
DÉSIMPERMÉABILISATION
Transformer les surfaces imperméables en infrastructures hydrologiques, climatiques et écologiques
La désimperméabilisation constitue l’un des leviers majeurs de l’hydrologie régénérative en milieu urbain et périurbain.
Elle consiste à réduire la part des surfaces qui empêchent l’eau de pénétrer dans le sol, mais surtout à repenser complètement le devenir de l’eau, de l’énergie solaire, de la chaleur et du vivant sur ces surfaces.
L’objectif n’est donc pas simplement :
remplacer du béton par de la terre.
Il s’agit de transformer :SURFACE IMPERMEˊABLE→SOL FONCTIONNEL→EAU+VEˊGEˊTATION+BIODIVERSITEˊ+FRAIˆCHEUR
1. Pourquoi désimperméabiliser ?
Une surface imperméable modifie profondément le bilan hydrologique.
Sur un sol fonctionnel :P=R+I+ET+ΔS
avec :
- P = précipitations ;
- R = ruissellement ;
- I = infiltration ;
- ET = évapotranspiration ;
- ΔS = variation du stockage.
Sur une surface très imperméable :I→0
et une grande partie de l’eau devient :R↑
Le ruissellement augmente donc fortement.
2. L’imperméabilisation modifie également le climat local
Une surface minérale sombre peut :
- absorber fortement le rayonnement solaire ;
- augmenter sa température ;
- restituer de la chaleur la nuit ;
- réduire l’évapotranspiration ;
- contribuer à l’îlot de chaleur urbain.
On ne traite donc pas seulement un problème hydraulique.
On traite simultanément :
eau + énergie + climat + sol + biodiversité.
3. Le parking : cas emblématique
Un parking classique peut être constitué de :
- béton ;
- enrobé bitumineux ;
- bordures ;
- réseaux enterrés ;
- réseaux d’évacuation.
L’eau est généralement :
PLUIE ↓PARKING ↓CANIVEAU ↓RÉSEAU ↓COLLECTEUR ↓COURS D'EAU
La désimperméabilisation cherche à transformer ce système.
4. Parking désimperméabilisé
On peut créer :
PLUIE ↓ ┌────────────────────┐ │ PARKING PERMÉABLE │ └─────────┬──────────┘ ↓ INFILTRATION ↓ SOL VIVANT ↓ NAPPE / RÉSERVE
Avec éventuellement :
- arbres ;
- noues ;
- jardins de pluie ;
- fossés végétalisés ;
- zones d’infiltration.
5. Les principales techniques
La désimperméabilisation peut prendre plusieurs formes.
Suppression
Retirer complètement la surface minérale.
Décompactage
Restaurer le sol sous-jacent.
Perméabilisation
Remplacer le revêtement par un matériau infiltrant.
Désimperméabilisation végétale
Transformer la surface en sol planté.
Déconnexion hydraulique
Même lorsque la surface reste imperméable, déconnecter ses eaux du réseau.
Cette dernière solution est souvent sous-estimée.
6. Désimperméabiliser ne signifie pas forcément tout casser
Une stratégie efficace peut consister à conserver certaines surfaces nécessaires.
Par exemple :
BÂTIMENT████████████CHEMIN██████🌳 🌳 ↓ NOUE────────────PARKING░░░░░░░░░░░
L’objectif devient :
minimiser les surfaces imperméables réellement nécessaires.
7. Les revêtements perméables
Plusieurs solutions existent :
- pavés drainants ;
- pavés à joints élargis ;
- dalles engazonnées ;
- stabilisé perméable ;
- grave drainante ;
- matériaux poreux ;
- certains bétons poreux ;
- certains enrobés drainants.
Mais leur comportement dépend de la structure complète.
8. Un revêtement perméable n’est pas automatiquement un sol vivant
C’est une distinction importante.
Un parking constitué d’un matériau poreux posé sur :
- géotextile ;
- grave ;
- couche drainante ;
peut laisser passer l’eau tout en restant biologiquement très pauvre.
On obtient :PERMEˊABILITEˊ=SOL VIVANT
La véritable désimperméabilisation doit rechercher, lorsque c’est possible, la restauration de la fonction pédologique.
9. Les différentes architectures hydrauliques
Infiltration directe
surface ↓sol ↓nappe
Infiltration avec stockage temporaire
surface ↓grave / réservoir ↓sol
Infiltration en noue
surface ↓noue ↓sol
Déconnexion végétale
toiture ↓jardin de pluie ↓végétation ↓infiltration
10. Les cours d’école
Les cours d’école constituent des surfaces particulièrement intéressantes.
Une cour traditionnelle :
████████████████████████████████████████████████
peut devenir :
🌳 🌳 🌳 zone de jeu───────────────🌿 noue 🌿🌳 🌳
On gagne simultanément :
- infiltration ;
- ombrage ;
- biodiversité ;
- confort thermique ;
- qualité paysagère.
11. La cour oasis
Une cour peut être pensée comme un microclimat pédagogique.
On peut intégrer :
- arbres ;
- arbustes ;
- jardins ;
- sols perméables ;
- zones humides temporaires ;
- récupération d’eau ;
- pergolas végétales.
Le projet devient alors un laboratoire vivant de l’agroclimatologie.
12. Les voiries
La voirie représente un cas plus complexe.
Il faut conserver :
- portance ;
- sécurité ;
- accessibilité ;
- résistance au trafic ;
- gestion des eaux ;
- réseaux ;
- entretien hivernal.
La désimperméabilisation doit donc être localisée et hiérarchisée.
13. Désimperméabiliser les accotements
Les accotements peuvent devenir :
- bandes végétalisées ;
- noues ;
- fossés vivants ;
- bandes infiltrantes.
L’eau n’est plus nécessairement dirigée immédiatement vers un réseau enterré.
14. Stationnement longitudinal
Une rue peut conserver sa chaussée tout en transformant :
VOIE████████████████STATIONNEMENT███████████████
en :
VOIE████████████████STATIONNEMENT░░░░░░░░░░░░░░░🌳 🌿 🌳
Les arbres et surfaces perméables sont implantés dans les espaces disponibles.
15. Les places publiques
Une place minérale peut être transformée progressivement.
Avant
beˊton+enrobeˊ+drainage
Après
sol+arbres+eau+ombrage+biodiversiteˊ
Une partie des surfaces peut rester minérale pour les usages nécessaires.
16. Le principe de désimperméabilisation partielle
Il n’est pas nécessaire de rechercher :100% de deˊsimpermeˊabilisation
Le bon objectif peut être :surface impermeˊable minimale compatible avec les usages
Le reste devient :
- perméable ;
- végétalisé ;
- infiltrant ;
- ombragé.
17. Calculer le volume de ruissellement évité
Pour une surface A, une pluie P et une variation de coefficient de ruissellement :ΔV=(C1−C2)PA
Exemple :
- surface : 1000 m2 ;
- pluie : 40 mm ;
- coefficient initial : 0,90 ;
- coefficient après projet : 0,25.
Alors :ΔV=(0,90−0,25)×0,04×1000ΔV=26 m3
Environ 26 m³ de ruissellement sont évités pour cet épisode, sous ces hypothèses.
18. Mais attention au mot « évité »
L’eau n’a pas disparu.
Elle est simplement passée d’un compartiment à un autre :ruissellement→infiltration
ou :ruissellement→stockage temporaire
ou :ruissellement→eˊvapotranspiration.
Le bilan hydrologique doit rester conservé.
19. Dimensionner l’infiltration
Il faut vérifier :Qin≤Qinf
où :
- Qin = débit entrant ;
- Qinf = capacité d’infiltration.
Mais la capacité d’infiltration évolue dans le temps.
Elle peut diminuer avec :
- colmatage ;
- sédiments ;
- compaction ;
- pollution.
Elle peut augmenter avec :
- racines ;
- biopores ;
- matière organique ;
- structuration biologique.
20. Le rôle du sol sous la surface
La désimperméabilisation n’est efficace que si le sol sous-jacent est fonctionnel.
Il faut donc étudier :
- texture ;
- structure ;
- profondeur ;
- compaction ;
- hydromorphie ;
- nappe ;
- conductivité hydraulique ;
- pollution éventuelle.
C’est ici que la pédologie du Tome 7 devient directement opérationnelle.
21. Décompacter avant de planter
Après plusieurs décennies sous un parking ou une cour, le sol peut être extrêmement compacté.
Il peut être nécessaire de :
- décompacter ;
- apporter de la matière organique adaptée ;
- recréer une structure ;
- restaurer les horizons ;
- réintroduire progressivement la vie du sol.
Mais un simple passage mécanique ne suffit pas toujours.
22. Restaurer le sol plutôt que simplement le recouvrir
Une erreur fréquente consiste à poser immédiatement :
terre végétale + gazon.
Une approche plus ambitieuse cherche à reconstruire un système :structure+matieˋre organique+microbiologie+racines+faune
23. Les arbres comme infrastructures climatiques
Un arbre implanté dans un parking désimperméabilisé peut assurer :
- ombre ;
- évapotranspiration ;
- interception des pluies ;
- stockage du carbone ;
- habitat ;
- réduction de la température de surface.
Le projet devient alors à la fois :
hydraulique + climatique + biologique.
24. Calculer l’ombrage
Pour dimensionner l’ombrage, il faut considérer :
- hauteur de l’arbre ;
- diamètre de houppier ;
- orientation ;
- latitude ;
- saison ;
- heure ;
- position du soleil.
Le même arbre ne produit pas la même ombre :
- à 9 h ;
- à midi ;
- à 17 h ;
- en juin ;
- en décembre.
25. Désimperméabilisation et îlot de chaleur
Le remplacement d’une surface minérale par :
- sol humide ;
- végétation ;
- arbres ;
modifie simultanément :
- albédo ;
- température de surface ;
- flux sensible ;
- flux latent ;
- rayonnement ;
- convection.
La désimperméabilisation rejoint donc directement le génie climatique végétal.
26. Un parking comme système énergétique
On peut comparer deux configurations.
Parking minéral
Rayonnement→chauffage→stockage→restitution nocturne
Parking végétalisé
Rayonnement→⎩⎨⎧photosyntheˋseeˊvapotranspirationreˊflexionchauffagestockage
Une partie importante de l’énergie est alors mobilisée par des processus biologiques et hydriques.
27. Désimperméabilisation et biodiversité
Un parking peut devenir une mosaïque de :
- arbres ;
- prairies ;
- haies ;
- mares temporaires ;
- bandes fleuries ;
- sols nus biologiquement actifs ;
- microhabitats.
Il devient progressivement un réseau d’habitats.
28. Gestion des eaux polluées
Les surfaces routières peuvent recevoir :
- hydrocarbures ;
- métaux ;
- particules ;
- poussières ;
- sels de déneigement.
Il faut donc distinguer :
Eau propre
Toitures, certaines surfaces piétonnes.
Eau potentiellement polluée
Voiries, parkings, zones industrielles.
Le traitement doit être adapté avant infiltration.
29. Les jardins de pluie
Le jardin de pluie constitue une solution particulièrement intéressante.
TOITURE ↓DESCENTE ↓JARDIN DE PLUIE ↓STOCKAGE TEMPORAIRE ↓INFILTRATION ↓SOL
Il peut être associé à une noue ou à une mare.
30. Désimperméabiliser une ville entière
À l’échelle urbaine, il faut raisonner en réseau.
TOITURES ↓JARDINS DE PLUIE ↓NOUE ↓PARC ↓MARE ↓ZONE HUMIDE ↓COURS D'EAU
Chaque quartier devient une petite unité hydrologique.
31. La ville comme bassin versant
C’est un changement de paradigme majeur.
Au lieu de considérer :
chaque rue, chaque bâtiment, chaque parking séparément,
on considère :
le bassin versant urbain dans son ensemble.
On peut alors cartographier :
- surfaces imperméables ;
- pentes ;
- écoulements ;
- points bas ;
- réseaux ;
- zones d’infiltration ;
- zones d’expansion.
32. SIG et cartographie
Un SIG permet de calculer :taux d’impermeˊabilisation=AtotaleAimper
et de suivre son évolution.
On peut ensuite simuler :
« Que se passe-t-il si 10 %, 20 % ou 40 % des surfaces sont désimperméabilisées ? »
33. Objectif : zéro ruissellement inutile
L’objectif n’est pas nécessairement :
zéro ruissellement.
Un ruissellement contrôlé est naturel.
L’objectif est plutôt :eˊviter que l’eau qui pourrait eˆtre geˊreˊe localement soit inutilement exporteˊe
34. Stratégie par niveaux
Niveau 1 — Déconnecter
Déconnecter les descentes d’eau du réseau lorsque possible.
Niveau 2 — Ralentir
Créer noues et jardins de pluie.
Niveau 3 — Infiltrer
Restaurer les sols.
Niveau 4 — Stocker
Créer mares et bassins.
Niveau 5 — Végétaliser
Planter arbres et végétation.
Niveau 6 — Reconnecter
Relier les différents dispositifs.
35. Réversibilité
Un bon projet de désimperméabilisation doit être pensé sur plusieurs décennies.
Les surfaces peuvent évoluer :2026→2035→2050→2100
Le système végétal évolue.
Les arbres grandissent.
Les racines structurent le sol.
La capacité d’infiltration peut évoluer.
Le microclimat change.
Le projet doit donc être pilotable et adaptable.
36. Indicateurs de performance
Créer des KPI permet de mesurer les résultats.
Hydrologie
- % de surface désimperméabilisée ;
- volume infiltré ;
- volume stocké ;
- débit de pointe réduit ;
- temps de vidange.
Climat
- température de surface ;
- température de l’air ;
- température ressentie ;
- surface ombragée.
Sol
- infiltration ;
- compaction ;
- matière organique ;
- biomasse microbienne.
Biodiversité
- nombre d’espèces ;
- abondance d’insectes ;
- diversité végétale ;
- présence d’amphibiens.
Carbone
- biomasse ;
- carbone du sol ;
- carbone végétal.
37. Avant / après
| Indicateur | Avant | Après |
|---|---|---|
| Imperméabilisation | élevée | réduite |
| Ruissellement | élevé | réduit |
| Infiltration | faible | augmentée |
| Température de surface | élevée | réduite |
| Ombrage | faible | augmenté |
| Biodiversité | faible | augmentée |
| Carbone végétal | faible | augmenté |
| Fonction hydrologique | évacuation | stockage/infiltration |
38. Étude de cas — Parking d’entreprise
Situation initiale
- 5 000 m² d’enrobé ;
- faible ombrage ;
- évacuation rapide des eaux ;
- forte température estivale.
Projet
- réduction des surfaces de stationnement inutiles ;
- pavés perméables sur certaines zones ;
- noues ;
- arbres ;
- bandes végétalisées ;
- jardins de pluie ;
- déconnexion partielle du réseau.
Résultat recherché
Transformer :parking
en :infrastructure hydraulique + climatique + eˊcologique.
39. Étude de cas — Cour d’école
Avant
100% mineˊral
Projet
- zones de jeux conservées ;
- arbres ;
- sols perméables ;
- noues ;
- jardin pédagogique ;
- récupération des eaux ;
- espaces ombragés.
La cour devient simultanément :
- espace éducatif ;
- espace climatique ;
- espace hydrologique ;
- espace écologique.
40. Étude de cas — Place publique
On peut conserver :
- cheminements ;
- accès PMR ;
- événements ;
- marchés ;
- mobilier.
Tout en transformant certaines zones en :
- îlots végétalisés ;
- arbres de haute tige ;
- noues ;
- jardins de pluie ;
- sols perméables.
La place reste fonctionnelle mais devient beaucoup plus résiliente.
41. La désimperméabilisation comme projet d’infrastructure
Elle doit être traitée avec le même sérieux qu’un réseau hydraulique classique.
Il faut :
- diagnostiquer ;
- cartographier ;
- mesurer ;
- calculer ;
- concevoir ;
- dimensionner ;
- réaliser ;
- instrumenter ;
- suivre ;
- corriger.
42. Le lien avec le jumeau numérique
Dans le futur, une ville pourra disposer d’un modèle numérique intégrant :
- bâtiments ;
- routes ;
- sols ;
- arbres ;
- réseaux ;
- pluie ;
- température ;
- infiltration ;
- ruissellement.
On pourra alors tester virtuellement :
« Que se passe-t-il si nous retirons 2 000 m² d’enrobé ? »
ou :
« Quel est l’effet de 100 nouveaux arbres ? »
ou :
« Quelle quantité d’eau reste dans le quartier lors d’une pluie décennale ? »
43. Vers la ville-éponge
La désimperméabilisation constitue l’une des bases de la ville éponge.
Le principe est :ABSORBER→STOCKER→UTILISER→INFILTRER→RESTITUER
plutôt que :PLUIE→CANALISATION→EˊVACUATION.
44. La vision Omakëya™
Dans la méthode Omakëya™, désimperméabiliser signifie finalement rendre à la ville une partie de ses fonctions écologiques perdues.
Le bitume peut redevenir :
- sol ;
- eau ;
- arbre ;
- ombre ;
- biodiversité ;
- carbone ;
- fraîcheur.
Le parking peut redevenir :
- infrastructure hydrologique ;
- espace végétal ;
- corridor écologique ;
- puits de fraîcheur.
La cour peut devenir :
- terrain de jeu ;
- laboratoire climatique ;
- jardin ;
- espace pédagogique.
La voirie peut devenir :
- corridor de mobilité ;
- corridor végétal ;
- corridor hydraulique.
45. Principe directeur
La désimperméabilisation ne doit donc pas être pensée comme une simple opération de remplacement de matériaux.
Elle doit être conçue comme une restauration fonctionnelle du territoire :BEˊTON / BITUME→SOL→EAU→VEˊGEˊTATION→VIE→CLIMAT LOCAL
C’est précisément à cette interface entre pédologie, hydrologie, climatologie, écologie et génie urbain que se situe l’un des champs d’application les plus importants de l’hydrologie régénérative.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
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- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
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- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.