AGROCLIMATOLOGIE : PLANIFICATION TERRITORIALE CLIMATIQUE

PLANIFICATION TERRITORIALE CLIMATIQUE

PLU — SCoT — PCAET — Stratégies régionales

Faire entrer le climat, l’eau, les sols, la biodiversité et l’énergie dans les documents qui fabriquent réellement le territoire

Un territoire ne se transforme pas uniquement par des projets visibles.

Il se transforme également par des documents beaucoup moins spectaculaires :

  • documents d’urbanisme ;
  • schémas territoriaux ;
  • plans climat ;
  • stratégies régionales ;
  • documents de programmation ;
  • règles foncières ;
  • politiques sectorielles ;
  • programmes d’investissement.

Ces documents déterminent progressivement :

  • où construire ;
  • où ne pas construire ;
  • où préserver les terres agricoles ;
  • où protéger les zones naturelles ;
  • où densifier ;
  • où désimperméabiliser ;
  • où développer les infrastructures ;
  • comment gérer l’eau ;
  • comment organiser les mobilités ;
  • comment produire et consommer l’énergie ;
  • comment protéger les continuités écologiques.

La planification territoriale est donc l’un des principaux endroits où la Vision Omakëya™ peut passer de la théorie à la transformation concrète.

Le véritable enjeu n’est cependant pas d’ajouter le mot « climat » dans les documents.

Il est de modifier la manière dont le territoire est conçu.

Passer :

d’une planification statique → à une planification adaptative ;

d’un territoire zoné → à un territoire fonctionnel ;

d’une juxtaposition de politiques → à un système territorial cohérent ;

d’un scénario unique → à plusieurs futurs possibles.


1. La planification comme architecture du territoire

La planification territoriale peut être comparée à une architecture invisible.

Avant même qu’un arbre soit planté, qu’une route soit construite ou qu’un bâtiment soit dessiné, certains choix ont déjà été effectués :

  • destination du sol ;
  • constructibilité ;
  • densité ;
  • protection ;
  • infrastructures ;
  • réseaux ;
  • mobilité ;
  • localisation des activités.

Ces choix peuvent produire des conséquences pendant plusieurs décennies.

Une décision d’urbanisme prise aujourd’hui peut donc encore produire des effets en :

2050, 2070 ou 2100.

La planification possède ainsi une caractéristique fondamentale :

elle transforme le territoire à une vitesse administrative relativement rapide, mais produit des conséquences parfois extrêmement longues.


2. Le problème du décalage temporel

Le climat évolue continuellement.

Les documents de planification sont, eux, révisés périodiquement.

Cette différence crée un problème.

Un document peut être parfaitement cohérent avec les conditions actuelles et devenir progressivement moins adapté lorsque :

  • les températures augmentent ;
  • les sécheresses deviennent plus fréquentes ;
  • les pluies extrêmes évoluent ;
  • les périodes de végétation changent ;
  • les ressources en eau diminuent ;
  • les risques d’incendie augmentent ;
  • les besoins énergétiques se transforment.

Il faut donc intégrer dans la planification une notion essentielle :

la trajectoire.

Un document ne devrait pas seulement répondre à :

« Où voulons-nous être aujourd’hui ? »

mais également à :

« Quelle trajectoire permet au territoire de rester fonctionnel lorsque les conditions changent ? »


3. Le PLU : agir à l’échelle de la commune

Le Plan local d’urbanisme — PLU constitue l’un des instruments essentiels de traduction spatiale des choix territoriaux.

Il intervient notamment sur :

  • l’occupation des sols ;
  • les règles de construction ;
  • les formes urbaines ;
  • les espaces naturels ;
  • les espaces agricoles ;
  • les continuités écologiques ;
  • certains éléments paysagers ;
  • les conditions d’aménagement.

Le PLU peut donc devenir un véritable outil d’adaptation climatique.

Mais il ne suffit pas d’ajouter quelques espaces verts.

Il faut considérer le fonctionnement climatique global de la commune.


4. Concevoir le PLU comme une carte des fonctions

Une approche Omakëya™ peut commencer par cartographier les fonctions avant de cartographier les zones.

Par exemple :

Fonction hydrologique

  • bassins versants ;
  • talwegs ;
  • zones d’infiltration ;
  • zones humides ;
  • zones d’expansion des crues ;
  • nappes ;
  • secteurs sensibles au ruissellement.

Fonction climatique

  • îlots de chaleur ;
  • zones fraîches ;
  • corridors de ventilation ;
  • secteurs exposés au vent ;
  • zones d’ombre ;
  • surfaces fortement minérales.

Fonction écologique

  • habitats ;
  • corridors ;
  • réservoirs de biodiversité ;
  • continuités ;
  • ruptures.

Fonction agricole

  • terres fertiles ;
  • terres irriguées ;
  • vergers ;
  • élevages ;
  • infrastructures agricoles.

Fonction énergétique

  • potentiels solaires ;
  • réseaux ;
  • consommations ;
  • bâtiments énergivores ;
  • capacités de stockage.

Le zonage vient ensuite.


5. Du zonage classique au zonage climatique

Un zonage classique répond principalement à :

« Quelle utilisation du sol est autorisée ici ? »

Une planification climatique doit également demander :

« Quelle fonction climatique, hydrologique ou écologique ce sol assure-t-il ? »

Un espace agricole peut par exemple assurer simultanément :

  • une production alimentaire ;
  • une infiltration ;
  • une limitation du ruissellement ;
  • une continuité écologique ;
  • une réserve foncière agricole ;
  • une structure paysagère.

Le sol possède donc plusieurs fonctions.

Le document de planification doit éviter de n’en reconnaître qu’une seule.


6. Le SCoT : passer à l’échelle intercommunale

Le Schéma de cohérence territoriale — SCoT permet de dépasser l’échelle communale.

Cette échelle est essentielle pour le climat.

Pourquoi ?

Parce que les systèmes fonctionnels dépassent les communes.

Un bassin versant ne s’arrête pas à une limite communale.

Une nappe ne s’arrête pas à une limite communale.

Une continuité écologique ne s’arrête pas nécessairement à une limite communale.

Une zone agricole nourrissant plusieurs villes ne peut pas être pensée commune par commune.

Un réseau énergétique dépasse également souvent les frontières administratives.

Le SCoT peut donc devenir une véritable charnière territoriale.


7. Le SCoT comme architecture des interdépendances

Une approche climatique du SCoT devrait représenter les grandes dépendances :

eau → agriculture → alimentation → population

forêt → biodiversité → eau → climat local

production énergétique → réseau → bâtiments → usages

sols → infiltration → rivière → zones urbaines

agriculture → alimentation → logistique → villes

urbanisation → artificialisation → ruissellement → risques

Le SCoT permet ainsi de visualiser ce que chaque commune ne peut pas voir seule.


8. L’artificialisation : raisonner en fonctions perdues

L’artificialisation est souvent présentée uniquement comme une surface consommée.

Une approche systémique pose une question supplémentaire :

Quelles fonctions territoriales disparaissent lorsque ce sol est artificialisé ?

La disparition d’une parcelle peut entraîner une perte de :

  • production alimentaire ;
  • infiltration ;
  • stockage d’eau ;
  • habitat ;
  • continuité écologique ;
  • stockage de matière organique ;
  • régulation thermique ;
  • espace agricole futur.

La valeur d’un sol ne correspond donc pas uniquement à son prix foncier.

Il possède également une valeur fonctionnelle territoriale.


9. Le PCAET : relier climat, énergie et territoire

Le Plan climat-air-énergie territorial — PCAET constitue un autre instrument important.

Il permet notamment d’aborder :

  • les émissions de gaz à effet de serre ;
  • l’énergie ;
  • les énergies renouvelables ;
  • la qualité de l’air ;
  • l’adaptation au changement climatique ;
  • les consommations énergétiques.

Mais le risque serait de traiter le climat uniquement sous l’angle énergétique.

Or un territoire climatique est également un territoire :

  • hydrologique ;
  • agricole ;
  • forestier ;
  • urbain ;
  • écologique ;
  • alimentaire.

Le PCAET doit donc être connecté aux autres politiques territoriales.


10. Le climat n’est pas seulement une question d’émissions

Deux dimensions doivent être distinguées :

Atténuation

Réduire les émissions et certaines consommations de ressources.

Adaptation

Préparer le territoire aux changements climatiques déjà observés ou attendus.

Ces deux dimensions sont liées mais différentes.

Un territoire peut réduire ses émissions tout en restant vulnérable à :

  • une sécheresse ;
  • une canicule ;
  • une inondation ;
  • un incendie ;
  • une rupture d’approvisionnement.

Inversement, certaines mesures d’adaptation peuvent avoir des effets énergétiques ou environnementaux qu’il faut évaluer.

La planification doit donc rechercher les co-bénéfices, mais également identifier les conflits.


11. Le PCAET comme système énergétique et climatique

Une approche Omakëya™ peut représenter le territoire selon :

consommation → efficacité → sobriété → récupération → production → stockage → flexibilité → secours.

Mais cette architecture doit être reliée à :

eau → agriculture → bâtiments → mobilité → industrie → alimentation.

L’énergie n’est pas un système isolé.

Elle conditionne notamment :

  • le pompage de l’eau ;
  • l’irrigation ;
  • le chauffage ;
  • le refroidissement ;
  • la production alimentaire ;
  • les transports ;
  • les infrastructures numériques.

12. Les stratégies régionales : penser les grandes infrastructures

À l’échelle régionale, le changement d’échelle devient considérable.

On trouve notamment :

  • grandes infrastructures ;
  • réseaux énergétiques ;
  • agriculture ;
  • forêts ;
  • biodiversité ;
  • mobilités ;
  • eau ;
  • développement économique ;
  • aménagement ;
  • recherche ;
  • adaptation climatique.

La région possède donc une capacité à penser les grandes continuités.

Elle peut notamment travailler sur :

  • corridors écologiques ;
  • bassins agricoles ;
  • infrastructures énergétiques ;
  • réseaux de transport ;
  • ressources en eau ;
  • massifs forestiers ;
  • grandes zones urbaines.

13. Relier les échelles

Une planification climatique cohérente doit fonctionner verticalement.

Parcelle

Sol, végétation, bâtiment, infiltration.

Quartier

Îlot de chaleur, mobilité, eau, énergie.

Commune

Urbanisme, espaces publics, agriculture périurbaine.

Intercommunalité

Eau, déchets, énergie, mobilité, développement.

SCoT

Cohérence spatiale et grands équilibres.

Région

Réseaux, grandes infrastructures, agriculture, forêt, économie.

Bassin versant / massif / corridor

Fonctions écologiques et hydrologiques.

Ces géographies ne sont pas concurrentes.

Elles sont complémentaires.


14. La planification climatique doit être multicritère

Une décision territoriale ne devrait pas être analysée avec un seul indicateur.

On peut construire une matrice :

DimensionQuestion
ClimatQuelle exposition réduit-on ?
EauQuel effet sur les ressources et les risques ?
SolQuelle fonction du sol est conservée ?
BiodiversitéQuelle continuité est préservée ?
AgricultureQuelle capacité productive est maintenue ?
ÉnergieQuelle consommation ou production est concernée ?
AlimentationQuelle dépendance est modifiée ?
MobilitéQuels flux sont générés ?
ÉconomieQuel investissement est nécessaire ?
SocialQui bénéficie et qui supporte les contraintes ?
PaysageQuelle transformation est produite ?
SécuritéQuels risques sont déplacés ?
MaintenanceQui entretient ?
RéversibilitéPeut-on modifier la décision ?

15. Le diagnostic climatique avant le zonage

Une planification climatique devrait commencer par un diagnostic.

Étape 1

Cartographier le climat actuel.

Étape 2

Cartographier les vulnérabilités.

Étape 3

Cartographier les ressources.

Étape 4

Cartographier les fonctions territoriales.

Étape 5

Identifier les dépendances.

Étape 6

Construire plusieurs scénarios climatiques.

Étape 7

Tester la robustesse des choix d’aménagement.

Étape 8

Définir les règles et investissements.

Le document final devient alors la traduction spatiale d’une analyse systémique.


16. Cartographier les îlots de chaleur

À l’échelle urbaine, les données peuvent permettre d’identifier :

  • température ;
  • végétation ;
  • matériaux ;
  • albédo ;
  • humidité ;
  • ombre ;
  • hauteur des bâtiments ;
  • exposition solaire ;
  • ventilation.

On peut alors identifier :

  • zones chaudes ;
  • zones fraîches ;
  • corridors potentiels ;
  • espaces prioritaires ;
  • équipements sensibles.

La planification peut ensuite réserver ou transformer certains espaces.


17. Cartographier l’eau avant de construire

Une règle fondamentale pourrait être :

ne jamais planifier l’urbanisation sans comprendre les chemins de l’eau.

Il faut connaître :

  • bassins versants ;
  • talwegs ;
  • ruissellements ;
  • zones humides ;
  • nappes ;
  • zones inondables ;
  • sols infiltrants ;
  • secteurs de stockage temporaire.

Une route, un lotissement ou une zone industrielle peut modifier profondément ces flux.

La planification doit donc considérer l’eau comme une structure territoriale.


18. Les trames écologiques dans les documents de planification

Les continuités écologiques ne doivent pas être uniquement dessinées comme des bandes vertes.

Il faut comprendre :

  • où sont les habitats ;
  • où sont les ruptures ;
  • où sont les passages ;
  • quelles espèces sont concernées ;
  • quelles dimensions fonctionnelles sont nécessaires ;
  • comment les continuités évoluent dans le temps.

Une trame peut être :

  • forestière ;
  • humide ;
  • agricole ;
  • herbacée ;
  • riparienne ;
  • urbaine.

La planification doit également préserver les liaisons entre les milieux.


19. Les trames brunes

La continuité écologique passe également sous la surface.

Les sols peuvent être fragmentés par :

  • routes ;
  • constructions ;
  • compactage ;
  • décapage ;
  • terrassements ;
  • pollution.

Une planification climatique ambitieuse devrait donc considérer la continuité :

des sols → des racines → des organismes du sol → de l’eau → de la matière organique.

Il ne s’agit pas de prétendre qu’un réseau souterrain fonctionne partout de la même manière.

Il s’agit de reconnaître que la qualité et la continuité des sols constituent également une infrastructure territoriale.


20. Planifier l’agriculture comme infrastructure stratégique

Les terres agricoles ne doivent pas être considérées uniquement comme des réserves foncières.

Elles peuvent assurer :

  • production alimentaire ;
  • stockage d’eau ;
  • paysage ;
  • biodiversité ;
  • économie locale ;
  • continuité écologique ;
  • prévention de l’érosion.

Le document de planification doit donc identifier les terres particulièrement stratégiques.

Il faut également intégrer :

  • leur qualité agronomique ;
  • leur accès à l’eau ;
  • leur exposition climatique ;
  • leur proximité des consommateurs ;
  • leur fragmentation ;
  • leur potentiel d’adaptation.

21. Planifier les paysages alimentaires

La planification peut également identifier :

  • ceintures maraîchères ;
  • vergers ;
  • terres de proximité ;
  • infrastructures de transformation ;
  • marchés ;
  • plateformes logistiques ;
  • stockage ;
  • restauration collective.

Le système alimentaire doit être pensé comme un réseau.

Une production locale sans stockage ni transformation peut rester vulnérable.

Une planification alimentaire résiliente doit donc considérer :

production → transformation → stockage → distribution → consommation.


22. Planifier les forêts face au climat futur

Les stratégies territoriales doivent également intégrer :

  • massifs forestiers ;
  • continuités ;
  • zones de régénération ;
  • risques d’incendie ;
  • disponibilité en eau ;
  • diversité fonctionnelle ;
  • corridors ;
  • interfaces habitat-forêt.

Le document ne doit pas simplement chercher à maintenir une carte forestière identique.

Il doit permettre aux forêts de conserver leurs fonctions lorsque :

  • les températures évoluent ;
  • les sécheresses augmentent ;
  • les espèces changent ;
  • les incendies modifient certains peuplements.

23. Prévoir plusieurs futurs

La planification classique tend parfois à construire une image du futur.

Une planification adaptative construit plusieurs scénarios.

Scénario A

Climat relativement modéré.

Scénario B

Chaleur et sécheresse renforcées.

Scénario C

Alternance sécheresse + pluies extrêmes.

Scénario D

Évolution forte des incendies.

Scénario E

Crises combinées : climat + énergie + eau + alimentation.

On teste ensuite les projets.


24. Le principe de robustesse

Une décision robuste n’est pas nécessairement celle qui est optimale dans un scénario particulier.

C’est celle qui reste acceptable dans plusieurs scénarios.

On peut alors poser :

Cette infrastructure fonctionne-t-elle encore lorsque les hypothèses changent ?

Cette parcelle reste-t-elle productive ?

Cette ressource en eau reste-t-elle suffisante ?

Ce quartier reste-t-il habitable ?

Ce réseau énergétique reste-t-il fonctionnel ?

La robustesse devient une propriété de la planification.


25. Réversibilité et irréversibilité

Toutes les décisions ne possèdent pas le même niveau de risque.

Planter une expérimentation peut être relativement réversible.

Construire une infrastructure lourde peut être beaucoup plus difficile à modifier.

Artificialiser définitivement un sol agricole fertile peut produire une perte difficilement réversible.

La planification devrait donc distinguer :

décisions réversibles → expérimentation possible ;

décisions partiellement réversibles → marges de sécurité ;

décisions difficilement réversibles → prudence renforcée.


26. Les réserves stratégiques de territoire

Une planification climatique peut identifier des espaces à préserver pour le futur :

  • terres agricoles fertiles ;
  • zones d’expansion des crues ;
  • zones humides ;
  • corridors ;
  • zones de fraîcheur ;
  • secteurs de recharge ;
  • espaces forestiers ;
  • infrastructures énergétiques potentielles.

Ces espaces ne sont pas nécessairement « inutilisés ».

Ils constituent des réserves fonctionnelles.


27. Le foncier comme outil de résilience

Le foncier devient stratégique lorsque le territoire doit s’adapter.

Il peut permettre :

  • déplacement d’une activité ;
  • restauration d’une zone humide ;
  • création d’un corridor ;
  • relocalisation d’une infrastructure exposée ;
  • extension d’une zone d’expansion des crues ;
  • création d’un espace agricole ;
  • implantation d’une infrastructure énergétique.

Une politique climatique sans stratégie foncière peut donc manquer de moyens d’action.


28. La planification des infrastructures

Les infrastructures doivent être évaluées selon leur cycle de vie.

Pour chacune :

  • localisation ;
  • exposition ;
  • durée de vie ;
  • vulnérabilité ;
  • maintenance ;
  • dépendances ;
  • possibilité de remplacement ;
  • coût d’adaptation.

Une infrastructure conçue pour fonctionner cinquante ans doit être confrontée aux conditions climatiques susceptibles d’exister pendant ces cinquante années.


29. Le principe du « climat futur » dans chaque projet

Une règle simple peut être introduite :

Toute infrastructure dont la durée de vie dépasse un certain horizon doit être testée dans plusieurs conditions climatiques futures plausibles.

Cela concerne :

  • routes ;
  • ponts ;
  • bâtiments ;
  • réseaux d’eau ;
  • réseaux énergétiques ;
  • infrastructures agricoles ;
  • systèmes de drainage ;
  • équipements publics.

La question n’est plus :

« Fonctionnera-t-il aujourd’hui ? »

mais :

« Quelle marge de fonctionnement conservera-t-il demain ? »


30. Connecter PLU, SCoT, PCAET et stratégies régionales

Le véritable défi est la cohérence.

Un PLU peut protéger des terres agricoles.

Mais un projet régional peut modifier profondément leur accessibilité.

Un PCAET peut prévoir des productions énergétiques.

Mais le PLU doit permettre certaines implantations.

Un SCoT peut identifier une continuité écologique.

Mais les documents locaux doivent préserver ses connexions.

Il faut donc créer une chaîne de cohérence territoriale.


31. Une architecture documentaire Omakëya™

On peut représenter cette chaîne ainsi :

STRATÉGIE RÉGIONALE


grandes orientations, réseaux, ressources, continuités

SCoT


cohérence intercommunale, grands équilibres, urbanisation

PCAET


climat, énergie, adaptation, émissions, ressources

PLU


traduction spatiale et réglementaire locale

PROJETS


quartiers, bâtiments, infrastructures, exploitations

MESURES


capteurs, observations, indicateurs

RETOUR D’EXPÉRIENCE

ADAPTATION DES POLITIQUES

Cette boucle est essentielle.

Le document de planification ne devrait pas être la fin du processus.

Il devrait être une étape d’une boucle d’apprentissage.


32. Le risque de documents parallèles

Un territoire peut posséder :

  • un document d’urbanisme ;
  • un plan climat ;
  • une stratégie alimentaire ;
  • une stratégie biodiversité ;
  • une stratégie énergétique ;
  • une stratégie agricole ;
  • une stratégie mobilité.

Et pourtant rester incohérent.

Pourquoi ?

Parce que chaque document peut avoir :

  • son calendrier ;
  • ses données ;
  • ses indicateurs ;
  • ses acteurs ;
  • ses objectifs.

Le problème n’est donc pas le manque de stratégies.

Il peut être leur absence d’intégration systémique.


33. Vers un référentiel territorial commun

Une solution consiste à créer un socle commun :

Données

Une même base territoriale.

Cartographies

Une représentation géographique commune.

Scénarios

Des hypothèses climatiques partagées.

Indicateurs

Des indicateurs compatibles.

Fonctions

Une classification commune des fonctions essentielles.

Horizons

2030 — 2050 — 2080 — 2100.

Chaque document peut ensuite conserver sa fonction spécifique tout en travaillant à partir du même référentiel.


34. Le tableau de bord territorial

Un tableau de bord peut suivre :

Climat

  • température ;
  • nuits chaudes ;
  • sécheresse ;
  • pluies extrêmes.

Eau

  • consommation ;
  • disponibilité ;
  • recharge ;
  • niveau des nappes ;
  • qualité.

Sols

  • artificialisation ;
  • matière organique ;
  • compaction ;
  • infiltration.

Agriculture

  • surfaces productives ;
  • diversité ;
  • rendement ;
  • vulnérabilité.

Biodiversité

  • habitats ;
  • continuités ;
  • indicateurs biologiques.

Énergie

  • consommation ;
  • production ;
  • stockage ;
  • puissance disponible.

Ville

  • surfaces minérales ;
  • végétation ;
  • températures ;
  • accès aux espaces frais.

Gouvernance

  • projets réalisés ;
  • délais ;
  • maintenance ;
  • expérimentations ;
  • décisions révisées.

35. Mesurer la trajectoire plutôt que seulement l’état

Un indicateur isolé indique une situation.

Une série temporelle indique une trajectoire.

Par exemple :

surface agricole → évolution sur 10 ans

consommation d’eau → évolution sur 10 ans

surface imperméabilisée → évolution sur 10 ans

température nocturne → évolution sur 10 ans

La planification adaptative doit donc suivre :

[
État(t) \rightarrow Évolution(t) \rightarrow Trajectoire(t)
]

L’objectif n’est plus seulement de savoir où nous sommes.

Il est de savoir où nous allons.


36. Le jumeau numérique territorial

Le jumeau numérique peut devenir une interface commune entre planification et réalité.

Il peut intégrer :

  • relief ;
  • bâtiments ;
  • végétation ;
  • eau ;
  • sols ;
  • réseaux ;
  • agriculture ;
  • énergie ;
  • infrastructures.

On peut ensuite tester :

  • densification ;
  • végétalisation ;
  • désimperméabilisation ;
  • création de zones humides ;
  • évolution agricole ;
  • infrastructures énergétiques ;
  • nouveaux réseaux.

La simulation ne remplace pas la décision.

Elle permet de rendre certaines conséquences plus visibles.


37. L’IA au service de la planification

L’intelligence artificielle peut contribuer à :

  • analyser de grandes quantités de données ;
  • détecter des évolutions ;
  • produire des cartes ;
  • comparer des scénarios ;
  • identifier des incohérences ;
  • rechercher des dépendances ;
  • simuler certains comportements ;
  • surveiller les indicateurs.

Mais l’IA doit rester un outil d’aide.

Une décision territoriale doit conserver une chaîne :

données → modèle → hypothèses → discussion → arbitrage → décision → action → mesure.


38. Planifier les modes dégradés

Un document climatique ne doit pas seulement représenter le fonctionnement normal.

Il doit également poser :

Que se passe-t-il lorsque le système est en difficulté ?

Sécheresse

Quelles fonctions sont prioritaires ?

Canicule

Quels espaces deviennent critiques ?

Inondation

Quels itinéraires et équipements restent accessibles ?

Incendie

Quelles infrastructures sont exposées ?

Panne énergétique

Quels services doivent continuer ?

Crise multiple

Quelles fonctions sont absolument essentielles ?

Cette approche transforme la planification en véritable stratégie de résilience.


39. Planification et justice territoriale

Les conséquences climatiques ne sont pas réparties uniformément.

Certaines populations peuvent être davantage exposées :

  • à la chaleur ;
  • aux inondations ;
  • à la pollution ;
  • à l’absence de végétation ;
  • à l’éloignement des services ;
  • à la précarité énergétique.

La planification climatique doit donc identifier :

exposition + vulnérabilité + capacité d’adaptation.

Une stratégie qui améliore le climat moyen mais laisse certains quartiers fortement exposés peut manquer une partie essentielle du problème.


40. Le coût de l’inaction

La planification doit également comparer plusieurs trajectoires économiques :

Ne rien faire

Coûts futurs potentiels :

  • dommages ;
  • pertes agricoles ;
  • infrastructures dégradées ;
  • interruptions ;
  • dépenses d’urgence.

Adapter progressivement

  • investissements répartis ;
  • expérimentation ;
  • maintenance ;
  • apprentissage.

Adapter brutalement

  • investissements concentrés ;
  • risques financiers ;
  • contraintes fortes.

Il n’existe pas nécessairement une trajectoire universelle.

Mais la comparaison doit être faite.


41. La planification comme portefeuille d’options

Un territoire ne devrait pas investir toutes ses ressources dans une seule solution.

Il peut constituer un portefeuille :

  • infrastructures grises ;
  • infrastructures vertes ;
  • solutions fondées sur les écosystèmes ;
  • stockage ;
  • réserves foncières ;
  • diversification agricole ;
  • diversification énergétique ;
  • réseaux ;
  • systèmes de secours ;
  • expérimentation.

Cette diversification crée des options.

Si une solution devient moins efficace avec l’évolution du climat, d’autres peuvent prendre davantage d’importance.


42. La planification adaptative

La planification Omakëya™ peut donc être résumée par :

Observer

Diagnostiquer

Cartographier

Scénariser

Tester

Planifier

Réglementer

Investir

Réaliser

Mesurer

Évaluer

Adapter

Réviser

La révision n’est pas nécessairement un échec du document initial.

Elle peut être la preuve que le système fonctionne.


43. Méthode Omakëya™ pour analyser un document territorial

Pour chaque PLU, SCoT, PCAET ou stratégie régionale, on peut poser douze questions.

1. Quel climat futur est considéré ?

2. Quels scénarios sont utilisés ?

3. Quelles ressources sont critiques ?

4. Quelles fonctions territoriales doivent être protégées ?

5. Quels espaces jouent un rôle stratégique ?

6. Quelles dépendances sont identifiées ?

7. Quelles infrastructures sont vulnérables ?

8. Quelles réserves foncières sont nécessaires ?

9. Quelles décisions sont irréversibles ?

10. Quels indicateurs permettront de mesurer les résultats ?

11. À quelle fréquence la trajectoire sera-t-elle réévaluée ?

12. Qui possède la capacité de modifier la stratégie ?

Cette grille permet de transformer un document administratif en outil de résilience territoriale.


44. Une matrice de cohérence

DocumentÉchelle principaleFonctionQuestion climatique
PLULocaleTraduction spatialeOù construire, préserver et adapter ?
SCoTIntercommunaleCohérence territorialeComment organiser les interdépendances ?
PCAETTerritorialeClimat-énergieComment réduire les vulnérabilités et les consommations ?
Stratégies régionalesRégionaleGrandes orientationsComment organiser les ressources et réseaux à grande échelle ?
ProjetsOpérationnelleRéalisationComment construire concrètement ?
SuiviToutes échellesApprentissageLes choix fonctionnent-ils réellement ?

Le tableau montre un point essentiel :

aucun document ne peut tout faire.

La résilience apparaît dans leur articulation.


45. Vers un « système d’exploitation territorial »

On peut finalement considérer l’ensemble des documents comme une sorte de système d’exploitation du territoire.

Le PLU définit certaines règles locales.

Le SCoT organise les grandes relations spatiales.

Le PCAET organise une partie de la stratégie climatique et énergétique.

Les stratégies régionales donnent des orientations à une échelle plus large.

Les projets traduisent les orientations.

Les indicateurs mesurent les résultats.

Les révisions corrigent les trajectoires.

Le système complet devient :

STRATÉGIE → PLANIFICATION → RÈGLES → INVESTISSEMENTS → PROJETS → MESURES → APPRENTISSAGE → RÉVISION.


46. Perspective 2050–2100

La grande transformation sera probablement le passage d’une planification conçue comme une photographie à une planification conçue comme une trajectoire.

Le document de demain devra davantage répondre à :

Où voulons-nous aller ?

mais aussi :

Que ferons-nous si les conditions évoluent différemment ?

Il faudra donc progressivement intégrer :

  • scénarios ;
  • seuils ;
  • indicateurs ;
  • déclencheurs ;
  • marges de sécurité ;
  • options ;
  • réserves ;
  • réversibilité ;
  • mécanismes de révision.

Le document territorial deviendra moins une promesse de stabilité qu’un cadre organisé d’adaptation.


47. Le principe Omakëya™ de planification territoriale

NE PLANIFIEZ PAS UNIQUEMENT LE TERRITOIRE QUE VOUS AVEZ AUJOURD’HUI. PLANIFIEZ SA CAPACITÉ À RESTER FONCTIONNEL LORSQUE LE CLIMAT, L’EAU, L’ÉNERGIE, L’AGRICULTURE, LES ÉCOSYSTÈMES ET LES USAGES AURONT CHANGÉ.

Un bon document de planification ne devrait donc pas seulement dire :

« voici ce qui est autorisé ».

Il devrait également permettre de comprendre :

« voici ce que nous cherchons à préserver, voici les transformations que nous acceptons, voici les risques que nous voulons réduire, voici les fonctions essentielles que nous voulons maintenir et voici comment nous modifierons notre trajectoire si les conditions changent ».


Du document d’urbanisme au contrat territorial avec le futur

Le PLU, le SCoT, le PCAET et les stratégies régionales peuvent sembler appartenir à des mondes administratifs différents.

Pourtant, ils participent tous à une même réalité :

ils déterminent progressivement la forme future du territoire.

Le véritable enjeu climatique est donc de faire passer le climat :

du diagnostic → à la carte ;

de la carte → à la règle ;

de la règle → à l’investissement ;

de l’investissement → au projet ;

du projet → à la mesure ;

de la mesure → à l’apprentissage ;

de l’apprentissage → à la révision.

C’est cette boucle qui transforme la planification en adaptation réelle.

La Vision Omakëya™ propose d’aller encore plus loin.

Elle invite à ne plus considérer séparément :

  • l’urbanisme ;
  • l’agriculture ;
  • l’eau ;
  • l’énergie ;
  • les forêts ;
  • la biodiversité ;
  • l’alimentation ;
  • les infrastructures ;
  • l’économie.

Elle invite à les considérer comme les différentes composantes d’un même système territorial.

Un PLU ne doit donc pas seulement savoir où construire.

Un SCoT ne doit pas seulement organiser les communes.

Un PCAET ne doit pas seulement comptabiliser l’énergie.

Une stratégie régionale ne doit pas seulement fixer des orientations.

Tous doivent contribuer à une question beaucoup plus fondamentale :

Comment maintenir les fonctions essentielles du territoire lorsque les conditions du futur ne seront plus celles du passé ?

La planification devient alors une discipline de l’incertitude.

Elle ne cherche plus à prévoir parfaitement 2100.

Elle cherche à construire suffisamment de marges de manœuvre pour que le territoire puisse continuer à évoluer.

Et c’est peut-être là l’une des transformations majeures de l’urbanisme et de l’aménagement du XXIᵉ siècle :

ne plus chercher à dessiner une forme définitive du territoire, mais construire les conditions de son adaptation permanente.

UN TERRITOIRE BIEN PLANIFIÉ N’EST PAS CELUI DONT LE FUTUR A ÉTÉ PARFAITEMENT DESSINÉ. C’EST CELUI DONT LES CHOIX D’AUJOURD’HUI LAISSENT ENCORE SUFFISAMMENT D’OPTIONS POUR S’ADAPTER AUX FUTURS DE DEMAIN.


Transition vers le chapitre suivant

La planification fixe les grandes règles.

La gouvernance organise les acteurs.

Mais aucune transformation territoriale ne peut se produire sans ressources financières, sans investissements, sans mécanismes économiques et sans arbitrage entre coût immédiat et bénéfices futurs.

La question suivante devient donc incontournable :

Comment financer la transformation des territoires résilients ?

Il faudra alors passer :

de la planification → à l’investissement ;

de l’investissement → au financement ;

du financement → à la valeur ;

de la valeur → à une véritable économie territoriale de la résilience.