
Les forêts nourricières
Concevoir des écosystèmes alimentaires résilients
La forêt nourricière constitue l’une des applications les plus abouties de la combinaison entre agroforesterie, écologie végétale, succession, diversité fonctionnelle et production alimentaire.
Elle ne consiste pas simplement à planter beaucoup d’arbres fruitiers.
Une véritable forêt nourricière cherche à construire un écosystème productif multi-strates, dans lequel différentes espèces occupent simultanément plusieurs niveaux de l’espace, exploitent différentes ressources et remplissent plusieurs fonctions.
L’objectif est de produire :
- fruits ;
- noix ;
- graines ;
- légumes ;
- tubercules ;
- plantes aromatiques ;
- plantes médicinales ;
- biomasse ;
- fourrage ;
tout en assurant parallèlement :
- protection du sol ;
- infiltration de l’eau ;
- création de microclimats ;
- stockage de carbone ;
- habitat pour la biodiversité ;
- recyclage des nutriments.
La question centrale devient alors :
Comment concevoir une communauté végétale capable de produire de la nourriture tout en fonctionnant progressivement comme un véritable écosystème ?
34.1 — De l’arbre fruitier à l’écosystème alimentaire
Un verger classique peut être représenté comme :
arbres fruitiers → fruits → récolte.
Une forêt nourricière cherche à créer :
CANOPÉE
fruits · noix · bois
↓
SOUS-CANOPÉE
petits fruitiers
↓
ARBUSTES
baies · biomasse
↓
HERBACÉES
légumes · aromatiques
↓
COUVRE-SOL
↓
RACINES
↓
MICROORGANISMES
Chaque strate participe au fonctionnement global.
34.2 — Une forêt nourricière n’est pas une forêt naturelle
Il faut distinguer clairement :
Forêt naturelle
Objectif principal : fonctionnement écologique et reproduction de l’écosystème.
Forêt nourricière
Objectif : fonctionnement écologique + production alimentaire volontairement sélectionnée.
Elle constitue donc un agroécosystème.
34.3 — Les sept strates
La conception classique des forêts nourricières s’appuie souvent sur plusieurs strates.
1. Canopée
Grands arbres.
2. Arbres intermédiaires
Fruitiers de taille moyenne.
3. Strate arbustive
Petits fruits et arbustes fonctionnels.
4. Strate herbacée
Légumes et plantes vivaces.
5. Rhizosphère
Tubercules et racines.
6. Couvre-sol
Plantes basses.
7. Grimpantes
Plantes utilisant les structures verticales.
Cette architecture doit cependant être adaptée aux espèces et au climat local.
34.4 — La canopée alimentaire
La canopée constitue la structure supérieure.
Elle peut accueillir :
- noyers ;
- châtaigniers ;
- pacaniers dans les régions adaptées ;
- certains chênes à glands comestibles ;
- grands fruitiers.
Le choix dépend :
- du climat ;
- du sol ;
- de l’eau ;
- de la profondeur disponible ;
- des températures futures.
34.5 — Les arbres fruitiers intermédiaires
Ils peuvent comprendre selon les régions :
- pommiers ;
- poiriers ;
- pruniers ;
- pêchers ;
- abricotiers ;
- kakis ;
- asiminiers ;
- grenadiers.
L’objectif est de répartir la production dans l’espace et dans le temps.
34.6 — Les arbustes nourriciers
Ils permettent de remplir les espaces intermédiaires :
- groseilliers ;
- cassissiers ;
- framboisiers ;
- aronias ;
- cornouillers fruitiers ;
- noisetiers ;
- argousiers.
Ils peuvent également fournir des fonctions écologiques.
34.7 — Les plantes herbacées
Cette strate peut produire :
- légumes ;
- aromatiques ;
- plantes médicinales ;
- fleurs comestibles ;
- plantes mellifères.
Certaines espèces peuvent être annuelles.
D’autres peuvent être pérennes.
34.8 — Les plantes-racines
La production souterraine peut inclure :
- pommes de terre ;
- patates douces dans les climats adaptés ;
- topinambours ;
- hélianthis ;
- certaines plantes à racines alimentaires.
Elle permet d’utiliser un espace généralement peu exploité dans un verger classique.
34.9 — Les couvre-sol
Le couvre-sol joue un rôle essentiel.
Il peut :
- réduire l’évaporation ;
- protéger contre l’érosion ;
- limiter les températures extrêmes ;
- produire de la biomasse ;
- fournir des fruits ou des feuilles.
Il constitue également une interface majeure entre végétation et sol.
34.10 — Les plantes grimpantes
Les plantes grimpantes exploitent la dimension verticale.
Exemples :
- vigne ;
- kiwi ;
- kiwaï ;
- certaines légumineuses grimpantes.
Elles peuvent transformer une structure inutilisée en espace productif.
34.11 — L’utilisation de la lumière
Une forêt nourricière cherche à répartir la lumière.
La canopée capte le rayonnement supérieur.
Les strates inférieures utilisent :
- lumière filtrée ;
- lumière diffuse ;
- rayonnement résiduel.
L’objectif est d’éviter que la totalité du rayonnement atteigne inutilement le sol nu.
34.12 — Le problème de l’ombre
Trop d’arbres peuvent cependant provoquer :
ombre excessive
→
baisse de photosynthèse
→
réduction de certaines productions.
Une forêt nourricière doit donc être conçue selon un bilan lumineux.
34.13 — La géométrie solaire
La disposition des arbres doit tenir compte :
- latitude ;
- orientation ;
- hauteur des arbres ;
- largeur des couronnes ;
- trajectoire solaire ;
- saison.
Une même densité peut être acceptable dans une région et excessive dans une autre.
34.14 — La temporalité
La forêt nourricière évolue.
Années 1–3
Beaucoup de lumière disponible.
Années 5–10
Développement des arbres.
Années 10–20
Fermeture progressive du couvert.
Années 20–50
Structure plus mature.
Les plantes adaptées à chaque phase ne sont donc pas nécessairement les mêmes.
34.15 — La succession alimentaire
Une forêt nourricière peut être pensée comme une succession :
plantes rapides
→
arbustes
→
fruitiers
→
canopée
→
structure mature.
Certaines espèces sont donc volontairement temporaires.
34.16 — Les plantes de transition
Une plante peut être extrêmement utile pendant quelques années puis devenir trop compétitive.
Elle peut alors être :
- taillée ;
- déplacée ;
- supprimée ;
- remplacée.
La forêt nourricière devient ainsi un système évolutif.
34.17 — La densité initiale
Une implantation relativement dense peut permettre :
- couverture rapide ;
- production précoce ;
- protection du sol ;
- création de microclimats.
Mais la densité doit être pilotée.
34.18 — L’éclaircie
Lorsque les arbres grandissent :
densité initiale élevée
↓
croissance
↓
compétition
↓
éclaircie
↓
nouvel équilibre.
L’éclaircie est donc une opération normale de gestion.
34.19 — La forêt nourricière comme système hydrologique
Les arbres et la végétation peuvent :
- intercepter les pluies ;
- ralentir le ruissellement ;
- favoriser l’infiltration ;
- protéger le sol ;
- augmenter la matière organique.
Le sol devient progressivement une réserve hydrique biologique.
34.20 — L’infiltration
La présence de racines peut créer :
- macropores ;
- galeries ;
- zones de moindre densité.
Avec la matière organique et l’activité biologique, ces structures peuvent favoriser l’infiltration.
La forêt nourricière peut donc participer à une stratégie d’hydrologie régénérative.
34.21 — Le piège de la consommation d’eau
Il faut cependant éviter une conclusion automatique :
« plus d’arbres = plus d’eau disponible ».
Les arbres consomment également de l’eau.
Le bilan réel dépend :
- précipitations ;
- stockage du sol ;
- évapotranspiration ;
- profondeur racinaire ;
- densité ;
- climat ;
- saison.
Une forêt nourricière doit donc être dimensionnée hydrologiquement.
34.22 — Le sol comme réserve
Un sol vivant peut stocker une quantité importante d’eau utilisable par les plantes.
La capacité dépend notamment :
- texture ;
- structure ;
- matière organique ;
- profondeur ;
- porosité.
La gestion du sol devient donc aussi importante que le choix des plantes.
34.23 — Le rôle de la matière organique
Les feuilles mortes, racines et résidus contribuent au cycle de la matière organique.
On peut représenter :
photosynthèse
↓
biomasse
↓
chute / taille / mortalité
↓
décomposition
↓
matière organique du sol
↓
nutriments + structure
↓
nouvelle croissance.
34.24 — Les cycles internes
Une forêt nourricière bien conçue cherche à limiter les sorties inutiles.
Les éléments peuvent circuler :
sol → plante → récolte
mais également :
plante → sol → plante.
La taille et les résidus végétaux peuvent contribuer à cette boucle.
34.25 — La fixation biologique de l’azote
Certaines espèces peuvent contribuer à la fixation biologique de l’azote grâce à des symbioses microbiennes.
Exemples possibles selon le système :
- aulnes ;
- féviers ;
- robiniers ;
- certaines légumineuses arbustives ou herbacées.
Mais leur rôle doit être évalué au cas par cas.
34.26 — Les plantes de service
Une plante de service peut être cultivée principalement pour :
- biomasse ;
- couverture ;
- fertilité ;
- protection ;
- biodiversité.
Elle n’a pas besoin d’être directement alimentaire pour être essentielle au système.
34.27 — La biodiversité alimentaire
Une forêt nourricière peut réduire la dépendance à quelques cultures.
Elle peut fournir :
- fruits d’été ;
- fruits d’automne ;
- fruits d’hiver ;
- noix ;
- graines ;
- feuilles ;
- tubercules.
Cette diversité améliore la continuité alimentaire.
34.28 — Le calendrier des récoltes
Un système bien conçu peut produire :
Printemps
Feuilles, fleurs, jeunes pousses.
Été
Fruits précoces, baies, légumes.
Automne
Pommes, poires, noix, kakis, courges.
Hiver
Noix conservées, fruits stockables, légumes racines.
L’objectif est d’étaler la production.
34.29 — La résilience alimentaire
Une production diversifiée est moins dépendante :
- d’une seule espèce ;
- d’une seule période ;
- d’un seul type de stress.
Une maladie affectant une culture n’entraîne pas nécessairement l’effondrement de toute la production.
34.30 — La redondance
Plusieurs espèces peuvent assurer une même fonction.
Par exemple :
production de petits fruits
→ plusieurs espèces.
fixation d’azote
→ plusieurs espèces possibles.
biomasse
→ plusieurs espèces.
Cette redondance constitue une forme d’assurance écologique.
34.31 — Les risques de diversité excessive
La diversité n’est cependant pas toujours bénéfique.
Trop d’espèces peuvent provoquer :
- compétition ;
- complexité de gestion ;
- maladies ;
- récoltes difficiles ;
- concurrence hydrique.
La question n’est donc pas :
« combien d’espèces ? »
mais :
« quelle diversité fonctionnelle est optimale ? »
34.32 — Les réseaux trophiques
La forêt nourricière abrite :
- herbivores ;
- pollinisateurs ;
- prédateurs ;
- décomposeurs ;
- microorganismes.
Ces interactions peuvent contribuer à la régulation du système.
34.33 — Les auxiliaires
Les fleurs et habitats peuvent favoriser :
- abeilles ;
- syrphes ;
- chrysopes ;
- coccinelles ;
- oiseaux insectivores.
Il s’agit de construire des habitats fonctionnels, pas simplement d’attirer des insectes.
34.34 — La pollinisation
Une forêt nourricière dépend fortement de la pollinisation pour de nombreux fruits.
Il faut considérer :
- espèces pollinisatrices ;
- périodes de floraison ;
- compatibilité variétale ;
- météo pendant la floraison.
Une diversité de périodes de floraison peut améliorer la continuité des ressources pour les pollinisateurs.
34.35 — Les maladies
La diversité peut réduire certains risques liés à la monoculture, mais elle ne supprime pas les maladies.
Un système humide, dense et mal ventilé peut au contraire favoriser certaines pathologies.
Il faut donc maintenir un compromis entre :
densité écologique
et
circulation de l’air.
34.36 — Les champignons
Les champignons jouent plusieurs rôles :
- décomposition ;
- symbioses ;
- recyclage des nutriments ;
- structuration du sol.
Ils constituent une composante essentielle de l’écosystème souterrain.
34.37 — La rhizosphère
Chaque plante crée autour de ses racines une zone biologiquement active :
racines
→
exsudats
→
microorganismes
→
nutriments
→
interactions.
La forêt nourricière possède donc une gigantesque infrastructure souterraine.
34.38 — La complémentarité racinaire
Les espèces peuvent explorer différentes profondeurs.
Surface
██████████████
couvre-sol
0–50 cm
███████████
herbacées
50–150 cm
█████████
arbustes
>150 cm
███████
certains arbres
La réalité est évidemment beaucoup plus complexe.
34.39 — Le rôle des racines profondes
Les arbres à enracinement profond peuvent accéder à des réserves hydriques auxquelles certaines plantes superficielles n’ont pas accès.
Mais ils peuvent également concurrencer ces plantes.
La complémentarité dépend donc du contexte hydrologique réel.
34.40 — La forêt nourricière en climat méditerranéen
Dans les régions chaudes et sèches, on peut envisager selon les conditions :
- olivier ;
- grenadier ;
- figuier ;
- caroubier ;
- pistachier ;
- jujubier ;
- amandier ;
- arbousier.
Mais le choix doit être réalisé à l’échelle locale.
34.41 — La forêt nourricière en climat océanique
On peut privilégier certaines espèces plus adaptées :
- pommier ;
- poirier ;
- prunier ;
- noisetier ;
- châtaignier ;
- petits fruits ;
- légumes vivaces.
34.42 — La forêt nourricière en climat continental
Il faut particulièrement considérer :
- résistance au froid ;
- gel tardif ;
- sécheresse estivale ;
- amplitude thermique.
Les espèces doivent être sélectionnées en fonction des extrêmes futurs.
34.43 — Le climat de 2050
Une forêt nourricière plantée aujourd’hui doit être conçue pour le climat futur.
Il faut analyser :
- température moyenne ;
- canicules ;
- sécheresses ;
- pluies extrêmes ;
- gel ;
- vent.
Une espèce parfaite aujourd’hui peut devenir marginale dans cinquante ans.
34.44 — Le climat de 2100
La conception devient encore plus prospective.
Il faut envisager :
espèces actuelles
espèces méditerranéennes
espèces subtropicales
écotypes adaptés
diversification génétique.
La forêt nourricière devient un véritable laboratoire d’adaptation climatique.
34.45 — Les espèces de transition climatique
Certaines espèces peuvent servir de pont entre deux climats.
Par exemple :
espèce européenne
→
espèce méditerranéenne
→
espèce subtropicale.
Cette stratégie doit toutefois être accompagnée d’une analyse des risques écologiques.
34.46 — Les risques biologiques
Introduire de nouvelles espèces peut entraîner :
- invasivité ;
- compétition ;
- maladies ;
- hybridation ;
- modification des réseaux trophiques.
Le principe Omakëya™ doit donc être :
expérimenter progressivement plutôt que généraliser rapidement.
34.47 — Les provenances génétiques
Le choix d’une espèce ne suffit pas.
Il faut parfois choisir :
quelle population ou quel écotype ?
Deux populations de la même espèce peuvent présenter des différences importantes de :
- résistance à la sécheresse ;
- date de débourrement ;
- résistance au froid ;
- croissance ;
- fructification.
34.48 — Les porte-greffes
Pour les fruitiers, le porte-greffe peut modifier :
- vigueur ;
- profondeur racinaire ;
- tolérance au sol ;
- précocité ;
- résistance à certaines contraintes.
Le système devient donc :
espèce + variété + porte-greffe + sol + climat.
34.49 — La forêt nourricière comme système expérimental
Une parcelle peut être divisée en zones :
Zone témoin
Variétés traditionnelles.
Zone adaptation
Nouvelles variétés.
Zone méditerranéenne
Espèces plus thermophiles.
Zone expérimentale
Espèces prospectives.
On peut alors comparer objectivement les performances.
34.50 — Les indicateurs
On peut mesurer :
- survie ;
- croissance ;
- floraison ;
- fructification ;
- rendement ;
- consommation d’eau ;
- température ;
- humidité ;
- maladies ;
- biodiversité.
La forêt nourricière devient ainsi mesurable.
34.51 — Les capteurs
Un réseau peut mesurer :
- humidité du sol ;
- température ;
- humidité de l’air ;
- rayonnement ;
- pluie ;
- vent.
Plusieurs profondeurs de sol permettent de suivre l’évolution du réservoir hydrique.
34.52 — L’imagerie
Des drones ou caméras peuvent suivre :
- croissance ;
- couverture ;
- stress hydrique ;
- dépérissement ;
- floraison.
L’imagerie multispectrale peut apporter des informations supplémentaires sur l’état de la végétation.
34.53 — L’intelligence artificielle
L’IA peut progressivement identifier :
- quelles espèces résistent ;
- quelles associations fonctionnent ;
- quelles zones sont trop sèches ;
- quelles zones sont trop ombragées ;
- quelles plantes dépérissent.
Elle peut contribuer à transformer les observations en recommandations.
34.54 — Le jumeau numérique
À terme, une forêt nourricière Omakëya™ pourrait posséder son propre jumeau numérique :
TERRAIN
↓
SOL
↓
EAU
↓
PLANTES
↓
CLIMAT
↓
CAPTEURS
↓
MODÈLE
↓
SIMULATION
↓
DÉCISION
On pourrait tester différentes architectures avant de modifier physiquement la parcelle.
34.55 — Simuler une sécheresse
Une simulation pourrait demander :
Que se passe-t-il avec trois mois de déficit hydrique ?
Le modèle pourrait estimer :
- espèces vulnérables ;
- zones critiques ;
- réserve du sol ;
- besoins éventuels d’irrigation ;
- mortalité potentielle.
34.56 — Simuler une canicule
Autre scénario :
+5 °C pendant dix jours
avec :
vent + faible humidité + sol sec.
On peut alors rechercher les espèces et configurations capables d’amortir le stress.
34.57 — La forêt nourricière comme infrastructure climatique
Le système peut produire un microclimat différent du terrain environnant :
- ombre ;
- humidité ;
- réduction du vent ;
- température du sol plus stable.
Il devient ainsi une infrastructure agroclimatique vivante.
34.58 — La multifonctionnalité
Un même arbre peut assurer :
| Fonction | Exemple |
|---|---|
| Alimentaire | fruits |
| Hydrologique | interception/infiltration |
| Climatique | ombrage |
| Carbone | stockage |
| Biologique | habitat |
| Fertilité | biomasse |
| Économique | produit commercial |
| Paysagère | structure |
La valeur d’une forêt nourricière ne se mesure donc pas uniquement en kilogrammes de fruits.
34.59 — Mesurer la productivité réelle
Il faut distinguer :
production alimentaire
de
production écologique totale.
Une forêt nourricière peut produire simultanément :
- nourriture ;
- biomasse ;
- carbone ;
- biodiversité ;
- régulation hydrologique.
34.60 — Le coût énergétique
Il faut également mesurer :
- travail ;
- carburant ;
- irrigation ;
- taille ;
- broyage ;
- récolte ;
- transport.
Un système très complexe nécessitant énormément de travail peut devenir moins performant économiquement.
34.61 — La question de la récolte
La forêt nourricière doit être accessible.
Il faut prévoir :
- chemins ;
- zones de circulation ;
- hauteur de récolte ;
- visibilité ;
- accès aux arbres.
Une architecture écologiquement excellente mais impossible à récolter est un mauvais système agricole.
34.62 — Le rapport densité / accessibilité
Plus la densité augmente :
potentiel écologique ↑
mais parfois :
accessibilité ↓
ventilation ↓
récolte ↑ difficile
compétition ↑.
L’optimum se situe entre ces contraintes.
34.63 — Le principe de modularité
Une forêt nourricière peut être organisée en modules :
module fruitier
module petits fruits
module légumes vivaces
module biomasse
module pollinisateurs
module hydrologique.
Chaque module possède plusieurs fonctions.
34.64 — Les zones hydrologiques
Le terrain peut également être organisé selon l’eau :
Zone humide
Espèces adaptées à l’humidité.
Zone intermédiaire
Production diversifiée.
Zone sèche
Espèces xérophiles.
La forêt nourricière devient alors un gradient agroécologique.
34.65 — Les mares et forêts nourricières
Une mare peut apporter :
- biodiversité ;
- stockage temporaire d’eau ;
- habitat ;
- humidité locale ;
- zone tampon hydrologique.
Elle peut devenir un élément structurant du système.
34.66 — Le relief
Les buttes, talus et terrasses peuvent modifier :
- infiltration ;
- drainage ;
- exposition ;
- température ;
- profondeur de sol.
La topographie devient un outil de conception.
34.67 — Le jardin-forêt comme architecture
On peut finalement considérer la forêt nourricière comme une architecture :
architecture végétale
architecture hydraulique
architecture biologique
architecture climatique
architecture alimentaire.
Cette vision est particulièrement importante dans le modèle Omakëya™.
34.68 — Le modèle Omakëya™
Une forêt nourricière Omakëya™ peut être conçue selon huit dimensions :
- Climat
- Sol
- Eau
- Lumière
- Végétation
- Biodiversité
- Production
- Temps
Aucune dimension ne doit être étudiée isolément.
34.69 — La forêt nourricière 2050
Le modèle de 2050 devra probablement privilégier :
- diversité génétique ;
- espèces tolérantes à la chaleur ;
- gestion de l’eau ;
- ombrage ;
- sols couverts ;
- diversification des productions.
34.70 — La forêt nourricière 2100
À l’horizon 2100, le système pourrait devenir un assemblage beaucoup plus dynamique :
espèces européennes résilientes
espèces méditerranéennes
espèces subtropicales adaptées
nouvelles variétés
écotypes sélectionnés localement.
La composition exacte dépendra fortement de la trajectoire climatique régionale.
34.71 — Une banque génétique vivante
Une forêt nourricière diversifiée peut également constituer une forme de conservation génétique.
Elle peut accueillir :
- anciennes variétés ;
- nouvelles variétés ;
- semences ;
- écotypes ;
- espèces expérimentales.
Elle devient alors un réservoir de diversité végétale.
34.72 — Un laboratoire d’adaptation
Chaque arbre peut fournir des informations :
« cette provenance supporte mieux la sécheresse ».
« cette variété fructifie malgré la chaleur ».
« cet écotype résiste mieux aux gels tardifs ».
La parcelle devient progressivement une base de données biologique.
34.73 — Le passage de la collection à la sélection
Il ne faut pas simplement accumuler les espèces.
Il faut :
observer
→
mesurer
→
comparer
→
sélectionner
→
multiplier
→
tester à nouveau.
C’est une véritable boucle d’amélioration.
34.74 — Une forêt nourricière évolutive
La forêt nourricière du futur pourrait donc être conçue comme :
un système végétal capable de changer progressivement de composition lorsque le climat change.
Certaines espèces disparaîtront.
D’autres seront favorisées.
De nouvelles variétés seront introduites.
Le système évoluera.
34.75 — La règle fondamentale
Une forêt nourricière résiliente n’est pas celle qui contient le plus d’espèces.
C’est celle qui possède :
la meilleure combinaison entre diversité, complémentarité, résilience, production et capacité d’évolution.
34.76 — La forêt nourricière représente une évolution majeure de la conception des jardins et des systèmes agricoles.
Elle transforme :
le jardin
en
écosystème productif.
Elle transforme :
l’arbre
en
infrastructure climatique, hydrologique, alimentaire et biologique.
Et elle transforme :
le temps
en
outil de conception.
Dans la Vision Omakëya™, la forêt nourricière devient ainsi l’un des modèles les plus intéressants pour construire des paysages capables de répondre simultanément aux défis de :
- la chaleur ;
- la sécheresse ;
- l’érosion ;
- la perte de biodiversité ;
- la raréfaction de l’eau ;
- la production alimentaire ;
- le stockage du carbone.
Mais son véritable potentiel apparaît lorsqu’elle est reliée à l’ensemble du système :
sol vivant
→ hydrologie régénérative
→ agroforesterie
→ syntropie
→ succession végétale
→ sélection génétique
→ agroclimatologie
→ capteurs
→ IA
→ adaptation continue.
La forêt nourricière n’est alors plus seulement un jardin comestible.
Elle devient une infrastructure écologique alimentaire capable d’évoluer avec le climat.
Chapitre 35 — Les jardins-forêts méditerranéens, tempérés et subtropicaux
Choix des espèces · architectures · densités · climat · sol · eau · microclimats · espèces fruitières · arbustes · plantes vivaces · plantes de service · systèmes racinaires · gestion de l’ombre · sécheresse · canicule · irrigation minimale · succession · sélection génétique · adaptation 2050–2100 · modèles régionaux · conception Omakëya™.
- TOME « SUPP » AGROCLIMATOLOGIE : pour aller plus loin …
- TOME 15 AGROCLIMATOLOGIE : Le Grand Traité de l’Agroclimatologie
- TOME 14 AGROCLIMATOLOGIE : Économie, Gouvernance et Transition Écologique
- TOME 13 AGROCLIMATOLOGIE ! Les Retours d’Expérience
- TOME 12 AGROCLIMATOLOGIE : Mesurer, Diagnostiquer et Piloter les Écosystèmes
- TOME 11 AGROCLIMATOLOGIE ; Les Territoires Résilients
- TOME 10 AGROCLIMATOLOGIE : Modélisation, Simulation et Intelligence Artificielle
- TOME 9 AGROCLIMATOLOGIE : Concevoir les Jardins, Vergers et Fermes Résilients
- TOME 8 AGROCLIMATOLOGIE : Les Plantes du Climat de Demain
- TOME 7 AGROCLIMATOLOGIE : Les Sols Vivants et l’Hydrologie Régénérative
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 6 – Les applications : mise en œuvre de la méthode Omakëya™ à toutes les échelles, du balcon au territoire.
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 5 – L’Ingénierie des Écosystèmes
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 4 – Les Fondements Scientifiques de l’Agroclimatologie (un peu plus loin !)
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 3 – Les Applications de la Vision Omakëya™
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 2 – L’Ingénierie des Écosystèmes Résilients
- AGROCLIMATOLOGIE : TOME 1 – Les fondements scientifiques (initial)
- AGROCLIMATOLOGIE : De la biologie des sols à l’intelligence artificielle, comprendre, concevoir et faire évoluer les jardins, vergers, fermes et paysages capables de résister au climat du futur.