AGROCLIMATOLOGIE : LA GOUVERNANCE MULTI-ACTEURS

LA GOUVERNANCE MULTI-ACTEURS

Habitants — Agriculteurs — Collectivités — Entreprises — Associations

De la juxtaposition des acteurs à l’intelligence collective territoriale

Un territoire résilient ne peut pas être conçu par une seule institution.

Il ne peut pas davantage être transformé uniquement par les habitants, uniquement par les agriculteurs, uniquement par les collectivités, uniquement par les entreprises ou uniquement par les associations.

Chacun possède une partie de l’information.

Chacun possède une partie des ressources.

Chacun agit sur une partie du territoire.

Chacun dépend des décisions des autres.

Et surtout, chacun perçoit le territoire depuis une position différente.

L’habitant connaît son quartier, ses usages, ses contraintes quotidiennes et les transformations qu’il observe directement.

L’agriculteur connaît le sol, les cultures, l’eau, les saisons, les contraintes économiques, les machines, les risques climatiques et la réalité opérationnelle de la production.

La collectivité possède des compétences réglementaires, des infrastructures, des données, des moyens d’investissement et une capacité de coordination.

L’entreprise maîtrise d’autres ressources : capitaux, technologies, compétences, bâtiments, réseaux, logistique, énergie, innovation.

L’association peut apporter une capacité de mobilisation, de médiation, d’observation, de transmission et d’expérimentation.

Aucun de ces acteurs ne possède à lui seul l’ensemble du système.

C’est précisément pourquoi la résilience territoriale nécessite une gouvernance multi-acteurs.

L’objectif n’est pas de créer une nouvelle structure administrative supplémentaire.

L’objectif est de construire une capacité collective à :

observer → partager → comprendre → décider → agir → mesurer → apprendre → adapter.


1. Pourquoi aucun acteur ne peut gouverner seul

1.1. Le territoire dépasse les compétences de chacun

Les frontières administratives ne correspondent presque jamais exactement aux frontières écologiques.

Une nappe phréatique traverse plusieurs communes.

Une rivière traverse plusieurs territoires.

Une forêt peut appartenir à plusieurs propriétaires.

Un bassin versant peut couvrir plusieurs intercommunalités.

Une zone agricole alimente une ville située plusieurs kilomètres plus loin.

Une entreprise peut dépendre d’une infrastructure énergétique située sur un autre territoire.

Un corridor écologique peut traverser des dizaines de propriétés.

Un épisode climatique ne respecte évidemment aucune frontière administrative.

La gouvernance doit donc être capable de travailler avec plusieurs géographies simultanément :

  • territoire communal ;
  • intercommunalité ;
  • bassin versant ;
  • massif forestier ;
  • bassin agricole ;
  • bassin d’emploi ;
  • réseau énergétique ;
  • réseau alimentaire ;
  • corridor écologique ;
  • bassin de mobilité ;
  • territoire vécu par les habitants.

Le premier problème de la gouvernance territoriale est donc géographique :

Qui doit participer à une décision lorsque le système concerné dépasse les frontières de l’organisation qui prend la décision ?


2. Les cinq grandes familles d’acteurs

Une gouvernance Omakëya™ peut commencer par cinq grandes familles d’acteurs :

  1. les habitants ;
  2. les agriculteurs et acteurs du monde rural ;
  3. les collectivités ;
  4. les entreprises ;
  5. les associations et organisations de la société civile.

Cette classification est volontairement simple.

Dans la réalité, elle peut être complétée par :

  • chercheurs ;
  • universités ;
  • établissements scolaires ;
  • gestionnaires d’espaces naturels ;
  • propriétaires fonciers ;
  • professionnels de santé ;
  • organismes de l’eau ;
  • gestionnaires de réseaux ;
  • opérateurs énergétiques ;
  • chambres consulaires ;
  • services de l’État ;
  • acteurs forestiers ;
  • acteurs touristiques ;
  • organismes sociaux ;
  • citoyens scientifiques ;
  • experts indépendants.

Mais les cinq familles constituent une bonne architecture de départ.


3. Les habitants : le territoire vécu

3.1. L’habitant n’est pas seulement un bénéficiaire

Une erreur fréquente consiste à considérer l’habitant comme le destinataire final des politiques territoriales.

Il faudrait au contraire le considérer comme une source d’information et un acteur du système.

L’habitant observe quotidiennement :

  • les endroits qui deviennent très chauds ;
  • les rues qui ruissellent ;
  • les zones qui restent fraîches ;
  • les arbres qui dépérissent ;
  • les espaces qui deviennent difficiles à utiliser pendant les canicules ;
  • les changements de végétation ;
  • les problèmes de mobilité ;
  • les évolutions des commerces ;
  • les transformations des usages ;
  • les difficultés d’accès à certains services.

Ces observations peuvent constituer une véritable donnée territoriale.


3.2. La connaissance habitante

Une station météorologique fournit une mesure.

Une photographie prise pendant une inondation fournit une information.

Le témoignage d’un habitant peut révéler un phénomène récurrent.

Ces informations sont différentes mais complémentaires.

Il faut cependant éviter de transformer automatiquement toute observation en vérité scientifique.

La bonne approche consiste à organiser une chaîne :

observation → enregistrement → géolocalisation → vérification → croisement avec les données → validation.

L’habitant devient ainsi un capteur humain du territoire, sans que cela signifie que son observation soit automatiquement une mesure scientifique.


4. Les agriculteurs : producteurs et gestionnaires d’écosystèmes

4.1. L’agriculture possède une connaissance opérationnelle unique

L’agriculteur travaille directement avec :

  • le sol ;
  • l’eau ;
  • les plantes ;
  • les animaux ;
  • la météo ;
  • les saisons ;
  • les marchés ;
  • l’énergie ;
  • la mécanisation ;
  • la réglementation.

Il possède donc une connaissance extrêmement concrète du fonctionnement du territoire.

Il sait souvent où :

  • le sol sèche rapidement ;
  • l’eau stagne ;
  • le gel apparaît ;
  • le vent est problématique ;
  • une culture réussit ou échoue ;
  • une variété supporte mieux une situation ;
  • une parcelle est difficile à travailler ;
  • un chemin devient impraticable ;
  • une haie protège réellement une culture ;
  • une infrastructure devient contraignante.

Cette connaissance ne doit pas être opposée à la connaissance scientifique.

Elle doit être confrontée avec elle.


4.2. L’agriculteur comme acteur territorial

Dans une vision systémique, une exploitation agricole n’est pas seulement une unité de production.

Elle peut également participer à :

  • la gestion de l’eau ;
  • la structure des paysages ;
  • la continuité écologique ;
  • la prévention de l’érosion ;
  • la production alimentaire ;
  • la production énergétique ;
  • le stockage de biomasse ;
  • la prévention des incendies ;
  • la gestion des sols ;
  • la conservation de variétés ;
  • la création d’habitats.

Cela ne signifie pas que l’agriculteur doit assumer gratuitement toutes les fonctions écologiques du territoire.

Une fonction supplémentaire implique potentiellement :

  • du travail ;
  • des investissements ;
  • des contraintes ;
  • des risques ;
  • des pertes de rendement ;
  • de la maintenance.

La gouvernance doit donc également traiter la question économique.


5. Les collectivités : organiser et coordonner

5.1. La collectivité comme infrastructure de coordination

La collectivité possède une capacité particulière :

elle peut organiser la coordination entre des acteurs qui, seuls, ne pourraient pas agir à la même échelle.

Elle peut notamment intervenir sur :

  • l’aménagement ;
  • les infrastructures ;
  • les espaces publics ;
  • l’eau ;
  • les déchets ;
  • les transports ;
  • l’énergie ;
  • l’urbanisme ;
  • les bâtiments publics ;
  • les données territoriales ;
  • la planification ;
  • les investissements ;
  • la réglementation relevant de ses compétences.

Mais la collectivité ne doit pas nécessairement tout faire elle-même.

Son rôle peut être celui d’un orchestrateur territorial.


5.2. Passer du gestionnaire au coordinateur

Le modèle traditionnel peut être représenté ainsi :

collectivité → décision → réalisation → exploitation.

Un modèle plus adaptatif peut devenir :

collectivité + habitants + agriculteurs + entreprises + associations
→ diagnostic partagé
→ scénarios
→ décision
→ expérimentation
→ mesure
→ adaptation.

La collectivité ne perd pas son rôle.

Elle change de fonction.

Elle devient davantage :

  • coordinatrice ;
  • garante du cadre ;
  • organisatrice des données ;
  • facilitatrice ;
  • investisseuse ;
  • arbitre lorsque nécessaire ;
  • garante de la continuité des services essentiels.

6. Les entreprises : ressources, innovation et dépendances

6.1. L’entreprise fait partie du métabolisme territorial

Les entreprises consomment :

  • énergie ;
  • eau ;
  • matières premières ;
  • foncier ;
  • infrastructures ;
  • transports ;
  • services.

Elles produisent également :

  • biens ;
  • services ;
  • chaleur ;
  • déchets ;
  • données ;
  • emplois ;
  • innovations ;
  • investissements.

Elles participent donc directement au métabolisme territorial.


6.2. Transformer les contraintes en coopération

Une entreprise peut par exemple disposer :

  • d’une toiture solaire potentielle ;
  • d’une chaleur fatale récupérable ;
  • d’un parking désimperméabilisable ;
  • d’une réserve d’eau ;
  • d’un terrain pouvant accueillir une infrastructure écologique ;
  • de compétences techniques ;
  • de moyens de stockage ;
  • de données utiles.

Elle peut alors devenir un élément d’un système territorial plus large.

Mais cette coopération doit rester réaliste.

Une entreprise possède également :

  • des obligations économiques ;
  • des contraintes réglementaires ;
  • des impératifs de sécurité ;
  • des risques financiers ;
  • des responsabilités juridiques.

La gouvernance multi-acteurs ne doit donc pas supposer que chaque acteur acceptera spontanément de transformer son activité.

Il faut construire des modèles dans lesquels les intérêts convergent suffisamment pour permettre l’action.


7. Les associations : médiation, expérimentation et vigilance

Les associations occupent souvent une position intermédiaire.

Elles peuvent être :

  • observatrices ;
  • médiatrices ;
  • éducatrices ;
  • organisatrices ;
  • expérimentatrices ;
  • lanceuses d’alerte ;
  • productrices de données ;
  • animatrices de communautés.

Elles peuvent également représenter des intérêts qui risqueraient autrement d’être peu visibles.

Mais elles ne constituent pas automatiquement une représentation exhaustive de la population.

Une association représente ses adhérents, ses membres ou sa mission propre.

La gouvernance doit donc éviter de confondre :

association active ≠ totalité des habitants.


8. Le véritable enjeu : connecter les connaissances

Le problème n’est pas seulement de réunir des acteurs autour d’une table.

Le problème est de faire circuler leurs connaissances.

On peut distinguer plusieurs formes de connaissance :

ActeurConnaissance dominante
Habitantsusages, observations quotidiennes, vécu
Agriculteurssols, cultures, eau, production, saisonnalité
Collectivitésréglementation, infrastructures, données, planification
Entreprisestechnologies, investissements, production, innovation
Associationsbiodiversité, mobilisation, médiation, terrain
Chercheursméthodes scientifiques, modèles, validation
Gestionnairesfonctionnement opérationnel des infrastructures

Aucune colonne ne suffit seule.

La résilience apparaît dans la connexion des colonnes.


9. Construire une plateforme territoriale de connaissance

Une gouvernance adaptative nécessite progressivement une infrastructure de connaissance.

Elle peut regrouper :

  • cartographie SIG ;
  • données climatiques ;
  • données hydrologiques ;
  • données agricoles ;
  • données forestières ;
  • données énergétiques ;
  • données de biodiversité ;
  • données urbaines ;
  • données de mobilité ;
  • données économiques ;
  • observations citoyennes ;
  • photographies géolocalisées ;
  • mesures issues de capteurs ;
  • résultats d’expérimentations.

L’objectif n’est pas de tout mesurer.

L’objectif est de mesurer ce qui permet de prendre de meilleures décisions.


10. Le territoire comme système de capteurs

Un territoire peut être pensé comme un immense système d’observation.

Capteurs physiques

  • température ;
  • humidité ;
  • pluviométrie ;
  • débit ;
  • niveau d’eau ;
  • humidité des sols ;
  • rayonnement ;
  • vent ;
  • qualité de l’air ;
  • consommation énergétique.

Capteurs biologiques

  • végétation ;
  • phénologie ;
  • mortalité ;
  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • amphibiens ;
  • biodiversité sonore ;
  • eDNA lorsque pertinent.

Capteurs humains

  • signalements ;
  • photographies ;
  • observations ;
  • enquêtes ;
  • retours d’expérience ;
  • usages des espaces publics.

Le système devient alors :

territoire → observation → donnée → information → décision.


11. Une gouvernance qui évite le « chacun chez soi »

La fragmentation institutionnelle crée parfois une situation paradoxale.

Chaque acteur optimise son propre système.

Mais le territoire, lui, peut devenir moins résilient.

Par exemple :

  • une commune imperméabilise une zone ;
  • une autre reçoit davantage de ruissellement ;
  • une exploitation agricole doit gérer l’excès d’eau ;
  • une rivière reçoit un pic de débit ;
  • une association constate une dégradation écologique ;
  • une entreprise subit ensuite une interruption de service.

Chaque décision peut sembler rationnelle localement.

L’ensemble peut pourtant être défavorable.

C’est le problème classique de l’optimisation locale d’un système global.


12. Remplacer l’optimisation individuelle par la recherche de compatibilités

Il ne s’agit pas de demander à chaque acteur de maximiser simultanément toutes les fonctions.

C’est impossible.

Il faut rechercher les compatibilités.

Par exemple :

Une haie

Peut simultanément :

  • protéger une culture ;
  • créer un habitat ;
  • ralentir certains écoulements ;
  • stocker de la biomasse ;
  • produire du bois ;
  • structurer un paysage.

Mais elle peut également :

  • concurrencer une culture ;
  • demander de l’entretien ;
  • modifier certains flux ;
  • augmenter localement la charge combustible selon sa structure.

La bonne gouvernance ne dit donc pas :

« La haie est bonne. »

Elle demande :

« Quelle configuration de haie produit le meilleur compromis pour ce système précis ? »


13. Les espaces de dialogue territorial

La gouvernance multi-acteurs doit disposer d’espaces réguliers de dialogue.

Ils peuvent prendre différentes formes :

  • assemblées territoriales ;
  • ateliers de quartier ;
  • groupes agricoles ;
  • conseils économiques ;
  • forums associatifs ;
  • ateliers techniques ;
  • laboratoires territoriaux ;
  • conférences de bassin ;
  • comités de suivi ;
  • plateformes numériques.

L’essentiel n’est pas la forme.

L’essentiel est la continuité.

Une réunion ponctuelle ne constitue pas une gouvernance adaptative.

Il faut une boucle permanente :

observer → discuter → décider → agir → mesurer → revenir discuter.


14. La gouvernance par projets

Un territoire peut également organiser sa coopération autour de projets concrets.

Par exemple :

Projet « quartier frais »

Participants :

  • habitants ;
  • collectivité ;
  • entreprises ;
  • associations ;
  • experts.

Objectifs :

  • réduire l’exposition à la chaleur ;
  • créer de l’ombre ;
  • augmenter les surfaces perméables ;
  • protéger les personnes vulnérables ;
  • améliorer les usages de l’espace public.

Projet « bassin versant »

Participants :

  • agriculteurs ;
  • collectivités ;
  • propriétaires ;
  • associations ;
  • gestionnaires de l’eau.

Objectifs :

  • réduire les ruissellements ;
  • restaurer certaines zones humides ;
  • protéger les sols ;
  • sécuriser les ressources en eau ;
  • réduire les dommages lors des pluies extrêmes.

Projet « autonomie énergétique locale »

Participants :

  • entreprises ;
  • habitants ;
  • collectivités ;
  • opérateurs ;
  • associations.

Objectifs :

  • réduire les consommations ;
  • développer des productions locales ;
  • mutualiser certains stockages ;
  • augmenter la flexibilité ;
  • sécuriser les fonctions essentielles.

15. Les conflits sont normaux

Une gouvernance sérieuse ne doit pas chercher à supprimer les conflits.

Les conflits sont souvent le signal qu’il existe des fonctions incompatibles ou des ressources limitées.

Exemples :

  • agriculture contre urbanisation ;
  • irrigation contre maintien des débits ;
  • production énergétique contre paysage ;
  • protection incendie contre conservation écologique ;
  • densification urbaine contre végétalisation ;
  • conservation d’arbres anciens contre sécurité ;
  • biodiversité contre certaines pratiques agricoles ;
  • stockage d’eau contre continuité écologique.

Le problème n’est pas :

« Comment éviter tout conflit ? »

Mais :

« Comment rendre les arbitrages explicites, documentés et révisables ? »


16. Une matrice territoriale des arbitrages

Une décision importante peut être analysée selon plusieurs critères :

CritèreQuestion
Climataméliore-t-elle la résilience climatique ?
Eaumodifie-t-elle les ressources ou les risques ?
Solprotège-t-elle ou dégrade-t-elle le sol ?
Biodiversitéquels habitats sont concernés ?
Agriculturequels effets sur la production ?
Énergiequelle consommation et quelle production ?
Économiequels investissements et coûts ?
Socialqui bénéficie de la décision ?
Sécuritéquels nouveaux risques ?
Paysagequelles transformations ?
Maintenancequi entretient ?
Gouvernancequi décide et qui est responsable ?
Réversibilitépeut-on revenir en arrière ?

Cette approche évite qu’une décision soit jugée uniquement sur un seul indicateur.


17. La question essentielle : qui décide ?

La gouvernance multi-acteurs ne signifie pas que tout le monde décide de tout.

Ce serait impraticable.

Il faut définir plusieurs niveaux :

Niveau 1 — Information

Les acteurs sont informés.

Niveau 2 — Consultation

Les acteurs peuvent donner leur avis.

Niveau 3 — Co-construction

Les acteurs participent à la conception.

Niveau 4 — Décision partagée

Plusieurs acteurs disposent d’un véritable pouvoir de décision.

Niveau 5 — Gestion partagée

Plusieurs acteurs participent également à la mise en œuvre et au suivi.

La transparence sur le niveau de participation est essentielle.


18. La responsabilité doit suivre la décision

Une gouvernance floue peut produire une situation dangereuse :

tout le monde participe, mais personne n’est responsable.

Pour chaque action importante, il faut identifier :

  • qui décide ;
  • qui finance ;
  • qui réalise ;
  • qui exploite ;
  • qui entretient ;
  • qui mesure ;
  • qui alerte ;
  • qui peut modifier la décision.

Une gouvernance adaptative n’est donc pas une dilution des responsabilités.

Elle est au contraire une clarification des responsabilités dans un système coopératif.


19. Les communs territoriaux

Certaines ressources dépassent la logique de propriété individuelle.

On peut notamment réfléchir à :

  • l’eau ;
  • certains espaces naturels ;
  • les semences ;
  • certaines données ;
  • certains équipements collectifs ;
  • certains espaces alimentaires ;
  • certains réseaux énergétiques ;
  • certains espaces de biodiversité.

La notion de commun territorial peut alors devenir utile.

Mais un commun nécessite des règles.

Il faut définir :

  • qui peut utiliser ;
  • comment ;
  • dans quelles limites ;
  • qui entretient ;
  • qui finance ;
  • qui surveille ;
  • que se passe-t-il en cas de conflit ;
  • comment les règles évoluent.

Un commun sans gouvernance peut rapidement devenir une ressource surexploitée.


20. La confiance comme infrastructure

On parle souvent des infrastructures physiques :

  • routes ;
  • réseaux ;
  • bâtiments ;
  • bassins ;
  • canalisations ;
  • systèmes énergétiques.

Mais une transformation territoriale nécessite également une infrastructure immatérielle :

la confiance.

Sans confiance :

  • les données sont retenues ;
  • les acteurs coopèrent peu ;
  • les expérimentations sont bloquées ;
  • les erreurs sont cachées ;
  • les conflits deviennent plus difficiles à résoudre.

La confiance ne signifie pas absence de contrôle.

Elle repose au contraire sur :

  • des règles ;
  • des données accessibles lorsque cela est possible ;
  • des responsabilités claires ;
  • des procédures ;
  • des évaluations ;
  • une transparence suffisante.

21. Accepter l’expérimentation

Un territoire confronté à un climat nouveau doit parfois tester des solutions nouvelles.

Mais une expérimentation doit être conçue comme telle.

Méthode

Hypothèse → expérimentation → mesure → analyse → décision.

Par exemple :

Hypothèse : une nouvelle combinaison de végétation réduit l’exposition thermique d’un espace public.

On définit :

  • une zone test ;
  • une zone de comparaison ;
  • des capteurs ;
  • une durée ;
  • des indicateurs ;
  • des conditions de réussite ;
  • des conditions d’arrêt.

On mesure.

Puis on décide.

L’expérimentation devient alors un outil de gouvernance.


22. Le droit à l’erreur maîtrisée

Une politique d’adaptation qui interdit toute erreur risque également d’interdire toute innovation.

Mais il faut distinguer :

erreur maîtrisée
et
risque irresponsable.

Une expérimentation doit être :

  • limitée ;
  • surveillée ;
  • réversible lorsque possible ;
  • proportionnée ;
  • documentée ;
  • évaluée.

Plus une décision est irréversible, plus son niveau de prudence doit être élevé.


23. Les territoires pilotes

Une collectivité peut choisir certains secteurs comme territoires expérimentaux :

  • quartier ;
  • zone agricole ;
  • bassin versant ;
  • forêt ;
  • zone industrielle ;
  • village ;
  • parc d’activités.

Le territoire pilote devient un laboratoire réel.

On peut y tester :

  • nouvelles pratiques agricoles ;
  • nouvelles infrastructures végétales ;
  • systèmes énergétiques ;
  • gestion des eaux pluviales ;
  • désimperméabilisation ;
  • nouveaux modes de gouvernance ;
  • capteurs ;
  • outils numériques.

Le résultat ne doit pas nécessairement être immédiatement généralisé.

L’objectif initial est d’apprendre.


24. Le jumeau numérique comme espace commun

Le jumeau numérique territorial peut jouer un rôle particulièrement intéressant dans la gouvernance multi-acteurs.

Il permet de représenter :

  • relief ;
  • bâtiments ;
  • végétation ;
  • réseaux ;
  • eau ;
  • sols ;
  • agriculture ;
  • énergie ;
  • infrastructures.

Les acteurs peuvent ensuite tester différents scénarios.

Par exemple :

Que se passe-t-il si nous plantons 10 000 arbres ?

La question devient :

  • où ?
  • quelles espèces ?
  • avec quelle disponibilité en eau ?
  • quelle croissance ?
  • quelle maintenance ?
  • quels effets sur l’ombre ?
  • quels effets sur l’énergie ?
  • quels effets sur les sols ?
  • quels effets sur la biodiversité ?
  • quels coûts ?

Le numérique devient alors un outil de dialogue, et non seulement un outil technique.


25. L’intelligence artificielle dans la gouvernance multi-acteurs

L’IA peut également contribuer à :

  • analyser des données ;
  • détecter des anomalies ;
  • comparer des scénarios ;
  • simuler certains risques ;
  • cartographier ;
  • identifier des tendances ;
  • synthétiser des documents ;
  • faciliter la recherche d’informations ;
  • assister la décision.

Mais elle ne doit pas devenir l’arbitre automatique du territoire.

La chaîne doit rester :

données → modèle → hypothèse → discussion → décision humaine → action → mesure.

L’IA peut aider à comprendre.

Elle ne remplace ni :

  • la responsabilité politique ;
  • l’expertise de terrain ;
  • la connaissance scientifique ;
  • le débat démocratique ;
  • la responsabilité juridique.

26. Construire une mémoire territoriale

Une gouvernance adaptative a besoin de mémoire.

Chaque projet devrait idéalement conserver :

  • le problème initial ;
  • les données disponibles ;
  • les hypothèses ;
  • les décisions ;
  • les investissements ;
  • les résultats ;
  • les erreurs ;
  • les modifications ;
  • les raisons des changements.

Cette mémoire évite de recommencer périodiquement les mêmes débats.

Elle permet aussi de transmettre les connaissances lorsque les personnes changent.


27. Les indicateurs de gouvernance

Il est possible de suivre la qualité de la gouvernance elle-même.

Quelques indicateurs peuvent être construits :

Diversité des acteurs

Combien de catégories d’acteurs participent réellement ?

Continuité

Les mêmes acteurs participent-ils dans le temps ?

Réactivité

Quel délai entre une alerte et une action ?

Expérimentation

Combien de projets pilotes sont réalisés ?

Apprentissage

Combien de décisions ont été modifiées à partir des résultats mesurés ?

Transparence

Quelle proportion des données et décisions est documentée ?

Maintenance

Les actions décidées sont-elles réellement entretenues ?

Résilience organisationnelle

Le système continue-t-il à fonctionner lorsqu’un acteur clé devient indisponible ?

Cette dernière question est essentielle.

Un système dépendant d’une seule personne n’est pas véritablement résilient.


28. La redondance des acteurs

La résilience ne concerne pas seulement les infrastructures.

Elle concerne également les compétences.

Imaginons qu’une collectivité possède un seul spécialiste capable de gérer un système critique.

Le système possède alors une vulnérabilité organisationnelle.

Il faut donc développer :

  • plusieurs personnes compétentes ;
  • plusieurs partenaires ;
  • plusieurs fournisseurs lorsque nécessaire ;
  • plusieurs canaux de communication ;
  • plusieurs sources de données ;
  • plusieurs solutions techniques.

La redondance devient ainsi une propriété de la gouvernance.


29. Les niveaux de crise

Une gouvernance multi-acteurs doit également fonctionner lorsque le territoire passe en mode dégradé.

On peut définir :

Mode normal

Planification, observation, amélioration.

Mode vigilance

Surveillance renforcée.

Mode tension

Activation de certaines procédures.

Mode crise

Priorité aux fonctions essentielles.

Mode récupération

Retour progressif et analyse de l’événement.

Mode apprentissage

Analyse des résultats et modification des dispositifs.

Une gouvernance résiliente ne doit pas seulement fonctionner lorsqu’il fait beau et que les ressources sont disponibles.

Elle doit fonctionner lorsque le système est sous pression.


30. La gouvernance multi-acteurs comme réseau

On peut représenter les acteurs comme un réseau.

Les acteurs sont les nœuds.

Les relations sont les connexions.

Les ressources échangées peuvent être :

  • eau ;
  • énergie ;
  • alimentation ;
  • données ;
  • argent ;
  • compétences ;
  • matières ;
  • services ;
  • informations.

Plus le réseau devient structuré, plus certaines dépendances deviennent visibles.

On peut alors identifier :

  • les nœuds critiques ;
  • les dépendances excessives ;
  • les connexions manquantes ;
  • les acteurs isolés ;
  • les fonctions sans solution de secours.

31. Une formule conceptuelle de la gouvernance

On peut proposer une représentation volontairement simplifiée :

[
G_t=f(D,A,C,R,I,T)
]

avec :

  • (D) = diversité des acteurs ;
  • (A) = capacité d’action ;
  • (C) = qualité des connexions ;
  • (R) = redondance ;
  • (I) = information ;
  • (T) = capacité d’adaptation dans le temps.

Cette équation n’est pas une loi scientifique.

Elle constitue un outil conceptuel pour rappeler qu’une gouvernance territoriale ne dépend pas simplement du nombre d’acteurs présents.

Elle dépend de leur capacité à coopérer réellement.


32. La gouvernance multi-acteurs ne signifie pas consensus permanent

Il serait dangereux de croire qu’une bonne gouvernance aboutit toujours à un accord.

Certains choix resteront conflictuels.

Il faudra parfois arbitrer.

La qualité de la gouvernance ne se mesure donc pas uniquement au nombre d’accords obtenus.

Elle se mesure également à la capacité à :

  • rendre les désaccords visibles ;
  • présenter les arguments ;
  • documenter les conséquences ;
  • comparer les scénarios ;
  • identifier les coûts ;
  • protéger les fonctions essentielles ;
  • décider selon des règles connues ;
  • réévaluer lorsque les conditions changent.

33. Le rôle central de l’équité territoriale

Une adaptation peut produire des bénéfices pour certains et des coûts pour d’autres.

Par exemple :

  • une zone végétalisée peut augmenter la valeur foncière ;
  • une restriction d’irrigation peut protéger la ressource mais réduire certaines productions ;
  • une zone d’expansion des crues peut protéger l’aval mais imposer des contraintes à l’amont ;
  • une infrastructure énergétique peut bénéficier à une commune mais modifier le paysage d’une autre.

Il faut donc poser systématiquement la question :

Qui bénéficie ? Qui supporte le coût ? Qui prend le risque ? Qui entretient ? Qui décide ?

Cette question devrait devenir une composante normale du diagnostic territorial.


34. De la concertation à la co-évolution

La concertation classique intervient souvent après que le projet a déjà été largement conçu.

La gouvernance Omakëya™ propose une étape supplémentaire :

co-évoluer avec le territoire.

Le projet n’est plus nécessairement entièrement défini au départ.

Il possède :

  • une direction ;
  • des objectifs ;
  • des contraintes ;
  • des indicateurs ;
  • des scénarios ;
  • des marges d’adaptation.

Puis il évolue avec les observations.

On passe ainsi :

projet figé → projet adaptatif.


35. L’architecture Omakëya™ de la gouvernance

Une organisation territoriale complète peut être représentée ainsi :

Niveau 1 — Observation

Habitants + agriculteurs + entreprises + associations + capteurs.

Niveau 2 — Données

SIG + bases de données + observations + mesures.

Niveau 3 — Compréhension

Experts + chercheurs + acteurs de terrain.

Niveau 4 — Scénarios

Collectivité + acteurs + modélisation.

Niveau 5 — Décision

Institutions compétentes + processus démocratique.

Niveau 6 — Action

Acteurs publics + privés + citoyens + associations.

Niveau 7 — Mesure

Capteurs + observations + indicateurs.

Niveau 8 — Apprentissage

Analyse collective.

Niveau 9 — Adaptation

Modification des trajectoires.

Retour à l’observation.

Le territoire devient ainsi une boucle d’apprentissage collectif.


36. Une méthode opérationnelle de gouvernance

Pour un projet territorial Omakëya™, on peut utiliser la méthode suivante :

1. Identifier les fonctions essentielles

Eau, alimentation, énergie, santé, logement, biodiversité, mobilité, sécurité.

2. Identifier les acteurs

Qui utilise ?
Qui produit ?
Qui finance ?
Qui réglemente ?
Qui entretient ?
Qui possède les données ?

3. Cartographier les dépendances

Qui dépend de qui ?

4. Cartographier les ressources

Eau, sols, énergie, compétences, foncier, données.

5. Identifier les vulnérabilités

Que se passe-t-il si un acteur disparaît ?

6. Construire les scénarios

Sécheresse, chaleur, inondation, incendie, panne énergétique, crise logistique.

7. Construire plusieurs solutions

Ne pas dépendre d’une seule trajectoire.

8. Définir les responsabilités

Décision, financement, réalisation, exploitation, maintenance.

9. Expérimenter

Commencer à une échelle maîtrisable.

10. Mesurer

Comparer résultats et objectifs.

11. Apprendre

Identifier ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

12. Adapter

Modifier la trajectoire.

13. Transmettre

Conserver la mémoire.

14. Recommencer

Parce que le territoire continue d’évoluer.


37. Étude de cas conceptuelle — Un territoire confronté à la sécheresse

Imaginons un territoire composé de :

  • trois communes ;
  • plusieurs exploitations agricoles ;
  • une petite zone industrielle ;
  • une rivière ;
  • une forêt ;
  • 20 000 habitants.

Le territoire connaît plusieurs années sèches.

Une réponse sectorielle pourrait consister à demander :

« Comment fournir davantage d’eau ? »

Une approche systémique pose davantage de questions :

  • combien d’eau consomme chaque secteur ?
  • quelles consommations sont essentielles ?
  • quelles pertes existent ?
  • quels sols peuvent stocker davantage d’eau ?
  • quelles cultures sont vulnérables ?
  • quelles réserves existent ?
  • quelle est la recharge réelle de la nappe ?
  • quelles zones humides peuvent être restaurées ?
  • quelles entreprises peuvent réduire leur consommation ?
  • quelles eaux peuvent être réutilisées ?
  • quels changements de pratiques sont possibles ?
  • quelles fonctions doivent être maintenues en priorité ?

Les acteurs travaillent alors ensemble.

L’objectif n’est plus simplement :

« trouver davantage d’eau »

mais :

« réduire la vulnérabilité collective au manque d’eau ».


38. Étude de cas — Un quartier confronté aux canicules

Habitants :

  • signalent les espaces les plus chauds ;
  • décrivent les usages ;
  • identifient les personnes vulnérables.

Collectivité :

  • fournit les données urbaines ;
  • coordonne les travaux ;
  • adapte les espaces publics.

Entreprises :

  • végétalisent certains espaces ;
  • réduisent certaines surfaces minérales ;
  • adaptent les bâtiments.

Associations :

  • organisent les usages ;
  • participent à la sensibilisation ;
  • contribuent au suivi.

Experts :

  • mesurent les températures ;
  • modélisent les flux d’air ;
  • analysent l’ombre ;
  • évaluent les solutions.

Le résultat peut devenir un plan climatique de quartier.


39. Ce que la gouvernance doit éviter

Une gouvernance multi-acteurs peut également échouer.

Le comité sans pouvoir

Beaucoup de réunions, aucune décision.

La consultation décorative

Les habitants sont consultés après que tout est décidé.

La captation par un acteur

Un groupe devient dominant.

La technocratie

Les données remplacent le débat.

Le populisme territorial

L’opinion immédiate remplace l’analyse.

L’expertise isolée

Les modèles ne rencontrent jamais le terrain.

La réunion permanente

Tout le monde discute, personne n’agit.

L’absence de maintenance

Le projet initial fonctionne puis se dégrade.

L’absence de mémoire

Chaque changement d’équipe recommence le travail.

La gouvernance doit donc être conçue comme une infrastructure opérationnelle.


40. Une nouvelle définition de l’intelligence territoriale

L’intelligence territoriale n’est pas simplement la quantité de données disponibles.

Ce n’est pas non plus la puissance d’un logiciel ou d’une IA.

Elle correspond davantage à la capacité du territoire à :

observer → comprendre → connecter les connaissances → décider → agir → apprendre.

Un territoire qui possède beaucoup de données mais ne sait pas les transformer en décisions n’est pas nécessairement intelligent.

À l’inverse, un territoire disposant de moins de données mais d’une forte capacité d’observation, de coopération et d’apprentissage peut parfois réagir plus efficacement.


41. Vers une démocratie territoriale adaptative

La gouvernance climatique transforme progressivement la question démocratique.

Il ne s’agit plus uniquement de décider :

« Quel projet voulons-nous réaliser ? »

Il faut également décider :

« Quel territoire voulons-nous être capables de devenir lorsque les conditions changent ? »

Cette question introduit le temps long.

Elle oblige à penser :

  • 2030 ;
  • 2050 ;
  • 2080 ;

Mais elle oblige également à accepter que certaines décisions devront être révisées.

La démocratie territoriale devient alors une capacité collective à choisir une direction tout en conservant la possibilité de modifier la trajectoire.


42. Le territoire comme organisme collectif

Dans la Vision Omakëya™, le territoire peut finalement être considéré comme un immense organisme collectif.

Les habitants représentent une partie de ses usages et de ses perceptions.

Les agriculteurs participent à son métabolisme alimentaire et biologique.

Les entreprises participent à ses flux économiques, matériels et énergétiques.

Les associations participent à ses réseaux sociaux, écologiques et culturels.

Les collectivités assurent une partie de sa structure institutionnelle.

Les infrastructures constituent son système circulatoire.

Les réseaux numériques constituent une partie de son système nerveux.

Les capteurs constituent ses organes sensoriels.

Les institutions de décision constituent une partie de ses mécanismes de régulation.

Mais cette métaphore doit rester une représentation.

Un territoire n’est pas littéralement un organisme.

Il s’agit d’un système socio-écologique complexe dans lequel de multiples acteurs poursuivent des objectifs différents tout en partageant des ressources et des contraintes.


43. Le principe Omakëya™ de gouvernance multi-acteurs

NE CHERCHEZ PAS À FAIRE TRAVAILLER TOUS LES ACTEURS DE LA MÊME MANIÈRE. CHERCHEZ À CONNECTER LEURS CONNAISSANCES, LEURS RESSOURCES, LEURS RESPONSABILITÉS ET LEURS CAPACITÉS D’ACTION AUTOUR DES FONCTIONS ESSENTIELLES DU TERRITOIRE.

Un territoire résilient n’est pas un territoire dans lequel tout le monde pense la même chose.

C’est un territoire dans lequel des acteurs différents peuvent :

  • partager suffisamment d’informations ;
  • exprimer leurs désaccords ;
  • comprendre leurs interdépendances ;
  • expérimenter ;
  • décider ;
  • agir ;
  • mesurer ;
  • apprendre ;
  • modifier leurs trajectoires.

La diversité des acteurs devient alors une ressource.

La différence des points de vue devient une capacité d’analyse.

La redondance des compétences devient une sécurité.

La coopération devient une infrastructure.

Et l’apprentissage devient une fonction territoriale essentielle.


44. Perspective 2050–2100 — Gouverner un territoire en transformation permanente

Au cours des prochaines décennies, la gouvernance territoriale devra probablement gérer simultanément plusieurs transformations :

  • évolution du climat ;
  • tensions sur l’eau ;
  • transformation des agricultures ;
  • déplacement des cultures ;
  • évolution des forêts ;
  • risques d’incendie ;
  • pluies extrêmes ;
  • adaptation des villes ;
  • transformation énergétique ;
  • évolution des infrastructures ;
  • changements démographiques ;
  • transformation des chaînes alimentaires ;
  • nouvelles dépendances numériques.

Ces phénomènes ne pourront pas être traités indépendamment.

La question deviendra progressivement :

Comment maintenir les fonctions essentielles d’un territoire lorsque plusieurs systèmes changent simultanément ?

La réponse ne sera pas uniquement technique.

Elle sera également organisationnelle.

Un territoire possédant d’excellentes infrastructures mais incapable de coordonner ses acteurs peut rester vulnérable.

Inversement, une gouvernance capable d’apprendre rapidement peut contribuer à réduire certaines vulnérabilités, à condition de disposer de moyens réels pour agir.


45. La grande boucle de gouvernance Omakëya™

La gouvernance territoriale peut finalement être résumée par une boucle :

OBSERVER

PARTAGER

COMPRENDRE

MESURER

CARTOGRAPHIER

MODÉLISER

DÉBATTRE

PRIORISER

DÉCIDER

EXPÉRIMENTER

AGIR

MESURER

ÉVALUER

APPRENDRE

ADAPTER

TRANSMETTRE

RECOMMENCER

Cette boucle est probablement l’une des architectures fondamentales d’un territoire résilient.

Car le changement climatique ne demande pas seulement de construire différemment.

Il demande d’apprendre à décider différemment.


La résilience naît de la coopération organisée

Un territoire résilient n’est pas un territoire dans lequel une institution possède toutes les réponses.

C’est un territoire dans lequel les réponses peuvent émerger de la rencontre entre plusieurs formes de connaissance.

L’habitant voit.

L’agriculteur expérimente.

L’entreprise investit et innove.

L’association observe, mobilise et transmet.

La collectivité coordonne, organise, finance et arbitre dans le cadre de ses compétences.

Le chercheur mesure et analyse.

L’expert modélise.

Le gestionnaire entretient.

Et le territoire apprend.

La gouvernance multi-acteurs n’est donc pas une couche supplémentaire ajoutée au système territorial.

Elle est une infrastructure de résilience.

Elle permet de relier les infrastructures physiques, les écosystèmes, les économies, les institutions et les habitants.

Elle transforme une somme d’acteurs indépendants en réseau capable d’agir collectivement.

Mais cette coopération doit rester concrète.

Il faut des données.

Il faut des responsabilités.

Il faut des financements.

Il faut des indicateurs.

Il faut des expérimentations.

Il faut de la maintenance.

Il faut des arbitrages.

Et surtout, il faut accepter que le territoire ne soit jamais définitivement terminé.

La véritable réussite d’une gouvernance territoriale ne sera donc pas d’avoir produit un plan parfait.

Ce sera d’avoir créé un système capable de réviser ses plans lorsque la réalité change.

UN TERRITOIRE RÉSILIENT N’EST PAS CELUI QUI POSSÈDE LA MEILLEURE RÉPONSE AUJOURD’HUI. C’EST CELUI QUI POSSÈDE LA CAPACITÉ COLLECTIVE DE TROUVER UNE MEILLEURE RÉPONSE DEMAIN.


Principe de transition vers le chapitre suivant

Après avoir défini qui gouverne, une question devient centrale :

comment financer cette transformation, répartir les coûts, valoriser les bénéfices, investir dans le temps long et construire une économie territoriale compatible avec la résilience ?

Car une gouvernance capable de décider mais incapable de financer ses décisions restera théorique.

La prochaine étape consiste donc à passer :

de la gouvernance → à l’économie de la transformation territoriale.

Autrement dit :

Qui paie ?
Qui investit ?
Qui bénéficie ?
Qui entretient ?
Qui économise ?
Qui prend le risque ?
Et comment rendre économiquement possible la transformation d’un territoire sur 10, 30, 50 ou 100 ans ?