
REPENSER LA VILLE FACE AU CLIMAT
Bétonisation — Îlots de chaleur — Ruissellement — Manque de nature
1. La ville face à un climat qui change
La ville moderne a longtemps été conçue pour maîtriser son environnement.
On a construit des bâtiments pour se protéger du froid, des routes pour circuler, des réseaux pour évacuer l’eau, des canalisations pour transporter les ressources, des systèmes énergétiques pour produire de la chaleur ou du froid et des infrastructures pour concentrer les activités humaines.
Ce modèle a permis une extraordinaire amélioration du confort et de la sécurité.
Mais il a également produit un phénomène nouveau : la ville est devenue capable de modifier elle-même son microclimat.
Le béton, l’asphalte, les toitures, les façades, les parkings, les réseaux enterrés, les véhicules, les équipements techniques et la réduction des surfaces végétales transforment les échanges de chaleur, d’eau, d’air et de matière.
La ville n’est donc pas simplement soumise au climat.
Elle possède désormais son propre système climatique urbain.
Lorsque les températures augmentent, que les canicules deviennent plus longues, que les pluies intenses se renforcent localement ou que les périodes sèches s’allongent, certaines caractéristiques de la ville amplifient les risques.
Quatre limites apparaissent alors avec une particulière netteté :
- la bétonisation et l’artificialisation ;
- les îlots de chaleur urbains ;
- le ruissellement et la mauvaise gestion de l’eau ;
- le manque de nature et de sols fonctionnels.
Ces quatre problèmes ne doivent cependant pas être étudiés séparément.
Ils appartiennent au même système.
Une surface artificialisée chauffe davantage, infiltre moins d’eau, évapore moins, accueille moins de vivant et augmente souvent la dépendance à des systèmes techniques pour compenser ces fonctions perdues.
Repenser la ville face au climat consiste donc à reconstruire progressivement les fonctions naturelles qu’elle a supprimées ou réduites.
2. La ville comme système climatique
Une ville peut être considérée comme un système dans lequel circulent :
- rayonnement solaire ;
- chaleur ;
- eau ;
- air ;
- énergie ;
- matière ;
- carbone ;
- biodiversité ;
- population ;
- nourriture.
Elle reçoit des flux.
Elle les transforme.
Elle en stocke une partie.
Elle en rejette une autre.
On retrouve ainsi la logique du métabolisme territorial développée précédemment.
La ville n’est pas une machine isolée.
Elle échange continuellement avec son territoire.
3. Le climat urbain n’est pas celui de la campagne voisine
La température mesurée dans une station météorologique située à l’extérieur d’une agglomération ne décrit pas nécessairement les conditions ressenties dans une rue.
La ville modifie :
- le rayonnement ;
- les vents ;
- l’humidité ;
- les températures de surface ;
- les échanges radiatifs nocturnes ;
- l’évapotranspiration ;
- la capacité de stockage thermique.
Deux lieux situés à quelques centaines de mètres peuvent ainsi présenter des conditions microclimatiques très différentes.
Il faut donc passer de la notion de climat régional à celle de climat urbain, puis de microclimat urbain.
4. Première limite : la bétonisation
La bétonisation constitue l’une des transformations les plus importantes du fonctionnement urbain.
Elle concerne :
- bâtiments ;
- routes ;
- trottoirs ;
- parkings ;
- places ;
- cours ;
- zones commerciales ;
- plateformes logistiques ;
- infrastructures diverses.
Le problème n’est pas simplement esthétique.
Une surface artificialisée modifie profondément les échanges entre :
atmosphère ↔ sol ↔ eau ↔ végétation.
5. Le sol urbain : une infrastructure disparue
Un sol vivant possède plusieurs fonctions :
- infiltration ;
- stockage d’eau ;
- respiration biologique ;
- stockage de carbone ;
- support racinaire ;
- habitat ;
- transformation de matière organique ;
- régulation thermique.
Lorsqu’il est recouvert, compacté ou fortement remanié, ces fonctions diminuent ou disparaissent.
La ville remplace alors une infrastructure biologique par une infrastructure technique.
L’eau doit être évacuée.
La chaleur doit être dissipée.
La végétation doit être alimentée artificiellement.
Les bâtiments doivent être refroidis.
La dépendance technique augmente.
6. Imperméabilisation et changement du cycle de l’eau
Dans un sol fonctionnel, une partie des précipitations peut :
- être interceptée par la végétation ;
- infiltrer ;
- être stockée dans le sol ;
- rejoindre progressivement les eaux souterraines ;
- être reprise par les plantes ;
- être évapotranspirée.
Sur une surface imperméable, une partie beaucoup plus importante de l’eau devient immédiatement du ruissellement.
On peut représenter simplement le bilan :
[
P = I + R + ET + \Delta S
]
où :
- (P) = précipitations ;
- (I) = infiltration ;
- (R) = ruissellement ;
- (ET) = évapotranspiration ;
- (\Delta S) = variation des stocks d’eau.
Dans une ville fortement imperméabilisée, la part consacrée au ruissellement peut augmenter fortement tandis que les fonctions d’infiltration, de stockage et d’évapotranspiration diminuent.
7. Une ville qui évacue trop vite l’eau
Pendant des décennies, l’approche dominante a consisté à considérer la pluie comme un problème à évacuer.
Le principe était :
pluie → réseau → collecteur → rivière.
Cette logique peut être efficace pour protéger certaines infrastructures, mais elle atteint ses limites lorsque les précipitations deviennent très intenses ou lorsque les réseaux sont saturés.
Une nouvelle logique devient nécessaire :
pluie → interception → ralentissement → infiltration → stockage temporaire → utilisation → restitution.
8. Le principe de la ville-éponge
La ville résiliente cherche à retrouver certaines fonctions hydrologiques perdues.
Elle devient progressivement une ville-éponge.
Cela signifie :
- retenir davantage l’eau ;
- ralentir les écoulements ;
- infiltrer lorsque les conditions le permettent ;
- stocker temporairement ;
- végétaliser ;
- restaurer les sols ;
- créer des espaces capables d’accepter temporairement l’eau.
La ville ne cherche plus uniquement à évacuer l’eau.
Elle apprend à vivre avec elle.
9. Les parkings : une infrastructure à transformer
Les parkings représentent souvent de vastes surfaces imperméabilisées.
Ils peuvent devenir des espaces multifonctionnels :
- stationnement ;
- infiltration ;
- ombrage ;
- végétation ;
- stockage temporaire ;
- biodiversité ;
- mobilité douce.
Le principe n’est pas nécessairement de supprimer immédiatement tous les parkings.
Il consiste à transformer progressivement leur fonctionnement.
10. Les rues comme infrastructures climatiques
Une rue n’est pas seulement un espace de circulation.
Elle peut également :
- transporter l’eau ;
- canaliser ou ralentir le vent ;
- fournir de l’ombre ;
- accueillir des arbres ;
- permettre l’infiltration ;
- créer des habitats ;
- constituer un corridor écologique ;
- offrir un espace public.
La rue devient donc une infrastructure multifonctionnelle.
11. Deuxième limite : les îlots de chaleur urbains
L’îlot de chaleur urbain correspond à une différence thermique entre des secteurs urbanisés et leur environnement moins artificialisé.
Mais le phénomène est plus complexe qu’une simple différence de température de l’air.
Il implique :
- température de l’air ;
- température des surfaces ;
- rayonnement ;
- géométrie urbaine ;
- ventilation ;
- humidité ;
- végétation ;
- matériaux ;
- activité humaine ;
- chaleur anthropique.
12. Le rôle du rayonnement
Pendant une journée chaude, une personne n’est pas exposée uniquement à la température de l’air.
Elle reçoit également du rayonnement provenant :
- du Soleil ;
- du ciel ;
- des façades ;
- des sols ;
- des véhicules ;
- des autres surfaces.
Une place minérale peut donc être extrêmement inconfortable même lorsque la température de l’air semble relativement modérée.
Le rayonnement thermique devient alors un élément majeur du confort.
13. Les matériaux minéraux comme batteries thermiques
Les matériaux urbains peuvent absorber une partie du rayonnement solaire puis restituer cette énergie.
Le principe simplifié du stockage sensible peut être représenté par :
[
Q=mc\Delta T
]
avec :
- (Q) = énergie stockée ;
- (m) = masse ;
- (c) = capacité thermique massique ;
- (\Delta T) = variation de température.
Une grande masse minérale peut donc continuer à restituer de la chaleur après le coucher du Soleil.
La ville peut ainsi rester chaude pendant une partie de la nuit.
14. L’importance de la nuit
Une ville résiliente face aux canicules doit être pensée également pour la nuit.
Lorsque les nuits restent chaudes :
- les bâtiments se refroidissent moins ;
- les habitants récupèrent moins bien ;
- la demande de climatisation peut augmenter ;
- les surfaces urbaines restent chaudes ;
- la végétation subit un stress thermique prolongé.
La conception climatique doit donc chercher à favoriser :
- ventilation nocturne ;
- ombrage diurne ;
- surfaces moins accumulatrices ;
- végétation ;
- sols fonctionnels ;
- réduction des sources de chaleur.
15. Les arbres comme infrastructure climatique
Un arbre urbain peut fournir simultanément :
- ombre ;
- évapotranspiration ;
- habitat ;
- interception de pluie ;
- stockage de carbone ;
- biomasse ;
- amélioration paysagère ;
- réduction de l’exposition solaire.
Mais il faut éviter une simplification :
un arbre n’est pas automatiquement une machine à refroidir.
Son efficacité dépend notamment :
- de l’eau disponible ;
- du volume de sol ;
- de la santé racinaire ;
- de la surface foliaire ;
- de l’exposition ;
- de la ventilation ;
- de la structure urbaine.
Planter sans prévoir le sol et l’eau peut conduire à des échecs.
16. Le sol comme condition de réussite de la végétalisation
Un arbre planté dans un petit volume de sol compacté ne possède pas les mêmes capacités qu’un arbre disposant d’un sol profond, vivant et accessible à l’eau.
La stratégie doit donc commencer par :
décompacter → restaurer → désimperméabiliser → connecter les sols → planter.
Le végétal n’est pas un objet que l’on pose sur la ville.
Il doit disposer d’une infrastructure souterraine.
17. Les canopées urbaines
La canopée correspond à la couverture formée par les houppiers.
Elle permet notamment de :
- réduire l’exposition directe au rayonnement ;
- créer des espaces ombragés ;
- modifier le microclimat ;
- intercepter les précipitations ;
- fournir des habitats.
Mais la canopée doit être étudiée en trois dimensions :
- hauteur ;
- densité ;
- continuité.
Une ville peut donc rechercher une mosaïque de canopées plutôt qu’une plantation uniforme.
18. Les corridors de fraîcheur
Un arbre isolé peut fournir de l’ombre localement.
Une succession d’espaces ombragés peut créer un véritable parcours climatique.
On peut imaginer :
parc → rue arborée → place ombragée → jardin → école → corridor végétalisé.
Le réseau devient alors une infrastructure de déplacement adaptée aux périodes chaudes.
19. Troisième limite : le ruissellement urbain
La pluie intense constitue un révélateur brutal des dysfonctionnements urbains.
Lorsque :
- le sol est imperméable ;
- les réseaux sont saturés ;
- les pentes concentrent les écoulements ;
- les zones d’expansion ont disparu ;
l’eau peut rapidement devenir un facteur de risque.
Les points bas deviennent particulièrement vulnérables.
20. Lire les chemins de l’eau
Avant de concevoir un quartier ou de modifier une rue, il faut identifier :
- bassins versants urbains ;
- points hauts ;
- talwegs ;
- pentes ;
- zones d’accumulation ;
- points bas ;
- exutoires ;
- réseaux d’assainissement ;
- zones inondables ;
- surfaces imperméables.
La ville doit être lue comme un territoire hydrologique.
21. Noues, jardins de pluie et dépressions végétalisées
Les infrastructures végétalisées peuvent ralentir les eaux pluviales.
On peut utiliser :
- noues ;
- jardins de pluie ;
- fossés végétalisés ;
- bassins temporaires ;
- dépressions paysagères ;
- chaussées perméables lorsque les conditions sont adaptées ;
- espaces verts inondables temporairement.
Ces infrastructures doivent toutefois être conçues selon :
- les sols ;
- la topographie ;
- la pollution potentielle ;
- la nappe ;
- les usages ;
- la sécurité ;
- les capacités d’infiltration.
22. Ne pas infiltrer partout sans diagnostic
La désimperméabilisation et l’infiltration constituent des leviers puissants.
Mais elles ne doivent pas devenir des recettes universelles.
Certaines situations peuvent présenter :
- sols pollués ;
- nappes très proches ;
- risques géotechniques ;
- fortes contraintes de fondations ;
- faible capacité d’infiltration ;
- contamination des eaux souterraines.
Le principe Omakëya™ reste :
Diagnostiquer → comprendre → infiltrer lorsque cela est pertinent → stocker lorsque nécessaire → évacuer en dernier recours.
23. Quatrième limite : le manque de nature
La disparition de la nature urbaine ne signifie pas seulement la disparition de plantes.
Elle implique souvent la disparition simultanée de :
- sols vivants ;
- insectes ;
- oiseaux ;
- champignons ;
- petits mammifères ;
- zones humides ;
- arbres matures ;
- cycles biologiques.
La ville devient alors biologiquement simplifiée.
24. Une ville verte n’est pas nécessairement une ville écologique
Un espace peut contenir de la végétation tout en possédant une faible fonctionnalité écologique.
Une pelouse très courte, arrosée et régulièrement tondue peut être verte tout en offrant peu d’habitats.
À l’inverse, une friche diversifiée peut sembler moins « propre » mais présenter une grande richesse écologique.
Il faut donc distinguer :
présence de végétation
et
fonctionnement écologique.
25. La diversité structurelle
Un écosystème urbain riche possède généralement plusieurs niveaux :
- arbres ;
- arbustes ;
- plantes herbacées ;
- couvre-sols ;
- racines ;
- bois mort ;
- sols nus biologiquement actifs lorsque nécessaires ;
- eau ;
- cavités ;
- abris.
La diversité verticale augmente le nombre de niches écologiques disponibles.
26. Les parcs urbains comme écosystèmes
Un parc peut devenir :
- refuge climatique ;
- réservoir biologique ;
- zone d’infiltration ;
- espace social ;
- infrastructure paysagère ;
- espace de production ;
- corridor écologique.
Le parc multifonctionnel devient ainsi un élément majeur du réseau territorial.
27. Les cours d’école comme infrastructures climatiques
Les cours d’école sont particulièrement intéressantes.
Elles peuvent être transformées progressivement en espaces comprenant :
- arbres ;
- sols perméables ;
- jardins ;
- zones ombragées ;
- eau ;
- végétation diversifiée ;
- espaces de jeu ;
- zones pédagogiques.
On ne transforme donc pas seulement une cour.
On transforme une infrastructure climatique destinée aux enfants.
28. Les toitures
Les toitures représentent une surface urbaine considérable.
Elles peuvent contribuer à :
- réduire certaines températures de surface ;
- retenir temporairement les précipitations ;
- accueillir de la biodiversité ;
- produire de l’énergie ;
- produire éventuellement certains aliments ;
- créer des espaces accessibles.
La toiture devient une nouvelle couche du territoire.
29. Les façades
Les façades peuvent également participer au système climatique.
Selon leur conception, elles peuvent accueillir :
- plantes grimpantes ;
- végétalisation structurée ;
- dispositifs d’ombrage ;
- surfaces réfléchissantes ou adaptées ;
- dispositifs de récupération d’eau.
La façade devient une interface :
bâtiment ↔ atmosphère ↔ végétation.
30. Désimperméabiliser avant de simplement végétaliser
Une erreur fréquente consiste à poser des plantations sur une infrastructure qui reste profondément minérale.
Une stratégie plus ambitieuse consiste à travailler simultanément :
- le revêtement ;
- le sol ;
- l’eau ;
- les racines ;
- la végétation ;
- l’ombrage.
Le véritable changement vient souvent du couplage entre sol et végétation.
31. Les arbres doivent disposer d’espace
Planter un arbre sans prévoir son développement futur constitue une erreur de conception.
Il faut anticiper :
- volume aérien ;
- volume racinaire ;
- croissance ;
- réseaux ;
- bâtiments ;
- circulation ;
- sécurité ;
- eau ;
- entretien.
L’arbre doit être conçu à :
1 an → 10 ans → 30 ans → 50 ans → 80 ans.
La ville doit apprendre à penser en temps long.
32. La biodiversité comme infrastructure
La biodiversité n’est pas uniquement une valeur patrimoniale.
Elle participe à des fonctions :
- pollinisation ;
- prédation ;
- décomposition ;
- fertilité ;
- régulation biologique ;
- dispersion ;
- fonctionnement des sols ;
- fonctionnement des zones humides.
La biodiversité devient donc une composante du fonctionnement territorial.
33. Reconnecter la ville aux territoires naturels
Une ville ne devrait pas être considérée comme une île.
Elle doit pouvoir être reliée à :
- forêts ;
- rivières ;
- zones humides ;
- campagnes ;
- corridors agricoles ;
- massifs ;
- vallées.
Le réseau écologique doit traverser progressivement :
centre-ville → périphérie → espaces agricoles → espaces naturels.
34. La ville comme trame verte, bleue et brune
Le chapitre précédent a montré l’importance de la continuité écologique.
La ville doit maintenant être intégrée à ces réseaux.
Trame verte
- arbres ;
- parcs ;
- jardins ;
- haies ;
- corridors.
Trame bleue
- rivières ;
- mares ;
- noues ;
- zones humides ;
- bassins.
Trame brune
- sols vivants ;
- continuités racinaires ;
- espaces désimperméabilisés ;
- sols non compactés.
Ces trois réseaux doivent être conçus ensemble.
35. Les espaces publics comme infrastructures multifonctionnelles
Une place peut être :
- lieu de rencontre ;
- espace ombragé ;
- bassin temporaire ;
- jardin ;
- habitat ;
- espace de circulation.
Une rue peut être :
- voie de circulation ;
- corridor végétal ;
- réseau hydrologique ;
- infrastructure de fraîcheur.
Un parc peut être :
- espace social ;
- réservoir biologique ;
- infrastructure climatique ;
- zone d’infiltration.
Cette multifonctionnalité devient une règle majeure de l’aménagement résilient.
36. Le principe de la ville éponge et végétale
Deux stratégies doivent converger :
ville-éponge
et
ville-végétale.
L’une agit principalement sur l’eau.
L’autre agit principalement sur :
- rayonnement ;
- chaleur ;
- biodiversité ;
- air ;
- confort.
Mais leurs infrastructures peuvent être communes.
Une noue végétalisée peut gérer l’eau et créer un habitat.
Un arbre peut fournir de l’ombre et intercepter les précipitations.
Un parc peut stocker temporairement l’eau et devenir un refuge thermique.
37. Réduire les besoins avant de compenser
Face à une canicule, une stratégie uniquement technique pourrait consister à installer davantage de climatisation.
Mais une ville résiliente commence autrement :
éviter → réduire → protéger → ventiler → végétaliser → gérer l’eau → stocker → produire → mécaniser.
Cette hiérarchie est fondamentale.
La climatisation reste parfois nécessaire.
Mais elle ne doit pas être la première et unique réponse.
38. La dépendance croisée entre climat et énergie
Lors d’une canicule :
- la demande de froid augmente ;
- la consommation électrique augmente ;
- les équipements peuvent atteindre leurs limites ;
- les réseaux peuvent être sollicités davantage.
Or la chaleur est précisément le moment où la ville a le plus besoin de refroidissement.
Une stratégie de résilience doit donc chercher à réduire simultanément :
- température ;
- exposition ;
- besoins de refroidissement ;
- dépendance énergétique.
39. Les refuges climatiques urbains
Certaines infrastructures doivent être identifiées comme prioritaires :
- écoles ;
- EHPAD ;
- hôpitaux ;
- logements collectifs ;
- transports ;
- places publiques ;
- équipements sportifs ;
- centres sociaux.
La ville peut construire un réseau de refuges climatiques reliés par des parcours ombragés et accessibles.
40. La question sociale
Le changement climatique ne touche pas tous les habitants de la même manière.
La vulnérabilité dépend notamment :
- de l’âge ;
- de la santé ;
- du logement ;
- de l’accès à la fraîcheur ;
- de l’exposition ;
- de la mobilité ;
- des ressources économiques.
La résilience urbaine doit donc intégrer une dimension de justice spatiale.
Une ville qui possède quelques beaux parcs mais laisse certains quartiers sans arbres ni sols perméables reste vulnérable.
41. Cartographier la vulnérabilité thermique
Une carte urbaine peut croiser :
- température ;
- rayonnement ;
- végétation ;
- ombrage ;
- humidité ;
- vent ;
- matériaux ;
- densité ;
- population ;
- équipements sensibles.
On peut alors identifier les secteurs où se combinent :
fort aléa + forte exposition + forte vulnérabilité.
Ce sont les zones prioritaires.
42. Les cartes stratégiques de transformation
Une ville résiliente peut produire plusieurs cartes superposées :
- carte des températures ;
- carte des surfaces minérales ;
- carte des sols ;
- carte de l’imperméabilisation ;
- carte du ruissellement ;
- carte des arbres ;
- carte des canopées ;
- carte des corridors écologiques ;
- carte des refuges climatiques ;
- carte des populations vulnérables ;
- carte des infrastructures critiques ;
- carte des opportunités de transformation.
Le véritable outil de décision naît de leur croisement.
43. Le diagnostic urbain Omakëya™
Une méthode complète peut suivre 20 étapes :
| Étape | Diagnostic |
|---|---|
| 1 | Délimiter les unités climatiques urbaines |
| 2 | Cartographier les surfaces minérales |
| 3 | Cartographier les sols |
| 4 | Mesurer l’imperméabilisation |
| 5 | Identifier les chemins de l’eau |
| 6 | Cartographier les températures |
| 7 | Cartographier le rayonnement |
| 8 | Cartographier les vents |
| 9 | Cartographier la végétation |
| 10 | Mesurer la canopée |
| 11 | Identifier les îlots de chaleur |
| 12 | Identifier les îlots de fraîcheur |
| 13 | Cartographier les habitats |
| 14 | Cartographier les corridors |
| 15 | Identifier les populations vulnérables |
| 16 | Identifier les infrastructures critiques |
| 17 | Repérer les surfaces transformables |
| 18 | Construire les scénarios |
| 19 | Prioriser les interventions |
| 20 | Mesurer les résultats |
44. Les interventions prioritaires
Toutes les rues ne peuvent pas être transformées simultanément.
Il faut rechercher les interventions possédant le meilleur rapport :
bénéfice climatique + bénéfice hydrologique + bénéfice écologique + bénéfice social / coût.
Exemples :
- désimperméabiliser une cour ;
- planter une canopée ;
- reconnecter un parc à une rivière ;
- restaurer une noue ;
- transformer un parking ;
- créer un corridor ombragé ;
- restaurer un sol.
45. La ville comme mosaïque climatique
Il ne faut pas chercher à rendre toute la ville identique.
Une ville résiliente doit conserver une mosaïque de :
- zones ombragées ;
- zones ouvertes ;
- espaces ventilés ;
- espaces humides ;
- espaces secs ;
- parcs ;
- rues arborées ;
- zones minérales nécessaires ;
- refuges ;
- corridors.
La diversité spatiale augmente la capacité d’adaptation.
46. Penser en réseau plutôt qu’en projet isolé
Une plantation d’arbres dans une rue peut être utile.
Mais un réseau de rues arborées reliant :
écoles → parcs → transports → quartiers → équipements publics
est beaucoup plus stratégique.
De même :
noues → jardins de pluie → bassins → rivière
forme un véritable réseau hydrologique urbain.
47. La ville productive
La résilience peut également intégrer :
- jardins partagés ;
- vergers urbains ;
- maraîchage ;
- pépinières ;
- compostage ;
- récupération de biomasse ;
- production alimentaire locale.
L’espace vert devient alors également une infrastructure productive.
48. Le métabolisme circulaire urbain
La ville produit :
- déchets organiques ;
- eaux usées ;
- eaux pluviales ;
- chaleur fatale ;
- biomasse ;
- matériaux usagés.
Elle consomme :
- eau ;
- énergie ;
- nourriture ;
- matériaux.
Une stratégie Omakëya™ cherche à transformer certaines sorties en ressources.
Par exemple :
biomasse → compost → sol → végétation → biomasse.
Ou :
pluie → stockage → irrigation → végétation → évapotranspiration.
La ville commence alors à fonctionner davantage en cycles.
49. Le jumeau numérique climatique de la ville
Les données peuvent être intégrées dans un modèle numérique comprenant :
- bâtiments ;
- rues ;
- arbres ;
- sols ;
- réseaux ;
- relief ;
- eau ;
- températures ;
- vents ;
- rayonnement ;
- populations ;
- infrastructures.
On peut ensuite comparer plusieurs scénarios :
Scénario A
Ville minérale.
Scénario B
Désimperméabilisation.
Scénario C
Canopée renforcée.
Scénario D
Ville-éponge.
Scénario E
Combinaison complète.
Le jumeau numérique permet alors de passer d’une logique intuitive à une logique de simulation et d’apprentissage.
50. Concevoir la ville pour 2050, 2080 et 2100
Une plantation réalisée aujourd’hui peut devenir une infrastructure majeure dans plusieurs décennies.
Un arbre planté en 2026 peut être encore présent en 2050, 2080 ou au-delà.
Il faut donc sélectionner et implanter les infrastructures en fonction de leur évolution.
La question n’est pas :
« Comment rendre cette rue confortable aujourd’hui ? »
Mais :
« Comment cette rue fonctionnera-t-elle lors des conditions climatiques de 2050, 2080 et 2100 ? »
51. La ville réversible et évolutive
Une ville résiliente ne doit pas être figée.
Elle doit pouvoir :
- planter ;
- déplacer ;
- désimperméabiliser ;
- densifier certains secteurs ;
- renaturer ;
- modifier les circulations ;
- adapter les bâtiments ;
- créer de nouveaux corridors.
L’aménagement devient un processus.
Concevoir → mesurer → apprendre → corriger → évoluer.
52. Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Planter sans restaurer les sols
Erreur 2 — Ajouter de l’eau sans analyser l’hydrologie
Erreur 3 — Peindre les surfaces sans traiter le rayonnement global
Erreur 4 — Installer uniquement de la climatisation
Erreur 5 — Créer des espaces verts isolés
Erreur 6 — Utiliser une seule espèce d’arbre
Erreur 7 — Oublier l’eau disponible pour les arbres
Erreur 8 — Confondre température de surface et température de l’air
Erreur 9 — Ignorer les populations vulnérables
Erreur 10 — Concevoir uniquement pour le climat actuel
53. Matrice de résilience urbaine
| Problème | Cause | Fonction perdue | Solution Omakëya™ |
|---|---|---|---|
| Bétonisation | Artificialisation | Infiltration | Désimperméabilisation |
| Îlot de chaleur | Minéralisation | Refroidissement naturel | Ombre + végétation + eau |
| Ruissellement | Sols imperméables | Stockage/infiltration | Ville-éponge |
| Manque de nature | Fragmentation | Habitat | Trames vertes |
| Sol compacté | Travaux | Fonction racinaire | Restauration pédologique |
| Parking chaud | Asphalte | Ombre | Canopée |
| Rue minérale | Conception traditionnelle | Confort | Rue climatique |
| Cours d’école minérale | Imperméabilisation | Fraîcheur | Cour végétalisée |
| Rivière artificialisée | Canalisation | Continuité | Renaturation |
| Dépendance au froid | Mauvaise conception | Sobriété | Bioclimatisme |
54. Les indicateurs de transformation
Une politique urbaine résiliente doit être mesurable.
Indicateurs climatiques
- température de l’air ;
- température des surfaces ;
- température radiante ;
- humidité ;
- vent ;
- durée d’exposition.
Indicateurs hydrologiques
- taux d’imperméabilisation ;
- volume infiltré ;
- volume stocké ;
- ruissellement ;
- surfaces désimperméabilisées.
Indicateurs écologiques
- surface de canopée ;
- surface de sols vivants ;
- nombre d’habitats ;
- connectivité ;
- biodiversité.
Indicateurs sociaux
- accès aux espaces frais ;
- distance aux refuges ;
- exposition des populations vulnérables ;
- accessibilité des espaces publics.
55. Le nouveau modèle urbain
Le modèle classique peut être résumé ainsi :
construire → imperméabiliser → évacuer → climatiser → réparer.
Le modèle Omakëya™ cherche progressivement à devenir :
observer → désartificialiser → infiltrer → ombrager → végétaliser → reconnecter → stocker → mesurer → adapter.
Il ne s’agit pas de supprimer toute infrastructure technique.
Il s’agit de retrouver un équilibre entre :
infrastructure grise + infrastructure bleue + infrastructure verte + infrastructure brune + infrastructure énergétique.
56. La ville comme organisme vivant
Une ville possède :
- des flux ;
- des stocks ;
- des réseaux ;
- des échanges ;
- des zones de croissance ;
- des zones de transformation ;
- des systèmes de régulation ;
- des dépendances ;
- des vulnérabilités.
Elle ressemble davantage à un écosystème métabolique qu’à une simple collection de bâtiments.
La Vision Omakëya™ propose donc de considérer :
la ville comme un immense organisme territorial, dont les bâtiments, les sols, les arbres, l’eau, les infrastructures et les habitants constituent les différents systèmes.
57. Le principe fondamental Omakëya™
Ne cherchez pas simplement à rendre la ville plus verte. Rendez-la plus capable de fonctionner avec moins d’eau, moins d’énergie, moins d’artificialisation et davantage de diversité, de sols vivants, d’ombre, de végétation, d’eau stockée et de connexions écologiques.
La véritable transformation urbaine ne consiste pas à ajouter quelques éléments naturels à une ville inchangée.
Elle consiste à modifier le fonctionnement même de la ville.
58. Les cinq transformations prioritaires
Face aux limites actuelles, cinq transformations deviennent prioritaires :
1. Désartificialiser
Rendre aux sols certaines de leurs fonctions.
2. Refroidir naturellement
Ombre, végétation, ventilation, eau et matériaux adaptés.
3. Retenir l’eau
Ralentir, infiltrer, stocker et réutiliser.
4. Reconnecter la nature
Créer des trames vertes, bleues et brunes.
5. Réduire les dépendances
Moins de besoins énergétiques, hydriques et techniques.
59. Une nouvelle définition de la performance urbaine
La performance d’une ville ne devrait plus être évaluée uniquement par :
- vitesse des déplacements ;
- densité ;
- consommation foncière ;
- production économique ;
- capacité constructive.
Elle doit également intégrer :
- capacité à rester fraîche ;
- capacité à gérer l’eau ;
- capacité à préserver les sols ;
- capacité à accueillir la biodiversité ;
- capacité à produire une partie de ses ressources ;
- capacité à fonctionner en situation dégradée ;
- capacité à s’adapter.
On passe ainsi de la performance statique à la capacité de fonctionnement dans le temps.
60. Refaire de la ville une infrastructure vivante
La ville du XXIᵉ siècle ne peut plus être conçue uniquement comme une accumulation de bâtiments, de routes et de réseaux.
Le climat change.
Les épisodes de chaleur deviennent un problème urbain majeur.
Les pluies intenses mettent à l’épreuve les systèmes d’évacuation.
Les sols artificialisés perdent leurs fonctions.
La biodiversité recule lorsque les habitats deviennent isolés.
La dépendance aux systèmes techniques augmente lorsque les fonctions naturelles disparaissent.
La réponse ne consiste pourtant pas à opposer systématiquement la ville à la nature.
Elle consiste à réintroduire les fonctions du vivant dans l’infrastructure urbaine.
Un arbre devient une infrastructure d’ombrage.
Un sol vivant devient une infrastructure hydrologique.
Une noue devient une infrastructure de gestion de l’eau et de biodiversité.
Un parc devient une infrastructure climatique.
Une rivière devient une infrastructure écologique.
Une haie devient un corridor.
Une cour d’école devient un refuge climatique.
Une toiture devient une surface multifonctionnelle.
Une rue devient un corridor climatique, hydrologique et écologique.
La ville commence alors à fonctionner autrement.
Elle ne cherche plus à supprimer l’eau immédiatement.
Elle ne cherche plus à lutter contre toute chaleur uniquement par des machines.
Elle ne considère plus la végétation comme une décoration.
Elle ne considère plus les sols comme de simples supports de construction.
Elle recommence à considérer l’eau, le sol, la végétation, le relief, l’ombre, le vent et la biodiversité comme des infrastructures territoriales.
C’est le passage fondamental :
de la ville minérale à la ville climatique ;
de la ville qui évacue à la ville qui retient ;
de la ville qui chauffe à la ville qui ombrage ;
de la ville fragmentée à la ville connectée ;
de la ville artificielle à la ville vivante.
Et cette transformation ne doit pas être pensée uniquement à l’échelle de la commune.
Elle doit être connectée aux villages, aux terres agricoles, aux forêts, aux rivières, aux zones humides et aux territoires environnants.
La ville n’est qu’une maille du réseau.
Transition vers la suite du Tome 11
Après avoir repensé la ville comme système climatique, hydrologique et écologique, une question apparaît naturellement :
comment transformer les bâtiments eux-mêmes pour qu’ils deviennent des acteurs de cette résilience territoriale ?
Le bâtiment peut capter le Soleil, stocker de la chaleur, se protéger du rayonnement, ventiler naturellement, récupérer l’eau, accueillir de la végétation, produire de l’énergie et interagir avec son environnement.
Il devient alors la prochaine échelle de l’ingénierie agroclimatique :
le bâtiment bioclimatique comme élément constitutif du territoire résilient.