- réduction du travail du sol ;
- restitution de matière organique.
14. Irrigation et désertification
L’irrigation est paradoxale.
Elle peut :
réduire le stress hydrique,
mais aussi :
provoquer une dégradation lorsqu’elle est mal maîtrisée.
Les risques comprennent :
- salinisation ;
- remontée de nappe ;
- engorgement ;
- épuisement des nappes ;
- dégradation de la structure.
15. Salinisation
Dans les zones sèches, l’évaporation peut concentrer les sels.
Schéma :
irrigation
↓
eau dans le sol
↓
évaporation ↑
↓
sels restent
↓
salinité ↑
↓
production ↓
Lorsque le drainage est insuffisant, le problème peut devenir durable.
16. La salinisation secondaire
Elle est particulièrement importante dans les régions irriguées.
Le problème n’est donc pas simplement :
« utiliser trop d’eau ».
Il faut considérer :eau d’irrigation+eˊvaporation+drainage+nappe+sels
C’est un système hydrogéologique complet.
17. Érosion éolienne
Les sols dégradés deviennent vulnérables au vent.
La perte de particules fines entraîne potentiellement :
- perte de matière organique ;
- perte de nutriments ;
- diminution de la capacité de rétention d’eau.
Le vent peut donc participer à la spirale de dégradation.
18. Érosion hydrique en milieu sec
Une idée reçue consiste à croire que les régions sèches sont peu exposées à l’érosion hydrique.
C’est faux.
Une région sèche peut recevoir des pluies :
- rares ;
- mais extrêmement intenses.
Après une longue période sans végétation :orage intense+sol nu→ruissellement massif
19. Le paradoxe pluie-sécheresse
C’est un mécanisme essentiel de l’agroclimatologie des régions sèches.
longue sécheresse
↓
sol nu / durci
↓
orage intense
↓
infiltration faible
↓
ruissellement
↓
érosion
↓
perte de sol
La région peut donc recevoir une pluie importante tout en ne rechargeant que faiblement son sol.
20. Désertification et biodiversité
La dégradation du sol affecte :
- plantes ;
- champignons ;
- insectes ;
- oiseaux ;
- reptiles ;
- mammifères ;
- microorganismes.
La perte de biodiversité réduit à son tour certaines fonctions écologiques.
On peut avoir :biodiversiteˊ↓→fonctions eˊcologiques↓→reˊsilience↓
21. Désertification et carbone
Les terres dégradées peuvent perdre une partie de leur carbone organique.
Deux réservoirs sont particulièrement importants :
- carbone végétal ;
- carbone du sol.
La restauration de la végétation et du sol peut donc contribuer à reconstruire ces stocks.
Mais il faut distinguer :
stockage de carbone durable
et
simple accumulation temporaire de biomasse.
22. Le rôle du microbiome
Dans un sol dégradé :
- biomasse microbienne peut diminuer ;
- diversité peut changer ;
- activité enzymatique peut être modifiée ;
- cycles des nutriments peuvent ralentir.
La restauration doit donc viser non seulement la végétation visible, mais aussi la reconstruction de la vie du sol.
23. Les croûtes biologiques
Dans de nombreux milieux arides existent des communautés de surface composées notamment de :
- cyanobactéries ;
- lichens ;
- mousses ;
- champignons ;
- microorganismes.
Ces croûtes biologiques peuvent participer à :
- stabilisation du sol ;
- cycle du carbone ;
- cycle de l’azote ;
- infiltration ;
- protection contre l’érosion.
Elles sont cependant fragiles face au piétinement.
24. La désertification n’est pas uniforme
Un territoire peut présenter simultanément :
ZONE A → stable
ZONE B → vulnérable
ZONE C → dégradée
ZONE D → restaurée
Il faut donc éviter les diagnostics à l’échelle d’une région entière sans analyse spatiale.
25. Diagnostiquer la désertification
Un diagnostic Omakëya™ peut intégrer :
Climat
- pluie ;
- température ;
- ETP ;
- sécheresse ;
- vent.
Sol
- texture ;
- structure ;
- carbone ;
- salinité ;
- densité ;
- infiltration.
Végétation
- couverture ;
- biomasse ;
- diversité ;
- profondeur racinaire.
Hydrologie
- ruissellement ;
- infiltration ;
- nappes ;
- stockage.
Usages
- agriculture ;
- élevage ;
- irrigation ;
- exploitation forestière.
26. Indicateurs de végétation
La télédétection permet notamment d’utiliser des indices de végétation tels que :NDVI=NIR+RedNIR−Red
Le NDVI peut servir à suivre l’évolution de la végétation.
Mais il ne constitue pas à lui seul un indicateur de désertification.
Il faut le croiser avec :
- climat ;
- sol ;
- occupation du sol ;
- hydrologie ;
- observations de terrain.
27. Indicateurs de sol
On peut suivre :
- carbone organique ;
- couverture ;
- stabilité des agrégats ;
- infiltration ;
- densité apparente ;
- salinité ;
- érosion.
28. Indicateurs hydrologiques
Particulièrement intéressants :pluieeau infiltreˊe
ou encore :pluieruissellement
L’évolution de ces ratios permet de suivre la transformation du comportement hydrologique du sol.
29. Prévenir la désertification : première règle
La première stratégie est :maintenir le sol couvert
Une couverture permanente réduit simultanément :
- érosion ;
- évaporation ;
- impact des pluies ;
- échauffement.
30. Deuxième règle : ralentir l’eau
Dans les zones sèches, chaque événement pluvieux important doit être considéré comme une opportunité de stockage.
Le principe :Ralentir→Infiltrer→Stocker→Redistribuer
31. Troisième règle : reconstruire le sol
La restauration passe par :
- matière organique ;
- racines ;
- couverture ;
- activité biologique ;
- réduction du compactage.
Le sol devient alors progressivement une éponge biologique.
32. Quatrième règle : choisir les végétaux adaptés
Une restauration réussie ne consiste pas à planter n’importe quelle végétation.
Il faut rechercher :
- adaptation climatique ;
- adaptation édaphique ;
- tolérance à la sécheresse ;
- profondeur racinaire ;
- rôle écologique ;
- origine génétique adaptée lorsque pertinente.
33. Cinquième règle : utiliser la diversité
Une communauté diversifiée répartit les fonctions :
arbres
↓
arbustes
↓
herbacées
↓
couvre-sol
↓
racines
↓
microorganismes
Les différents étages utilisent l’eau, la lumière et les nutriments de manière différente.
34. Agroforesterie
L’agroforesterie peut combiner :
- arbres ;
- cultures ;
- parfois élevage.
Elle peut contribuer à :
- améliorer le microclimat ;
- réduire le vent ;
- protéger le sol ;
- diversifier la production ;
- stocker du carbone.
Mais sa conception doit respecter la disponibilité hydrique.
35. Le piège du « planter des arbres partout »
Dans les zones sèches, planter massivement des arbres sans analyse peut être contre-productif.
Il faut considérer :
- consommation d’eau ;
- concurrence racinaire ;
- disponibilité hydrologique ;
- espèces utilisées ;
- densité ;
- système écologique de référence.
La restauration écologique n’est pas synonyme de boisement systématique.
36. Restauration par régénération naturelle
Lorsque des arbres ou arbustes adaptés existent encore, protéger la régénération naturelle peut être plus efficace que planter.
Cela peut nécessiter :
- réduction du pâturage ;
- protection contre le feu ;
- protection des jeunes plants ;
- gestion de la pression animale.
37. Régénération naturelle assistée
La RNA consiste à favoriser la reprise de végétation existante.
Elle peut être beaucoup moins coûteuse que des plantations massives.
Elle permet de mobiliser :
- graines déjà présentes ;
- systèmes racinaires ;
- souches ;
- végétation locale.
38. Banquettes et courbes de niveau
Sur certains terrains, des structures suivant les courbes de niveau permettent de :
- ralentir l’eau ;
- réduire l’énergie du ruissellement ;
- favoriser l’infiltration.
Elles doivent cependant être dimensionnées selon :
- pente ;
- pluie ;
- sol ;
- capacité d’infiltration ;
- stabilité.
39. Zaï et micro-bassins
Dans certaines régions du Sahel, des techniques traditionnelles comme les zaï permettent de concentrer localement eau et matière organique autour des cultures.
Principe simplifié :
pluie
↓ ↓ ↓
\ /
\___/
↑
matière
organique
La technique doit être adaptée aux conditions locales et ne doit pas être transposée mécaniquement partout.
40. Cordons pierreux
Les cordons pierreux peuvent ralentir le ruissellement et piéger des sédiments.
Ils peuvent être particulièrement intéressants dans certains contextes semi-arides.
Ils constituent une forme d’hydraulique passive.
41. Demi-lunes
Les demi-lunes sont de petits ouvrages permettant de collecter temporairement l’eau.
Elles peuvent être utilisées pour :
- restauration des terres ;
- re-végétalisation ;
- cultures adaptées.
Le dimensionnement doit tenir compte du bassin contributif et du risque de débordement.
42. Mares et petits réservoirs
Les mares peuvent jouer plusieurs rôles :
- stockage ;
- biodiversité ;
- abreuvement contrôlé ;
- recharge locale ;
- soutien à la végétation.
Mais elles doivent être conçues dans le cadre du bilan hydrologique complet.
43. Restauration des zones humides
Les zones humides sont des infrastructures écologiques majeures.
Elles peuvent :
- stocker l’eau ;
- ralentir les crues ;
- soutenir la biodiversité ;
- alimenter certains flux souterrains ;
- maintenir des zones refuges pendant les périodes sèches.
44. Gestion des nappes
Dans les régions fortement irriguées :preˊleˋvement≤recharge durable
doit devenir un objectif central.
Le bilan peut être suivi :ΔS=R−P
avec :
- R = recharge ;
- P = prélèvements.
Si :P>R
la réserve diminue.
45. Étude mondiale n°1 — Le Sahel
Le Sahel constitue un cas majeur d’étude.
On y observe une forte variabilité :
- pluviométrique ;
- végétale ;
- agricole ;
- pastorale.
Les stratégies efficaces associent souvent :
- gestion du pâturage ;
- récupération des eaux ;
- restauration des sols ;
- régénération naturelle ;
- agroforesterie ;
- adaptation des cultures.
46. Étude mondiale n°2 — Le bassin méditerranéen
Le bassin méditerranéen est particulièrement intéressant pour l’Europe.
Les risques comprennent :
- sécheresses ;
- incendies ;
- érosion ;
- perte de matière organique ;
- salinisation locale ;
- pression touristique ;
- artificialisation.
La combinaison :seˊcheresse+incendie+pluie intense
peut produire des épisodes d’érosion très importants.
47. Étude mondiale n°3 — Espagne
Certaines régions espagnoles sont fortement exposées à :
- déficit hydrique ;
- érosion ;
- incendies ;
- pression agricole.
Les stratégies étudiées comprennent notamment :
- gestion de l’eau ;
- agroforesterie ;
- couverture des sols ;
- restauration des bassins versants.
48. Étude mondiale n°4 — Chine
La Chine offre plusieurs cas de restauration à grande échelle.
On peut notamment étudier :
- restauration de terres dégradées ;
- lutte contre l’érosion ;
- restauration de bassins versants ;
- contrôle des déplacements de dunes.
Mais ces expériences montrent également qu’une restauration massive doit être évaluée selon :
- consommation d’eau ;
- espèces utilisées ;
- biodiversité ;
- maintenance ;
- durabilité à long terme.
49. Étude mondiale n°5 — Plateau de Loess
Le plateau de Loess constitue un cas emblématique de restauration des paysages.
Les interventions ont notamment porté sur :
- contrôle de l’érosion ;
- végétalisation ;
- gestion des pentes ;
- restauration des terres.
Il est particulièrement intéressant pour étudier le passage :eˊrosion massive→gestion du bassin versant→restauration
50. Étude mondiale n°6 — Australie
L’Australie permet d’étudier :
- sécheresses ;
- salinisation ;
- dégradation des pâturages ;
- gestion de l’eau ;
- agriculture dans des environnements très variables.
La gestion de la salinité constitue notamment un enjeu majeur dans certaines régions agricoles.
51. Étude mondiale n°7 — États-Unis
Les Grandes Plaines offrent un cas historique fondamental :
Dust Bowl
Dans les années 1930, une combinaison de :
- sécheresse ;
- pratiques agricoles ;
- sols nus ;
- vents forts ;
a provoqué une érosion éolienne massive.
Le phénomène constitue un cas d’école des interactions :climat+pratiques+sol→deˊgradation
52. Étude mondiale n°8 — Amérique latine
Certaines régions présentent des interactions fortes entre :
- déforestation ;
- agriculture ;
- élevage ;
- érosion ;
- changement climatique.
L’analyse doit toutefois être régionale : les mécanismes ne sont pas identiques entre Amazonie, Andes, Cerrado, Mexique ou zones arides.
53. Étude mondiale n°9 — Moyen-Orient
Les régions arides du Moyen-Orient permettent d’étudier :
- stress hydrique ;
- irrigation ;
- salinisation ;
- épuisement des nappes ;
- urbanisation.
L’eau souterraine devient souvent la variable stratégique centrale.
54. Étude mondiale n°10 — Afrique du Nord
Le Maghreb constitue un terrain particulièrement intéressant pour l’Omakëya™ :
- climat méditerranéen ;
- zones semi-arides ;
- montagnes ;
- plaines agricoles ;
- sécheresses ;
- érosion.
Les systèmes traditionnels de gestion de l’eau constituent également un patrimoine technique considérable.
55. Les savoirs traditionnels
La lutte contre la désertification ne doit pas être pensée uniquement avec des technologies modernes.
Des sociétés ont développé depuis des siècles :
- terrasses ;
- citernes ;
- qanats ;
- khettaras ;
- jessours ;
- oasis ;
- systèmes de partage de l’eau ;
- cultures étagées.
Ces systèmes peuvent fournir des principes techniques extrêmement intéressants.
56. Oasis : un modèle agroclimatique
Une oasis traditionnelle peut être pensée comme une architecture verticale :
🌴 PALMIERS
↓ ↓
arbres fruitiers
↓ ↓
cultures basses
↓
sol couvert
↓
eau
Chaque étage modifie le microclimat de l’étage inférieur.
C’est une forme ancienne de génie climatique végétal.
57. Le principe des trois fonctions
Une stratégie de restauration doit idéalement traiter simultanément :
Eau
ralentir + infiltrer + stocker
Sol
proteˊger + reconstruire + nourrir
Végétation
couvrir + diversifier + adapter
58. La boucle de restauration Omakëya™
On peut représenter le processus ainsi :
DIAGNOSTIC
↓
EAU
↓
INFILTRATION
↓
SOL VIVANT
↓
VÉGÉTATION
↓
OMBRE + MATIÈRE ORGANIQUE
↓
BIODIVERSITÉ
↓
MEILLEURE RÉSILIENCE
↓
EAU + SOL + VÉGÉTATION
C’est une boucle de rétroaction positive.
59. Le concept d’éponge territoriale
Un territoire résilient peut être considéré comme une gigantesque éponge :pluie→infiltration→stockage→restitution
Plus le territoire perd sa porosité écologique, plus l’eau devient rapidement :ruissellement→eˊrosion→perte
60. Construire un indice de vulnérabilité
Dans un projet Omakëya™, on peut construire un indice composite :IVD=f(D,E,C,V,H,S)
où peuvent intervenir :
- D = déficit hydrique ;
- E = érosion ;
- C = carbone du sol ;
- V = couverture végétale ;
- H = hydrologie ;
- S = pression humaine.
L’indice doit être calibré au territoire et ne doit pas être présenté comme une norme scientifique universelle.
61. Hiérarchiser les interventions
Toutes les zones ne doivent pas être traitées de la même façon.
On peut classer :
Niveau 1
Territoire stable.
→ prévention.
Niveau 2
Territoire vulnérable.
→ surveillance + prévention.
Niveau 3
Territoire dégradé.
→ restauration active.
Niveau 4
Territoire fortement dégradé.
→ restauration prioritaire + changement d’usage.
62. Le rôle des corridors écologiques
Les corridors peuvent reconnecter :
- zones végétales ;
- cours d’eau ;
- mares ;
- forêts ;
- haies ;
- zones refuges.
Ils permettent d’améliorer la continuité biologique et peuvent contribuer à la résilience des paysages.
63. Les incendies et la désertification
Dans certaines régions, le feu peut devenir un accélérateur de dégradation :veˊgeˊtation→incendie→sol nu→eˊrosion→veˊgeˊtation reˊduite
Les incendies répétés peuvent alors empêcher la reconstruction d’un couvert suffisamment mature.
64. Ne pas confondre reboisement et restauration
Planter des arbres n’est qu’une technique parmi d’autres.
Une restauration complète peut nécessiter :
- sol ;
- eau ;
- végétation ;
- biodiversité ;
- pâturage ;
- agriculture ;
- infrastructures.
L’écosystème doit être restauré dans son fonctionnement, pas uniquement dans son apparence.
65. Prévenir plutôt que réparer
La logique économique et écologique est fondamentale :preˊvention<restauration<reˊparation lourde
Plus un système se dégrade, plus les interventions deviennent coûteuses et incertaines.
66. Tableau synthétique
| Processus | Cause principale | Conséquence | Prévention |
|---|---|---|---|
| érosion hydrique | ruissellement | perte de sol | couverture |
| érosion éolienne | vent | perte de particules | haies |
| compactage | trafic | infiltration ↓ | gestion des passages |
| salinisation | irrigation/évaporation | toxicité | drainage |
| déforestation | changement d’usage | microclimat | gestion forestière |
| surpâturage | pression animale | végétation ↓ | rotation |
| sécheresse | déficit hydrique | stress | stockage |
| incendie | feu | sol nu | prévention/restauration |
67. Tableau de bord territorial
Pour suivre un territoire :
| Indicateur | Mesure |
|---|---|
| couverture végétale | % |
| sol nu | % |
| carbone du sol | t C/ha |
| érosion | t/ha/an |
| infiltration | mm/h |
| ruissellement | mm |
| réserve en eau | m³ |
| niveau des nappes | m |
| salinité | dS/m |
| biodiversité | indice |
| biomasse | t/ha |
| rendement | t/ha |
| pression pastorale | UGB/ha |
68. Objectif 5 ans
Priorités :
- stopper les processus les plus destructeurs ;
- couvrir les sols ;
- sécuriser les écoulements ;
- protéger les zones refuges ;
- réduire le surpâturage ;
- restaurer les premiers noyaux biologiques.
69. Objectif 10 ans
Objectifs :
- reconstruire les sols ;
- augmenter la matière organique ;
- restaurer les corridors ;
- améliorer l’infiltration ;
- développer l’agroforesterie adaptée ;
- stabiliser les rendements.
70. Objectif 20 ans
Le territoire doit progressivement devenir :
- plus végétalisé ;
- plus infiltrant ;
- plus diversifié ;
- moins érosif ;
- plus autonome hydrologiquement.
71. Objectif 50 ans
À long terme, l’objectif est de construire un paysage capable de :
- absorber les épisodes pluvieux ;
- résister aux sécheresses ;
- maintenir des refuges biologiques ;
- produire durablement ;
- stocker du carbone ;
- limiter les pertes de sol.
72. La grande idée du chapitre
La désertification ne doit pas être pensée uniquement comme :
un manque de pluie.
Elle doit être comprise comme une rupture progressive des boucles de fonctionnement du territoire.
EAU
↕
SOL
↕
VÉGÉTATION
↕
BIODIVERSITÉ
↕
CARBONE
↕
CLIMAT LOCAL
Lorsque ces interactions fonctionnent correctement, le paysage possède une capacité de récupération.
Lorsqu’elles sont détruites simultanément, la résilience diminue fortement.
73. La désertification est finalement un problème de capacité du territoire à conserver et recycler ses ressources.
L’objectif d’une agroclimatologie régénérative n’est donc pas simplement d’ajouter de l’eau à un système déficitaire.
Il s’agit de transformer le fonctionnement du territoire :pluie→infiltration→sol→racines→biomasse→matieˋre organique→sol
et simultanément :eau→veˊgeˊtation→eˊvapotranspiration→microclimat→reˊsilience
La Vision Omakëya™ peut ainsi considérer la lutte contre la désertification comme une véritable ingénierie des cycles territoriaux : restaurer le sol, ralentir l’eau, reconstruire la végétation, restaurer la biodiversité et adapter les usages humains jusqu’à ce que le territoire retrouve progressivement sa capacité à retenir, produire, recycler et transmettre l’eau et la fertilité.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.