
Agriculture syntropique
Ernst Götsch · Applications · Conception
L’agriculture syntropique constitue l’une des approches les plus originales pour penser l’agriculture comme un écosystème dynamique, plutôt que comme une simple succession de cultures.
Elle est particulièrement intéressante pour le Tome 8, car elle permet de relier plusieurs dimensions déjà étudiées :
succession végétale → agroforesterie → biodiversité → sol vivant → biomasse → eau → microclimat → production alimentaire → adaptation climatique.
Elle est historiquement associée au travail d’Ernst Götsch, agriculteur et chercheur-praticien suisse installé au Brésil, dont les expérimentations ont conduit au développement de systèmes agroforestiers fortement inspirés du fonctionnement des écosystèmes naturels.
L’objectif n’est pas de copier une forêt naturelle.
Il s’agit de comprendre certains de ses mécanismes pour concevoir des systèmes agricoles productifs capables de s’enrichir, se structurer et évoluer dans le temps.
35.1 — Ernst Götsch : une démarche expérimentale
Ernst Götsch a développé son approche à partir d’observations de terrain et d’expérimentations agricoles.
Son travail repose notamment sur l’idée que l’agriculture peut être organisée autour :
- de la succession écologique ;
- de la coopération entre espèces ;
- de la production de biomasse ;
- de la couverture du sol ;
- de la gestion de la lumière ;
- de la taille ;
- de la régénération des sols.
L’une des particularités importantes de cette démarche est son caractère empirique et systémique.
Il ne s’agit pas simplement d’appliquer une liste de plantes.
35.2 — La notion de syntropie
Le terme « syntropie » est utilisé dans cette approche pour désigner une dynamique allant vers davantage :
- d’organisation ;
- de complexité ;
- de biomasse ;
- d’interactions ;
- de fertilité ;
- de couverture ;
- de diversité.
À l’inverse, les processus de dégradation conduisent souvent vers :
- simplification ;
- perte de biomasse ;
- érosion ;
- perte de matière organique ;
- diminution de la biodiversité.
Il faut toutefois éviter d’en faire une loi universelle de l’écologie : les écosystèmes naturels ne suivent pas tous une trajectoire unique vers une complexité toujours croissante.
35.3 — Le changement de regard
L’agriculture classique peut être organisée autour de :
« Quelle culture voulons-nous produire ? »
L’agriculture syntropique pose plutôt :
« Quel système voulons-nous construire pour produire cette culture ? »
Cette différence est fondamentale.
35.4 — La parcelle comme écosystème
Une parcelle syntropique peut réunir :
- arbres ;
- arbustes ;
- plantes annuelles ;
- plantes vivaces ;
- couvre-sol ;
- plantes de service ;
- plantes productrices de biomasse.
Elle possède donc plusieurs niveaux d’organisation.
35.5 — Les trois dimensions essentielles
La conception syntropique repose particulièrement sur :
Espace
Où chaque plante se situe.
Temps
Quand chaque plante se développe.
Fonction
Ce que chaque plante apporte au système.
On peut donc représenter :S=f(x,y,z,t,F)S = f(x,y,z,t,F)
où x,y,zx,y,z représentent l’organisation spatiale, tt le temps et FF les fonctions biologiques.
35.6 — Le temps comme outil agricole
Dans un champ classique :
année 1 → culture
année 2 → culture
année 3 → culture.
Dans un système syntropique :
année 1 → installation
année 3 → succession
année 5 → fermeture
année 10 → transformation
année 20 → nouvelle structure.
Le système est conçu dès le départ pour changer.
35.7 — Les strates
La parcelle peut être organisée en plusieurs étages :
canopée
↓
sous-canopée
↓
arbustes
↓
herbacées
↓
couvre-sol
↓
racines
↓
sol vivant.
Chaque strate possède des fonctions différentes.
35.8 — La succession
Le principe central est de travailler avec la succession.
Une espèce peut être :
- pionnière ;
- secondaire ;
- intermédiaire ;
- tardive.
Une espèce temporaire peut préparer les conditions nécessaires à une espèce pérenne.
35.9 — Les espèces pionnières
Elles sont intéressantes pour :
- croissance rapide ;
- production de biomasse ;
- occupation de l’espace ;
- protection du sol.
Elles permettent de démarrer rapidement la dynamique végétale.
35.10 — Les espèces de transition
Elles prennent progressivement la place des premières espèces.
Elles peuvent fournir :
- fruits ;
- bois ;
- biomasse ;
- ombre ;
- habitat.
35.11 — Les espèces structurantes
Les arbres de long terme construisent finalement la structure permanente du système.
Ils peuvent assurer :
- production ;
- ombre ;
- carbone ;
- habitat ;
- régulation microclimatique.
35.12 — La densité
Un principe caractéristique de nombreux systèmes syntropiques est une implantation initiale relativement dense.
Pourquoi ?
Parce que la densité permet rapidement :
- couverture ;
- compétition ;
- occupation de l’espace ;
- production de biomasse ;
- fermeture du couvert.
Mais cette densité n’est pas destinée à rester constante.
35.13 — La densité dynamique
Le système peut évoluer :
INSTALLATION
██████████████████
CROISSANCE
████████████████
PREMIÈRES TAILLES
██████████████
ÉCLAIRCIES
███████████
STRUCTURE MATURE
████████
La réduction progressive de la densité est donc intégrée au système.
35.14 — La taille
La taille occupe une place particulièrement importante.
Elle permet notamment de :
- contrôler la lumière ;
- produire de la biomasse ;
- stimuler certaines repousses ;
- réduire la compétition ;
- alimenter le sol.
Elle devient un véritable outil de pilotage écologique.
35.15 — La biomasse
La biomasse est l’une des monnaies principales du système.
On peut représenter :
soleil
↓
photosynthèse
↓
biomasse
↓
taille
↓
couverture du sol
↓
décomposition
↓
nutriments
↓
nouvelle croissance.
35.16 — La biomasse n’est pas nécessairement un déchet
Branches, feuilles et résidus peuvent devenir :
- paillage ;
- matière organique ;
- nourriture pour les organismes du sol ;
- source de carbone.
On transforme ainsi une partie des « déchets végétaux » en ressource interne.
35.17 — La couverture permanente
Le sol doit autant que possible rester couvert.
La couverture réduit notamment :
- rayonnement direct ;
- échauffement ;
- impact des gouttes de pluie ;
- érosion ;
- dessiccation.
Elle contribue également à maintenir une activité biologique.
35.18 — Le sol comme système vivant
L’agriculture syntropique rejoint ici les principes du sol vivant :
racines
champignons
bactéries
faune du sol
matière organique
=
système biologique fonctionnel.
35.19 — La régénération du sol
Un sol dégradé peut progressivement évoluer grâce à :
- couverture ;
- racines ;
- biomasse ;
- réduction du travail du sol ;
- activité biologique ;
- infiltration.
La restauration n’est cependant pas instantanée.
35.20 — L’eau
La végétation influence le cycle hydrologique.
Elle peut modifier :
- interception ;
- infiltration ;
- ruissellement ;
- évaporation ;
- transpiration ;
- stockage dans le sol.
Le système peut ainsi améliorer certaines fonctions hydrologiques.
Mais il ne faut jamais supposer qu’une augmentation de la végétation diminue automatiquement la consommation totale d’eau.
35.21 — La gestion de l’eau
La conception doit rechercher :
ralentir
→
infiltrer
→
stocker
→
utiliser
→
restituer.
Cette logique rejoint directement l’hydrologie régénérative Omakëya™.
35.22 — Les microclimats
Une végétation dense peut modifier :
- température ;
- humidité ;
- vent ;
- rayonnement ;
- température du sol.
La parcelle devient une petite infrastructure climatique.
35.23 — Le refroidissement végétal
La transpiration peut dissiper une partie de l’énergie reçue par la végétation.
Mais cette régulation dépend de la disponibilité en eau.
Une plante en stress hydrique ferme ses stomates.
La capacité de refroidissement diminue alors.
C’est pourquoi :
le microclimat végétal et l’hydrologie sont indissociables.
35.24 — L’agriculture syntropique face aux canicules
Un système multi-strates peut fournir :
- ombre ;
- couverture du sol ;
- réduction du rayonnement direct ;
- protection contre le vent.
Il peut donc réduire certains stress thermiques.
Mais la densité doit être compatible avec les ressources hydriques.
35.25 — La lumière
Le système cherche à transformer la lumière en biomasse.
La question devient :
combien de surface foliaire peut-on maintenir sans dépasser la disponibilité en eau et en nutriments ?
Cette approche est plus pertinente que la simple recherche du rendement maximal d’une plante isolée.
35.26 — L’indice foliaire
La structure végétale peut être étudiée avec la surface foliaire.
Un couvert trop faible :
→ énergie solaire inutilisée.
Un couvert trop dense :
→ ombrage excessif + compétition.
L’optimum dépend :
- climat ;
- saison ;
- espèce ;
- eau ;
- fertilité.
35.27 — Les associations
Une association syntropique peut combiner :
arbre
arbuste
légumineuse
culture alimentaire
couvre-sol
plante de biomasse.
Chaque élément doit posséder une fonction claire.
35.28 — Les plantes de service
Elles peuvent être utilisées pour :
- biomasse ;
- couverture ;
- fertilité ;
- biodiversité ;
- protection.
Elles peuvent être temporaires.
35.29 — Les légumineuses
Elles peuvent contribuer à la fixation biologique de l’azote grâce à leurs symbioses avec des bactéries.
Elles sont particulièrement intéressantes dans les systèmes où l’on cherche à réduire certains apports azotés externes.
Mais leur contribution réelle dépend du système et du devenir de leur biomasse.
35.30 — Les arbres comme outils agricoles
Dans cette approche, un arbre n’est pas seulement :
un producteur de fruits.
Il peut aussi être :
- producteur de biomasse ;
- producteur d’ombre ;
- stabilisateur du sol ;
- producteur de carbone ;
- habitat ;
- composante hydrologique.
Cette multifonctionnalité constitue un élément essentiel de la conception.
35.31 — L’agriculture syntropique tropicale
Les systèmes développés par Ernst Götsch ont été particulièrement expérimentés dans des environnements tropicaux.
Ces conditions favorisent notamment :
- croissance rapide ;
- forte production de biomasse ;
- cycles végétatifs longs ;
- diversité élevée.
Cela explique une partie de leur efficacité dans certains contextes.
35.32 — Attention au transfert climatique
Un système développé au Brésil ne peut pas être copié directement en France.
Les différences concernent :
- rayonnement ;
- température ;
- durée de végétation ;
- gel ;
- pluviométrie ;
- sols ;
- espèces ;
- vitesse de décomposition.
Il faut donc transférer les principes, pas nécessairement les recettes.
35.33 — Adaptation aux climats européens
En Europe, la conception doit intégrer :
- hiver ;
- gel ;
- dormance ;
- sécheresse estivale ;
- déficit hydrique ;
- saison végétative plus courte.
La dynamique syntropique doit être recalibrée.
35.34 — Syntropie méditerranéenne
Dans les zones méditerranéennes, le principal facteur limitant peut devenir l’eau.
Il faut donc privilégier :
- espèces xérophiles ;
- enracinements complémentaires ;
- couverture du sol ;
- ombrage raisonné ;
- stockage hydrique.
La densité doit être calculée avec prudence.
35.35 — Syntropie tempérée
Dans un climat tempéré, les contraintes peuvent être différentes :
- gel ;
- humidité hivernale ;
- concurrence lumineuse ;
- croissance saisonnière.
Les espèces de biomasse doivent être choisies selon leur cycle annuel.
35.36 — Syntropie subtropicale
Les régions de transition peuvent être particulièrement intéressantes pour tester :
- fruitiers méditerranéens ;
- espèces subtropicales ;
- espèces européennes ;
- nouvelles variétés.
Elles peuvent constituer des zones expérimentales pour les paysages futurs.
35.37 — Les applications maraîchères
L’agriculture syntropique peut être utilisée pour associer :
- légumes ;
- plantes de service ;
- arbustes ;
- arbres.
La difficulté consiste à maintenir :
- lumière ;
- accessibilité ;
- ventilation ;
- eau ;
- fertilité.
35.38 — Les cultures annuelles
Les cultures annuelles peuvent occuper les espaces très lumineux au début d’une succession.
Puis :
arbres grandissent
→
ombre augmente
→
composition des cultures change.
Le système s’adapte.
35.39 — Les cultures vivaces
Les plantes vivaces deviennent particulièrement intéressantes dans les systèmes de long terme.
Elles permettent :
- couverture permanente ;
- production répétée ;
- réduction des perturbations ;
- continuité biologique.
35.40 — Les vergers syntropiques
Un verger peut être organisé autour de :
arbres fruitiers
arbustes
couvre-sol
légumineuses
plantes de biomasse.
L’objectif est de transformer le verger en agroécosystème.
35.41 — Les vignobles
La syntropie peut également inspirer certains systèmes viticoles :
- haies ;
- arbres ;
- couverts ;
- bandes fleuries ;
- plantes de service.
Mais la vigne exige une gestion fine de :
- lumière ;
- humidité ;
- maladies ;
- concurrence hydrique.
35.42 — Les grandes cultures
À plus grande échelle, certains principes peuvent être adaptés :
- agroforesterie ;
- bandes arborées ;
- cultures associées ;
- couverts végétaux ;
- rotations diversifiées.
La syntropie intégrale d’une petite parcelle n’est pas nécessairement transposable à une exploitation céréalière mécanisée.
35.43 — Les élevages
Les systèmes sylvopastoraux peuvent associer :
- arbres ;
- pâturage ;
- fourrage ;
- animaux.
Les arbres peuvent fournir :
- ombre ;
- fourrage ;
- protection climatique.
35.44 — La mécanisation
C’est l’une des principales limites à grande échelle.
Un système très dense peut gêner :
- tracteurs ;
- moissonneuses ;
- récolteuses ;
- transport.
La conception doit donc intégrer dès le départ les contraintes mécaniques.
35.45 — L’agriculture syntropique mécanisable
Il est possible de rechercher des architectures plus ouvertes :
ARBRE ARBRE ARBRE
│ │ │
──┼───────────┼───────────┼──
CULTURES / COUVERTS
Les bandes peuvent être dimensionnées selon les machines.
35.46 — Le compromis biodiversité / mécanisation
Plus la structure devient complexe :
biodiversité potentielle ↑
mais parfois :
mécanisation ↓
Il faut donc rechercher un compromis adapté à l’exploitation.
35.47 — La récolte
La production doit être récoltable.
Il faut prévoir :
- chemins ;
- largeur des rangs ;
- hauteur des arbres ;
- accès ;
- visibilité.
Une architecture productive mais inaccessible est inefficace.
35.48 — La conception par guildes
Une guilde végétale peut réunir plusieurs espèces ayant des fonctions complémentaires.
Par exemple :
arbre fruitier
fixateur d’azote
plante de biomasse
couvre-sol
plante aromatique
plante mellifère.
Mais les interactions doivent être testées plutôt que présumées positives.
35.49 — Les associations ne sont pas automatiquement positives
Deux espèces peuvent :
- se compléter ;
- se concurrencer ;
- se neutraliser ;
- favoriser indirectement un ravageur.
Il faut donc considérer le système réel.
35.50 — L’allélopathie
Certaines plantes libèrent des composés susceptibles d’influencer d’autres organismes végétaux.
Mais l’allélopathie est souvent invoquée de manière excessive.
Il faut distinguer :
effet expérimental démontré
et
affirmation empirique non vérifiée.
35.51 — Les réseaux biologiques
Le système peut être étudié comme un réseau :
ARBRE
↕
CHAMPIGNONS
↕
RACINES
↕
BACTÉRIES
↕
FAUNE DU SOL
↕
MATIÈRE ORGANIQUE
L’écosystème devient un réseau d’interactions.
35.52 — La conception hydrologique
Une parcelle syntropique Omakëya™ peut intégrer :
- noues ;
- mares ;
- bassins ;
- terrasses ;
- paillage ;
- zones d’infiltration.
La végétation et l’hydraulique sont conçues ensemble.
35.53 — La pente
Sur terrain pentu, l’organisation peut chercher à :
ralentir le ruissellement
→
favoriser l’infiltration
→
limiter l’érosion.
Les lignes de plantation peuvent être réfléchies par rapport aux courbes de niveau et à la dynamique réelle des écoulements.
35.54 — Les sols dégradés
Sur un sol compacté :
eau ↓
racines ↓
activité biologique ↓
production ↓.
Les systèmes syntropiques peuvent contribuer à restaurer certaines fonctions, mais ils ne remplacent pas nécessairement toutes les interventions mécaniques initiales lorsqu’un compactage profond est sévère.
35.55 — La succession de restauration
On peut envisager :
plantes pionnières
→
production de biomasse
→
couverture
→
racines
→
activité biologique
→
amélioration structurale
→
espèces plus exigeantes.
35.56 — Les indicateurs de restauration
Il faut mesurer :
- infiltration ;
- densité apparente ;
- stabilité des agrégats ;
- matière organique ;
- couverture ;
- activité biologique ;
- profondeur racinaire.
La restauration doit être mesurée, pas seulement ressentie.
35.57 — La conception climatique
Pour un système destiné à fonctionner jusqu’en 2100, il faut tester :
climat actuel
2050
2080
2100.
Et notamment :
- température ;
- sécheresse ;
- canicule ;
- pluies extrêmes ;
- gel ;
- vent.
35.58 — Le principe de succession climatique
Les espèces ne sont pas seulement classées selon leur succession écologique.
Elles doivent également être classées selon leur position dans la succession climatique.
Une plante peut être parfaite pour :
2030
mais devenir marginale en :
2080.
35.59 — La substitution progressive
Le système peut être conçu pour permettre :
espèces actuelles
→
espèces de transition
→
espèces du climat futur.
Cette stratégie évite de devoir reconstruire brutalement le système.
35.60 — Les espèces sentinelles
Certaines espèces peuvent être implantées à titre expérimental.
Elles servent à observer :
- résistance à la chaleur ;
- résistance au déficit hydrique ;
- croissance ;
- fructification ;
- maladies.
Elles constituent des indicateurs biologiques du climat futur.
35.61 — La sélection locale
Une forêt ou parcelle syntropique peut devenir une source de sélection.
On observe :
quelle variété survit ?
laquelle produit ?
laquelle résiste ?
laquelle se régénère ?
Puis on multiplie progressivement les individus performants.
35.62 — L’intelligence artificielle
C’est ici que la Vision Omakëya™ peut aller beaucoup plus loin.
Un réseau de capteurs peut mesurer :
- humidité ;
- température ;
- croissance ;
- rayonnement ;
- pluie.
L’IA peut rechercher des corrélations entre :
espèce
↔
microclimat
↔
sol
↔
eau
↔
rendement.
35.63 — Le jumeau numérique
À terme, une parcelle syntropique peut devenir un modèle numérique.
SOL
↓
EAU
↓
PLANTES
↓
MICROCLIMAT
↓
CAPTEURS
↓
IA
↓
SIMULATION
↓
DÉCISION
On peut alors tester différentes architectures avant leur implantation.
35.64 — Simuler une sécheresse
Le modèle peut comparer :
Architecture A
Faible densité.
Architecture B
Densité moyenne.
Architecture C
Densité forte.
Puis calculer ou estimer :
- consommation d’eau ;
- température ;
- biomasse ;
- rendement ;
- stress.
35.65 — Simuler une canicule
Même logique pour :
+4 °C
+6 °C
+8 °C
avec différentes disponibilités hydriques.
La meilleure architecture n’est pas nécessairement celle qui produit le plus dans une année normale.
C’est potentiellement celle qui conserve le plus de fonctions pendant les années extrêmes.
35.66 — Le concept de résilience productive
On peut définir conceptuellement :Rp=ProductionstressProductionreˊfeˊrenceR_p=\frac{Production_{stress}}{Production_{référence}}
Une valeur élevée signifie que la production reste relativement stable malgré le stress.
Cela permet de comparer différentes architectures.
35.67 — L’efficacité systémique
Il est également possible de considérer :Es=Fonctions produitesRessources externesE_s=\frac{Fonctions\ produites}{Ressources\ externes}
Les fonctions peuvent inclure :
- nourriture ;
- biomasse ;
- carbone ;
- biodiversité ;
- régulation hydrologique.
Ce n’est pas un indicateur universel, mais un cadre utile pour comparer des systèmes.
35.68 — Applications au jardin
À l’échelle de quelques centaines de mètres carrés :
- arbres fruitiers ;
- petits fruits ;
- légumes ;
- plantes vivaces ;
- biomasse ;
- haies.
La gestion manuelle permet une grande complexité.
35.69 — Applications à la ferme
À l’échelle de plusieurs hectares :
- bandes agroforestières ;
- cultures ;
- élevage ;
- haies ;
- zones humides ;
- boisements productifs.
Il faut davantage intégrer :
- mécanisation ;
- économie ;
- logistique.
35.70 — Applications au territoire
À l’échelle du bassin versant :
forêts
haies
agriculture
mares
zones humides
sols vivants
peuvent être considérés comme une infrastructure écologique interconnectée.
35.71 — Le modèle Omakëya™
La Vision Omakëya™ peut donc intégrer l’agriculture syntropique comme une composante d’un système plus large :
agroclimatologie + agroforesterie + syntropie + hydrologie régénérative + sol vivant + biodiversité + numérique.
35.72 — Ce que l’on peut retenir d’Ernst Götsch
L’intérêt majeur de son travail n’est pas de fournir une recette universelle.
Il est surtout de montrer qu’il est possible de penser :
agriculture
comme
écosystème dynamique.
Et de considérer :
- le temps ;
- la succession ;
- la biomasse ;
- les interactions ;
- la taille ;
- la couverture du sol ;
comme des outils agricoles.
35.73 — Ce qu’il ne faut pas faire
Il faut éviter plusieurs dérives :
« planter très dense suffit ».
Faux.
« plus d’espèces signifie automatiquement plus de rendement ».
Faux.
« les arbres créent toujours de l’eau ».
Faux.
« la syntropie fonctionne de la même manière partout ».
Faux.
« il suffit d’imiter la forêt ».
Trop simpliste.
35.74 — Le véritable principe
Le principe le plus transférable est plutôt :
observer le fonctionnement écologique, identifier les mécanismes utiles et les adapter aux contraintes locales.
Cette distinction est essentielle pour une approche scientifique.
35.75 — Une agriculture syntropique scientifique
Pour le Tome 8, il est intéressant de faire évoluer l’approche vers :
principes de Götsch
écologie expérimentale
agroclimatologie
hydrologie
pédologie
écophysiologie
modélisation.
On passe ainsi de la pratique empirique à une ingénierie expérimentale des agroécosystèmes.
35.76 — Le protocole Omakëya™
Pour chaque système, on pourrait appliquer :
1. Diagnostic
Climat + sol + eau + relief.
2. Objectifs
Alimentation + carbone + biodiversité + résilience.
3. Architecture
Strates + densités + espacements.
4. Succession
Année 1 → 5 → 10 → 20 → 50.
5. Gestion
Taille + éclaircie + biomasse.
6. Mesure
Capteurs + observations.
7. Simulation
Scénarios climatiques.
8. Adaptation
Remplacement progressif des espèces.
35.77 — Le système vivant comme projet à long terme
Une agriculture syntropique correctement conçue n’est donc pas un aménagement terminé le jour de la plantation.
C’est un processus continu :
planter → observer → tailler → mesurer → adapter → remplacer → recommencer.
Le système évolue avec :
- les plantes ;
- le sol ;
- le climat ;
- les connaissances ;
- les besoins humains.
35.78 — L’agriculture syntropique apporte au Tome 8 une idée fondamentale :
l’agriculture peut être conçue comme une succession écologique productive.
Le travail d’Ernst Götsch montre l’intérêt d’une agriculture qui considère simultanément :
l’espace
le temps
la biomasse
la succession
la lumière
l’eau
le sol
les interactions biologiques.
La Vision Omakëya™ peut prolonger cette approche en y ajoutant une dimension particulièrement importante pour le XXIᵉ siècle :
la modélisation prospective du climat et le pilotage numérique de l’écosystème.
Le système agricole du futur pourrait ainsi devenir :
vivant + productif + mesuré + modélisé + adaptable.
Et surtout, il ne serait plus conçu pour rester identique pendant cinquante ans.
Il serait conçu pour évoluer avec le climat.
Chapitre 36 — Les associations végétales et les guildes
Facilitation · compétition · complémentarité · allélopathie · mycorhizes · racines · eau · lumière · nutriments · plantes compagnes · guildes fruitières · guildes maraîchères · légumineuses · plantes de service · couvre-sol · biodiversité fonctionnelle · réseaux trophiques · conception des associations · expérimentation · mesure · optimisation par IA · associations adaptées aux climats 2050–2100 · Vision Omakëya™.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.