AGROCLIMATOLOGIE : Diagnostic biologique

Diagnostic biologique

Inventorier le vivant, comprendre les interactions et révéler les infrastructures écologiques du site

Un terrain n’est jamais réellement vide.

Même une parcelle qui semble n’être qu’une pelouse, un champ, un jardin abandonné ou un terrain constructible abrite une multitude d’organismes. Plantes spontanées, arbres, champignons, insectes, oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens, microorganismes et innombrables organismes du sol forment un ensemble d’interactions souvent invisibles.

Avant de transformer un terrain, il est donc indispensable de comprendre ce qui y vit déjà.

Le diagnostic biologique constitue la couche du diagnostic agroclimatique consacrée au vivant.

Il complète les diagnostics précédents :

climat → hydrologie → pédologie → biologie.

Le climat décrit les conditions atmosphériques.

L’hydrologie décrit les chemins de l’eau.

La pédologie décrit le fonctionnement du sol.

Le diagnostic biologique décrit maintenant :

  • les espèces présentes ;
  • leur abondance ;
  • leur répartition ;
  • leurs habitats ;
  • leurs interactions ;
  • leurs fonctions ;
  • leurs déplacements ;
  • leurs dépendances ;
  • leurs contraintes ;
  • leurs trajectoires possibles.

L’objectif n’est donc pas simplement de réaliser une liste d’espèces.

Il s’agit de comprendre l’écosystème existant avant intervention.


1. Un terrain est un écosystème avant d’être une parcelle

Une parcelle cadastrale est une limite administrative.

Une parcelle biologique n’a pas nécessairement les mêmes limites.

Un papillon ne s’arrête pas à la clôture.

Un hérisson peut traverser plusieurs jardins.

Une abeille peut parcourir plusieurs kilomètres.

Un oiseau utilise plusieurs habitats au cours de sa vie.

Les racines, les champignons et certains organismes du sol fonctionnent à des échelles encore différentes.

Le diagnostic biologique doit donc dépasser les limites géométriques du terrain.

Il faut considérer :

le site + ses habitats proches + ses corridors + ses réservoirs de biodiversité.

Cette approche est essentielle pour concevoir un jardin qui ne soit pas une île biologique isolée.


2. Inventorier avant de transformer

La première règle est simple :

Observer avant d’aménager.

Une intervention réalisée sans inventaire peut détruire involontairement :

  • une plante rare ;
  • une zone de reproduction ;
  • un refuge hivernal ;
  • un corridor ;
  • une mare temporaire ;
  • un site de nidification ;
  • une zone d’alimentation ;
  • une population d’auxiliaires ;
  • un habitat favorable aux pollinisateurs.

Le diagnostic biologique doit donc idéalement précéder les terrassements, les coupes, les plantations et les modifications hydrauliques importantes.


3. L’inventaire floristique

L’inventaire floristique consiste à identifier les végétaux présents sur le site.

Il peut comprendre :

  • arbres ;
  • arbustes ;
  • plantes herbacées ;
  • graminées ;
  • plantes aquatiques ;
  • plantes grimpantes ;
  • mousses ;
  • fougères ;
  • espèces cultivées ;
  • espèces spontanées.

Il faut également noter leur abondance et leur répartition.

Une liste d’espèces sans localisation apporte beaucoup moins d’informations qu’une carte floristique.


4. Cartographier les plantes

Pour chaque espèce importante, on peut enregistrer :

  • localisation ;
  • surface occupée ;
  • abondance ;
  • stade de développement ;
  • état sanitaire ;
  • exposition ;
  • habitat ;
  • association avec d’autres espèces ;
  • capacité de régénération.

On peut alors distinguer :

individu isolé

groupe

population

peuplement

habitat végétal.

Cette distinction est particulièrement importante pour les arbres et arbustes.

Un vieux chêne isolé n’a pas la même valeur écologique qu’une plantation homogène de jeunes arbres, même si le nombre d’arbres est supérieur.


5. La végétation comme indicateur du milieu

La végétation spontanée fournit également des informations sur le terrain.

Certaines plantes sont associées à :

  • des sols humides ;
  • des sols secs ;
  • des sols acides ;
  • des sols calcaires ;
  • des sols riches en azote ;
  • des sols compactés ;
  • des zones perturbées.

L’inventaire floristique devient ainsi un outil complémentaire du diagnostic pédologique et hydrologique.

La végétation peut parfois révéler indirectement :

où l’eau reste

où elle manque

où le sol est compact

où le drainage est déficient.


6. L’inventaire faunistique

L’inventaire faunistique recherche les animaux présents ou utilisant le site.

Selon la taille et la nature du terrain, il peut concerner :

  • insectes ;
  • arachnides ;
  • mollusques ;
  • vers ;
  • amphibiens ;
  • reptiles ;
  • oiseaux ;
  • mammifères ;
  • chauves-souris ;
  • organismes aquatiques.

Il faut distinguer :

espèces observées

et

espèces potentiellement présentes.

L’absence d’observation ne signifie pas nécessairement absence de l’espèce.

Certaines espèces sont nocturnes.

D’autres sont saisonnières.

Certaines ne fréquentent le site que temporairement.


7. L’importance du temps

Un inventaire biologique n’est jamais totalement instantané.

La biodiversité varie :

  • selon les saisons ;
  • selon la météo ;
  • selon l’heure ;
  • selon les années ;
  • selon les cycles de reproduction ;
  • selon les migrations.

Un inventaire réalisé uniquement en hiver ne décrit pas la biodiversité estivale.

Un inventaire réalisé uniquement au printemps peut manquer des espèces automnales.

Il faut donc, lorsque les enjeux le justifient, construire un calendrier d’observation.


8. La méthode des observations répétées

Une stratégie simple consiste à répéter les observations à plusieurs périodes :

PériodeInformations privilégiées
Fin d’hiveroiseaux, bourgeonnement, amphibiens
Printempsfloraison, pollinisateurs, reproduction
Début étéinsectes, végétation, oiseaux
Étésécheresse, insectes, reptiles
Automnefruits, graines, migration
Hiverstructures végétales, refuges, traces

Le diagnostic devient ainsi un film écologique plutôt qu’une photographie ponctuelle.


9. Les pollinisateurs

Les pollinisateurs constituent un groupe particulièrement important dans un système agroécologique.

Ils comprennent notamment :

  • abeilles domestiques ;
  • abeilles sauvages ;
  • bourdons ;
  • syrphes ;
  • certains papillons ;
  • certains coléoptères ;
  • d’autres insectes selon les espèces végétales.

Le diagnostic ne doit pas simplement demander :

Y a-t-il des abeilles ?

Il doit chercher à comprendre :

  • quelles espèces fréquentent le site ;
  • quelles fleurs elles utilisent ;
  • à quelles périodes ;
  • où elles nichent ;
  • quelles ressources leur manquent ;
  • quelles distances elles parcourent.

10. Le calendrier floral

Une propriété essentielle d’un jardin résilient est sa capacité à fournir des ressources au cours du temps.

Il faut rechercher une succession :

fin d’hiver → printemps → début été → été → automne.

Un jardin peut posséder énormément de fleurs au printemps et devenir presque biologiquement désert en plein été.

À l’inverse, une diversité végétale correctement organisée peut fournir :

  • nectar ;
  • pollen ;
  • fruits ;
  • graines ;
  • abris ;

pendant une grande partie de l’année.

Le calendrier floral devient ainsi une véritable infrastructure écologique temporelle.


11. Les pollinisateurs comme indicateurs

Les pollinisateurs permettent également d’évaluer la qualité écologique du système.

On peut observer :

  • diversité des visiteurs ;
  • abondance ;
  • périodes d’activité ;
  • diversité florale ;
  • présence de sites de nidification.

La présence d’une grande diversité de pollinisateurs ne garantit pas à elle seule la qualité globale de l’écosystème.

Mais elle fournit une information importante sur la disponibilité des ressources et la connectivité écologique.


12. Les auxiliaires

Dans un système productif, certains organismes peuvent contribuer à limiter naturellement les populations de ravageurs.

On parle souvent d’auxiliaires de culture.

Ils comprennent notamment :

  • coccinelles ;
  • chrysopes ;
  • syrphes ;
  • carabes ;
  • araignées ;
  • certains oiseaux ;
  • chauves-souris ;
  • certains parasitoïdes ;
  • nombreux autres prédateurs.

Le diagnostic doit rechercher non seulement leur présence, mais aussi leurs habitats.


13. Un auxiliaire a besoin d’un habitat

Il ne suffit pas de planter quelques fleurs pour « créer des auxiliaires ».

Un auxiliaire doit pouvoir :

  • se nourrir ;
  • se reproduire ;
  • se déplacer ;
  • se cacher ;
  • passer l’hiver ;
  • trouver de l’eau ;
  • parfois trouver plusieurs types de ressources.

Une coccinelle adulte et sa larve n’ont pas nécessairement les mêmes besoins.

Une abeille solitaire nécessite un site de nidification.

Un carabe peut avoir besoin d’une zone de sol non perturbée.

Une chauve-souris nécessite des habitats de chasse et des refuges adaptés.

La biodiversité fonctionnelle repose donc sur la combinaison habitat + ressources + continuité.


14. Les réseaux trophiques

Un écosystème ne fonctionne pas comme une collection d’espèces indépendantes.

Les organismes sont reliés par des relations alimentaires.

Une représentation simplifiée pourrait être :

plantes

herbivores

prédateurs

superprédateurs

avec en parallèle :

matière morte

décomposeurs

nutriments

plantes.

Il s’agit d’un réseau trophique.


15. Pourquoi parler de réseau plutôt que de chaîne

Dans la nature, une espèce peut avoir :

  • plusieurs ressources alimentaires ;
  • plusieurs prédateurs ;
  • plusieurs interactions.

Le système devient donc un réseau complexe.

Cette complexité peut contribuer à la résilience.

Si une ressource disparaît temporairement, certaines espèces peuvent en utiliser une autre.

Si un prédateur diminue, d’autres peuvent parfois occuper une partie de sa fonction.

La diversité des interactions crée ainsi une forme de redondance fonctionnelle.


16. La biodiversité fonctionnelle

La question fondamentale n’est pas seulement :

Combien d’espèces possède le jardin ?

Mais également :

Combien de fonctions écologiques sont assurées ?

On peut rechercher :

  • pollinisation ;
  • prédation ;
  • décomposition ;
  • dispersion des graines ;
  • recyclage des nutriments ;
  • amélioration du sol ;
  • régulation des populations ;
  • création d’abris ;
  • production de matière organique.

Deux jardins possédant le même nombre d’espèces peuvent donc avoir des fonctionnements écologiques très différents.


17. Les interactions plantes-insectes

Une plante ne doit pas être considérée isolément.

Elle peut être :

  • ressource nectarifère ;
  • ressource pollinique ;
  • plante-hôte ;
  • refuge ;
  • source de graines ;
  • habitat.

Certaines chenilles consomment une gamme extrêmement limitée de plantes.

Supprimer certaines plantes spontanées peut donc avoir des conséquences sur toute une population d’insectes.

La notion de « mauvaise herbe » devient alors beaucoup plus relative.

Une plante sans intérêt alimentaire direct pour l’humain peut être essentielle pour une chaîne écologique.


18. Les espèces invasives

Le diagnostic doit également rechercher les espèces exotiques susceptibles de devenir problématiques.

Il faut distinguer :

  • espèce exotique ;
  • espèce introduite ;
  • espèce naturalisée ;
  • espèce envahissante ou invasive.

Ces catégories ne sont pas synonymes.

Une plante introduite n’est pas automatiquement invasive.

Le diagnostic doit donc s’appuyer sur :

  • l’identification correcte ;
  • son statut régional ;
  • son comportement ;
  • sa dynamique de propagation ;
  • ses impacts observés ou potentiels.

19. Pourquoi les invasions biologiques doivent être traitées avec précision

Une approche simpliste pourrait consister à éliminer toute plante non indigène.

Ce serait scientifiquement incorrect.

Les jardins, les agricultures et les paysages européens sont depuis longtemps composés d’espèces provenant de nombreuses régions du monde.

La question n’est donc pas :

« étrangère ou indigène ? »

mais :

« quel comportement cette espèce présente-t-elle dans cet écosystème ? »

Le risque dépend notamment de sa capacité à :

  • se reproduire ;
  • se disperser ;
  • coloniser de nouveaux habitats ;
  • concurrencer d’autres espèces ;
  • modifier les interactions écologiques.

20. Cartographier les espèces problématiques

Lorsqu’une espèce invasive ou potentiellement envahissante est identifiée, il faut cartographier :

  • les foyers ;
  • leur superficie ;
  • leur densité ;
  • les zones de propagation ;
  • les voies de dispersion ;
  • les habitats sensibles proches.

Cette carte devient une couche spécifique du projet.

Elle peut influencer :

  • les travaux ;
  • les plantations ;
  • les déplacements de terre ;
  • la gestion des déchets végétaux ;
  • les zones de surveillance.

21. Les continuités écologiques

Une population animale ou végétale ne vit pas nécessairement sur un seul espace.

Elle dépend souvent d’un réseau de :

  • réservoirs ;
  • corridors ;
  • zones relais.

Un corridor peut être :

  • une haie ;
  • une lisière ;
  • une bande végétale ;
  • un fossé végétalisé ;
  • une ripisylve ;
  • une succession de jardins ;
  • une zone boisée ;
  • une mare et ses abords.

Ces structures permettent aux organismes de se déplacer.


22. Le concept de trame écologique

À l’échelle du territoire, on peut analyser les continuités écologiques sous forme de réseaux.

On distingue notamment :

réservoirs de biodiversité

et

corridors écologiques.

Le jardin peut alors devenir une petite pièce d’un réseau beaucoup plus vaste.

Un jardin isolé de murs, clôtures imperméables et surfaces minérales peut constituer une barrière.

Un jardin traversé par des haies, arbres, bandes végétales et points d’eau peut au contraire devenir un relais.


23. La connectivité

La connectivité peut être envisagée de manière :

  • structurelle ;
  • fonctionnelle.

La connectivité structurelle décrit les connexions physiques entre habitats.

La connectivité fonctionnelle demande :

Un organisme donné peut-il réellement utiliser cette connexion ?

Une haie peut être un excellent corridor pour certains oiseaux ou insectes, mais beaucoup moins pour une espèce qui évite ce type de milieu.

Il faut donc toujours préciser :

connectivité pour qui ?


24. Les barrières écologiques

Le diagnostic doit également rechercher les obstacles :

  • routes ;
  • murs ;
  • clôtures ;
  • zones minérales ;
  • bâtiments ;
  • canaux ;
  • grandes surfaces agricoles uniformes ;
  • éclairage nocturne ;
  • pollution ;
  • absence de végétation.

Une clôture qui semble insignifiante à l’échelle humaine peut être une barrière importante pour certains petits animaux.


25. La fragmentation des habitats

La fragmentation transforme un habitat continu en plusieurs fragments.

Elle peut provoquer :

  • diminution des populations ;
  • isolement ;
  • réduction des échanges génétiques ;
  • augmentation des effets de bord ;
  • difficultés de déplacement.

À l’inverse, reconnecter plusieurs habitats peut augmenter leur fonctionnalité globale.

Le jardin peut ainsi jouer un rôle de maillon écologique.


26. Les mares comme infrastructures biologiques

Une mare ne constitue pas uniquement une réserve d’eau.

Elle peut également devenir :

  • habitat d’amphibiens ;
  • zone de reproduction ;
  • point d’abreuvement ;
  • habitat d’invertébrés ;
  • ressource pour les oiseaux ;
  • élément de corridor.

Elle doit donc être intégrée simultanément au :

diagnostic hydrologique

et au

diagnostic biologique.

Cette convergence illustre parfaitement l’approche agroclimatique.


27. Les haies comme infrastructures multifonctionnelles

Une haie peut assurer simultanément :

  • brise-vent ;
  • habitat ;
  • corridor ;
  • ressource alimentaire ;
  • site de nidification ;
  • refuge ;
  • stockage de carbone ;
  • régulation microclimatique.

Une haie bien conçue devient donc une véritable infrastructure écologique linéaire.

Sa composition est déterminante.

Une haie monospécifique ne possède pas nécessairement les mêmes fonctions qu’une haie diversifiée comportant plusieurs strates.


28. Les strates écologiques

Le diagnostic doit rechercher la verticalité.

On peut distinguer :

  • canopée ;
  • sous-canopée ;
  • strate arbustive ;
  • strate herbacée ;
  • couvre-sol ;
  • litière ;
  • sol ;
  • système racinaire.

Plusieurs espèces peuvent ainsi occuper simultanément le même espace sans utiliser exactement les mêmes ressources.

Cette stratification augmente la complexité du système.


29. Les arbres comme habitats

Un arbre mature peut héberger :

  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • champignons ;
  • lichens ;
  • mousses ;
  • microorganismes.

Les vieux arbres possèdent parfois :

  • cavités ;
  • écorces fissurées ;
  • bois mort ;
  • branches mortes ;
  • microhabitats.

Le diagnostic doit donc éviter d’évaluer un arbre uniquement selon sa valeur esthétique ou productive.

Un arbre vieillissant peut posséder une valeur écologique considérable.


30. Le bois mort

Le bois mort est souvent éliminé systématiquement.

Pourtant, il constitue une ressource pour de nombreux organismes.

Il participe :

  • à l’habitat des insectes ;
  • aux champignons ;
  • au recyclage du carbone ;
  • à la formation de matière organique.

Dans certaines situations, conserver une partie du bois mort peut donc renforcer la biodiversité.

Cela doit naturellement être concilié avec les contraintes de sécurité.


31. Les sols comme habitats

Le diagnostic biologique ne doit pas s’arrêter à ce qui est visible.

Une grande partie de la biodiversité se trouve dans le sol.

Il faut rechercher :

  • vers de terre ;
  • arthropodes ;
  • champignons ;
  • bactéries ;
  • organismes microscopiques ;
  • racines ;
  • mycorhizes.

Le diagnostic pédologique et le diagnostic biologique sont ici indissociables.


32. Les services écosystémiques

Le diagnostic biologique permet également d’identifier les services rendus par le vivant.

On peut notamment considérer :

Services de régulation

  • pollinisation ;
  • régulation des ravageurs ;
  • contrôle de certaines populations ;
  • filtration ;
  • régulation hydrologique.

Services de production

  • fruits ;
  • graines ;
  • biomasse ;
  • bois ;
  • ressources alimentaires.

Services écologiques

  • formation du sol ;
  • recyclage des nutriments ;
  • dispersion des graines.

Services culturels

  • paysage ;
  • observation ;
  • éducation ;
  • bien-être ;
  • patrimoine naturel.

33. Construire une carte des habitats

Après les inventaires, le site peut être découpé en habitats fonctionnels :

  • prairie ;
  • haie ;
  • bosquet ;
  • lisière ;
  • verger ;
  • zone humide ;
  • mare ;
  • fossé ;
  • talus ;
  • sol nu ;
  • friche ;
  • zone cultivée ;
  • zone boisée.

Chaque habitat reçoit ensuite :

  • une description ;
  • ses espèces caractéristiques ;
  • ses fonctions ;
  • ses vulnérabilités ;
  • ses connexions.

34. La carte biologique globale

Le diagnostic peut finalement produire plusieurs cartes superposables :

CoucheContenu
Floreespèces et peuplements
Fauneobservations et habitats
Pollinisateursressources et sites de reproduction
Auxiliairesrefuges et ressources
Réseaux trophiquesinteractions principales
Espèces invasivesfoyers et zones de risque
Habitatsrépartition des milieux
Corridorscontinuités écologiques
Obstaclesbarrières et ruptures
Biodiversitézones à forte valeur biologique

Ces couches peuvent être intégrées au SIG global du projet.


35. Le diagnostic biologique prospectif

Comme les autres diagnostics, le diagnostic biologique doit intégrer le temps.

Le climat évolue.

La végétation évolue.

Les populations animales se déplacent.

De nouvelles espèces peuvent apparaître.

D’autres peuvent disparaître localement.

Les habitats eux-mêmes se transforment.

Il faut donc envisager :

2026 → 2030 → 2050 → 2080 → 2100.

La question devient :

Comment la communauté biologique actuelle évoluera-t-elle sous le climat futur ?


36. Le changement climatique et les déplacements biologiques

Les espèces peuvent répondre au changement climatique par :

  • migration ;
  • acclimatation ;
  • adaptation évolutive ;
  • modification du cycle saisonnier ;
  • déplacement altitudinal ;
  • déplacement latitudinal ;
  • changement d’interactions.

Mais toutes les espèces ne se déplacent pas à la même vitesse.

Certaines plantes se dispersent lentement.

Certains insectes peuvent se déplacer beaucoup plus rapidement.

Cette différence peut provoquer des décalages écologiques.


37. Les désynchronisations

Un système écologique repose souvent sur des synchronisations.

Par exemple :

floraison ↔ activité des pollinisateurs

ou :

fructification ↔ présence des disperseurs.

Si les rythmes changent différemment, les interactions peuvent se désynchroniser.

Le diagnostic biologique doit donc intégrer la phénologie :

  • floraison ;
  • feuillaison ;
  • fructification ;
  • émergence ;
  • reproduction ;
  • migration.

38. Le diagnostic biologique comme système de prévention

Le diagnostic ne sert pas uniquement à protéger la biodiversité.

Il permet également d’éviter des erreurs de conception.

Par exemple :

supprimer une haie peut réduire la biodiversité ;

mais peut aussi supprimer :

  • un brise-vent ;
  • un corridor ;
  • un refuge ;
  • une zone de prédation des ravageurs.

Assécher une zone humide peut modifier :

  • la biodiversité ;
  • le cycle de l’eau ;
  • la température locale ;
  • la fertilité.

La biodiversité n’est donc pas une couche décorative du projet.

Elle est une composante fonctionnelle de l’écosystème.


39. Le croisement avec le diagnostic climatique

Une même structure biologique peut avoir plusieurs fonctions climatiques.

Une haie peut :

réduire le vent → modifier l’évapotranspiration → protéger les plantes → créer un microclimat.

Un arbre peut :

ombrer → évapotranspirer → réduire la température → créer un refuge biologique.

Une mare peut :

stocker l’eau → modifier localement l’humidité → fournir un habitat → soutenir la biodiversité.

Le diagnostic biologique révèle donc également une partie du génie climatique du vivant.


40. Le croisement avec le diagnostic hydrologique

L’eau et le vivant sont intimement liés.

Les structures hydrologiques peuvent devenir :

  • habitats ;
  • corridors ;
  • zones de reproduction ;
  • points d’abreuvement.

Inversement, la végétation influence :

  • interception ;
  • infiltration ;
  • ruissellement ;
  • érosion ;
  • évapotranspiration.

Le système devient donc :

eau ↔ sol ↔ végétation ↔ faune.


41. Le croisement avec le diagnostic pédologique

La biologie transforme le sol.

Les racines créent des pores.

Les vers déplacent les particules.

Les champignons développent des réseaux.

Les microorganismes décomposent la matière organique.

La litière protège la surface.

Le sol transforme à son tour la végétation.

La relation est donc circulaire :

sol → plantes → organismes → structure du sol → eau → plantes.


42. Construire un indice de fonctionnalité biologique

Pour les grands projets, il peut être intéressant de construire un indicateur synthétique.

Il pourrait intégrer :

  • diversité floristique ;
  • diversité faunistique ;
  • diversité fonctionnelle ;
  • diversité des habitats ;
  • présence de pollinisateurs ;
  • présence d’auxiliaires ;
  • connectivité ;
  • continuité temporelle des ressources ;
  • présence de zones refuges ;
  • présence d’espèces invasives ;
  • qualité du réseau trophique.

L’objectif n’est pas de réduire la biodiversité à un chiffre.

Le score doit rester un outil d’aide à la décision, et non un substitut à l’analyse écologique.


43. La matrice biologique du site

Chaque unité du terrain peut recevoir une fiche :

ÉlémentDiagnostic
Habitatprairie, haie, bosquet, mare…
Floreespèces dominantes et remarquables
Fauneespèces observées
Pollinisateursdiversité et ressources
Auxiliairesespèces et habitats
Réseau trophiqueinteractions principales
Solhabitat souterrain
Eauprésence et rôle
Connectivitébonne / moyenne / faible
Barrièresidentification
Invasivesprésence / risque
Fonction écologiqueprincipale fonction
Vulnérabilitéfaible / moyenne / forte
Potentielconservation / restauration / création

Cette matrice devient un outil opérationnel de conception.


44. Hiérarchiser les habitats

Tous les espaces ne doivent pas nécessairement recevoir le même traitement.

On peut distinguer :

À conserver

Habitat fonctionnel ou à forte valeur écologique.

À restaurer

Habitat dégradé mais possédant un potentiel important.

À reconnecter

Habitat isolé pouvant retrouver une fonctionnalité grâce à un corridor.

À enrichir

Habitat fonctionnel mais pauvre en ressources.

À transformer

Zone fortement dégradée pouvant recevoir une nouvelle fonction écologique.

À surveiller

Zone présentant une dynamique invasive ou une forte vulnérabilité.

Cette hiérarchisation évite de tout modifier simultanément.


45. Le principe de non-destruction

Dans une conception inspirée du vivant, la première stratégie consiste souvent à conserver ce qui fonctionne déjà.

Avant de construire :

observer.

Avant de supprimer :

comprendre.

Avant de remplacer :

évaluer la fonction existante.

Une haie ancienne peut avoir une valeur écologique et climatique supérieure à une plantation nouvelle.

Une mare naturelle peut être plus fonctionnelle qu’un bassin artificiel fraîchement construit.

Un arbre spontané bien adapté peut être plus résilient qu’un arbre récemment planté.

La conception doit donc partir de l’existant.


46. Le jardin comme écosystème augmenté

La Vision Omakëya™ peut alors être formulée comme une évolution du jardin :

jardin → agroécosystème → écosystème productif.

L’objectif n’est pas de supprimer la production humaine.

Il consiste à intégrer cette production dans un réseau écologique beaucoup plus vaste.

Le jardin devient simultanément :

  • lieu de production ;
  • refuge ;
  • corridor ;
  • réservoir biologique ;
  • régulateur climatique ;
  • infrastructure hydrologique ;
  • système de stockage de carbone ;
  • espace humain.

47. Concevoir avec les réseaux trophiques

Une conception avancée ne plante donc pas uniquement des espèces productives.

Elle plante également :

  • des espèces nectarifères ;
  • des plantes-hôtes ;
  • des plantes-refuges ;
  • des espèces productrices de graines ;
  • des arbres à fruits ;
  • des espèces fournissant du bois mort ;
  • des plantes améliorant le sol.

Chaque plante peut avoir plusieurs fonctions.

Une seule espèce peut ainsi participer simultanément à :

production + pollinisation + protection + habitat + microclimat + sol.


48. Concevoir les continuités avant les détails

Une erreur fréquente consiste à commencer par choisir les massifs, les arbres et les fleurs.

Une approche systémique commence par les grandes structures :

réservoirs écologiques

corridors

zones relais

habitats

strates végétales

espèces.

L’organisation spatiale précède donc le choix détaillé des végétaux.


49. La carte finale du vivant

Le diagnostic biologique doit finalement produire une carte répondant à une question simple :

Comment le vivant circule-t-il et fonctionne-t-il sur le site ?

Cette carte montre :

  • où se trouvent les réservoirs ;
  • où sont les habitats ;
  • où sont les ressources ;
  • où sont les refuges ;
  • où passent les corridors ;
  • où se trouvent les barrières ;
  • où sont les espèces sensibles ;
  • où sont les espèces invasives ;
  • où le système présente des ruptures.

Cette représentation est fondamentale pour la conception.


50. La synthèse des quatre diagnostics

Les quatre diagnostics peuvent maintenant être croisés.

DiagnosticQuestion centrale
ClimatiqueQuel climat le site subit-il ?
HydrologiqueOù va l’eau ?
PédologiqueComment le sol stocke-t-il et redistribue-t-il l’eau et les nutriments ?
BiologiqueQui vit ici et comment fonctionne le réseau vivant ?

Le croisement produit alors une nouvelle unité de travail :

L’unité agroclimatique fonctionnelle

Elle associe :

climat + eau + sol + vivant + topographie.


51. Exemple d’unité agroclimatique

Une zone peut être caractérisée comme :

pente sud + sol superficiel + faible réserve utile + forte exposition solaire + vent dominant + végétation xérophile + faible disponibilité en eau.

Elle devra recevoir une conception très différente d’une zone :

bas de pente + sol profond + réserve utile élevée + humidité régulière + végétation hygrophile + forte activité biologique.

Le terrain cesse alors d’être une surface uniforme.

Il devient une mosaïque d’écosystèmes fonctionnels.


52. Le diagnostic biologique comme base de la conception

À ce stade, le concepteur dispose de quatre grandes familles d’informations :

atmosphère

eau

sol

vivant.

Il peut alors commencer à concevoir les flux.

L’objectif n’est plus simplement de planter.

Il devient possible de concevoir :

  • les corridors ;
  • les haies ;
  • les mares ;
  • les bosquets ;
  • les strates végétales ;
  • les zones productives ;
  • les zones refuges ;
  • les zones de transition ;
  • les systèmes agroforestiers ;
  • les continuités hydrologiques et biologiques.

Le diagnostic biologique révèle une dimension souvent invisible du terrain.

Un jardin n’est pas uniquement constitué de plantes choisies par son propriétaire.

Il abrite déjà une communauté vivante.

Cette communauté possède :

  • des espèces ;
  • des habitats ;
  • des interactions ;
  • des réseaux trophiques ;
  • des cycles ;
  • des déplacements ;
  • des corridors ;
  • des dépendances ;
  • des fonctions.

La conception résiliente doit donc partir de cette infrastructure biologique existante.

Le premier objectif n’est pas nécessairement de créer davantage de biodiversité.

Il est d’abord de comprendre la biodiversité déjà présente, puis de la conserver, la renforcer, la reconnecter et, lorsque nécessaire, la restaurer.

Le véritable jardin résilient devient alors un système où :

les plantes nourrissent les insectes,

les insectes pollinisent les plantes,

les prédateurs régulent les herbivores,

les organismes décomposent la matière,

les racines structurent le sol,

le sol stocke l’eau,

l’eau soutient la végétation,

la végétation modifie le microclimat,

et le microclimat influence à son tour l’ensemble du vivant.

Ce réseau constitue une véritable infrastructure écologique fonctionnelle.

Dans la Vision Omakëya™, cette infrastructure n’est pas un supplément esthétique ajouté au jardin.

Elle constitue l’un de ses systèmes techniques fondamentaux.

Après avoir diagnostiqué le climat, l’eau, le sol et le vivant, il devient alors possible de passer à l’étape suivante :

croiser toutes ces données pour découper le terrain en unités agroclimatiques, identifier ses contraintes et ses potentiels, puis commencer véritablement la conception du système résilient.