AGROCLIMATOLOGIE : DÉSIMPERMÉABILISER LA VILLE

DÉSIMPERMÉABILISER LA VILLE

Redonner au sol sa capacité à infiltrer, stocker, refroidir et faire vivre le territoire

1. Et si la ville cessait d’être une surface imperméable ?

Pendant longtemps, l’aménagement urbain a considéré l’eau de pluie comme un flux qu’il fallait évacuer le plus rapidement possible.

La pluie tombe.

Elle ruisselle.

Elle rejoint une grille.

Elle entre dans un réseau.

Elle est transportée vers un collecteur.

Puis elle est rejetée vers un cours d’eau.

Cette logique a permis de protéger de nombreux espaces urbains contre certaines formes d’accumulation d’eau.

Mais elle possède une faiblesse fondamentale :

elle transforme une ressource diffuse en flux concentré.

Plus une ville est imperméabilisée, plus elle tend à modifier brutalement le cycle de l’eau.

L’eau pénètre moins dans les sols.

Elle est moins disponible pour la végétation.

Les nappes sont moins alimentées lorsque les conditions naturelles permettraient leur recharge.

Les volumes ruisselés augmentent.

Les débits de pointe peuvent augmenter.

Les réseaux sont davantage sollicités.

Les espaces urbains peuvent devenir plus chauds et plus secs.

La désimperméabilisation représente donc bien davantage qu’une politique de revêtement.

Elle consiste à restaurer des fonctions territoriales perdues.

Un sol désimperméabilisé peut redevenir :

  • un réservoir d’eau ;
  • un support racinaire ;
  • un habitat biologique ;
  • une surface d’infiltration ;
  • un stockage de carbone ;
  • un régulateur thermique ;
  • un espace de production ;
  • une infrastructure écologique.

La question n’est donc pas seulement :

« Où peut-on enlever du béton ? »

Mais :

« Quelles fonctions pouvons-nous rendre au sol, et où leur restauration produira-t-elle le plus grand bénéfice ? »


2. L’imperméabilisation : une transformation du cycle hydrologique

Une ville possède une mosaïque de surfaces :

  • toitures ;
  • routes ;
  • trottoirs ;
  • parkings ;
  • places ;
  • cours ;
  • espaces verts ;
  • jardins ;
  • sols nus ;
  • surfaces perméables.

Chaque surface possède un comportement hydrologique différent.

Sur un sol fonctionnel, la pluie peut être :

interceptée → infiltrée → stockée → évapotranspirée → drainée progressivement.

Sur une surface imperméable, elle devient plus rapidement :

ruissellement → concentration → réseau → exutoire.

La désimperméabilisation consiste donc à modifier cette trajectoire.


3. Le bilan hydrologique urbain

À l’échelle d’un territoire urbain, on peut représenter de manière simplifiée :

[
P=ET+R+I+\Delta S
]

avec :

  • (P) = précipitations ;
  • (ET) = évapotranspiration ;
  • (R) = ruissellement ;
  • (I) = infiltration ;
  • (\Delta S) = variation des stocks d’eau.

Cette relation est un bilan conceptuel simplifié.

Dans la réalité, le système doit également considérer :

  • stockage dans les réseaux ;
  • retenues ;
  • écoulements souterrains ;
  • drainage ;
  • interactions avec les nappes ;
  • échanges avec les cours d’eau.

L’objectif n’est donc pas de supprimer totalement le ruissellement.

Il s’agit de retrouver un partage plus fonctionnel des flux.


4. La désimperméabilisation n’est pas simplement le remplacement d’un revêtement

Enlever de l’asphalte ne suffit pas nécessairement.

Un sol situé sous plusieurs décennies de voirie peut être :

  • compacté ;
  • décapé ;
  • remblayé ;
  • pollué ;
  • pauvre en matière organique ;
  • biologiquement dégradé.

Il faut donc distinguer :

désimperméabilisation physique

et

restauration fonctionnelle du sol.

La seconde est beaucoup plus ambitieuse.


5. Les quatre niveaux de transformation

On peut distinguer :

Niveau 1 — Rendre la surface perméable

Modifier le revêtement.

Niveau 2 — Restaurer la structure du sol

Décompacter et reconstruire une porosité fonctionnelle.

Niveau 3 — Reconnecter le sol à l’eau

Permettre l’arrivée et la circulation de l’eau.

Niveau 4 — Reconnecter le sol au vivant

Restaurer racines, microorganismes, matière organique et habitats.

La véritable désimperméabilisation associe progressivement ces quatre niveaux.


6. Première solution : les sols perméables

Les sols perméables permettent à une partie des précipitations de traverser la surface.

Ils peuvent prendre différentes formes :

  • revêtements drainants ;
  • pavés à joints ouverts ;
  • surfaces gravillonnées adaptées ;
  • sols stabilisés perméables ;
  • certains bétons poreux ;
  • matériaux alvéolaires ;
  • espaces végétalisés.

Le choix dépend du contexte.


7. Un sol perméable n’est pas automatiquement un sol vivant

Il faut éviter une confusion importante.

Un revêtement permettant à l’eau de passer n’est pas nécessairement un sol biologiquement fonctionnel.

Un système peut être :

hydrauliquement perméable

mais :

biologiquement pauvre.

La stratégie doit donc distinguer :

  • infiltration ;
  • stockage ;
  • enracinement ;
  • biodiversité ;
  • structure ;
  • matière organique.

8. La conception des sols perméables

Un système perméable doit être étudié en fonction :

  • de la pluie ;
  • de la surface contributive ;
  • de la capacité d’infiltration ;
  • de la nature du sol ;
  • de la pente ;
  • de la nappe ;
  • de la charge mécanique ;
  • de l’entretien ;
  • de la pollution potentielle.

La perméabilité ne doit jamais être considérée comme une propriété suffisante à elle seule.


9. Deuxième solution : les noues

La noue est une dépression ou un fossé végétalisé conçu pour recevoir, ralentir et éventuellement infiltrer une partie des eaux.

Elle peut être :

  • linéaire ;
  • paysagère ;
  • végétalisée ;
  • temporairement humide ;
  • connectée à d’autres ouvrages.

Elle peut remplir plusieurs fonctions simultanément :

  • gestion de l’eau ;
  • biodiversité ;
  • paysage ;
  • ombrage ;
  • continuité écologique.

10. Le fonctionnement d’une noue

Un épisode pluvieux peut suivre une séquence :

pluie → ruissellement → noue → ralentissement → infiltration → stockage temporaire → évapotranspiration / écoulement contrôlé.

La noue transforme donc un flux rapide en flux plus lent.

Elle peut également réduire certaines pointes de débit lorsque son dimensionnement et ses conditions de fonctionnement le permettent.


11. Les noues comme infrastructures vertes

Une noue correctement végétalisée peut accueillir :

  • graminées ;
  • plantes herbacées ;
  • arbustes ;
  • organismes du sol ;
  • insectes ;
  • oiseaux.

Elle devient alors une interface entre :

eau + sol + végétation + biodiversité.

Elle peut également constituer une continuité écologique à l’échelle du quartier.


12. Les limites des noues

Une noue ne doit pas être utilisée automatiquement partout.

Il faut étudier :

  • capacité d’infiltration ;
  • pollution des eaux ;
  • proximité de bâtiments ;
  • réseaux ;
  • stabilité des sols ;
  • nappe ;
  • pente ;
  • entretien ;
  • sécurité.

Une noue mal conçue peut devenir :

  • inefficace ;
  • saturée ;
  • érosive ;
  • difficile à entretenir.

13. Troisième solution : les jardins de pluie

Le jardin de pluie est une petite infrastructure végétalisée destinée à recevoir temporairement une partie des eaux pluviales.

Il peut être implanté :

  • devant une maison ;
  • dans un jardin ;
  • dans une cour ;
  • sur un espace public ;
  • dans un parking ;
  • entre deux bâtiments.

Il transforme une zone ordinaire en petit bassin hydrologique vivant.


14. Le jardin de pluie comme micro-écosystème

Un jardin de pluie peut associer :

  • substrat ;
  • végétation ;
  • eau temporaire ;
  • organismes du sol ;
  • insectes ;
  • racines.

Il peut donc assurer simultanément :

  • infiltration ;
  • stockage temporaire ;
  • évapotranspiration ;
  • biodiversité ;
  • amélioration paysagère.

15. Les jardins de pluie et les épisodes extrêmes

Un jardin de pluie ne doit pas être conçu uniquement pour une pluie moyenne.

Il faut examiner :

  • pluies fréquentes ;
  • pluies intenses ;
  • événements exceptionnels ;
  • débordement ;
  • cheminement de sécurité.

La question essentielle devient :

Que se passe-t-il lorsque l’ouvrage est plein ?

Une infrastructure résiliente doit posséder un fonctionnement en mode normal et un fonctionnement en mode exceptionnel.


16. Quatrième solution : les cours végétalisées

Les cours constituent une immense réserve potentielle de désimperméabilisation.

On retrouve notamment :

  • cours d’écoles ;
  • cours d’immeubles ;
  • cours d’entreprises ;
  • cours d’hôpitaux ;
  • cours administratives ;
  • espaces résidentiels.

Une cour minérale peut être transformée en :

  • jardin ;
  • verger ;
  • espace ombragé ;
  • zone d’infiltration ;
  • espace pédagogique ;
  • refuge climatique.

17. Les cours d’école

La transformation des cours d’école possède une importance particulière.

Une cour végétalisée peut offrir :

  • ombre ;
  • fraîcheur ;
  • infiltration ;
  • biodiversité ;
  • espaces de jeu ;
  • contact avec le vivant.

Elle devient simultanément :

infrastructure climatique + hydrologique + écologique + pédagogique.


18. Désimperméabiliser sans supprimer tous les usages

Une cour doit continuer à accueillir :

  • enfants ;
  • jeux ;
  • circulation ;
  • sport ;
  • rassemblements.

La solution n’est donc pas nécessairement de remplacer toute la surface par de la végétation.

Il s’agit plutôt de créer une mosaïque fonctionnelle :

sol minéral nécessaire + sol perméable + végétation + ombre + eau + espaces de jeu.


19. Cinquième solution : les parkings infiltrants

Les parkings constituent l’un des espaces les plus intéressants pour la transformation.

Ils cumulent souvent :

  • grande superficie ;
  • forte imperméabilisation ;
  • échauffement solaire ;
  • faible biodiversité ;
  • ruissellement important.

Ils peuvent devenir :

  • perméables ;
  • arborés ;
  • infiltrants ;
  • végétalisés ;
  • multifonctionnels.

20. Le parking comme infrastructure climatique

Un parking peut être conçu comme :

stationnement + arbre + infiltration + ombre + biodiversité + recharge éventuelle + mobilité douce.

Les arbres réduisent l’exposition solaire des véhicules et des usagers.

Les surfaces perméables modifient le ruissellement.

Les bandes végétalisées créent des continuités.

Le parking cesse alors d’être uniquement une surface de stockage automobile.


21. La hiérarchie de transformation des parkings

On peut envisager :

Étape 1

Réduire les surfaces réellement nécessaires.

Étape 2

Désimperméabiliser.

Étape 3

Restaurer les sols.

Étape 4

Planter une canopée adaptée.

Étape 5

Créer des zones infiltrantes.

Étape 6

Connecter le parking au réseau vert et bleu.

Le parking devient alors une pièce du système territorial.


22. Les places publiques

Les grandes places minérales peuvent également être transformées.

Il n’est pas toujours nécessaire de les végétaliser intégralement.

On peut créer :

  • arbres ;
  • fosses plantées ;
  • jardins de pluie ;
  • zones perméables ;
  • ombrage ;
  • mobilier ;
  • espaces multifonctionnels.

L’objectif est de conserver la fonction urbaine tout en réduisant les dysfonctionnements climatiques et hydrologiques.


23. Les trottoirs

Une partie des trottoirs peut parfois être transformée en :

  • bandes végétalisées ;
  • fosses d’arbres ;
  • noues ;
  • zones perméables ;
  • jardins de rue.

Cette transformation doit rester compatible avec :

  • accessibilité ;
  • sécurité ;
  • réseaux ;
  • entretien ;
  • circulation.

24. Les pieds d’arbres

Les pieds d’arbres représentent une opportunité souvent sous-estimée.

Un pied d’arbre totalement minéralisé limite :

  • infiltration ;
  • échanges gazeux ;
  • développement racinaire ;
  • biodiversité.

Une fosse plus largement connectée peut devenir une véritable infrastructure de sol.


25. Le concept de fosse d’arbre connectée

Plutôt que de planter chaque arbre dans une petite fosse isolée, il est possible de concevoir des volumes de sol connectés.

On peut alors obtenir :

arbre → sol → arbre → sol → arbre.

Cette continuité améliore potentiellement :

  • disponibilité en eau ;
  • espace racinaire ;
  • circulation de l’air dans le sol ;
  • continuité biologique ;
  • robustesse des plantations.

Le principe est particulièrement intéressant pour les rues arborées.


26. Les toitures dans la stratégie de désimperméabilisation

Une toiture reste une surface qui intercepte la pluie.

Même lorsqu’elle ne peut pas être transformée en sol, elle peut participer à la gestion hydrologique.

Solutions :

  • toitures végétalisées ;
  • stockage temporaire ;
  • récupération d’eau ;
  • ralentissement des écoulements ;
  • réutilisation lorsque les conditions le permettent.

La stratégie doit donc considérer la ville en trois dimensions.


27. La ville verticale

Le sol disponible au niveau zéro est limité.

Il faut donc travailler simultanément :

  • sol ;
  • sous-sol ;
  • façade ;
  • toiture ;
  • végétation verticale.

Chaque niveau peut contribuer différemment au cycle de l’eau et au climat urbain.


28. Les infrastructures bleues urbaines

La désimperméabilisation doit être connectée à :

  • mares ;
  • bassins ;
  • zones humides ;
  • rivières ;
  • noues ;
  • jardins de pluie.

L’objectif est de créer un réseau.

Une noue isolée possède une fonction.

Une succession :

toiture → noue → jardin de pluie → bassin → zone humide

constitue un système.


29. Ralentir avant d’infiltrer

La stratégie Omakëya™ ne consiste pas à envoyer immédiatement toute l’eau vers le sol.

Il faut parfois :

ralentir → répartir → stocker temporairement → infiltrer.

Cette séquence réduit les vitesses et permet au système de fonctionner avec des épisodes variables.


30. Infiltrer avant d’évacuer

Lorsque les conditions pédologiques et environnementales le permettent :

l’eau doit rester le plus longtemps possible dans le territoire avant de devenir un problème d’évacuation.

Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer tous les réseaux.

Les réseaux restent nécessaires pour gérer :

  • excès ;
  • événements extrêmes ;
  • eaux contaminées ;
  • situations où l’infiltration est impossible.

L’objectif est de réduire leur sollicitation.


31. Le stockage temporaire

La résilience hydrologique repose souvent davantage sur le stockage temporaire que sur le stockage permanent.

Une dépression peut être sèche pendant plusieurs semaines puis recevoir de l’eau lors d’un épisode pluvieux.

Elle fonctionne comme un réservoir temporaire.

Cela permet de :

  • réduire les pointes ;
  • temporiser les flux ;
  • infiltrer progressivement ;
  • protéger les secteurs aval.

32. Les sols comme réservoirs urbains

Un sol vivant possède une capacité de stockage liée à :

  • profondeur ;
  • texture ;
  • structure ;
  • matière organique ;
  • porosité ;
  • enracinement.

On peut représenter conceptuellement la réserve utile par :

[
RU \approx (\theta_{CC}-\theta_{PFP})Z
]

où :

  • (\theta_{CC}) = teneur en eau à la capacité au champ ;
  • (\theta_{PFP}) = teneur en eau au point de flétrissement permanent ;
  • (Z) = profondeur de sol exploitable par les racines.

Le sol devient ainsi une partie du système de stockage hydrologique urbain.


33. La désimperméabilisation et la fraîcheur

Le bénéfice hydrologique peut être associé à un bénéfice climatique.

L’eau disponible dans le système sol-végétation permet notamment :

  • évapotranspiration ;
  • développement végétal ;
  • ombrage ;
  • réduction de certaines températures de surface.

La désimperméabilisation peut donc contribuer à transformer une partie du quartier en infrastructure de fraîcheur.


34. Le rôle de l’évapotranspiration

L’évapotranspiration transfère de l’eau vers l’atmosphère.

Une partie de l’énergie disponible est alors utilisée dans les changements de phase de l’eau plutôt que pour augmenter directement la température sensible du système.

Mais ce mécanisme dépend de l’eau disponible.

Une végétation fortement stressée par la sécheresse ne fournit pas le même service qu’une végétation correctement alimentée.


35. Désimperméabiliser pour les arbres du futur

La plantation d’arbres doit être pensée avec leur environnement souterrain.

Il faut anticiper :

  • volume racinaire ;
  • disponibilité en eau ;
  • drainage ;
  • développement futur ;
  • sécheresses ;
  • canicules ;
  • vents ;
  • durée de vie.

La désimperméabilisation devient donc une infrastructure de long terme pour la canopée future.


36. La biodiversité gagne également du terrain

Restaurer des sols et créer des espaces végétalisés peut multiplier les habitats.

Un réseau de :

sol vivant → arbre → haie → noue → mare → parc

forme une continuité écologique beaucoup plus riche qu’une succession de surfaces minérales.

La désimperméabilisation devient ainsi un outil de restauration de la trame verte, bleue et brune.


37. Les limites et les risques

Toute désimperméabilisation doit être précédée d’un diagnostic.

Il faut vérifier notamment :

  • pollution des sols ;
  • pollution des eaux ;
  • présence de réseaux ;
  • fondations ;
  • sous-sols ;
  • stabilité ;
  • nappe ;
  • capacité d’infiltration ;
  • risque de transfert de contaminants ;
  • usages futurs.

Il faut également prévoir la maintenance.

Une infrastructure écologique mal entretenue peut progressivement perdre certaines de ses fonctions.


38. Prioriser les surfaces à désimperméabiliser

Il n’est pas nécessaire de transformer toute la ville simultanément.

Les priorités peuvent être définies à partir de :

vulnérabilité thermique + ruissellement + imperméabilisation + déficit de nature + potentiel de transformation.

Un espace réunissant les cinq caractéristiques peut devenir une priorité stratégique.


39. La carte des opportunités de désimperméabilisation

Une collectivité peut croiser :

  • taux d’imperméabilisation ;
  • pentes ;
  • chemins de l’eau ;
  • points bas ;
  • température ;
  • canopée ;
  • sols ;
  • densité de population ;
  • équipements sensibles ;
  • espaces publics ;
  • stationnements.

On obtient une carte permettant de localiser les endroits où une intervention pourrait produire plusieurs bénéfices simultanément.


40. Le coefficient d’imperméabilisation comme indicateur

À l’échelle d’un quartier, il peut être utile de suivre une proportion simplifiée :

[
C_{imp}=\frac{A_{imp}}{A_{tot}}
]

où :

  • (A_{imp}) = surface imperméabilisée ;
  • (A_{tot}) = surface totale étudiée.

Cet indicateur est simple, mais insuffisant.

Il faut également considérer :

  • qualité des sols ;
  • profondeur ;
  • capacité d’infiltration ;
  • végétation ;
  • connexion hydraulique.

Deux quartiers possédant le même (C_{imp}) peuvent avoir des fonctionnements très différents.


41. Mesurer avant et après

Une désimperméabilisation sérieuse doit être évaluée.

Avant

Mesurer :

  • surfaces imperméables ;
  • ruissellement ;
  • températures ;
  • végétation ;
  • état des sols ;
  • biodiversité.

Après

Mesurer :

  • infiltration ;
  • stockage ;
  • ruissellement ;
  • humidité ;
  • température ;
  • développement végétal ;
  • fréquentation ;
  • biodiversité.

La mesure permet d’apprendre.


42. Les capteurs

Une ville peut progressivement installer :

  • pluviomètres ;
  • sondes d’humidité ;
  • capteurs de température ;
  • capteurs de niveau ;
  • débitmètres ;
  • stations météorologiques ;
  • caméras ;
  • télédétection.

Les données peuvent alimenter un tableau de bord hydrologique et climatique.


43. Le jumeau numérique hydrologique urbain

Le jumeau numérique peut intégrer :

  • bâtiments ;
  • toitures ;
  • routes ;
  • sols ;
  • pentes ;
  • réseaux ;
  • végétation ;
  • noues ;
  • bassins ;
  • précipitations.

Il devient possible de tester :

« Que se passe-t-il si nous désimperméabilisons cette rue ? »

ou :

« Que se passe-t-il si nous transformons ce parking ? »

ou encore :

« Quelle combinaison d’interventions réduit le plus efficacement les écoulements vers ce point bas ? »


44. La ville-éponge n’est pas une ville sans réseaux

Une confusion doit être évitée.

La ville-éponge ne signifie pas :

supprimer les égouts.

Elle signifie :

réduire la quantité et la vitesse des eaux qui arrivent au réseau lorsque cela est possible.

Les réseaux restent une infrastructure de sécurité.

La résilience repose sur la complémentarité :

infrastructure verte + infrastructure bleue + infrastructure grise.


45. Le principe de redondance

Une ville robuste ne doit pas dépendre d’une seule solution.

Pour une pluie intense, plusieurs fonctions peuvent se succéder :

toiture → stockage → noue → sol → jardin → bassin → réseau.

Si une partie du système est dépassée, les autres peuvent contribuer à absorber ou ralentir les flux.

La redondance devient une propriété du système hydrologique.


46. La désimperméabilisation à l’échelle du quartier

Un quartier peut être conçu comme un bassin versant urbain.

On peut organiser :

  • points hauts ;
  • cheminements de l’eau ;
  • zones d’infiltration ;
  • zones de stockage ;
  • espaces végétalisés ;
  • exutoires de sécurité.

L’eau devient un élément de conception dès le début du projet.


47. La désimperméabilisation à l’échelle de la ville

À l’échelle urbaine, il faut connecter les interventions.

On peut construire un réseau :

toitures végétalisées → rues perméables → noues → jardins de pluie → parcs → bassins → zones humides → rivière.

Chaque élément joue un rôle.

La ville devient progressivement un réseau hydrologique distribué.


48. La stratégie Omakëya™ de désimperméabilisation

La méthode peut être structurée en 20 étapes :

ÉtapeAction
1Cartographier l’imperméabilisation
2Cartographier les sols
3Identifier les bassins versants urbains
4Cartographier les chemins de l’eau
5Identifier les points bas
6Mesurer les capacités d’infiltration
7Identifier les pollutions potentielles
8Cartographier les réseaux
9Identifier les surfaces transformables
10Identifier les populations vulnérables
11Prioriser les secteurs
12Choisir les techniques
13Restaurer les sols
14Créer les ouvrages végétalisés
15Connecter les ouvrages
16Prévoir les débordements
17Mesurer les performances
18Comparer aux objectifs
19Corriger les dispositifs
20Étendre progressivement le réseau

49. Matrice des solutions

SolutionEauFraîcheurBiodiversitéSolEspace public
Sol perméable★★★★★★★☆☆☆★★☆☆☆★★★☆☆★★★★☆
Noue★★★★★★★★★☆★★★★★★★★★★★★★★☆
Jardin de pluie★★★★☆★★★★☆★★★★★★★★★☆★★★★☆
Cour végétalisée★★★★☆★★★★★★★★★★★★★★★★★★★★
Parking infiltrant★★★★☆★★★★☆★★★☆☆★★★★☆★★★★☆
Parc perméable★★★★★★★★★★★★★★★★★★★★★★★★★

Ces appréciations sont qualitatives et dépendent fortement de la conception, du contexte et de l’entretien.


50. Une stratégie par étapes

La transformation peut commencer par les opérations les plus simples :

Phase 1 — Petites surfaces

  • pieds d’arbres ;
  • bandes végétalisées ;
  • petites cours ;
  • jardins de pluie.

Phase 2 — Espaces intermédiaires

  • parkings ;
  • places ;
  • cours d’école ;
  • rues.

Phase 3 — Réseaux

  • noues ;
  • corridors ;
  • bassins ;
  • parcs.

Phase 4 — Transformation territoriale

  • bassins versants urbains ;
  • rivières ;
  • zones humides ;
  • continuités vertes et bleues.

51. 2030 : réparer les points critiques

À court terme, les priorités peuvent porter sur :

  • secteurs fortement imperméabilisés ;
  • points bas ;
  • écoles ;
  • parkings ;
  • quartiers fortement exposés à la chaleur ;
  • secteurs dépourvus de végétation.

L’objectif est de produire rapidement des gains mesurables.


52. 2050 : transformer les réseaux urbains

À moyen terme, la désimperméabilisation doit devenir une composante normale :

  • des voiries ;
  • des quartiers ;
  • des parkings ;
  • des bâtiments ;
  • des espaces publics.

La gestion de l’eau doit être intégrée dès la conception.


53. 2080–2100 : construire une ville hydrologiquement adaptative

À long terme, le modèle doit être capable de fonctionner avec :

  • précipitations plus variables ;
  • épisodes intenses ;
  • périodes sèches ;
  • températures plus élevées ;
  • besoins hydriques plus importants.

La ville ne doit donc pas être conçue autour d’un seul climat.

Elle doit posséder une capacité d’adaptation hydrologique.


54. Les erreurs à éviter

Erreur 1 — Remplacer simplement l’asphalte par un matériau perméable

Sans restaurer le sol.

Erreur 2 — Infiltrer sans diagnostic

Particulièrement lorsque pollution ou nappe posent problème.

Erreur 3 — Créer des noues isolées

Sans connexion au système hydrologique global.

Erreur 4 — Planter sans prévoir l’eau

La végétation a besoin d’une stratégie hydrique.

Erreur 5 — Oublier les pluies extrêmes

Un ouvrage doit prévoir son débordement.

Erreur 6 — Négliger l’entretien

Une infrastructure vivante évolue.

Erreur 7 — Transformer tous les espaces de la même manière

La ville doit conserver une diversité d’usages.

Erreur 8 — Oublier l’accessibilité

L’espace public reste un espace humain.


55. Le nouveau modèle hydrologique urbain

Ancien modèle

Pluie → ruissellement → réseau → évacuation

Modèle de transition

Pluie → ralentissement → infiltration → stockage → évacuation contrôlée

Modèle Omakëya™

Pluie → interception → ralentissement → infiltration → stockage → végétation → utilisation → restitution → débordement sécurisé

La dernière étape n’est pas une anomalie.

Elle fait partie du fonctionnement normal d’un système conçu pour les extrêmes.


56. Désimperméabiliser pour reconnecter les cycles

La désimperméabilisation permet de reconnecter plusieurs cycles :

Cycle de l’eau

Pluie → sol → végétation → atmosphère.

Cycle du carbone

Sol → végétation → biomasse → matière organique → sol.

Cycle biologique

Sol → plantes → animaux → décomposition → sol.

Cycle thermique

Rayonnement → végétation/eau/sol → stockage → restitution.

Une intervention hydraulique devient alors une intervention territoriale.


57. Le sol comme infrastructure stratégique

Le sol urbain ne doit plus être considéré comme l’espace restant entre deux constructions.

Il doit être considéré comme une infrastructure.

Il peut :

  • stocker ;
  • infiltrer ;
  • refroidir ;
  • nourrir ;
  • héberger ;
  • soutenir ;
  • connecter.

La désimperméabilisation représente donc une forme de reconstruction d’infrastructure.


58. Principe fondamental Omakëya™

Ne cherchez pas uniquement à évacuer l’eau plus efficacement. Cherchez d’abord à empêcher qu’elle devienne un flux incontrôlé. Ralentissez-la, infiltrez-la lorsque les conditions le permettent, stockez-la temporairement, utilisez-la, laissez-la soutenir la végétation et prévoyez seulement ensuite son évacuation sécurisée.


59. Les grandes questions à poser

Avant toute opération de désimperméabilisation :

  1. Où l’eau tombe-t-elle ?
  2. Où ruisselle-t-elle ?
  3. Où s’accumule-t-elle ?
  4. Où pourrait-elle infiltrer ?
  5. Quel est l’état du sol ?
  6. Existe-t-il une pollution ?
  7. Où sont les réseaux ?
  8. Quelle végétation pourrait être soutenue ?
  9. Quel stockage temporaire est possible ?
  10. Où l’eau doit-elle finalement aller ?
  11. Que se passe-t-il lors d’un événement extrême ?
  12. Comment mesurerons-nous le résultat ?

60. Redonner une fonction au sol

Désimperméabiliser la ville n’est pas simplement retirer du béton.

C’est réparer une partie du métabolisme territorial.

Chaque surface rendue perméable peut potentiellement retrouver une partie de sa capacité à :

  • recevoir l’eau ;
  • l’infiltrer ;
  • la stocker ;
  • la restituer ;
  • soutenir la végétation ;
  • accueillir la biodiversité ;
  • participer au refroidissement.

Les sols perméables, les noues, les jardins de pluie, les cours végétalisées et les parkings infiltrants ne sont donc pas cinq techniques indépendantes.

Ils constituent les pièces d’une même stratégie :

transformer la ville en réseau hydrologique distribué.

La ville ne doit plus être pensée comme une surface sur laquelle tombe la pluie.

Elle doit être pensée comme un territoire capable de recevoir la pluie.

C’est une différence fondamentale.

Dans le premier modèle, l’eau est un flux à évacuer.

Dans le second, elle devient une ressource à gérer.

Le sol redevient un réservoir.

La végétation redevient une infrastructure.

Les espaces publics redeviennent multifonctionnels.

Les parkings peuvent participer au fonctionnement hydrologique.

Les cours deviennent des refuges climatiques.

Les rues deviennent des corridors végétalisés et hydrologiques.

Les noues relient les différents espaces.

Les parcs deviennent des zones de stockage, de fraîcheur et de biodiversité.

La ville commence ainsi à retrouver certaines caractéristiques d’un écosystème.

La ville résiliente n’est pas celle qui évacue le plus rapidement l’eau. C’est celle qui sait où la ralentir, où l’infiltrer, où la stocker, où l’utiliser et comment gérer les excès lorsque le système est dépassé.

Transition vers le chapitre suivant

Désimperméabiliser constitue une première transformation fondamentale.

Mais une question demeure :

où placer les arbres, les parcs, les corridors végétaux et les espaces naturels pour maximiser simultanément l’ombre, la fraîcheur, la biodiversité, la gestion de l’eau et le confort des habitants ?

La ville doit maintenant passer de la simple restauration des sols à la construction d’une véritable infrastructure végétale continue.

Le prochain chapitre pourra ainsi développer :

LA VILLE VÉGÉTALE — Arbres urbains, forêts urbaines, jardins partagés, façades et toitures végétalisées

avec une question centrale :

Comment transformer la végétation urbaine, aujourd’hui souvent dispersée et décorative, en une véritable infrastructure climatique, hydrologique, écologique, alimentaire et sociale ?