AGROCLIMATOLOGIE : DIAGNOSTIC DES SOLS

DIAGNOSTIC DES SOLS

Cartographier la fertilité, le carbone, l’érosion, l’artificialisation et le potentiel agricole

Le sol constitue l’une des infrastructures les plus importantes et pourtant les moins visibles d’un territoire.

Il porte les bâtiments, les routes, les cultures et les forêts.

Il infiltre l’eau.

Il stocke du carbone.

Il fournit des éléments minéraux aux végétaux.

Il héberge une immense diversité biologique.

Il ralentit ou accélère le ruissellement.

Il participe aux échanges de chaleur et d’eau avec l’atmosphère.

Il constitue enfin le support physique de la production alimentaire.

Pourtant, dans de nombreux projets d’aménagement, le sol est encore réduit à une simple surface disponible.

On raisonne en hectares.

En parcelles.

En zones constructibles.

En surfaces agricoles.

Mais deux hectares peuvent avoir des capacités radicalement différentes.

Un sol profond, structuré, riche en matière organique et biologiquement actif ne possède pas les mêmes capacités qu’un sol compacté, érodé ou artificialisé.

La surface seule ne suffit donc pas.

Il faut comprendre ce qui se trouve sous la surface.

Le diagnostic pédologique territorial cherche ainsi à répondre à plusieurs questions fondamentales :

Quels sols possède le territoire ?

Dans quel état se trouvent-ils ?

Quelle quantité d’eau peuvent-ils stocker ?

Quelle fertilité peuvent-ils fournir ?

Quelle quantité de carbone contiennent-ils ?

Où sont les sols les plus vulnérables à l’érosion ?

Quels sols ont été artificialisés ou dégradés ?

Quels sols présentent encore un potentiel agricole élevé ?

Quels sols doivent être absolument protégés ?

Le sol devient alors non plus une simple surface foncière, mais une infrastructure écologique, hydrologique, climatique et alimentaire.


1. Le sol comme infrastructure territoriale

1.1. Un système vivant

Un sol fonctionnel associe :

  • particules minérales ;
  • matière organique ;
  • eau ;
  • air ;
  • racines ;
  • microorganismes ;
  • champignons ;
  • faune du sol.

Il constitue un système dynamique.

La structure du sol évolue selon :

  • climat ;
  • végétation ;
  • pratiques agricoles ;
  • compaction ;
  • érosion ;
  • apports organiques ;
  • activité biologique ;
  • hydrologie.

1.2. Les fonctions du sol

Un même sol peut assurer simultanément plusieurs fonctions :

  • production agricole ;
  • infiltration de l’eau ;
  • stockage hydrique ;
  • stockage du carbone ;
  • habitat biologique ;
  • filtration ;
  • stockage de nutriments ;
  • support végétal ;
  • régulation thermique.

La qualité d’un sol ne doit donc pas être évaluée à partir d’un seul indicateur.


1.3. La profondeur du sol

La profondeur utile constitue un paramètre essentiel.

Un sol profond peut offrir :

  • davantage d’espace racinaire ;
  • davantage de stockage d’eau ;
  • davantage de réserve minérale ;
  • une meilleure capacité tampon.

À l’inverse, un sol très superficiel peut être rapidement limité par :

  • sécheresse ;
  • chaleur ;
  • faible enracinement ;
  • faible disponibilité hydrique.

La profondeur doit donc être cartographiée lorsque les données sont disponibles.


2. Cartographier les types de sols

2.1. La diversité pédologique

Un territoire peut présenter une mosaïque de sols liée à :

  • géologie ;
  • relief ;
  • climat ;
  • drainage ;
  • végétation ;
  • dépôts alluviaux ;
  • histoire agricole.

Il faut donc éviter de considérer le territoire comme possédant un sol unique.


2.2. Les principales caractéristiques

La cartographie pédologique peut intégrer :

  • texture ;
  • structure ;
  • profondeur ;
  • pH ;
  • matière organique ;
  • carbone organique ;
  • capacité d’échange cationique ;
  • drainage ;
  • hydromorphie ;
  • compaction ;
  • salinité ;
  • réserve utile.

Ces données permettent de passer d’une simple carte d’occupation des sols à une carte fonctionnelle des sols.


3. La fertilité des sols

3.1. Fertilité chimique

La fertilité chimique concerne notamment :

  • azote ;
  • phosphore ;
  • potassium ;
  • calcium ;
  • magnésium ;
  • soufre ;
  • oligoéléments ;
  • pH ;
  • capacité d’échange cationique.

Mais la présence d’un élément ne signifie pas nécessairement qu’il est disponible pour les plantes.


3.2. Fertilité physique

La fertilité dépend également de la structure physique.

Il faut notamment considérer :

  • porosité ;
  • agrégation ;
  • infiltration ;
  • aération ;
  • profondeur ;
  • compaction ;
  • stabilité structurale.

Un sol riche chimiquement mais très compacté peut être peu fonctionnel pour les racines.


3.3. Fertilité biologique

La fertilité biologique concerne notamment :

  • bactéries ;
  • champignons ;
  • mycorhizes ;
  • vers de terre ;
  • arthropodes ;
  • nématodes ;
  • décomposeurs.

Ces organismes participent :

  • à la décomposition ;
  • au recyclage des nutriments ;
  • à la structuration ;
  • à la formation de matière organique ;
  • aux interactions avec les racines.

La fertilité est donc une propriété chimique + physique + biologique.


4. Cartographier la fertilité

4.1. Une carte multidimensionnelle

Une carte de fertilité peut combiner :

DimensionIndicateurs possibles
ChimiquepH, N, P, K, CEC
Physiquetexture, profondeur, compaction
Hydriqueréserve utile, drainage
Biologiquebiomasse, activité, diversité
Organiquematière organique, carbone
Fonctionnellepotentiel de production

Il est préférable de conserver les couches originales plutôt que de réduire immédiatement l’ensemble à une seule note.


4.2. Les classes fonctionnelles

Pour faciliter la lecture territoriale, on peut ensuite définir des classes :

  • très favorable ;
  • favorable ;
  • intermédiaire ;
  • contraint ;
  • fortement contraint.

Ces classes doivent être définies selon l’usage étudié.

Un sol très favorable au maraîchage n’est pas nécessairement le meilleur sol pour une forêt.


5. Le carbone des sols

5.1. Le sol comme réservoir de carbone

Les sols constituent un important réservoir de carbone.

Le carbone peut être présent sous différentes formes :

  • matière organique fraîche ;
  • matière organique transformée ;
  • biomasse ;
  • carbone organique stabilisé.

Le stockage dépend notamment :

  • du type de sol ;
  • du climat ;
  • de la végétation ;
  • des apports organiques ;
  • du drainage ;
  • des pratiques ;
  • de la profondeur considérée.

5.2. Cartographier le carbone

Une cartographie du carbone doit préciser :

  • concentration ;
  • profondeur ;
  • densité apparente lorsque disponible ;
  • stock par unité de surface ;
  • occupation du sol.

Une concentration élevée ne signifie pas automatiquement qu’un stock total élevé existe : la profondeur et la densité du sol interviennent également.


5.3. Les sols comme infrastructures climatiques

Le carbone du sol n’est pas seulement une question climatique.

Une augmentation de matière organique peut également être associée, selon les sols et les pratiques, à :

  • amélioration de la structure ;
  • meilleure rétention d’eau ;
  • activité biologique accrue ;
  • meilleure résistance à certaines formes de dégradation.

Il faut toutefois éviter de présenter toute augmentation de carbone comme automatiquement bénéfique : le bilan dépend du contexte et des pratiques.


6. Cartographier l’érosion

6.1. L’érosion hydrique

L’eau peut transporter :

  • particules fines ;
  • matière organique ;
  • nutriments ;
  • sédiments.

Les risques augmentent notamment avec :

  • pente ;
  • sols nus ;
  • pluies intenses ;
  • faible couverture ;
  • compaction ;
  • travail du sol ;
  • longueur de pente.

6.2. L’érosion éolienne

Dans certaines situations, le vent peut également transporter les particules superficielles.

Le risque dépend notamment :

  • de la texture ;
  • de l’humidité ;
  • de la couverture végétale ;
  • de la vitesse du vent ;
  • de la structure du paysage.

Les haies, couverts et structures végétales peuvent contribuer à réduire certaines formes d’érosion éolienne.


6.3. Les zones d’accumulation

L’érosion ne signifie pas uniquement perte.

Les particules déplacées peuvent s’accumuler :

  • en bas de pente ;
  • dans les talwegs ;
  • dans les fossés ;
  • dans les cours d’eau ;
  • dans les zones humides.

Il faut donc analyser le système :

érosion → transport → dépôt.


7. Les sols compactés

7.1. La compaction comme dégradation fonctionnelle

La compaction peut réduire :

  • porosité ;
  • infiltration ;
  • circulation de l’air ;
  • pénétration des racines ;
  • stockage hydrique accessible.

Elle peut également favoriser :

  • ruissellement ;
  • stagnation ;
  • érosion.

7.2. Les principales causes

La compaction peut résulter :

  • du passage d’engins ;
  • du piétinement ;
  • de travaux ;
  • d’une circulation répétée ;
  • de certaines pratiques agricoles.

Le diagnostic doit distinguer les compactions superficielles des compactions plus profondes.


8. L’artificialisation des sols

8.1. Transformer une surface en infrastructure technique

L’artificialisation peut entraîner :

  • perte de fonctions biologiques ;
  • réduction de l’infiltration ;
  • fragmentation ;
  • modification du bilan thermique ;
  • perte de potentiel agricole.

Les surfaces concernées peuvent comprendre :

  • bâtiments ;
  • routes ;
  • parkings ;
  • plateformes ;
  • infrastructures diverses.

8.2. Les sols urbains

Les sols urbains ne sont pas nécessairement tous biologiquement morts.

On peut rencontrer :

  • sols naturels conservés ;
  • sols remaniés ;
  • sols compactés ;
  • sols reconstruits ;
  • sols anthropisés ;
  • sols imperméabilisés.

Il faut donc dépasser la distinction simpliste :

urbain = mauvais sol.

Le véritable diagnostic porte sur les fonctions encore présentes.


8.3. Les sols artificialisés mais récupérables

Certains sols dégradés peuvent retrouver certaines fonctions grâce à :

  • décompactage adapté ;
  • apport de matière organique ;
  • végétalisation ;
  • gestion de l’eau ;
  • restauration biologique.

La récupération dépend toutefois du niveau de dégradation et de la nature du sol initial.


9. La désimperméabilisation

9.1. Restaurer les fonctions

Lorsqu’une surface imperméabilisée est supprimée, l’objectif n’est pas seulement de retirer un revêtement.

Il faut chercher à restaurer :

  • infiltration ;
  • structure ;
  • activité biologique ;
  • végétation ;
  • stockage de carbone ;
  • habitat.

9.2. Prioriser les interventions

La cartographie peut permettre de cibler :

  • parkings ;
  • cours ;
  • rues ;
  • friches ;
  • espaces minéralisés ;
  • zones de ruissellement.

La priorité peut être donnée aux endroits où la restauration produit simultanément des bénéfices :

  • hydrologiques ;
  • climatiques ;
  • écologiques ;
  • sociaux.

10. Le potentiel agricole

10.1. Dépasser la simple occupation du sol

Une parcelle actuellement cultivée n’est pas nécessairement une parcelle présentant le meilleur potentiel agricole.

Inversement, une friche peut posséder un sol de grande qualité.

Le potentiel doit donc être évalué à partir des caractéristiques physiques, chimiques, hydriques et climatiques.


10.2. Les critères du potentiel agricole

On peut notamment intégrer :

  • profondeur ;
  • texture ;
  • structure ;
  • drainage ;
  • réserve utile ;
  • fertilité ;
  • pente ;
  • érosion ;
  • climat ;
  • exposition ;
  • disponibilité en eau ;
  • accessibilité.

10.3. Un potentiel différent selon les productions

Le potentiel agricole n’est pas universel.

Un sol peut être :

  • excellent pour le maraîchage ;
  • adapté à certaines céréales ;
  • favorable à un verger ;
  • favorable à une prairie ;
  • adapté à une forêt ;
  • défavorable à certaines cultures.

Il faut donc définir :

potentiel agricole pour quelle production ?


11. La réserve utile des sols

11.1. Le rôle hydrique du sol

Le sol constitue l’un des principaux réservoirs d’eau directement accessibles aux végétaux.

La réserve utile dépend notamment :

  • texture ;
  • structure ;
  • profondeur ;
  • teneur en eau ;
  • enracinement.

Une représentation simplifiée peut être donnée par :

[
RU \approx (\theta_{CC}-\theta_{PFP})Z
]

avec :

  • (RU) = réserve utile ;
  • (\theta_{CC}) = teneur en eau à la capacité au champ ;
  • (\theta_{PFP}) = teneur en eau au point de flétrissement ;
  • (Z) = profondeur explorée par les racines.

Cette relation constitue une approximation : la réserve réellement accessible dépend également de la profondeur effective d’enracinement, de la structure et des conditions hydrologiques.


11.2. Cartographier la capacité de stockage

Une carte hydrique des sols peut distinguer :

  • faible réserve ;
  • réserve intermédiaire ;
  • forte réserve.

Cette information est essentielle pour :

  • agriculture ;
  • forêt ;
  • végétalisation urbaine ;
  • adaptation à la sécheresse.

12. Les sols et l’agroclimatologie

12.1. Sol et climat fonctionnent ensemble

Le climat impose des contraintes.

Le sol peut en amortir certaines.

Par exemple :

température élevée + sol profond + bonne disponibilité hydrique

n’est pas équivalent à :

température élevée + sol superficiel + faible réserve hydrique.

Le climat ne peut donc pas être interprété indépendamment du sol.


12.2. Le sol comme tampon climatique

Le sol peut participer à la résilience par :

  • stockage d’eau ;
  • profondeur racinaire ;
  • stabilité thermique ;
  • stockage de carbone ;
  • activité biologique.

La qualité du sol devient ainsi une composante de la résilience climatique territoriale.


13. Le croisement avec l’hydrologie

13.1. Sol et ruissellement

La capacité d’infiltration dépend notamment :

  • texture ;
  • structure ;
  • compaction ;
  • humidité initiale ;
  • couverture.

Le sol doit donc être croisé avec la carte hydrologique.


13.2. Sol et recharge

Certains secteurs peuvent présenter un potentiel d’infiltration intéressant, tandis que d’autres sont naturellement peu infiltrants.

La stratégie territoriale doit alors distinguer :

  • zones à protéger ;
  • zones à infiltrer ;
  • zones à stocker ;
  • zones à drainer ;
  • zones à préserver de l’infiltration pour des raisons de sécurité ou de protection des eaux.

L’infiltration n’est donc pas automatiquement souhaitable partout.


14. Le croisement avec la végétation

14.1. Racines et sols

Les systèmes racinaires influencent :

  • porosité ;
  • structure ;
  • stabilité ;
  • infiltration ;
  • carbone ;
  • activité biologique.

La végétation et le sol doivent donc être considérés comme un système couplé.


14.2. Choisir les végétaux selon le sol

Le diagnostic pédologique permet d’adapter :

  • espèces ;
  • variétés ;
  • porte-greffes ;
  • densités ;
  • systèmes racinaires ;
  • modes de conduite.

Le principe devient :

ne pas seulement demander quelle plante peut pousser dans une région, mais dans quel sol et dans quelles conditions hydriques elle pourra fonctionner durablement.


15. Le croisement avec le relief

15.1. Sol et topographie

Le relief influence :

  • profondeur ;
  • drainage ;
  • érosion ;
  • accumulation ;
  • exposition.

Les sols peuvent donc changer rapidement sur une même pente.


15.2. Les séquences topographiques

Une séquence peut présenter :

sommet → haut de versant → milieu de versant → bas de versant → vallée.

Chaque position peut présenter des caractéristiques pédologiques différentes.

Le diagnostic doit donc croiser :

topographie + géologie + hydrologie + pédologie.


16. Cartographie des sols à l’échelle territoriale

16.1. Les principales couches

Carte pédologique

Types et caractéristiques des sols.

Carte de fertilité

Potentiel chimique, physique et biologique.

Carte du carbone

Concentration et stocks.

Carte de l’érosion

Vulnérabilité et zones de transfert.

Carte de compaction

Dégradation physique.

Carte d’artificialisation

Surfaces imperméabilisées et sols transformés.

Carte hydrique

Réserve utile et comportement hydrologique.

Carte du potentiel agricole

Aptitude selon les productions.


17. Les données de terrain

17.1. Les analyses pédologiques

Selon les objectifs, les prélèvements peuvent mesurer :

  • pH ;
  • matière organique ;
  • carbone organique ;
  • éléments nutritifs ;
  • texture ;
  • CEC ;
  • salinité.

17.2. Les observations physiques

Il faut également observer :

  • structure ;
  • horizons ;
  • profondeur ;
  • racines ;
  • compaction ;
  • drainage ;
  • présence de cailloux ;
  • signes d’érosion.

Une analyse chimique seule ne permet pas de comprendre entièrement un sol.


17.3. La biologie du sol

Lorsque cela est pertinent, le diagnostic peut intégrer :

  • activité respiratoire ;
  • biomasse microbienne ;
  • diversité ;
  • mycorhization ;
  • abondance de macrofaune.

L’objectif est de mesurer le fonctionnement biologique, pas simplement de produire une liste d’organismes.


18. Les outils numériques

18.1. SIG et cartographie

Les systèmes d’information géographique permettent de croiser :

  • sols ;
  • relief ;
  • hydrologie ;
  • climat ;
  • occupation du sol ;
  • végétation.

Cela permet de rechercher des relations spatiales.


18.2. Télédétection

La télédétection peut contribuer à suivre :

  • couverture végétale ;
  • sols nus ;
  • humidité relative de certaines surfaces ou indices ;
  • évolution de l’occupation du sol ;
  • érosion visible ;
  • artificialisation.

Mais les propriétés internes du sol ne peuvent pas toutes être déduites directement de l’imagerie.

Les observations de terrain restent indispensables.


19. Les unités fonctionnelles de sols

19.1. Classer selon les fonctions

Le territoire peut être découpé en unités telles que :

Sol à haut potentiel agricole

  • profond ;
  • fertile ;
  • bonne réserve utile ;
  • faible contrainte.

Sol à forte fonction hydrologique

  • infiltration ou stockage important ;
  • rôle dans le cycle de l’eau.

Sol à forte valeur écologique

  • biodiversité ;
  • habitat ;
  • fonctionnement naturel.

Sol vulnérable

  • érosion ;
  • faible profondeur ;
  • forte sensibilité à la sécheresse.

Sol artificialisé

  • fonctions fortement réduites.

Sol restaurable

  • fonctions dégradées mais potentiellement récupérables.

20. La protection des meilleurs sols

20.1. Le principe de priorité

Tous les sols ne sont pas équivalents.

Lorsqu’un territoire possède des sols agricoles rares et fonctionnels, leur artificialisation peut entraîner une perte difficilement réversible.

Il faut donc identifier les sols présentant les plus fortes valeurs :

  • agricoles ;
  • hydrologiques ;
  • écologiques ;
  • climatiques.

20.2. Éviter avant de compenser

Une stratégie cohérente suit une hiérarchie :

éviter → réduire → restaurer → compenser lorsque nécessaire.

La protection d’un sol fonctionnel est généralement préférable à la tentative de recréer ultérieurement toutes ses fonctions ailleurs.


21. La carte du potentiel territorial des sols

Une carte synthétique peut croiser :

  • fertilité ;
  • carbone ;
  • réserve utile ;
  • profondeur ;
  • érosion ;
  • artificialisation ;
  • potentiel agricole.

Elle permet alors de distinguer :

  • sols stratégiques à protéger ;
  • sols agricoles à renforcer ;
  • sols dégradés à restaurer ;
  • sols artificialisés à désimperméabiliser ;
  • sols vulnérables à surveiller ;
  • sols à fonctions écologiques prioritaires.

Cette carte constitue l’une des bases du zonage agroclimatique territorial.


22. Le diagnostic prospectif des sols

22.1. Horizon 2030

Surveiller :

  • artificialisation ;
  • érosion ;
  • évolution du carbone ;
  • compaction ;
  • disponibilité hydrique.

22.2. Horizon 2050

Tester :

  • évolution des sécheresses ;
  • modification de la réserve utile effective ;
  • évolution des cultures ;
  • pression foncière.

22.3. Horizon 2080

Anticiper :

  • déplacement des potentiels agricoles ;
  • dégradation de certains sols ;
  • nouvelles contraintes hydriques ;
  • transformation des pratiques.

22.4. Horizon 2100

La question devient :

Quels sols devront absolument être conservés pour maintenir les fonctions agricoles, hydrologiques, écologiques et climatiques du territoire ?


23. Le jumeau numérique pédologique

Le diagnostic peut progressivement être intégré dans un modèle territorial associant :

  • géologie ;
  • topographie ;
  • sols ;
  • climat ;
  • hydrologie ;
  • végétation ;
  • occupation du sol.

Il devient alors possible de tester des scénarios :

Que se passe-t-il si une parcelle agricole est artificialisée ?

Que se passe-t-il si le carbone du sol diminue ?

Que se passe-t-il si l’érosion augmente ?

Que se passe-t-il si les sécheresses deviennent plus fréquentes ?

Quels sols sont les plus précieux pour l’agriculture future ?

Où concentrer les efforts de restauration ?

Le modèle devient ainsi un outil de priorisation territoriale.


24. La méthode Omakëya™ du diagnostic des sols

24.1. Observer

Identifier :

  • relief ;
  • géologie ;
  • occupation ;
  • végétation ;
  • traces d’érosion ;
  • zones humides ;
  • surfaces artificialisées.

24.2. Cartographier

Produire les couches :

  • pédologie ;
  • fertilité ;
  • carbone ;
  • érosion ;
  • compaction ;
  • artificialisation ;
  • réserve utile.

24.3. Échantillonner

Réaliser des prélèvements représentatifs selon les unités pédologiques.

24.4. Analyser

Mesurer les caractéristiques :

  • chimiques ;
  • physiques ;
  • hydriques ;
  • biologiques.

24.5. Classer

Définir les unités fonctionnelles de sols.

24.6. Croiser

Associer :

  • sols ;
  • climat ;
  • hydrologie ;
  • relief ;
  • végétation ;
  • agriculture.

24.7. Identifier les sols stratégiques

Repérer les sols à forte valeur :

  • agricole ;
  • hydrologique ;
  • écologique ;
  • climatique.

24.8. Identifier les dégradations

Cartographier :

  • érosion ;
  • compaction ;
  • artificialisation ;
  • perte de matière organique.

24.9. Définir les priorités

Classer les secteurs selon :

  • protection ;
  • restauration ;
  • amélioration ;
  • surveillance.

24.10. Tester les scénarios

Évaluer l’évolution des sols à différentes échéances climatiques.


25. La matrice territoriale des sols

FonctionIndicateursMenace principaleStratégie
Production agricolefertilité, profondeur, réserve utileartificialisationprotection
Stockage de carbonecarbone organique, matière organiquedégradationconservation/restauration
Infiltrationstructure, porosité, compactionimperméabilisationdésimperméabilisation
Stockage hydriqueréserve utile, profondeursécheresseamélioration du sol
Biodiversitéactivité biologique, habitatsperturbationprotection
Résistance à l’érosioncouverture, structure, pentesol nucouverture végétale
Fonction écologiquehydromorphie, continuitéfragmentationrestauration
Potentiel futurclimat + sol + eauchangement climatiqueadaptation

26. La stratégie Omakëya™ des sols

Le diagnostic permet finalement de définir quatre grandes catégories d’action.

Protéger

Les sols fonctionnels et rares.

Restaurer

Les sols dégradés mais récupérables.

Transformer

Les sols artificialisés lorsque leur transformation permet de retrouver certaines fonctions.

Adapter

Les sols dont les conditions évoluent sous l’effet du changement climatique.

Cette approche permet d’éviter une erreur majeure :

chercher à traiter tous les sols de la même manière.


Le sol comme infrastructure stratégique du territoire

Le diagnostic des sols révèle une seconde architecture territoriale, située sous nos pieds.

Cette architecture est essentielle.

Le sol :

  • stocke de l’eau ;
  • stocke du carbone ;
  • produit de la biomasse ;
  • nourrit les plantes ;
  • abrite une biodiversité considérable ;
  • ralentit les écoulements ;
  • limite certaines formes d’érosion ;
  • participe aux échanges thermiques ;
  • soutient l’agriculture ;
  • contribue au fonctionnement des écosystèmes.

Mais ces fonctions ne sont pas distribuées uniformément.

Un territoire résilient doit donc connaître ses sols avec une précision suffisante pour savoir :

ce qui doit être protégé, ce qui peut être cultivé, ce qui doit être restauré et ce qui peut être transformé.

La fertilité ne doit pas être considérée uniquement comme une propriété agricole.

Le carbone ne doit pas être considéré uniquement comme une donnée climatique.

L’érosion ne doit pas être considérée uniquement comme une perte de terre.

L’artificialisation ne doit pas être considérée uniquement comme une question foncière.

Le potentiel agricole ne doit pas être considéré uniquement comme une capacité de production.

Ces dimensions sont liées.

Un sol fertile peut stocker de l’eau.

Un sol riche en matière organique peut contribuer à la structure.

Un sol couvert peut mieux résister à certaines formes d’érosion.

Un sol vivant peut soutenir une végétation plus fonctionnelle.

Une végétation fonctionnelle peut améliorer les cycles de l’eau et du carbone.

Le sol devient donc un nœud central du métabolisme territorial.

Dans la Vision Omakëya™, il faut ainsi passer d’une logique de :

« surface disponible »

à une logique de :

« capital écologique, hydrologique, climatique et alimentaire vivant ».

La stratégie territoriale peut alors suivre une séquence :

Connaître → cartographier → protéger → restaurer → adapter → mesurer.

Et surtout :

Ne consommez pas un sol avant d’avoir mesuré les fonctions que vous allez perdre.

Cette dernière idée est essentielle pour l’aménagement du territoire.

Car lorsqu’un sol fertile, profond et fonctionnel est recouvert par une infrastructure, la perte ne concerne pas seulement quelques hectares.

Elle peut concerner simultanément :

  • la production alimentaire ;
  • l’infiltration ;
  • le stockage de carbone ;
  • la biodiversité ;
  • la régulation hydrologique ;
  • la résilience climatique.

Le diagnostic pédologique permet donc de replacer le sol au centre de la conception territoriale.

Après avoir étudié le climat, les microclimats, l’eau et les sols, il devient possible de commencer à comprendre comment ces infrastructures naturelles se combinent pour organiser les grands systèmes territoriaux.

La prochaine étape consiste ainsi à étudier les grandes structures naturelles du territoire : reliefs, vallées, crêtes, pentes, lignes de partage des eaux et autres formes géomorphologiques qui organisent simultanément l’eau, l’air, les sols, la végétation, les implantations humaines et les dynamiques écologiques