AGROCLIMATOLOGIE : Interactions plantes-insectes

Interactions plantes-insectes

Les interactions entre plantes et insectes constituent l’un des réseaux biologiques les plus complexes des écosystèmes terrestres.

Depuis plus de 300 millions d’années, plantes et insectes évoluent en interaction permanente. Les plantes constituent des ressources alimentaires, des habitats et parfois des partenaires reproductifs pour les insectes. En retour, les insectes peuvent polliniser les plantes, consommer leurs tissus, disperser leurs graines, modifier leur croissance ou participer indirectement à leur protection.

Ces relations ne sont ni systématiquement bénéfiques ni systématiquement négatives.

Elles peuvent être :

  • mutualistes ;
  • antagonistes ;
  • prédatrices ;
  • parasitaires ;
  • commensales ;
  • compétitives ;
  • indirectes.

Comprendre ces interactions est essentiel pour concevoir les écosystèmes végétaux résilients du futur.

Une plante n’existe jamais seule : elle constitue une partie d’un réseau d’interactions dont les insectes représentent l’un des composants majeurs.


1. Un réseau d’interactions plutôt qu’une simple chaîne

La relation classique :

plante → insecte

est beaucoup trop simplificatrice.

Dans un écosystème réel :

plante → herbivore → prédateur

mais également :

plante → pollinisateur → fruit → oiseau

ou encore :

plante → puceron → parasitoïde → hyperparasitoïde.

Une même plante peut donc simultanément nourrir certains insectes, en attirer d’autres et en repousser certains.


2. Les grandes catégories d’interactions

Les interactions plantes-insectes peuvent être regroupées en plusieurs grandes catégories.

Mutualisme

Les deux partenaires tirent un bénéfice.

Exemple :

fleur ↔ pollinisateur.

Herbivorie

L’insecte consomme la plante.

Exemple :

chenille → feuille.

Parasitisme

L’insecte exploite la plante ou un autre organisme en lui causant un dommage généralement sans provoquer immédiatement sa mort.

Prédation

Certains insectes consomment d’autres insectes.

Exemple :

coccinelle → puceron.

Indirecte

Une interaction modifie l’environnement et influence ensuite d’autres organismes.


3. Les insectes pollinisateurs

La pollinisation constitue l’une des interactions les plus connues.

L’insecte visite une fleur pour obtenir :

  • nectar ;
  • pollen ;
  • parfois d’autres ressources.

Au cours de cette visite, du pollen peut être transporté vers une autre fleur.

La plante obtient alors un service reproductif.

L’insecte obtient une ressource alimentaire.


4. Une relation pourtant asymétrique

La pollinisation n’est pas toujours un échange parfaitement équilibré.

Certaines plantes :

  • produisent du nectar ;
  • attirent les insectes ;
  • mais offrent relativement peu de récompense.

D’autres peuvent exploiter des mécanismes extrêmement spécialisés.

Certaines interactions sont donc de véritables compromis évolutifs.


5. Les plantes alimentaires

Les insectes herbivores utilisent différentes parties des plantes :

  • feuilles ;
  • tiges ;
  • racines ;
  • fleurs ;
  • fruits ;
  • graines ;
  • sève.

Chaque partie représente une niche écologique différente.

Une seule plante peut ainsi héberger plusieurs dizaines d’espèces d’insectes ayant des régimes alimentaires différents.


6. Les insectes phytophages

Les phytophages consomment des végétaux.

Parmi eux :

  • chenilles ;
  • pucerons ;
  • cicadelles ;
  • aleurodes ;
  • coléoptères ;
  • charançons ;
  • certains orthoptères.

Ils jouent un rôle écologique fondamental.

Même lorsqu’ils causent des dégâts agricoles, ils constituent une ressource alimentaire pour de nombreux prédateurs.


7. Pourquoi les plantes ne sont-elles pas constamment détruites ?

Une question fondamentale se pose :

Si les insectes consomment les plantes, pourquoi les plantes existent-elles encore ?

Parce que les plantes possèdent de nombreux mécanismes de défense.

Ils peuvent être :

  • physiques ;
  • chimiques ;
  • mécaniques ;
  • comportementaux au sens écologique ;
  • constitutifs ;
  • induits.

8. Les défenses physiques

Les plantes peuvent développer :

  • épines ;
  • aiguillons ;
  • poils ;
  • feuilles coriaces ;
  • cuticules épaisses ;
  • tissus lignifiés.

Ces structures peuvent rendre l’alimentation plus difficile.


9. Les défenses chimiques

Les plantes produisent une extraordinaire diversité de molécules secondaires.

On retrouve notamment :

  • alcaloïdes ;
  • terpènes ;
  • tanins ;
  • glycosides ;
  • composés phénoliques.

Ces molécules peuvent :

  • repousser ;
  • intoxiquer ;
  • ralentir la croissance ;
  • perturber la digestion.

10. Les défenses constitutives

Certaines défenses sont présentes en permanence.

Exemples :

  • épines ;
  • cuticule ;
  • composés toxiques ;
  • feuilles coriaces.

Elles constituent une protection de base.


11. Les défenses induites

D’autres défenses sont déclenchées après une attaque.

Une plante peut détecter :

  • dégâts mécaniques ;
  • salive d’herbivore ;
  • molécules associées à l’attaque.

Elle peut alors modifier son métabolisme.

C’est un véritable système de défense biologique.


12. Les hormones de défense

Deux grandes voies sont particulièrement importantes :

acide jasmonique

et

acide salicylique.

Elles participent à la coordination de différentes réponses de défense.

Le fonctionnement réel est cependant beaucoup plus complexe et implique de nombreuses interactions hormonales et moléculaires.


13. Les signaux volatils

Certaines plantes attaquées émettent des composés organiques volatils.

Ces molécules peuvent :

  • modifier les interactions avec les insectes ;
  • attirer certains ennemis naturels des herbivores ;
  • influencer les plantes voisines.

La plante peut ainsi modifier son environnement chimique.


14. La défense indirecte

C’est un mécanisme particulièrement intéressant.

Une plante attaquée par un herbivore peut attirer un prédateur ou un parasitoïde de cet herbivore.

Par exemple :

plante attaquée

→ émission de signaux

→ arrivée d’un parasitoïde

→ diminution de l’herbivore.

La plante utilise alors indirectement le réseau trophique pour réduire son agresseur.


15. Les plantes comme habitats

Une plante n’est pas uniquement une source de nourriture.

Elle fournit également :

  • surface de déplacement ;
  • abri ;
  • sites de ponte ;
  • zones de repos ;
  • microclimats.

Certaines plantes sont de véritables architectures vivantes pour les insectes.


16. Les cavités et structures végétales

Les tiges creuses, écorces fissurées, galles et bois mort peuvent constituer des habitats.

Un arbre âgé peut ainsi héberger une communauté d’insectes totalement différente de celle d’un jeune arbre.

La longévité végétale augmente donc souvent la complexité structurale de l’habitat.


17. Les plantes hôtes

Certaines larves dépendent d’une plante ou d’un groupe de plantes particulier.

Cette relation peut être extrêmement spécialisée.

Une plante apparemment peu intéressante pour l’homme peut donc être indispensable à la reproduction d’une espèce d’insecte.


18. Les plantes nourricières des papillons

Les papillons illustrent particulièrement bien ce phénomène.

La plante nectarifère nourrit l’adulte.

Mais la plante hôte des chenilles est nécessaire au développement larvaire.

Il faut donc distinguer :

plante nourricière de l’adulte

et

plante hôte de la larve.


19. Les galles

Certains insectes provoquent la formation de galles sur les végétaux.

L’insecte déclenche une modification locale de la croissance végétale.

La plante produit alors une structure qui peut fournir :

  • protection ;
  • nourriture ;
  • microhabitat.

La galle devient une véritable structure construite par l’interaction entre l’insecte et la plante.


20. Les insectes suceurs de sève

Les pucerons, cochenilles et certains autres insectes prélèvent la sève.

Ils peuvent provoquer :

  • affaiblissement ;
  • déformation ;
  • transmission de virus ;
  • production de miellat.

Mais ils alimentent aussi de nombreux auxiliaires.


21. Le miellat

Certains insectes excrètent un liquide riche en sucres appelé miellat.

Il peut être exploité par :

  • fourmis ;
  • abeilles ;
  • autres insectes.

Cela crée de nouveaux réseaux d’interactions.


22. Les fourmis et les pucerons

Certaines fourmis entretiennent des relations avec les pucerons.

Elles peuvent :

  • les protéger de certains prédateurs ;
  • exploiter leur miellat ;
  • parfois les déplacer vers des ressources favorables.

Cette interaction montre qu’une relation :

plante → herbivore

peut devenir :

plante → herbivore → fourmi

et modifier tout le réseau trophique.


23. Les insectes auxiliaires

Certains insectes contribuent au contrôle des herbivores.

On peut citer :

  • coccinelles ;
  • chrysopes ;
  • syrphes ;
  • carabes ;
  • perce-oreilles ;
  • certains hémiptères prédateurs.

Ils constituent des acteurs importants du contrôle biologique.


24. Les parasitoïdes

Les parasitoïdes sont particulièrement importants dans les agroécosystèmes.

Une femelle peut pondre dans ou sur un hôte.

La larve se développe aux dépens de celui-ci et finit généralement par le tuer.

Les parasitoïdes représentent donc un mécanisme naturel de régulation des populations d’insectes.


25. Les réseaux de prédation

Un jardin peut contenir :

plantes

pucerons

syrphes

araignées / oiseaux

.

La suppression d’un élément peut modifier les populations des autres.

Il est donc préférable de raisonner en réseaux trophiques plutôt qu’en espèces isolées.


26. Les plantes qui attirent les auxiliaires

Une plante peut être utile même si elle n’est pas directement productive.

Elle peut fournir :

  • nectar ;
  • pollen ;
  • refuge.

Elle peut donc soutenir les populations d’auxiliaires qui régulent ensuite les ravageurs.


27. Le principe du « sacrifice »

Certaines plantes peuvent être utilisées comme plantes pièges ou plantes relais.

Elles attirent volontairement certains herbivores vers une zone déterminée.

L’objectif est de protéger une culture principale.

Ce principe doit être utilisé avec prudence pour éviter de transformer la plante piège en source majeure de ravageurs.


28. La diversité végétale

Une monoculture présente une architecture simplifiée.

Une communauté diversifiée offre :

  • davantage de ressources ;
  • davantage de niches ;
  • davantage de microclimats ;
  • davantage de périodes de floraison.

Elle peut donc accueillir une communauté d’insectes plus diversifiée.


29. Diversité et stabilité

La diversité peut favoriser la stabilité du réseau écologique grâce à :

  • redondance fonctionnelle ;
  • complémentarité ;
  • diversité temporelle ;
  • diversité spatiale.

Mais elle ne garantit pas automatiquement l’absence de ravageurs.


30. Les monocultures

Une monoculture concentre une ressource végétale.

Lorsqu’un insecte est parfaitement adapté à cette plante, il peut rencontrer :

  • une ressource abondante ;
  • une grande continuité spatiale ;
  • une faible diversité de barrières.

Les conditions peuvent donc favoriser certaines pullulations.


31. Les associations culturales

Les associations peuvent modifier :

  • odeurs ;
  • couleurs ;
  • architecture ;
  • accès aux plantes ;
  • microclimat.

Cela peut perturber certains ravageurs ou favoriser certains auxiliaires.

Les effets sont toutefois fortement dépendants des espèces et des conditions.


32. Les haies

Les haies sont particulièrement intéressantes.

Elles fournissent :

  • fleurs ;
  • pollen ;
  • nectar ;
  • abris ;
  • sites de reproduction ;
  • corridors.

Elles peuvent donc constituer des réservoirs d’insectes auxiliaires.


33. Les bandes fleuries

Une bande fleurie peut fournir une continuité alimentaire.

Elle doit cependant être pensée comme une communauté végétale.

Il faut considérer :

  • floraison ;
  • hauteur ;
  • durée ;
  • disponibilité du pollen ;
  • disponibilité du nectar ;
  • entretien.

34. Les arbres comme infrastructures biologiques

Un arbre mature peut héberger :

  • insectes herbivores ;
  • pollinisateurs ;
  • prédateurs ;
  • parasitoïdes ;
  • décomposeurs.

Son architecture crée plusieurs microhabitats.

La canopée, le tronc, les branches, les fissures et le sol associé constituent autant de niches.


35. L’écorce

L’écorce représente un habitat particulièrement intéressant.

Elle peut abriter :

  • insectes ;
  • araignées ;
  • lichens ;
  • champignons ;
  • microorganismes.

Une écorce vivante et structurée constitue donc une véritable surface écologique.


36. Le bois mort

Le bois mort héberge une biodiversité considérable.

Il peut servir :

  • de refuge ;
  • de site de reproduction ;
  • de source alimentaire ;
  • de support pour les champignons.

Son maintien dans certaines zones du jardin augmente la complexité écologique.


37. Les insectes décomposeurs

Les insectes participent également à la décomposition de la matière organique.

Ils fragmentent :

  • feuilles ;
  • bois ;
  • fruits ;
  • cadavres.

Ils facilitent ensuite l’action des microorganismes.

Ils participent donc indirectement au cycle du carbone et des nutriments.


38. Les interactions avec le sol

Une partie du cycle de vie de nombreux insectes se déroule dans le sol.

Le sol constitue :

  • habitat ;
  • refuge ;
  • lieu de reproduction ;
  • zone d’hivernage.

La qualité du sol influence donc directement certaines populations d’insectes.


39. Le rôle de la litière

Une litière diversifiée fournit :

  • humidité ;
  • nourriture ;
  • abris ;
  • gradients thermiques.

La suppression systématique de toute matière organique morte peut donc appauvrir les habitats.


40. Les interactions racines-insectes

Certains insectes vivent dans la zone racinaire.

Ils peuvent :

  • consommer des racines ;
  • provoquer des galles ;
  • transmettre des microorganismes ;
  • modifier les flux de nutriments.

La rhizosphère est donc également une zone d’interactions plantes-insectes.


41. Les interactions plantes-insectes-microorganismes

Le système devient encore plus complexe lorsque l’on ajoute les microorganismes.

Par exemple :

plante

champignon

insecte

ou :

plante

herbivore

microorganismes associés à l’herbivore.

Les interactions sont rarement limitées à deux partenaires.


42. Le microbiome des insectes

Certains insectes dépendent de microorganismes symbiotiques pour leur alimentation ou leur capacité à exploiter certaines plantes.

Le microbiome peut influencer :

  • digestion ;
  • nutrition ;
  • défense ;
  • adaptation à l’hôte.

L’écologie des insectes doit donc parfois être étudiée à plusieurs niveaux biologiques.


43. La coévolution

Plantes et insectes exercent réciproquement des pressions de sélection.

Une plante développe une défense.

Un insecte développe un mécanisme pour la contourner.

La plante améliore sa défense.

L’insecte évolue à nouveau.

Cela crée une véritable course évolutive.


44. La spécialisation

Certaines interactions deviennent très spécialisées.

Un insecte peut dépendre d’une seule plante.

Inversement, une plante peut dépendre d’un petit nombre de pollinisateurs.

Ces systèmes sont efficaces mais potentiellement vulnérables aux perturbations.


45. Généralistes et spécialistes

Les espèces généralistes exploitent de nombreuses ressources.

Les spécialistes dépendent d’un nombre limité de ressources.

Dans un climat instable, les généralistes peuvent parfois présenter une plus grande flexibilité.

Mais les spécialistes peuvent posséder des adaptations particulièrement performantes.


46. Le changement climatique

Le changement climatique modifie simultanément :

  • température ;
  • humidité ;
  • disponibilité des plantes ;
  • floraison ;
  • reproduction ;
  • aires de répartition.

Les interactions peuvent donc se modifier même si aucune espèce ne disparaît immédiatement.


47. La désynchronisation

Un problème majeur est le décalage entre les cycles biologiques.

Par exemple :

floraison avancée

mais

activité du pollinisateur inchangée.

Ou :

apparition précoce d’un herbivore

avant

arrivée de son prédateur.

La synchronisation écologique devient un enjeu majeur de l’agroclimatologie.


48. Les canicules

Les fortes chaleurs peuvent affecter :

  • activité des insectes ;
  • reproduction ;
  • développement larvaire ;
  • floraison ;
  • disponibilité du nectar.

La combinaison de températures élevées et de sécheresse peut donc perturber plusieurs interactions simultanément.


49. Les sécheresses

Une plante en stress hydrique peut modifier :

  • croissance ;
  • composition chimique ;
  • production de nectar ;
  • émissions volatiles.

Les insectes peuvent alors modifier leur comportement.

La sécheresse peut ainsi provoquer une cascade :

sol sec

plante stressée

modification des ressources

modification des insectes

modification des prédateurs.


50. Les espèces invasives

Les plantes introduites peuvent rencontrer de nouveaux insectes.

Inversement, des insectes introduits peuvent rencontrer des plantes dépourvues de défenses adaptées.

Ces nouvelles combinaisons peuvent modifier profondément les réseaux écologiques.


51. Les ravageurs émergents

Le réchauffement peut permettre à certaines espèces d’étendre leur aire géographique.

Des insectes auparavant limités par :

  • froid ;
  • durée de l’hiver ;
  • absence de plante hôte ;

peuvent devenir capables de survivre dans de nouvelles régions.


52. Les générations supplémentaires

Une température plus élevée peut accélérer le développement de certains insectes.

Dans certaines conditions, cela peut permettre davantage de générations annuelles.

Une population peut donc augmenter plus rapidement.

Mais l’effet réel dépend de l’espèce et des autres contraintes environnementales.


53. Les arbres du futur et les insectes

Le choix des arbres pour 2050–2100 doit intégrer leurs interactions avec les insectes.

Il faut examiner :

  • ravageurs connus ;
  • insectes associés ;
  • prédateurs ;
  • parasitoïdes ;
  • capacité de régénération.

Un arbre résistant à la sécheresse mais extrêmement vulnérable à un ravageur émergent n’est pas nécessairement un bon choix.


54. Les plantes du futur

La sélection des espèces végétales doit donc intégrer :

climat

sol

eau

insectes

microorganismes

réseaux trophiques.

L’adaptation climatique ne peut pas être évaluée uniquement à partir de la température ou de la pluviométrie.


55. Une matrice plantes-insectes

Pour chaque plante, on peut établir :

CritèreAnalyse
Pollinisateurs associésgroupes principaux
Herbivoresprincipaux consommateurs
Auxiliaires associésprédateurs et parasitoïdes
Plantes hôtesinsectes dépendants
Période de floraisoncalendrier
Période de fructificationcalendrier
Résistance climatiquesécheresse/chaleur/froid
Risque sanitaireravageurs et maladies
Valeur écologiquehabitat + nourriture

Cette approche permet de dépasser le simple catalogue botanique.


56. Une matrice fonctionnelle élargie

La véritable unité de conception peut devenir :

plante + insectes associés + microorganismes + environnement.

On ne sélectionne donc plus seulement une espèce.

On sélectionne un ensemble d’interactions.


57. Le jardin comme réseau biologique

Un jardin Omakëya™ peut être représenté comme :

                     🌳 ARBRE
                  /     |      \
             🐝 fleurs  🐛      🪲
                |        |        |
          pollinisation herbivorie prédation
                |        |        |
              🌸       🐞       🕷️
                \        |       /
                 \       |      /
                    🌱 SOL
                      |
              microorganismes

Chaque élément possède plusieurs relations.


58. Le principe de diversité

L’objectif n’est pas d’éliminer tous les insectes.

Un écosystème sans herbivores serait biologiquement très pauvre.

L’objectif est de rechercher un équilibre dynamique entre :

production

herbivorie

prédation

parasitoïdisme

pollinisation

décomposition.


59. Le contrôle biologique

Dans un système résilient, les ravageurs doivent idéalement être intégrés dans un réseau de régulation.

On cherche :

ravageur

prédateur

parasitoïde

prédateur supérieur.

Le contrôle biologique devient alors une propriété émergente du système.


60. Le piège du « zéro insecte »

Un jardin parfaitement exempt d’insectes n’est pas un écosystème sain.

La présence d’insectes indique généralement qu’il existe :

  • nourriture ;
  • habitats ;
  • relations trophiques.

La question pertinente n’est donc pas :

« Comment supprimer tous les insectes ? »

mais :

« Comment empêcher qu’une seule interaction ne devienne dominante au point de déstabiliser le système ? »


61. Gestion écologique

Une gestion favorable aux interactions naturelles peut comprendre :

  • réduction des traitements inutiles ;
  • maintien des haies ;
  • conservation du bois mort ;
  • diversité florale ;
  • couverture des sols ;
  • limitation des perturbations ;
  • création de microhabitats.

62. Gestion différenciée

Toutes les zones n’ont pas besoin d’être entretenues de la même manière.

On peut conserver :

  • zones fleuries ;
  • zones sauvages ;
  • lisières ;
  • haies libres ;
  • bois mort ;
  • sols peu perturbés.

Cette hétérogénéité augmente la diversité des niches.


63. Le rôle des mares

Une mare ne nourrit pas directement tous les insectes, mais elle crée un ensemble de conditions favorables à de nombreux organismes.

Elle contribue à :

  • humidité locale ;
  • diversité végétale ;
  • reproduction de certains insectes ;
  • alimentation de prédateurs.

Elle devient une pièce du réseau écologique.


64. Les microclimats

La conception des microclimats peut influencer les interactions.

Un système comprenant :

  • arbres ;
  • haies ;
  • mares ;
  • zones ombragées ;
  • zones sèches ;
  • zones humides ;

offre une diversité de conditions thermiques et hydriques.


65. Les insectes comme indicateurs

La diversité des insectes peut renseigner sur :

  • qualité de l’habitat ;
  • diversité florale ;
  • continuité écologique ;
  • pression chimique ;
  • évolution climatique.

Certaines espèces peuvent donc être utilisées comme indicateurs biologiques.


66. Observation et capteurs

Le suivi peut utiliser :

  • pièges photographiques ;
  • caméras ;
  • microphones ;
  • observations humaines ;
  • pièges non destructifs ;
  • stations météorologiques.

Les données peuvent être associées à :

  • température ;
  • humidité ;
  • vent ;
  • rayonnement ;
  • pluviométrie.

67. Intelligence artificielle

L’IA peut aider à :

  • identifier les insectes ;
  • identifier les plantes ;
  • détecter les interactions ;
  • analyser les périodes de présence ;
  • suivre les populations ;
  • détecter des anomalies.

Une caméra pourrait par exemple enregistrer :

espèce A

→ visite

plante B

14 h 32

24 °C

vent faible.


68. Cartographie dynamique

Les observations peuvent être intégrées dans un SIG.

On peut cartographier :

  • pollinisateurs ;
  • ravageurs ;
  • auxiliaires ;
  • plantes hôtes ;
  • habitats.

Le territoire devient alors une carte dynamique des interactions biologiques.


69. Jumeau numérique écologique

À terme, les données pourraient alimenter un jumeau numérique comprenant :

climat

sol

eau

plantes

insectes

microorganismes.

Le système pourrait simuler certaines évolutions.


70. Scénarios 2050

On peut tester :

Que devient le réseau plantes-insectes avec +2 °C et une sécheresse estivale plus fréquente ?

On peut identifier :

  • espèces végétales vulnérables ;
  • insectes en expansion ;
  • ruptures de synchronisation ;
  • fonctions perdues.

71. Scénarios 2100

À l’horizon 2100, la question devient :

Quelles communautés végétales et quels réseaux d’insectes pourront maintenir leurs fonctions malgré un climat profondément transformé ?

La réponse nécessitera probablement une combinaison de :

  • diversité ;
  • migration ;
  • sélection ;
  • conservation génétique ;
  • restauration écologique.

72. Concevoir les interactions plutôt que les espèces seules

C’est probablement l’un des changements conceptuels majeurs de l’agroclimatologie du futur.

On ne devrait plus demander uniquement :

« Cette plante résiste-t-elle à +3 °C ? »

Mais :

« Comment cette plante fonctionnera-t-elle avec les insectes, les microorganismes, le sol et les autres végétaux dans le climat de 2050 ou de 2100 ? »


73. La plante comme nœud écologique

Une plante peut être représentée comme un nœud relié à :

  • pollinisateurs ;
  • herbivores ;
  • prédateurs ;
  • parasitoïdes ;
  • champignons ;
  • bactéries ;
  • autres plantes.

La valeur écologique d’une plante dépend donc aussi de la richesse de ses interactions.


74. La résilience du réseau

Un réseau très spécialisé peut être performant mais fragile.

Un réseau possédant :

  • plusieurs pollinisateurs ;
  • plusieurs prédateurs ;
  • plusieurs plantes hôtes ;
  • plusieurs sources alimentaires ;

dispose davantage de possibilités de remplacement.

La redondance devient une propriété centrale de la résilience.


75. La complémentarité

Les espèces peuvent également exploiter des ressources différentes.

Un insecte peut être actif :

  • le matin ;
  • un autre l’après-midi ;
  • un autre la nuit.

Un autre peut être actif par temps frais.

Un autre par temps chaud.

La complémentarité temporelle augmente la couverture fonctionnelle du réseau.


76. Le principe Omakëya™

Dans la Vision Omakëya™, la relation plantes-insectes peut être organisée autour de six fonctions :

nourrir

polliniser

abriter

réguler

décomposer

évoluer.

Une plante devient alors une pièce d’une infrastructure écologique.


77. Concevoir un réseau plutôt qu’une collection

Un jardin composé de cinquante espèces n’est pas nécessairement résilient.

Un jardin dans lequel les cinquante espèces possèdent des fonctions complémentaires et des interactions multiples peut être beaucoup plus robuste.

La question devient donc :

Combien d’interactions fonctionnelles avons-nous créées ?

plutôt que simplement :

Combien d’espèces avons-nous plantées ?


78. Le paysage du futur

À l’échelle territoriale :

jardins

haies

vergers

prairies

forêts

zones humides

forment une mosaïque d’habitats.

Les insectes peuvent circuler entre ces espaces.

Les plantes peuvent également se disperser.

Le territoire devient un réseau écologique continu.


79. Une agroclimatologie des interactions

L’étude des plantes du futur doit donc intégrer simultanément :

climat

hydrologie

sol

plantes

insectes

microorganismes

faune

gestion humaine.

Le climat ne modifie pas seulement les plantes.

Il modifie les relations entre les organismes.


80. Les interactions plantes-insectes constituent l’un des grands moteurs de la biodiversité terrestre.

Elles permettent :

  • pollinisation ;
  • reproduction ;
  • herbivorie ;
  • contrôle biologique ;
  • alimentation ;
  • décomposition ;
  • création d’habitats ;
  • évolution.

Elles forment des réseaux dynamiques capables de se réorganiser en permanence.

Face au changement climatique, cette dimension devient fondamentale.

La plante de demain ne devra pas seulement être capable de survivre à une température donnée ou à une sécheresse donnée.

Elle devra pouvoir fonctionner au sein d’un réseau écologique complet.

La Vision Omakëya™ conduit ainsi à une approche plus ambitieuse :

ne plus sélectionner uniquement des plantes résistantes, mais concevoir des communautés végétales capables de maintenir des réseaux d’interactions fonctionnels, diversifiés et évolutifs jusqu’en 2050, 2100 et au-delà.

Le véritable objectif n’est donc pas de créer un jardin sans insectes.

C’est de créer un jardin dans lequel :

les plantes nourrissent les insectes,

les insectes pollinisent les plantes,

les herbivores nourrissent les prédateurs,

les prédateurs régulent les herbivores,

les décomposeurs recyclent la matière,

et l’ensemble du réseau contribue à maintenir un écosystème vivant, productif et résilient.