Faune, flore, champignons, microorganismes, insectes, oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens : la biodiversité comme infrastructure fonctionnelle de l’agroclimatologie

Comprendre le vivant pour construire des écosystèmes résilients

Faune, flore, champignons, microorganismes, insectes, oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens : la biodiversité comme infrastructure fonctionnelle de l’agroclimatologie

La biodiversité est souvent réduite à une simple liste d’espèces.

On parle du nombre d’arbres, d’oiseaux, de papillons ou de fleurs présents sur un terrain.

Mais cette vision est incomplète.

Dans un écosystème, la question essentielle n’est pas seulement :

« Combien d’espèces sont présentes ? »

Elle est aussi :

« Que font-elles ? Avec qui interagissent-elles ? Quels flux contrôlent-elles ? Et que se passe-t-il lorsqu’une espèce disparaît ? »

Une forêt, un jardin, un verger, une prairie ou une mare fonctionnent grâce à des milliers d’interactions entre organismes.

Les végétaux captent l’énergie solaire.

Les racines structurent le sol.

Les champignons développent des réseaux souterrains.

Les bactéries transforment la matière.

Les insectes pollinisent ou consomment.

Les oiseaux dispersent des graines ou régulent des populations d’insectes.

Les amphibiens exploitent les interfaces entre milieux aquatiques et terrestres.

Les mammifères déplacent de la matière et des graines.

Les décomposeurs recyclent les organismes morts.

Et l’ensemble contribue aux grands cycles de :

l’eau, du carbone, de l’azote, du phosphore et des minéraux.

La biodiversité n’est donc pas simplement un décor vivant : c’est une infrastructure biologique.


I. QU’EST-CE QUE LA BIODIVERSITÉ ?

La biodiversité peut être étudiée à plusieurs niveaux.

Diversité génétique

Variabilité génétique au sein d’une population ou d’une espèce.

Diversité spécifique

Nombre et composition des espèces.

Diversité des communautés

Organisation des assemblages d’organismes.

Diversité fonctionnelle

Diversité des fonctions écologiques assurées par les organismes.

Diversité des écosystèmes

Forêts, prairies, mares, zones humides, rivières, sols, etc.

Il est donc possible d’avoir :

beaucoup d’espèces mais peu de diversité fonctionnelle, ou inversement une communauté moins riche en espèces mais présentant une grande complémentarité fonctionnelle.


II. BIODIVERSITÉ ≠ SIMPLEMENT « NOMBRE D’ESPÈCES »

Imaginons deux jardins contenant chacun 100 espèces.

Dans le premier :

  • 80 espèces sont très proches écologiquement ;
  • peu de strates végétales ;
  • peu de diversité d’habitats ;
  • faible connectivité.

Dans le second :

  • arbres ;
  • arbustes ;
  • herbacées ;
  • couvre-sols ;
  • plantes aquatiques ;
  • champignons ;
  • insectes ;
  • oiseaux ;
  • sols vivants ;
  • zones humides.

Le deuxième peut présenter une organisation écologique beaucoup plus complexe.

La question n’est donc pas seulement combien d’espèces, mais quelles fonctions sont représentées.


III. LES GRANDES COMPOSANTES DE LA BIODIVERSITÉ

On peut considérer quatre grands ensembles.

                 BIODIVERSITÉ
                      │
       ┌──────────────┼──────────────┐
       ↓              ↓              ↓
     FLORE           FAUNE      MICROORGANISMES
       │              │              │
 arbres           insectes       bactéries
 arbustes         oiseaux        champignons
 herbacées        mammifères     protozoaires
 mousses          reptiles       etc.
       │          amphibiens
       └──────────────┬───────────┘
                      ↓
             FONCTIONS ÉCOLOGIQUES

Ces compartiments sont fortement interdépendants.


IV. LA FLORE : L’ARCHITECTURE VIVANTE

Les végétaux constituent l’ossature de nombreux écosystèmes terrestres.

Ils assurent notamment :

  • photosynthèse ;
  • production primaire ;
  • stockage de carbone ;
  • production d’oxygène ;
  • évapotranspiration ;
  • création d’habitats ;
  • protection des sols ;
  • interception des précipitations.

Un arbre mature peut simultanément :

  • produire de la biomasse ;
  • créer de l’ombre ;
  • refroidir son environnement par évapotranspiration ;
  • ralentir le vent ;
  • fournir des fleurs ;
  • produire des fruits ;
  • abriter des animaux ;
  • enrichir le sol en matière organique.

La végétation construit une partie de l’habitat des autres organismes.


V. LES DIFFÉRENTES STRATES VÉGÉTALES

Un écosystème diversifié peut présenter plusieurs couches.

Canopée

Grands arbres.

Sous-canopée

Arbres plus petits.

Strate arbustive

Arbustes.

Strate herbacée

Vivaces et plantes herbacées.

Couverture du sol

Couvre-sols, mousses, litière.

Strate racinaire

Racines et organismes du sol.

Strate verticale

Plantes grimpantes et épiphytes selon les écosystèmes.

Cette organisation multiplie les niches.


VI. LES CHAMPIGNONS : L’INFRASTRUCTURE INVISIBLE

Les champignons jouent des rôles fondamentaux dans les écosystèmes.

Ils interviennent notamment dans :

  • décomposition ;
  • recyclage des nutriments ;
  • formation de matière organique ;
  • symbioses ;
  • relations avec les racines ;
  • structuration des sols.

Les mycorhizes constituent une interaction majeure entre champignons et plantes.

Le réseau fongique peut augmenter considérablement la surface fonctionnelle d’exploration associée aux racines.


VII. LES MYCORHIZES

Une plante mycorhizée peut bénéficier de l’activité du champignon dans l’accès à certaines ressources.

Le champignon reçoit en retour des composés carbonés.

On obtient :

plante ↔ champignon

avec des échanges de ressources.

Cette relation montre que la biodiversité fonctionnelle peut améliorer le fonctionnement de l’écosystème sans que l’on ajoute nécessairement des infrastructures artificielles.


VIII. LES MICROORGANISMES

Le sol abrite une diversité biologique immense.

On y trouve notamment :

  • bactéries ;
  • champignons microscopiques ;
  • archées ;
  • protozoaires ;
  • nématodes ;
  • autres organismes microscopiques.

Ils participent à :

  • minéralisation ;
  • immobilisation des nutriments ;
  • décomposition ;
  • transformation de l’azote ;
  • cycle du carbone ;
  • formation de structures du sol.

Le sol n’est donc pas un simple support mécanique.

C’est un écosystème.


IX. LES BACTÉRIES

Les bactéries interviennent dans de nombreuses transformations biochimiques.

Elles participent notamment aux cycles :

  • carbone ;
  • azote ;
  • soufre ;
  • phosphore.

Certaines établissent des associations avec les plantes.

Les bactéries symbiotiques des légumineuses peuvent notamment contribuer à la fixation biologique de l’azote atmosphérique grâce à leur association avec les racines.


X. LES INSECTES : UNE IMMENSE DIVERSITÉ FONCTIONNELLE

Les insectes ne constituent pas une seule fonction écologique.

Ils peuvent être :

  • pollinisateurs ;
  • herbivores ;
  • prédateurs ;
  • détritivores ;
  • décomposeurs ;
  • parasites ;
  • vecteurs de dispersion.

Une coccinelle n’a pas le même rôle qu’un syrphe.

Une abeille n’a pas le même rôle qu’un carabe.

Un papillon adulte n’exploite pas les mêmes ressources qu’une chenille.

La diversité des insectes est donc aussi une diversité de fonctions.


XI. LES POLLINISATEURS

Les pollinisateurs assurent le transfert du pollen entre fleurs.

Ils comprennent notamment :

  • abeilles ;
  • bourdons ;
  • syrphes ;
  • papillons ;
  • certains coléoptères ;
  • certains autres insectes.

La diversité des pollinisateurs peut contribuer à la robustesse des systèmes de reproduction végétale.

Un jardin agroécologique doit donc penser simultanément :

plantes à fleurs + ressources alimentaires + sites de nidification + abris + continuité temporelle.


XII. LES INSECTES AUXILIAIRES

Certains insectes jouent un rôle de régulation des populations d’organismes potentiellement nuisibles.

Exemples :

  • coccinelles ;
  • chrysopes ;
  • syrphes ;
  • carabes ;
  • certaines punaises prédatrices.

Mais le concept d’« auxiliaire » dépend du contexte.

Un organisme bénéfique dans une situation peut être neutre ou nuisible dans une autre.

L’écologie fonctionne en réseaux, pas en catégories absolues.


XIII. LES OISEAUX

Les oiseaux remplissent de nombreuses fonctions.

Selon les espèces, ils peuvent être :

  • insectivores ;
  • granivores ;
  • frugivores ;
  • prédateurs ;
  • charognards ;
  • consommateurs de nectar ;
  • disperseurs de graines.

Ils participent ainsi aux réseaux trophiques et à la dispersion des végétaux.

Un jardin accueillant des oiseaux doit donc fournir :

  • nourriture ;
  • eau ;
  • abris ;
  • sites de nidification ;
  • structures végétales diversifiées.

XIV. LES OISEAUX COMME INDICATEURS

Certaines communautés d’oiseaux peuvent fournir des informations sur l’état écologique d’un environnement.

Une grande diversité d’habitats peut permettre d’accueillir une diversité d’espèces.

Les oiseaux sont donc potentiellement utiles dans les programmes de suivi de biodiversité.


XV. LES MAMMIFÈRES

Les mammifères occupent des fonctions extrêmement variées.

Ils peuvent :

  • disperser des graines ;
  • prédater ;
  • brouter ;
  • fouiller le sol ;
  • déplacer de la matière organique ;
  • modifier la végétation.

Même les espèces discrètes peuvent avoir un rôle important.

Un petit mammifère consommant des fruits peut participer à la dispersion des graines.

Un prédateur peut influencer indirectement la végétation en contrôlant certaines populations.


XVI. LES REPTILES

Les reptiles sont souvent associés à des milieux chauds et structurés.

Ils peuvent notamment contribuer à la prédation de :

  • insectes ;
  • araignées ;
  • petits invertébrés ;
  • parfois petits vertébrés.

Pour favoriser leur présence, un paysage peut offrir :

  • pierres ;
  • rocailles ;
  • murs secs ;
  • zones ensoleillées ;
  • végétation ;
  • refuges.

Cela rejoint directement la conception de microhabitats Omakëya™.


XVII. LES AMPHIBIENS

Les amphibiens sont particulièrement liés à l’eau et aux zones humides au cours de leur cycle de vie, même si leurs exigences varient fortement selon les espèces.

Ils peuvent participer aux réseaux trophiques en consommant de nombreux invertébrés et en servant eux-mêmes de proies.

Une mare écologique bien conçue peut donc devenir une infrastructure importante pour ces organismes.

Mais une mare ne doit pas être pensée uniquement comme un bassin d’agrément.

Elle peut devenir :

un véritable nœud du réseau écologique.


XVIII. LA MARE COMME INFRASTRUCTURE DE BIODIVERSITÉ

Une mare peut offrir plusieurs habitats :

  • eau libre ;
  • végétation aquatique ;
  • berges ;
  • vase ;
  • zones peu profondes ;
  • végétation terrestre périphérique.

Elle peut donc accueillir :

  • amphibiens ;
  • insectes aquatiques ;
  • oiseaux ;
  • plantes ;
  • microorganismes.

La conception doit toutefois tenir compte de la sécurité, de la qualité de l’eau et du contexte local.


XIX. LES RÉSEAUX TROPHIQUES

Les organismes sont reliés par des relations alimentaires.

Une représentation simplifiée :

                  PLANTES
                ↙    ↓    ↘
          HERBIVORES   GRAINES
             ↓           ↓
        PRÉDATEURS   DISPERSANTS
             ↓           ↓
          DÉCOMPOSEURS ←────┘
                ↓
              SOL
                ↓
            NUTRIMENTS
                ↓
              PLANTES

Dans la réalité, il s’agit d’un réseau beaucoup plus complexe.

Une espèce peut avoir plusieurs proies et plusieurs prédateurs.


XX. LA REDONDANCE FONCTIONNELLE

Supposons qu’un écosystème possède :

  • plusieurs espèces pollinisatrices ;
  • plusieurs prédateurs d’insectes ;
  • plusieurs décomposeurs ;
  • plusieurs plantes produisant des ressources à différentes saisons.

Si une espèce diminue temporairement, certaines fonctions peuvent être partiellement maintenues par d’autres.

Cette redondance peut renforcer la robustesse du système.

La diversité devient alors une forme d’assurance écologique.


XXI. LA DIVERSITÉ FONCTIONNELLE

On peut classer les organismes selon leurs fonctions plutôt que simplement selon leur nom.

FonctionExemples d’organismes
Production primairearbres, herbacées, algues
Pollinisationabeilles, bourdons, syrphes, papillons
Prédationaraignées, carabes, oiseaux, reptiles
Herbivoriechenilles, mammifères, mollusques
Décompositionchampignons, bactéries, détritivores
Dispersionoiseaux, mammifères, insectes
Structuration du solvers de terre, racines, champignons
Fixation biologique de l’azotemicroorganismes associés à certaines plantes
Régulation des populationsprédateurs, parasitoïdes
Ingénierie écologiquearbres, castors, vers de terre, végétation

La dernière catégorie est particulièrement intéressante.


XXII. LES « INGÉNIEURS » DES ÉCOSYSTÈMES

Certains organismes modifient physiquement leur environnement.

Arbres

Créent de l’ombre et modifient le microclimat.

Vers de terre

Creusent des galeries et contribuent à modifier la structure du sol.

Castors

Dans les régions où ils sont présents, peuvent transformer profondément l’hydrologie locale par la construction de barrages.

Végétation rivulaire

Stabilise les berges et influence les échanges entre terre et eau.

Ces organismes ne font donc pas que subir leur environnement.

Ils le construisent.


XXIII. BIODIVERSITÉ ET SOL

La biodiversité aérienne dépend en partie de la biodiversité souterraine.

Une plante peut être reliée à :

  • champignons ;
  • bactéries ;
  • nématodes ;
  • collemboles ;
  • acariens ;
  • vers de terre ;
  • autres organismes.

Le sol devient ainsi une véritable infrastructure biologique.

Une diminution de la biodiversité souterraine peut affecter :

  • décomposition ;
  • disponibilité des nutriments ;
  • structure ;
  • infiltration ;
  • croissance végétale.

XXIV. BIODIVERSITÉ ET EAU

La biodiversité participe également au cycle hydrologique.

La végétation :

  • intercepte les précipitations ;
  • favorise l’infiltration ;
  • transpire ;
  • protège le sol.

Les racines :

  • créent des macropores ;
  • stabilisent les agrégats ;
  • facilitent certains flux.

La matière organique :

  • contribue à la rétention d’eau ;
  • améliore la structure du sol.

Les zones humides :

  • stockent temporairement de l’eau ;
  • ralentissent certains écoulements ;
  • constituent des habitats majeurs.

La biodiversité est donc aussi une composante de l’hydrologie fonctionnelle.


XXV. BIODIVERSITÉ ET CLIMAT

La végétation agit directement sur le microclimat.

Elle peut modifier :

  • température ;
  • rayonnement ;
  • humidité ;
  • vitesse du vent ;
  • évapotranspiration.

Mais la relation fonctionne dans les deux sens.

Le climat sélectionne les espèces capables de survivre.

Les espèces modifient ensuite localement leur environnement.

On obtient une boucle :

CLIMAT
 ↓
VÉGÉTATION
 ↓
MICROCLIMAT
 ↓
AUTRES ESPÈCES
 ↓
ÉCOSYSTÈME
 ↓
MICROCLIMAT

XXVI. BIODIVERSITÉ ET CARBONE

Les végétaux captent du CO₂ atmosphérique par photosynthèse.

Une partie du carbone est stockée dans :

  • bois ;
  • racines ;
  • feuilles ;
  • litière ;
  • matière organique du sol.

Les microorganismes et décomposeurs transforment ensuite cette matière.

Le bilan carbone dépend donc de l’ensemble du système et de sa dynamique.

Planter n’est qu’une étape : maintenir un écosystème fonctionnel est essentiel.


XXVII. BIODIVERSITÉ ET RÉSILIENCE

Face à une perturbation, les systèmes biologiquement diversifiés peuvent disposer de davantage de stratégies de réponse.

Par exemple :

Sécheresse

Certaines espèces résistent mieux au déficit hydrique.

Canicule

Certaines espèces possèdent une architecture ou une physiologie mieux adaptée.

Ravageur

La diversité peut empêcher une propagation uniforme.

Maladie

La diversité génétique et spécifique peut réduire la vulnérabilité globale.

Incendie

Certaines espèces peuvent recoloniser plus rapidement.

Cela ne signifie pas que toute biodiversité augmente automatiquement la résilience.

La structure, la connectivité et la diversité fonctionnelle comptent également.


XXVIII. LE PRINCIPE DU « FILET DE SÉCURITÉ »

On peut conceptualiser un écosystème diversifié comme un système possédant plusieurs solutions possibles.

          FONCTION
             │
      ┌──────┼──────┐
      ↓      ↓      ↓
   ESPÈCE A ESPÈCE B ESPÈCE C
      │      │      │
      └──────┼──────┘
             ↓
        RÉSILIENCE

Si A disparaît temporairement, B ou C peuvent parfois maintenir une partie de la fonction.

C’est l’un des fondements de la diversité fonctionnelle.


XXIX. LA BIODIVERSITÉ TEMPORELLE

La biodiversité ne doit pas seulement être pensée spatialement.

Elle doit aussi être pensée dans le temps.

Un jardin peut offrir :

Printemps

Fleurs précoces.

Été

Fleurs, fruits, feuillages.

Automne

Graines, fruits, feuilles mortes.

Hiver

Refuges, graines, écorces, végétation persistante.

Cette continuité permet d’offrir des ressources à différents organismes durant toute l’année.

Un jardin biodiversifié doit être vivant en quatre dimensions : espace, temps, fonctions et interactions.


XXX. LA BIODIVERSITÉ COMME RÉSEAU D’HABITATS

Un jardin résilient devrait idéalement offrir une mosaïque de milieux :

  • bosquet ;
  • haie ;
  • prairie ;
  • mare ;
  • arbre mort ;
  • tas de bois ;
  • sol nu localisé ;
  • zone humide ;
  • rocaille ;
  • mur ;
  • compost ;
  • zone cultivée.

Chaque structure peut accueillir un ensemble différent d’organismes.

La diversité des habitats entraîne alors potentiellement une augmentation de la diversité biologique.


XXXI. L’IMPORTANCE DU BOIS MORT

Le bois mort est parfois considéré comme un déchet.

Écologiquement, il peut être extrêmement important.

Il fournit :

  • refuge ;
  • nourriture ;
  • support pour champignons ;
  • sites de reproduction ;
  • humidité.

De nombreux organismes dépendent directement ou indirectement de la matière ligneuse morte.

Dans un écosystème mature, la mort devient une infrastructure de vie.


XXXII. LES HAIES : UNE INFRASTRUCTURE ÉCOLOGIQUE

Une haie diversifiée peut cumuler plusieurs fonctions :

corridor

refuge

ressource alimentaire

brise-vent

stockage de carbone

structure paysagère

microclimat

protection des sols.

Elle peut donc être considérée comme une véritable infrastructure multifonctionnelle.


XXXIII. LES ARBRES : DES PILIERS DE LA BIODIVERSITÉ

Un arbre mature peut présenter plusieurs niveaux d’habitat :

  • houppier ;
  • branches ;
  • écorce ;
  • cavités ;
  • fleurs ;
  • fruits ;
  • feuilles mortes ;
  • tronc ;
  • racines ;
  • rhizosphère.

La biodiversité associée à un arbre peut donc augmenter fortement avec l’âge et la complexité de sa structure.

Cela explique pourquoi les vieux arbres ont souvent une valeur écologique disproportionnée.


XXXIV. LA BIODIVERSITÉ DANS UN VERGER

Un verger peut être conçu selon deux modèles.

Verger simplifié

  • une ou quelques espèces ;
  • sol nu ;
  • traitements réguliers ;
  • faible diversité structurelle.

Verger écologique

  • arbres fruitiers ;
  • arbustes ;
  • bandes fleuries ;
  • haies ;
  • couvre-sols ;
  • arbres auxiliaires ;
  • mares ;
  • refuges ;
  • zones sauvages.

Le second système peut accueillir davantage de niches et d’interactions.


XXXV. LE JARDIN COMME MOSAÏQUE

Un jardin Omakëya™ peut être pensé comme une mosaïque :

┌──────────┬─────────────┐
│ BOSQUET  │   VERGER    │
│          │             │
├──────────┼─────────────┤
│  MARE    │  POTAGER    │
│          │             │
├──────────┼─────────────┤
│ PRAIRIE  │ ZONE SAUVAGE│
│          │             │
└──────────┴─────────────┘

Chaque zone possède sa propre fonction.

Mais les zones sont reliées.

C’est la complémentarité entre les habitats qui crée l’écosystème.


XXXVI. FONCTIONS ÉCOLOGIQUES : LA MATRICE FONDAMENTALE

Fonction écologiqueProcessusOrganismes concernés
Production primairePhotosynthèseplantes, algues
PollinisationTransport du polleninsectes, autres pollinisateurs
DispersionTransport des grainesoiseaux, mammifères, autres animaux
DécompositionTransformation de la matière mortechampignons, bactéries, détritivores
Recyclage des nutrimentsMinéralisation, immobilisationmicroorganismes, faune du sol
PrédationContrôle des populationsoiseaux, insectes, reptiles, mammifères
HerbivorieConsommation végétaleinsectes, mammifères, etc.
Structuration du solBioturbation, racinesvers, racines, microorganismes
Régulation hydrologiqueInfiltration, interceptionvégétation, sols vivants
Régulation climatique localeOmbre, transpirationvégétation
Stockage du carboneBiomasse et solsplantes, sols
Création d’habitatArchitecture écologiquearbres, haies, zones humides
Contrôle biologiqueRelations trophiquesprédateurs, parasitoïdes
RésilienceDiversité et redondancecommunauté entière

XXXVII. LES SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES

Les fonctions écologiques peuvent produire des bénéfices pour les sociétés humaines.

On parle alors généralement de services écosystémiques.

Ils peuvent être regroupés en grandes catégories.

Services d’approvisionnement

  • fruits ;
  • bois ;
  • fibres ;
  • eau ;
  • ressources alimentaires.

Services de régulation

  • régulation thermique ;
  • pollinisation ;
  • contrôle biologique ;
  • stockage du carbone ;
  • régulation hydrologique.

Services culturels

  • paysage ;
  • bien-être ;
  • éducation ;
  • patrimoine ;
  • tourisme.

Services de soutien

  • formation des sols ;
  • cycles des nutriments ;
  • production primaire.

XXXVIII. DE LA BIODIVERSITÉ AUX SERVICES : ATTENTION AUX SIMPLIFICATIONS

Il serait toutefois dangereux de considérer chaque espèce comme un simple « fournisseur de service ».

Les interactions écologiques sont complexes.

Une espèce peut :

  • fournir plusieurs fonctions ;
  • changer de rôle selon son âge ;
  • changer de rôle selon la saison ;
  • avoir des effets positifs et négatifs simultanément.

La biodiversité possède une valeur fonctionnelle, mais aussi une valeur intrinsèque, patrimoniale et évolutive.


XXXIX. LA VISION OMAKËYA™ : CONCEVOIR LA BIODIVERSITÉ

La question classique est :

« Quelles espèces devons-nous planter ? »

La question Omakëya™ devient :

« Quel réseau écologique voulons-nous créer ? »

Puis :

« Quels habitats faut-il construire ? »

Puis :

« Quelles fonctions voulons-nous obtenir ? »

Puis :

« Comment connecter ces habitats ? »

Enfin :

« Comment mesurer leur évolution ? »

Cette logique inverse la conception traditionnelle.


XL. CONCEVOIR LES HABITATS AVANT DE CHOISIR LES ESPÈCES

Par exemple, si l’objectif est d’accueillir des pollinisateurs, il faut penser :

  • floraison étalée ;
  • diversité florale ;
  • ressources alimentaires ;
  • zones de nidification ;
  • absence ou réduction des perturbations ;
  • continuité paysagère.

Pour les oiseaux :

  • végétation structurée ;
  • nourriture ;
  • sites de nidification ;
  • eau ;
  • refuges.

Pour les amphibiens :

  • mare ;
  • berges ;
  • végétation ;
  • zones terrestres périphériques ;
  • connectivité.

L’habitat devient la première unité de conception.


XLI. LA BIODIVERSITÉ COMME « CAPITAL BIOLOGIQUE »

On peut considérer, avec prudence, la biodiversité comme une forme de capital biologique du territoire.

Plus un écosystème possède :

  • diversité ;
  • connectivité ;
  • diversité fonctionnelle ;
  • habitats ;
  • sols vivants ;
  • ressources,

plus il dispose potentiellement de capacités d’adaptation.

Mais contrairement à un capital financier, ce capital :

  • évolue ;
  • se reproduit ;
  • se dégrade ;
  • se régénère ;
  • dépend des interactions.

Il faut donc surtout maintenir les conditions de son renouvellement.


XLII. COMMENT MESURER LA BIODIVERSITÉ ?

Un diagnostic Omakëya™ peut combiner plusieurs niveaux.

Niveau 1 — Inventaire

Quelles espèces sont présentes ?

Niveau 2 — Abondance

En quelles quantités ?

Niveau 3 — Habitats

Quels milieux existent ?

Niveau 4 — Fonctions

Quelles fonctions écologiques sont représentées ?

Niveau 5 — Connectivité

Comment les habitats communiquent-ils ?

Niveau 6 — Dynamique

Comment le système évolue-t-il ?

Niveau 7 — Résilience

Comment réagit-il à une perturbation ?


XLIII. LES INDICATEURS

On peut suivre notamment :

  • richesse spécifique ;
  • abondance ;
  • diversité fonctionnelle ;
  • couverture végétale ;
  • nombre de strates ;
  • diversité des habitats ;
  • présence de pollinisateurs ;
  • présence d’oiseaux ;
  • présence d’amphibiens ;
  • activité biologique du sol ;
  • quantité de bois mort ;
  • continuité des corridors ;
  • évolution des populations.

Un bon indicateur doit être choisi en fonction de la question scientifique ou opérationnelle.


XLIV. L’IA ET LE SUIVI DE LA BIODIVERSITÉ

Les nouvelles technologies permettent d’aller beaucoup plus loin.

Caméras

Reconnaissance d’espèces.

Enregistreurs acoustiques

Suivi des oiseaux, chauves-souris, amphibiens et autres organismes selon les protocoles.

Pièges photographiques

Suivi des mammifères.

Drones

Cartographie des habitats.

Satellites

Suivi de la couverture végétale.

ADN environnemental

Détection de traces génétiques dans l’eau ou le sol.

IA

Classification, détection, analyse temporelle.

On passe ainsi progressivement :

inventaire ponctuel

surveillance écologique continue.


XLV. LE JUMEAU NUMÉRIQUE DE LA BIODIVERSITÉ

Dans une approche avancée, on pourrait construire un modèle numérique associant :

  • cartographie des habitats ;
  • végétation ;
  • sols ;
  • eau ;
  • microclimat ;
  • observations biologiques ;
  • données météorologiques ;
  • historique des perturbations.

Le système pourrait ensuite simuler certains scénarios :

Que se passe-t-il si une haie disparaît ?

Que se passe-t-il si la mare s’assèche ?

Que se passe-t-il si la température augmente de 3 °C ?

Quelles zones restent refuges pendant une canicule ?

Quels corridors doivent être renforcés ?

La modélisation ne remplace pas l’observation de terrain.

Elle permet de mieux l’exploiter.


XLVI. VERS UNE CARTOGRAPHIE DES FONCTIONS ÉCOLOGIQUES

La Vision Omakëya™ peut aller plus loin qu’une simple carte des espèces.

On pourrait cartographier :

  • zones de pollinisation ;
  • zones de nidification ;
  • refuges thermiques ;
  • corridors ;
  • zones de reproduction ;
  • zones de décomposition ;
  • zones d’infiltration ;
  • zones de stockage du carbone.

Le paysage devient alors une véritable carte fonctionnelle du vivant.


XLVII. UNE NOUVELLE UNITÉ DE CONCEPTION : LA FONCTION

Au lieu de concevoir :

« un bosquet ici ».

On peut concevoir :

« une zone refuge contre les fortes chaleurs reliée à un corridor écologique et à une zone d’alimentation ».

Au lieu de :

« une mare décorative ».

On conçoit :

« un nœud humide connecté à plusieurs habitats terrestres ».

Au lieu de :

« une haie ».

On conçoit :

« un corridor multifonctionnel assurant protection climatique, habitat, alimentation et connectivité ».

Cette évolution du vocabulaire traduit une évolution de la pensée.


XLVIII. LA BIODIVERSITÉ COMME INFRASTRUCTURE DU CLIMAT FUTUR

Face aux changements climatiques, les écosystèmes devront absorber des perturbations nouvelles ou plus intenses.

La biodiversité peut contribuer à fournir :

  • diversité de réponses physiologiques ;
  • diversité de cycles ;
  • diversité temporelle ;
  • diversité spatiale ;
  • redondance fonctionnelle.

Elle devient donc une composante de la stratégie de résilience.

Mais elle doit être associée à :

hydrologie + sols + microclimat + connectivité + gestion adaptative.


XLIX. LE GRAND PRINCIPE OMAKËYA™

La conception d’un écosystème résilient peut finalement suivre une chaîne logique :

CLIMAT
   ↓
DIAGNOSTIC DU SITE
   ↓
HABITATS
   ↓
ESPÈCES
   ↓
INTERACTIONS
   ↓
FONCTIONS
   ↓
SERVICES ÉCOSYSTÉMIQUES
   ↓
RÉSILIENCE
   ↓
MESURE
   ↓
ADAPTATION

C’est cette chaîne qui permet de passer :

de la biodiversité décorative à la biodiversité fonctionnelle.


LA BIODIVERSITÉ N’EST PAS UNE COLLECTION : C’EST UN SYSTÈME

Une forêt n’est pas simplement constituée d’arbres.

Un verger n’est pas simplement constitué d’arbres fruitiers.

Une mare n’est pas simplement constituée d’eau.

Un jardin n’est pas simplement constitué de plantes.

Derrière chaque milieu se trouve un réseau extraordinairement complexe :

plantes

champignons

bactéries

insectes

oiseaux

mammifères

reptiles

amphibiens

sol

eau

atmosphère.

Et c’est ce réseau qui assure les fonctions écologiques.

La biodiversité est donc l’une des infrastructures fondamentales de la résilience.

Dans la Vision Omakëya™, elle ne doit plus être ajoutée à la fin d’un projet comme une conséquence heureuse de la végétalisation.

Elle doit être conçue dès le début.

Il faut concevoir :

les habitats,

les niches,

les corridors,

les ressources,

les interactions,

les refuges,

les cycles,

les fonctions.

Puis laisser progressivement les organismes coloniser, interagir, se reproduire, se déplacer et transformer le milieu.

Le véritable objectif n’est donc pas de créer un jardin rempli de vie.

C’est de créer un jardin capable de produire et de renouveler lui-même une partie de sa propre biodiversité.

C’est là que l’agroclimatologie rejoint l’écologie fonctionnelle et l’ingénierie des écosystèmes :

concevoir non pas seulement ce que l’on veut planter, mais les conditions qui permettront au vivant de se développer, de coopérer, de se réguler et de s’adapter.

Et à l’échelle supérieure, cette logique permet de passer du jardin biodiversifié au réseau écologique, puis du réseau écologique au territoire résilient.